Voyez Jurien de la Gravière, Souvenirs d'un amiral
tiers restant devaient suffire à huit fois autant de prêtres et de religieux*. Je ne parle point des petits abbés qui n'étaient ni du monde, ni de TÉglise, et qui scandalisaient Tun et l'autre. J'ajouterai cependant qu'un prêtre ultramontain était alors aussi rare que peut l'être aujourd'hui un gai-* lican.
BiTersité Ammm 1» loi elTile. — Au lieu d'une seule loi, il y avait 384 coutumes différentes, de sorte qu'il pouvait arriver que ce qui était justice dans une province fût injustice dans une autre. Chaque parlement ayant des règlements particuliers, la diversité de législation était encore accrue par la diversité de la jurisprudence *.
DiTersité dans 1» eondition des personiie*. — Les trois ordres de l'État, clergé, noblesse, roture, étaient distin« gués par des privilèges ou des charges qui faisaient du peuple français trois nations différentes, chacune ayant sa hiérarchie propre et ses classes distinctes. Ainsi il y avait la grande et la petite noblesse, l'une' qui vivait à la cour* et du budget, la seconde dans la province et de ses maigres revenus ; le haut et le bas clergé, le premier très-riche, le second trèspauvre. Dans la roture, 50 000 familles possédant, à titre héréditaire, les charges de judicature, formaient une aristocratie réelle qui ne frayait point avec les financiers ; le bourgeois dédaignait l'artisan; et le paysan, au bas de réchejle,dansla
1. On compUit 715 abbayes en commande^ c'est-à-dire dont le titulaire pouvait commettre un ecclésiastique à sa place pour remplir ses fonctions sans toucher ses revenus ; 703 prieurés, 19 ooo religieux, 32 000 religieuses. (Celles-ci sont aujourd'hui revenues à peu près à ce nombre.) Les évoques, abbés, prieurs et chanoines étaient bien au nombre de 12 000; le clergé séenlier dépassait 40 000. Le clergé avait donc, au total, plus de 103 ooo membres, presque autant qu'il v avait de nobles. A sa sortie du ministère, Brienne, archevêque de Toulouse, avait pour 678 ooo livres (près d'un million de francs) de revenus en bénéfices ecclésiastiques. Mais les couvents se dépeuplaient chaque jour, on plutôt ne se repeuplaient pas, l'esprit du siècle n'étant pas dans cette voie. Dès 1769, une commission pour la réforme des ordres religieux dont Lon:énie de Brienne faisait partie, fit supinimer un grand nombre de monastères.
2. L'ordonnance civile de 1667 laissa aux coutumes locales le soin de régler la transmission de la propriété, les conditions du mariage, les successions, etc. La procédure avait du moins été rendue uniforme par les édite de Louis XIV et de Louis XV.
3. On n'était admis à la cour qu'en faisant preuve d'une noblesse remontant, du côté paternel, à l'an 1400. Les charges qui anoblissaient et qu'on appelait savonnettes a vilain^ ne faisaient donc pas monter dans les carrosses du roi. Un édit de Louis XIV, condamnait à être pendus, en cas de blessure grave, < les gens de naissance ignoble, » c'est-a-dire les roturiers, asfes insolents pour avoir appelé en duel un gentilhomme. Voyez ci-deaaoo§ p. 416 ce qui arriva à Voltaire.
misère et Tignorance, portait avec colère tout le poids d'une société qui Técrasait. Dans la famille même il y avait inégalité, le droit d'aînesse ne laissait aux puînés des maisons nobles que leur épée ou l'Église, à beaucoup de filles que le couvent. Au-dessous des trois ordres étaient les serfs, les protestants, qui n'avaient pas même d'état civil, et les juifs. Hiversité dans la condition des provinces. — Les unes poy« (V Étais, comme le Languedoc, la Bourgogne, la Bretagne, l'Artois', avaient encore une ombre de liberté pour la gestion de leurs affaires et lui devaient une situation meilleure, les autres, pays d'élection, ne connaissaient que les ordres absolus de la cour : enfin, celles-ci payaient des impôts que celles*là ne payaient point ou payaient dans une proportion moindre. Il y en avait, comme la Lorraine, les Trois-Évôchés, l'Alsace et le pays de Labour, qui n'avaient point de douanes entre elles et l'étranger. D'autres en étaient entourées de toutes parts. En 1789 il existait encore, dans le midi de la France, 1200 lieues de lignes de douanes intérieures, et la même mesure de sel devait être achetée ici 6 Hvres, là 62*. L'impôt du vingtième était moins lourd dans ht Lorraine, l'Alsace et la Franche-Comté que dans les autres pirovinces ; la Lorrain ç n'était même pas soumise à la capitation ; de sorte que la vieille France se trouvait plus chargée que la France nouvelle qu'elle avait conquise. Et je ne parle pas des privilèges des localités, des corporations, des personnes. A Paris, en 17a3, l'adDodnistratiQn des Invalides, de
1. n faut ajonter les pays suivants : Cambrésis, Foix, Bigorre,. Marsan, Quatre-Vallées, la Èresse, Soûle, Labour, Béarn, basse Navarre, Nébouzan. Les états faisaient la répartition de presque tous les impôts entre les contribuables, en percevaient plusieurs qu'ils dépensaient eux-mêmes pour leurs routes, canaux, haras, etc. Dans l'intervalle de leurs sessions, des commissaires élus par eux formaient comme une administration provinciale permanente qui veillait à l'exécution des décisions prises par les états. Aussi dans ces provinces les intendants avaient une autorité beaucoup moins illimitée que dans les pays d'élection. Quand Macbault proposa son impôt du vingtième des revenus de tous les citoyens, les états d'Artois, de Bretagne, de Bourgogne, de Languedoc et de Provence, lui firent un« aussi vive opposition que le clergé et la noblesse.
2. Dans les Recherches sur les finances du baron de Cormeré. en 1789, on trouve des cartes de France où les provinces sont teintées a raison des droits de douane auxquels elles étaient soumises, et ces cartes sont des plus bigarrées. Par rapport à la gabelle seulement, il y avait cinq divisions : les pays exempts, rédimés, de saline, de petite gabelle, de grande gabelle, à quoi il faut ajouter une foule de privilèges locaux. Aussi le comte de Provence appela-t-il, à l'assemblée des notables en 1786, la gabelle un impôt irréformcf^Ut et il demanda 1^ destruGtioa de i'infemalê machine.
l'École militaire, de la Bastille et diverses communautés religieuses ne payaient pas de droits d'octroi ; de là une foule d'abus, beaucoup de denrées s'introduisant sous le nom des privilégiés pour des gens qui ne Tétaient pas.
Inég^alilé qnant anx fonctions publiques. — Deux noblesses se partageaient toutes les places. Celle d'épée avait les grades dans Tarmée, les hautes dignités dans l'Église et les grandes charges de la cour et de représentation ; celle de robe toutes les charges de judicature et les places de la haute administration. Il ne restait au roturier que l'industrie, le commerce et la finance, après quoi, il est vrai, si ses affaires avaient prospéré, il pouvait acheter des lettres de noblesse et devenir marquis, sauf à encourir les sarcasmes de ceux qui ne l'étaient pas encore, et les longs dédains de ceux qui l'étaient déjà*.
Inéfifalité quant à l'impôt. — La nation |)ayait alors presque autant qu'aujourd'hui*. Mais trois choses ijendaient cette charge bien plus lourde pour nos pères qiie pour nous î ils étaient beaucoup plus pauvres, près d'un tiers moins nombreux*, et soumis à une répaa^tition fort inégale. Ainsi le
1. Contrairement à l'usage généralement suivi par son prédécesseur, Louis XY ne donna les prélatures qu'aux cadets de bonne maison. En 17 M, 22 archevêques et évèques, sur 139 ; 7 lieutenants généraux, sur 223 ; 16 maréchaux de camp sur 137, ont des noms plébéiens (Almanach- royal de 1750). Il y avait fort peu d'ofnoiers roturiers sur la flotte. Un édit de 17&0 avait promis la noblesse à tout officier parvenu au grade de capitaine ; un autre, en 1781, exigea quatre quartiers de noblesse pour l'obtention d'un grade d'officier. L'ordonnance qui créa l'École militaire, pour l'instruction, aux frais de l'État^ de 500 gentilshommes pauvres, exigea des élèves quatre générations au moins de noblesse paternelle (1751). Le chapitre de Lyon et dix autres n'admettaient que des nobles pour chanoines. La pln^ part des abbés étaient des cadets de bonne maison. L'ordre de Malte, qui avait en France 260 commanderies ou domaines, ne recevait an rang de chevaliers que des gentilshommes.
2. Voici ce que payait la France, en 1786, d'après M. Bailly, inspecteur général des finances :
Recettes au profit du roi, de diverses natures 558 172 000 livres.
Recettes au profit des provinces 41448 000 —
Recettes au profit des particuliers , de corps et de
communautés 280 395 000 -•
880 015 000 livres.
t, suivant M. Bailly, en 1830, une valeur de livres en 1786 valaient 1267 millions 16 la récapitulation de M. Bailly n'est pas pots sans évaluation. Les droits seigneuds, sur les personnes et sur les travaux, ii être estimés à plus de 160 millions de e budget de 1786 à ce qu'était naguère
de Siéyès, de M. Moreau de Jonnès, que
clergô, qui, outre les revenus de ses immenses propriétés, recevait la dîme des biens de la terre, ne payait rien ou peu de chose, mais faisait des dons gratuits , et quand un ministre parlait d'établir un impôt sur ses revenus, il répondait : « Ne nous mettez pas dans la nécessité de désobéir à Dieu ou au roi, vous savez lequel des deux aurait la préférence^ i La noblesse et les officiers royaux, excepté dans quelques généralités, n'étaient pas astreints à la taille ou impôt foncier ; ils devaient les autres impôts directs, la captïa^ton et le vingtième du revenu, mais un grand nombre trouvaient moyen de s'en faire exempter en totalité ou en partie. Les joturiers, qui ne possédaient qu'une moitié du territoire de la France, devaient seuls la taille, 91 millions, la dîme, qui était ici du quarantième, là du quart du produit brut, et en somme coûtait aux agriculteurs 133 millions, les droits seigneuriaux, évalués à 36*, et les corvées à 20. Pour les grandes routes,
toat le monde a adoptée. M. Fayet et M. Raadot ont porté, de moins de 26, à 29, même à SO mUlione le chiffre de la population avant 1789.
1. C'est la réponse de Tévéque de Verdan au contrôleur général Machault. en 17%9, au sujet du yingtième de tous les revenus que le ministre voulait et ne put établir. Voltaire (t. XXI, p. S43, édit. Beuchot) attribue ees paroles à l'évéque de Marseille, Belzunce. La lettre de Tévéque de . Verdun se trouve dans les Mémoireê de Richelieu, t. vm, p. 268. Au reste, le discours du roi au président de rassemblée du clergé en 1750 développe la même pensée. Le clergé de l'Artois, de la Flandre, du Hainant «t au Gambrésis, payait les mêmes impôts que la noblesse; celui du Dauphiné, de la Lorrame, de l'Alsace, de la Franche-Comté, des Trois-Évéchés, du Roussillon et de la principauté d'Orange payait aussi les vingtièmes et la eapitation, mais en donnant une somme déterminée. Necker évalue l'ensemble des contributions du clergé à environ il millions (t. n, ch. n), chiffre que M. Bailly augmente de i 200000 firancs (t. n, p. S13) ; mais une partie considérable de cette somme était appliquée au remboursement de ses emprunts. Dans le détail, on ne trouve guère que 6 millions pour les dépenses publiques, dont 3 600000 francs entraient directement dans les coffres de l'État. IS 338 moines mendiants prélevaient an moins 8 millions sur la charité publique, suivant le comité des contributions publiques de l'Assemblée constituante.
2. Il ne s'agit là que du droit à la mutation des propriétés, perçu au profit des possesseurs de seigneuries, lequel variait de 1/3 à 1/iS du prix de vente ; il est impossible d'évaluer les autres : taille ieigneurtaUf que les seigneurs exigeaient pour leurs noces, pour un enfant nouveau-né, pour l'acquisition d'une terre nouvelle ; droit de fouage et de morméage, levé sur chaque feu en cas de besoin pressant; de fultéraae^ pris sur le troupeau qui passait dans le fief, à cause de la poussière qu'il soulevait ; de banvtn, çui privait les vassaux du droit de vendre leurs denrées pendant un certain temps, pour que le seigneur pût écouler les siennes sans concurrence; de mtna^?, qui obligeait de ne commercer que dans les halles du seigneur; droits pour vendre du fer, des planches, des cercles, pour aiguiser des couteaux, ramasser des chinons destinés aux papeteries, etc., etc.; banalité ou droit qu'avait le seigneur de forcer ses vassaux à venir au moulin, au four, au pressoir seigneurial et d'empêcher toute construction de moulin et de four dans l'étendue du fief, enfin les coroief et les droits réeU : droits exclusifs de chassCf de garenne ouverte, de co-
par exemple, dont beaucoup furent construites sous Louis XV, rÉtat ne faisait que les frais du tracé et les travaux dVt, les matériaux étaient fournis et leur emploi avait lieu au moyen de la corvéej de sorte que ces travaux, si profitables à tout le pays, étaient exécutés aux dépens et au milieu de la haine des populations riveraines*.
InénTAlité flivant à la Jattiee. *« Le noble était décapité, le roturier pendu : ladifTérence n*était que dans la forme. Mais, pour un délit commis ensemble, la marquise de Courcelles est condamnée à deux ans de clôture dans une abbaye; Rostaing, qui n'est qu'un roturier, sera pendu et étranglé (arrêt de 1669).
Serritttde de Plndnstrie et enlraTes aUses au cornnerce. — Les corporations, jurandes et maîtrises arrêtaient Tessor de l'industrie en limitant le nombre des patrons, ce qui détruisait la concurrence ; et en ne permettant que l'exercice du métier dont on avait payé l'apprentissage, ce qui enfermait chacun dans son état conmie dans une geôle. Ne devenait pas maître qui voulait, mais qui pouvait acheter une maîtrise trois, quatre, et quelquefois cinq mille livres, non compris le chef-d'œuvre , les cadeaux, le repas. Et, après avoir payé tout cela, on n'avait pas encore acheté le droit de perfectionner son industrie, car un perfectionnement était un
Umbim'^ de péage et ranage sur les prés; de parcoure et jAturage avant la première coupe ; les justices seigneariales avaient les droits de déshérence^ de bâtardise, d*épave; droits de voirie, droit de planter des arbres on de s'approprier ceux qui existaient sur les chemins, rues et places; droits sur les cours d'eau non navigables et les chemins vicinaux, etc., etc. Voyez Laferrière, Histoire des principes, des institutions et des lois, de 1789 à 1800. U est bien entendu que qaelqaes-uns de ces droits n'existaient que dans certaines localités. Les seigneurs prélevaient encore une partie considé • rable des 96 millions payés pour les péages.
1. Les cor«^ n'empêchaient pas les regruiftfioiM. Quand Marie Leczinska vint à Paris, c'était au temps de la moisson ; néanmoins c on fit marcher les paysans pour raccommoder les chemins par où la reine devait passer.... On commanaa les chevaux à dix lieues à la ronde pour tirer les l)agages. On les payait mal et on ne les nourrissait pas du tout. Quand les chevaux commandés n'arrivaient pas, on faisait doubler la traite aux chevaux du pays dont on s'était saisi.... A Sézanne, plusieurs paysans me dirent que leurs bêtes n'avaient rien mabgé depuis trois jours. On en attelait dix là où on en avait commandé quatre : juges combien il en périt. Notre sub« délégué en commanda 1900 au lieu de 1500 qu'on lui demandait.... > (Mémoire du marquis d'Argenson sur les droits seigneuriaux). Le transport des troupes et de leurs bagages avait lieu encore au moyen de la corvée. La fabrication du salpêtre était un fléau pour les campagnes, les agents charges de cette fabrication ayant le droit de pénétrer partout : il fallait les loger, lenr fournir à vil prix les voitures et le bois aont ils avaient besoin. ExfÂoitant la terreur qu'ils inspiraient, ils vendaient au plus offrant la dispense û.% laisser fouiUer sa maison.
attentat aux droits antérieurs de la corporation. Le fabricant d'étoffes ne pouvait les teindre, le teinturier en fil n'avait pas le droit de teindre la soie ou la laine, le chapelier de vendre de la bonneterie. Enchaînés par de minutieux règlements, les manufacturiers étaient exposés à voir la police détruire leurs produits pour une inadvertance ou une modification dans le travail qui ne devaient causer aucun tort à l'acheteur. « Chaque semaine, pendant nombre d'années, dit un inspecteur des manufactures, j'ai vu brûler à Rouen, 80 ou 100 pièces d'étoffes, parce que tel règlement sur le tissage ou sur la teinture n'avait pas été de tout point observé, quoique l'étoffe fût donnée pour ce qu'elle était. » Il n'y avait plus qu'une monnaie : celle du roi, et depuis 1726 le commerce n'était plus entravé par des altérations des espèces ou de subites et officielles variations dans le prix du marc d'argent * ; mais il l'était encore par la diversité des poids et mesures, qui changeaient de ville à ville. La Compagnie des Indes avait, jusqu'en 1770, par ses privilèges commerciaux, gêné les efforts des négociants particuliers. On venait de l'abolir * ; mais, à l'intérieur, le négoce avait encore à combattre contre des restrictions et des monopoles funestes. Ainsi, à Rouen, une compagnie était chargée de l'approvisionnement de la ville en grains ; une autre avait le privilège du transport des blés ; une troisième, celui de les faire moudre dans ses moulins, au grand détriment des habitants, à qui il était interdit de se pourvoir ailleurs. Les blés ne circulaient même point d'une province à l'autre, de sorte que les agioteurs pouvaient à volonté faire la disette ou l'abondance sur certains points, c'est-à-dire y vendre très-cher ou achètera vil prix*. Enfin, les douanes intérieures, qui isolaient les provinces, rendaient les relations commerciales aussi difficiles entre elles qu'avec les pays étrangers, et les péages prélevaient sur les transports 96 millions. Pour descendre la Saône et le Rhône de Gray à Arles, il fallait s'arrêter et payer 30 fois, de sorte que sur cette route, dont la nature seule
1. Le marc d'argent était à 36 livres en 1715; il fut porté, par Law, à 120. Il était retombé, quatre ans après, à 44. Fleury le fixa, en 1726 à 54, et comme il n'éprouva pas depuis de variations sensibles, les espèces frappées depuis cette époque circulèrent avec leur valeur nominale.
2. La liberté avait fait aussitôt prospérer ce commerce. Au temps da monopole, les ventes s'élevaient seulement, année -moyenne, à 8 Biimons; après qu'on l'eut aboli, elles montèrent à. 20.
3. C'est ce que Turgot avait montré dans ses lettres qui firent alon ont grande sensation.
LA PRANCB VERS 1774. 411
avait fait les frais, le commerce laissait aux mains des péa. gers 25 à 30 pour 100 de la valeur des produits transportés. Ajoutons que les pays catholiques ayant par année 50 jours de fêtes, que n'avaient point les pays protestants, ceux-ci travaillaient plus et pouvaient vendre à meilleur compte. Cependant nos colonies étaient si florissantes et Tindustrie européenne s\^ arriérée, que, malgré tout cela, notre commerce prospérait'.
Décadence de l'ag^ricaltnre. — Près d'un cinquième des terres, immobilisées aux mains du clergé, rendaient peu, parce qu'elle» étaient soustraites à Taction de l'intérêt personnel; presque tout le reste, cultivé par des métayers, donnait à peine davantage*. La division de la propriété avait commencé depuis longtemps*, mais la terre n'était arrivée aux mains des paysans que chargée de rentes, cachet de l'ancienne servitude. Peu de bétail, quatre fois moins qu'aujourd'hui, par conséquent appauvrissement des terres par suite d'une fumure insuffisante. Peu de grands propriétaires cultivant eux-mêmes : a On ne compterait pas, disait un écrivain du temps, 300 seigneurs vivant sur leurs terres*. » C'était le mal dont l'Irlande a tant souffert, qu'on
1. D'après Arnaait, Balance du commercêf nos importations s'élevaient en 1787 a 379 915 000 livres, et nos exportations à 542 604 000 ; total pour le commerce général, 923 519 ooo, valeur actuelle plus de 1300 millions.
2. Le métayage, système inférieur à celui du rermage, entret^ait lar misère dans les campagnes. Arthur Young vit (1787-1789) dans le Berry les métayers obligés, presque tous les ans, d'emprunter leur pain aux seigneurs . . : . : 1 j__ ^ étaient celles oui l'a-
atiMiiqu$ de la France^ laies pour nourrir une >ur le bétail non-seule- Is et le rendement de lifTres de Lavoisier et voit que cette augmènblé.
Arlliur Young estimait s. Necker^ comme Turites propriétés rurales.
>ujours, prétendait dans it les trois quarts des
nis qui s'opposent aua> ' Young, que vous r«nnd il possède des mil" rince de Soubise et le laires de France, et les leur sont des jachères, ont pendant quelques r (ou» cos grands Bei«
a créé un mot pour le désigner, V absentéisme, Vauban, Bois- Guilbert se plaignaient déjà du discrédit attaché à Tétat de cultivateur. Il fallut, en 1720, un arrêt du Conseil d'État pour autoriser les nobles à prendre à ferme, sans déroger, les terres des princes du sang. Un écrivain disait encore, en 1788 : « L'état de laboureur est méprisé dans les provinces du centre ; il Test moins dans la Brie, la Beauce et la Picardie. » Ce mépris venait de la misère profonde où vivait le paysan, ruiné par les impôts, les corvées, les restrictions apportées au commerce des grains, ruiné encore par des droits de garenne, de colombier et de chasse, qui étaient autant de fléaux pour le champ du pauvre, quelquefois même pour celui du riche. < Quand il plaît, dit Saint-Simon, au seigneur de Thouars, il mande à celui d'Oiron, son vassal, qu'il chassera un tel jour dans son voisinage, et qu'il ait à abattre une certaine quantité de toises des murs de son parc pour ne point trouver d'obstacles, au cas que la chasse s'adonne à y entrer. » Les belles routes construites sous Louis XV ne servaient qu'entre les grandes villes. La plupart de nos voies de communication ne remontent pas au delà de 80 ans, et dans bien des provincea, les routes non royales étaient impraticables huit mois de Tannée. D'ailleurs « les terres, dit Montesquieu, rendent moins en raison de leur fertilité que de la liberté de leurs habitants. »
Ia liberté individnelle et 1» propriété mal gm.rmM" ties. •— Les lettres de cachet mettaient Tune à la discrétion des ministres et de leurs amis * ; l'autre était menacée par
1. En lOSS, Bartet, secrétaire da roi, ayant dépla an dac de Candale, celai-ci le fit arrêter et ; raser d'un côté du visage, barbe et cheveux. Ensuite il le fit exiler. (Mme de Sévigné, juin 1655 ; Mont., t. n. p. 488 ; t. m , p. 22). Saint-Simon raconte (chap. xix) qu'un baron de Cnamacé, trouvant que la maison d'un roturier nuisait à la symétrie de son parc, attira l'homme chez lui et l'y retint pendant qu'on démolissait sa maison et qu'on la transportait en un autre lieu. Le roi et la cour rirent beaucoup de l'aventure, c si l'ancienne monarchie a péri, ce n'est pas parce qu'elle a été attaquée par des métaphysiciens politiques et des pamphlétaires ; c'est surtout parce qu'au moment de cette attaque la propriété presque tout entière s'était désintéressée de sa cause, fatiguée depuis un siècle de ce que le trésor public demandait toujours plus et restituait toujours moins..., tenue qu^elle était dans une perpétuelle inquiétude et gênée par une législation abusive. Or, il n'y* avait plus alors de gouvernement en Europe qui pût résister longtemps au ressentiment de la propriété blessée. • (Mémoires d'un ministre du trésor public (Mollien)^. I, p. 124 et sa.) Quant aux lettres de cachet, il en a déjà été question. Rap-
SBlons seulement ici que le duc de la VrilUère en délivra, dit-on, 50 ooo nrant son ministère et que la marquise de Langeac, qui avait tout pouvoir sur lui, en faisait commerce. M. de Ségur raconte, dans ses Mémoires, l'édifiante histoire d'one femme et de son mari ; oeloi-oi ayant en la même
la confiscation, par Tarbitraire dont la cour était armée pour la création d'impôts nouveaux, par une justice qui n'était pas toujours impartiale, et par ces arrêts de surséance qui dispensaient les grands de payer leurs dettes (par exemple pour la banqueroute du prince de Guéménée).
^Pauvre, on l'aurait frappé d'un arrêt légitime; Il est puissant ries rois ont ignoré son crime*.
Malesherbes, président de la cour des aides, disait au roi, dans des remontrances restées célèbres : t Avec les lettres de cachet, sire, aucun citoyen n'est assuré de ne pas voir sa libexté sacrifiée à une vengeance, car personne n'est assez grand pour être à l'abri de la haine d'un ministre, ni assez petit pour n'être pas digne de celle d'un commis des fermes. » c Rien, a dit un publiciste, ne protégeait personne, tel est le dernier aspect de l'ancien régime ; i et il cite en preuve de l'insuffisance des corps ou des positions privilégiées le général comte de Lally, le procureur général la Chalotais et toutes les victimes ecclésiastiques de la bulle Unigenitus,
Ia liberté de conscience refusée. — Les règlements les plus sévères restaient en vigueur contre les dissidents. En 1746, il y avait 200 protestants condamnés par le seul parlement de Grenoble aux galères ou à la réclusion pour des actes de leur culte; en 1762, le parlement de Toulouse fit pendre un pasteur qui avait exercé en Languedoc son ministère et décapiter trois jeunes gentilshommes qui s'étaient armés pour se défendre contre une émeute catholique. Les mêmes magistrats firent rouer le protestant Calas, accusé d'avoir tué son fils, qui voulait, disait-on, se faire catholique, et qui en réalité s'était suicidé. Sirven et sa femme n'échappèrent à un pareil sort, que par la fuite.
idée et payé la même somme, cbacan des deux époux fit enfermer le même jour l'autre. Un magistrat, d'Espréménil, prétendait qne les lettres de cachet étaient aussi nombreuses que tous les autres mandats d'arrestation. Marie Durand fut arrêtée à l'âge de huit ans, Marie Béraud à l'Age de qucUre ans en 1723 ; sa captivité dura quarante ans, 1723-1763 (Topin, Aigvet'Ê/orteêy Ntmes, 186S). Charles de Craon, maréchal de Beauveau, fit vider la prison de la grosse tour; on menaça de le destituer. • Le roi, ré< pondit Beauveau, est le maître de m'ôter le commandement qu'il m'a conféré, mais non de m'empècher d'en remplir les devoirs selon ma conscience et mon honneur. ■
1. Gilbert, Mon apologie^ 213, 214. < U y eut sous Louis XV, dit M.Drox (t. I, p. 103), d'efirayants exemples d'impunité. • Il pense sans doute à ce comte de Gnarolais, prince du san^, qui, dit-on, prenait plaisir à tirer sur les couvreurs pour les voir précipités du haut des toits.
SéTértté et falbleMe à Péyard de la presee, ^ La
censure existait. Il y ea avait même plus d'une, celle du roi, celle du parlement, celle de la Sorbonne. Mais souvent elles se contrariaient. Tel livre amnistié par Tune, était brûlé par Tautre. Il se vendait plus cher*, et n'en circulait pas moins, quelquefois sous le couvert môme des ministres •. La loi prononçait la peine de la marque, des galères, de la mort contre les auteurs ou colporteurs d'écrits hostiles à la religion et à l'État ; quelques sots se laissaient prendre ; le plus souvent, l'administration fermait les yeux, et ce mélange d'excessive sévérité et de tolérance aveugle ne faisait qu'irriter la curiosité publique. On s'informait des arrêts pour savoir quels ouvrages on devait lire. Ce siècle était bien le temps où l'abbé Galiani définissait l'éloquence « l'art de tout dire sans aller à la Bastille. » Fréret y alla pour une dissertation sur les Francs; Leprévost de Beaumont, secrétaire du clergé, y resta vingt et un ans, jusqu'en 1789, pour avoir dénoncé au parlement le pacte de famine.
Misère fr^nérale. — Tous les témoignages montrent l'affreuse misère du peuple, les paysans de Normandie vivaient en grande partie d'avoine -et s'habillaient de peaux; dans la Beauce, le grenier de Paris, les fermiers mendiaient une partie de l'année* ; on en vit réduits à faire du pain avec de la fougère *. Dans un grand nombre de provinces, l'usage de