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Les dates sont celles de la mort

LA FRANCE VEWS 1774. 431

construisit le thermomètre de son nom ; Glairaut et d'Alembert, qui développèrent l'analyse mathématique; les botanistes Adanson et Bernard de Jussieu; Lacaille, qui alla en 1750 au cap de Bonne-Espérance dresser la carte du ciel austral ; Bouguer et la Condamine, qui se rendirent en 1736 sous Téquateur, tandis que Glairaut et Maupertuis étaient au pMe nord pour déterminer la mesure d'un degré et la figure de la terre. Le Piémontais Lagrange, né de parents français, était alors retenu à Berlin, par les bienfaits de Frédéric II, et Lavoisier n'était point maître encore des idées qui allaient renouveler la chimie.

P««Yolr eroIsMtni «i exigeBces de l'oplsion publia ««e. — Tout ce travail des esprits avait réussi à créer en France une puissance nouvelle : l'opinion publique , dont le gouvernement commençait à subir l'influence. La nation, longtemps spectatrice indifférente de ces longs efforts , avait fini par y prendre intérêt, par s'inquiéter de réformes, par désirer un changement.

On voulait que l'administration ne fût plus un affreux dédale où le plus habile se perdait, et que les finances publiques cessassent d'être au pillage , que chacun eût sécurité pour sa liberté personnelle et pour sa fortune, que le code criminel fût moins sanguinaire, le code civil plus équitable. On demandait la tolérance religieuse, au lieu du dogme imposé sous peine de la vie; la loi fondée sur les prindpes du droit naturel et rationnel, au lieu de l'arbitrahre, de l'inégalité et de la confusion de nos 384 coutumes provinciales; l'unité de poids et mesures, au lieu de la plus extrême confusion ; l'impôt payé par tous, au lieu de la misère taxée et de la richesse affranchie; l'émancipation du travail et la libre admissibilité aux charges publiques, au lieu du {privilège de la naissance et de la fortune; la plus active sollicitude, au lieu de l'indifférence pour tous les intérêts populaires. En un mot, l'égalité devant la loi et la liberté réglée suivant le droit.

Ces réclamations étaient si vives, si générale, que la nécessité d'y faire droit frappait tous les yeux clairvoyants. Jamais plus terrible mouvement n'a eu plus de prophètes sonnant l'alarme. Gatinat, Vauban, Saint-Simon, même Leibnitz, du vivant de Louis XIV, s'effrayaient de l'avenh:. c Gatinat, dit Saint-Simon, déplorait les fautes commises, le vice, l'ignorance, l'inquisition mise à la place de la police, et

voyant tous les signes de destruction, prédisait qu'il n'y avait qu'un comble très-dangereux de désordre qui pût enfin rappeler Tordre dans le royaume. » Dès Tannée 1707, un magistrat, Bois-Guillebert, disait ; c Le procès va rouler maintenant entre ceux qui payent et ceux quf n'ont fonction que de recevoir > ; et Fénelon en 1710 : «C'est une vieille machine délabrée qui va encore de l'ancien branle qu'on lui a donné et qui achèvera de se briser au premier choc, i La seule femme qui ait voulu tirer Louis XV de sa torpeur, la duchesse de Châteauroux, « voyait venir un grand bouleversement si Ton n'y portait remède. » La Pompadour, qui lui succéda, même le roi, ne se faisaient pas davantage illusion, mais s'étourdissaient en disant : « Après nous le déluge. » Au dedans, au dehors, on pensait de même : lord Ghesterfield, comme le philosophe allemand Kant, un homme de bien, Males- ' herbes, comme l'ambassadeur d'Angleterre*. « Tout ce que j'ai jamais rencontré dans l'histoire de symptômes avantcoureurs des grandes révolutions, disait le premier existe actuellement en France et s'augmente de jour en jour. Avant la fin de ce siècle le métier de roi et de prêtre déchoira de plus de moitié. »

A mesure, en effet, que le siècle avance et que la honte augmente, qu'après Rosâbach on a le Parc aux Cerfs, et le pacte de famine , les voix, moqueuses d'abord, deviennent sévères, redoutables. Ce règne , qui avait commencé par les Lettres persanes^ finit par le Contrat social. Les uns espèrent, les autres s'épouvantent. Rousseau était consulté, en 1761, par un conseiller au parlement de Paris , sur le choix d'un asile en Suisse, et il ajoute : « Cette lettre ne me surprit pas absolument, parce que je pensais comme lui et comme beaucoup d'autres que la constitution déclinante menaçait la France d'un prochain délabrement. • Deux ans après, le parlement de Rouen disait au roi lui-même : « Les maux sont à leur comble et présagent Tavenir le plus effrayant, a Enfin Voltaire écrivait le 2 avril 1764, au marquis de Chauvelin : « Tout ce que je vois jette les semences d'une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n'aurai pas le plaisir

1. C'est lui qui écrivait le 21 février 1765, à son çouvemement : c On ne peut qu'être frappé ici du désordre visible des affaires publiques et da déclin de l'autorité royale. > Je ne parle pas de Cazotte : sa fameuse scène prophétique n'est qu'un jeu d'esprit; mais le duc de Modène, i force de peur, avait prédit juste.

d'être témoin. Les Français arrivent tard à tout, mais mùn ils arrivent. La lumière s'^st tellement répandue de proche en proche qu'on éclatera k la première occasion, et alors ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux ; ils verront de belles choses*. »

Ces belles choses furent malheureusement mêlées à d'affreuses catastrophes, qu'on eût pu, prévenir en cédant plus tôt à des vœux légitimes. Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle tous les gouvernements réveillés, excités par les idées françaises, jreconnurent la nécessité d'opérer de nombreuses réformes. Rois et ministres se mirent à l'œuvre : Pombal en Portugal; Ferdinand IV, Charles III et Aranda en Espagne ; Tanucci à Naples ; le grand-duc Léopold en Toscane ; Joseph II en Autriche ; Frédéric II en Prusse, réformèrent les lois, détruisirent des privilèges, des abus, et exigèrent de la noblesse, du clergé, d'importants sacrifices, tout en augmentant eux-mêmes leur pouvoir'. Ils creusèrent des canaux, multiplièrent des routes, encouragèrent l'industrie, le commerce, l'agriculture ; ils cherchèrent et quelques-uns réussirent à augmenter la richesse nationale, le bien-être do leurs peuples, pour accroître leurs propres revenus. Partout même on parla de justice, de tolérance, et la philanthropie devint une mode ; ce qui n'empêchait pas au besoin la diplomatie de recourir aux procédés les plus machiavéliques. Les gouvernements, en un mot, faisaient des réformes, mais sans songer à se réformer eux-mêmes. Ainsi le landgrave <ie Hesse-Cassel écrivait un fort beau traité de morale : Pensées diverses sur les princes, l'envoyait à Voltaire, recevait du prince des philosophes les plus gracieux éloges, et dans le même temps il vendait à l'Angleterre 12 000 de ses sujets*.

1. Autre lettre du 24 nov. 1759 : • M. de Choiseul m'a mandé que feq M. de Meose avait une terre sur la porte de laqueUe était gravé : « A force « d'aller mal, tout va bien. » Le marquis de Mirabeaq annooçaitec la culbute générale. » (Rivarol, dans sa lettre a M. Necker.)

2. La réforme tentée par les princes an dix-huitième siècle a pour efltet

nliramontaine et à y diminuer le pouvoir spirituel. Dans le même temps, les crars se faisaient chefs de la religion dans leur empire. Quant aux pays protestants, ils avaient depuis longtemps remis la suprématie religieuse aux mains du pouvoir civil. Révolutions royalistes en Suède, eu HoUtnde, etc.

8. Corre,tp. de Voltaire avec le prince de Pruese^ n"* 81 et 82. Frédéric II, Autant que prince royal, écrivait V Anti-Machiavtl, ei^ devenu roi, faisait wigneusement détiuire l'édition.

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