CHAPITRE LVIIL
RÈGNE DE LOUIS XVt JUSQU'a La RÉVOLUTION (17 7 4-17 W) •*
liouu 3tVI. — Le nouveau foi, petil-fils de Louis XV, n'était âgé que de vingt ans. C'était Un prince de mofturs pures, d'un esprit peu étendu, d*urte timidité extt^êrne de caractère et de parole; aimant le bien, lé voulant; malheureusement trop faible pour savoir* imposer sa volonté à son entourage. Lorsqu^il était encore dauphin, Il avait dit un jour aux courtisans qui lui reprochaient son humeur morose au milieu de la folle cour de son aïeul : « Je Vea± être appelé Louis le Sévère. » Et Thlstoife, lai chertsfïatll un sur-^ nom, ne trouve que celui qu'elle a donné au successeur de Charlemagne.
, D'abord il remit au peuplé té don de joyeut alVéftement ; îî réforma la loi qui rendait les taillables solidaires du paiement de l'impôt; et, pour donner une première satisfaction à l'opinion publique, il rappela le parîement. S'il laissa paraître sa faiblesse en faisant rentrer au ministère le vieux et futile Maurepas» il montra son amour du bien en éloignant Maupeou et Tenray^ qu'il remplaça par Malesberbes el Turgot* Plus tard, il donna le tniûistère de la j^étté â On autre honnête homme, le comte de Saint^Germain, qui voulait réorganiserles finances et radministrdtiôn, nttais qui touchant,
1. Dro2^ Hitêove du règne de ^uù XVI ptndant Uts annéeê où l'tm pe^ vait préoenir eu diHgér ktrëpoiution ftanoain ; Malpuet^ Mémoity9f UMrttelle, Hiitoire du dix-huitième siècle; Mémoires de Louts XVI téc»Amtn% publiés : Marh-Thérkse et Marie-Àniàinette i Metrie-Àniolnétte^ Joseph il et Liftpold: recueils et lettres aotbtntiqaes tirées desareiûfei de Vienae, publiées par M. d'Arnelii (tS65-1866).
jusqu'à la révolution (1774- 17Ô9). 43^
à la Mie» à beaucoup de choses, avec de bonnes idées et une mauvaise exécution, nuisit, en somme, â la cause générale de la réforme.
Malesherbes et Tnrgot (1994-1 ff'i^B]. — Lamoignoijl de Malesherbes, un des hommes les plus honnêtes du dixhuilième siècle, était depuis 1750 président de la cour des aides et directeur de la librairie. Dans la première de ces places, il n'avait jamais perdu une occasion de rappeler au gouvernement quUl devait au pays une gestion économe de la fortune publique : dans la seconde^ il favorisa Tesprit de réforme et d^innovalion dont toute la littérature était animée. Celte conduite lui avait valu une grande popularité parmi les gens de lettres, lorsque le roi Tappela au poste de ministre de sa maison, auquel la police du l'oyaume était attachée. ï)ès le commencement de 1771, il avait demandé la convocation des états généraux; longtemps après, en 1787, il fit rendre leuf état civil aux protestants.
Turgot, esprit supérieur, avait autant de vertu que de science : il était de ceux qui croient que la liberté est une leçon continuelle de morale publique, et en même temps une source de richesses parcer quelle est un mobile puissant de travail. Intendant de Limoges, depuis 1761, il avait supprimé les corvées, ouvert des routes, popularisé l'usage de la pomme de terre ; et, par de sages et généreuses mesures : création d'ateîîers de charité, vente libre de grains, sacrifice de sa propre fortune, il avait empêché ceUe pauvre province de s'apercevoir d'une disette. Dès sdn entrée au ministère (20 juillet 1774), il repoussa lés conseils funestes que les consciences sans scrupules donnaient au roî, et lui dit : a Point de ban quet^oute, point d'augmentation d*iriip6t, point d'emprunt. » Sans recourir â ces expédients très-usités, il trouva moyen, en 20 mois, dé rembôurèer plus de lÔO millions de dettes. Pour* aider et éclaifei* le g^ouverhement, il voulait faire élire, parmi les propriétaires des villes et des provinces rurales(, des mùtîicîpàlités Châi*gêe3 de répartir l'impôt, de pourvoir aux travaux publics de îà comnâûnauté, à la subsistance de ses pauvres, et de tratnsnietfre aux ministres ses désîfs sur tous lèS intérêts locaui. Au-dessus de ces municipalités de commuile, il eût bientôt érigé des mu-' nicipalités d'arrondissement tii'ées deS premièreé paf l^èTéc* tion, et, enfin, plus tard, quand Ta nation eût été habituée, dans une petite sphère, à administrer ses propres intérêts,
il eût créé des municipalités de province et une municipalité de royaume.
C'étaient là de bien grandes nouveautés ; Turgot en projetait d'autres plus redoutables : abolition des corvées, qui pesaient sur le pauvre ; établissement sur la noblesse et le clergé d'un impôt territorial; mais amélioration du sort des curés et des vicaires, qui n'avaient que la plus petite portion des revenus de l'Église, et suppression delà plupart des monastères ; égale répartition de l'impôt par la création d'un cadastre ; liberté de conscience et rappel des protestants ; rachat de rentes féodales ; un seul code ; un même système de poids et mesures pour tout le royaume ; suppression des jurandes et maîtrises, qui enchaînaient l'industrie ; la pensée aussi libre que l'industrie et le commerce; enfin, comme Turgot s'occupait des besoins moraux aussi bien que des besoins matériels, un vaste plan d'instruction publique pour répandre partout les lumières.
Réformes de Turgot, opposition des priTllég^iéft. — Ces réformes n'étaient rien moins qu'une révolution. Aussi les intérêts menacés firent-ils une rude guerre au ministre ; il ne put procéder que lentement et partiellement. Il alla d'abord au plus pressé. Les grains ne sortaient pas de la province où ils avaient été récoltés ; même dans l'intérieur de chaque province, ce commerce était chargé d'entraves ; Turgot détruisit ces monopoles désastreux en autorisant la libre circulation des grains et farines par tout le royaume. Ses ennemis se hâtèrent de dire que l'exportation allait être permise ; quelques-uns, qu'elle l'était déjà. On émut le peuple, en lui montrant les blés passant à l'étranger ; on lui fît craindre la famine : c'est le plus sûr moyen de la produire. Des soulèvements eurent lieu dans les campagnes; des troupes de brigands qu'on croyait avoir été soudoyés, m^is sans savoir qui payait, osèrent se présenter même à Versailles, et pillèrent à Paris, des boutiques de boulanger. Il fallut user de la force (mai 1775).
Une explosion plus violente eut lieu contre Turgot lorsqu'il eut fait adopter au roi le projet de remplacer la corvée par un impôt que payeraient les propriétaires. L'édit atteignait les magistrats ; l'intérêt leur fît oublier la justice, et le parlement, qui avait tant de fois parlé du bien public, entra (•A luUo, pour la défense d'un abus odieux, contre le ministre rclormateur. Il n'enregistra l'édit qu'en un lit de jus-
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tîoe, après avoir soutenu quo « le peuple est taillable «t corvéable à volonté, et que c'est une partie de la constitution que le roi est dans Pimpuissance de changer. » Les nobles disaient : « Si le roi peut nous obliger à contribuer pour la corvée, il peut donc aussi la rétablir en nature et nous forcer à travailler sur les grandes routes? » Et le roi: « Je vois bien qu'il n'y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple » (mars 1776). L'abolition des jurandes et des maîtrises, c'^tà-dire la liberté entrant dans l'industrie, comme il avait voulu la mettre dans le commerce, accrut encore le nombre de ses ennemis.
Falble«»e du roi. — Le principal ministre, Maurepas* minait sourdement son crédit auprès du roi; la reine attaquait un contrôleur général qui ne parlait que d'économie ; Louis XVI, malgré ses excellentes intentions, commençait à se lasser des rudes épreuves auxquelles Turgot mettait son esprit par Texposé de vastes desseins qui en dépassaient la portée. Un jour, le ministre entrant dans son cabinet : t Voyez, lui dit-il, je travaille aussi. » 11 composait un mémoire pour Ifl destruction des lapins dans les campagnes voisines des eapitaineries. Aux autres moments, il faisait de la serrurerie, dessinait des cartes de géographie, ou passait des jours entiers à la chasse '. C'étaient là les occupations du roi de France h la veille de la Révolution! Lorsqu'en 1777 l'empereur Joseph II vint en France, où il étudia de si près, et non sans une secrète envie, notre industrie et nos arts, il apprit avec stupeur que son beau-frère, loin d'avoir visité ses villes et ses provinces, n'avait môme jamais vu ni les Invalides ni l'École militaire. Henri IV était le plus brave soldat de son armée; son fils se battait encore bien. Louis XIV et Louis XV assistèrent à des actions de guerre. Leur successeur fut toujours inconnu de l'armée. Ainsi cette royauté s'était peu à peu retirée du milieu de la vie nationale et s'étiolait dans la solennelle oisiveté de Versailles ^ Le phénomène
i. Voir Journal et comptée de Louie XVI ^ publiés dans la Betme ritrcipeclvoCf t. V.
2. Un bel esprit, le marquis de Pezay, était chargé de fabriquer dos mots pour le roi. Le prince de Ligne a conservé une de ces leçons soufflées, c'est une lettre que Pezay écr ivait au roi. « Votre Majesté va bientôt à une course de chevaux : elle trouvera un notaire qui écrira les paris de M. le comte d'Artois et de M. le duc d'Orléans. Dites, Sire, en le voyant: « Pourquoi cet homme? Faut-il écrire entre gentilshommes t La parole « Buffit. • Cela arriva, dit le prinee de Ligne, j'y étais. On s'écria : quelle
iSê RÈGNB DE LOUIS XVI
Constaté trois fois déjà dans noire histoire, sons les dernkrs Valois et sons les rois fainéants qui avaient laissé choir de leur front la couronne de Glovis, de Charlemagne et de saint Louis, apparaissait donc encore. Les races royales sMpuisent dans Tatmosphère des cours comme les grands arbres à qui ht sève Tenant à manquer, «e finissent et meurent misérai^tement.
mëê. ^ LMntègra Malesherbes, Tami, le eollègue de Tui^ot, et, cômoM lui, poursum par la oskkn éas privilégiés, £aU>lit le premier ; il donna sa démission. Turgot, d^jime trempe plus Ibiîe, attendit la sienne; il ne voulut peint abandonner le poste o& il pouvait faire te bien, qu^il n'en eùk été chassé. Le 12 mai 1776 il reçut l'ordre de quitter le ministère et écrivit au roi : « Tout «ton désir est que vous puissiez toujours croire que j'avais iftai ¥u et que je vous montrais des dî^igers chimériques^ /e souhaite que le temps ne Bie justifie pas, et que votre règne soit aussi heureux, aussi tranquille que vos peurples se le soat promis, d'après vos prtnsipes de justice et de bienfaisance, v il n'y eut que ceux dooi i'mil exercé voyait venir la révolution qui s'affligèrent de la chflte de Turgot. Voltaire lui adrofl»a VÉpiUr» à im Iwnune, et André Chéniar le célébra xLans son Hymne à 2a Prcmoe.
Quatre mois étaient à peine éeoulée que le roi cédait aux privilégiés le rétablissement de la tcorvée et icelui des maîtrises. A Turgot, à Malosherbes sueeédèreni des bomrnes nuls, Amelot, Olugny, Taboureau des Beaux- Le vieux Uaurepas , vidikni frivole de soixante-quinze jSns , qui gouver*nait avec des épigramntes, redoutait les hommes qui trcMiblaient sa quiétude en l«i montrant l'abîme et en voulant le combler. « Du moins ne m^aec^erâ^tn^n pas, disait^il en appelant Am^t au ministère, d'avoir ehoisi celui*lè poui son esprit. » ^
BrMlcei>(i99«*]f«i). *^ Cependant la guerre d'Amérique allait commencer. Une ordonnance du 10 juin 1776 prescrivit l'armement de fiO y^sseaux de ligne. Pour faire face aux dépenses nouvelles, avec un budget en déficit, il Callait un habile homme. On recourut à un banquier genevois, Necker, qui avait une grande réputation comme financier.
iu«to|Me et q««l graod mot du foiJ Voilà ton ««ara. f {O^itvru cAoûtist, %* Ilf p. M«.) V«gr. «iiMi, ioufibapt Pesay, Ipê Métnoir^ 4e Becenval, I. ),
jusou'a la révolution (lt'J4-1789). hi^
Ses opérations de banque étaient déjà considérables sons Louis XV, et plus d'pne fois alors il avait reçu du contrôletir général des billets conçus en ce style de débitent aux abois t « Nous vous supplions de nous secourir dans la journée.... Nous avons recours à votre amour pour la réputation du ité* sor royal. » Il fut appelé à ?uiminisû*er ce trésor dont le désordre lui çivait été ainsi révélé. Comme il était protestant et étranger, il n'eut que le titre de directeur des finances (octo^ bre 1776). Son esprit n'avait p$s l'étendue et la force de celui de Turgot ; il projetait aussi une organisation d'assemblées provinciales, mais dans un simple btif d'administration finan^ cière : il n'en faisait pas une grande conception politique. Ea certaines choses il manquait de lumière et d'opinions arfêtées ; il croyait qu'on pouvait guérir le mal dont se mourait la France par des expédients et des réformes partielles. Dû reste les plus généreux sentiments l'animaient ; il voulait fermement le bien public, et souhaitait d'arriver par ce chemin à la gloire. Pendant cinq années il se tira avec honneur d'une situation que rendaient bien difficile le caractère nwsquin et jaloux de Maurepas, l'indolence du roi, l'âvidîté des courtisans.il lui fallait diminuer le déficit que Turgot n'avait eu ni le temps ni les moyens de faire disparaître, pourvoir aux frais de la guerre d*Aïnérique et aux dépenses énormes d'une cour encombrée d'uû peuple d'officiers de tout nom et de valets de toutes sortes. Il y réussit sans augmenter les impôts, sans économiser beaucoup sur la cour, mais par unfe réduction dans les frais de perception* par mille petites réformes utiles et par 490 millions d'emprunts qui furent constitués, pour la plupart, en rentes viagères. C'était bien d'eh appeler au crédit public : mais emprunter à titre onéreui, c'était reculer la difficulté, non la résoudre, et, sous cette administration bonnèta d'un habile banquier, non d'un grand ministre, le gouflflre continuait à ne creuser, Necker, pour le combler, comptait sur la paix, sur l'avenir; mais qui est !e maître de l'avenir ?
Necker tomba deux ans avant la conclusion de la paix. L'occasion de sa chute fut son fameux Ckmtpte rendu de Vétat des fmanoeê publié eo 1781, qui ûi, tant de l)ruit et qu! était pourtant bien incomplet, car il ne montrait que les recettes et l68 dépenses normales* On n'y parlait ni des emprunts i^i
1. U détacha en 1778, de la ferme général#, la perception des droits d'aides et des droits domaniaux (SO millions), et les mit en régie publi-
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des dépenses pour la guerre. La recette y apparaissait supérieure de 10 millions à la dépense. Le public, charmé qu'on lerât à ses yeux ne fût-ce qu'un coin du voile épais qui cachait les finances, reçut cette publication avec d'immenses applaudissements. Les capitalistes prêtèrent au ministre 236 millions *. Mais la cour s'irrita de cet appel à l'esprit public. Si le jour entrait dans l'administration financière , que deviendraient les pensions et le pillage habituel? Maurepas donna le signal des attaques. Le Compte rendu avait paru brochée avec une couverture bleue : « Avez-vous lu le conte bleu ? » demanda-t-il à quelqu'un ; le mot fit fortune, et la guerre qui avait si bien réussi contre Turgot recommença contre son successeur. Le parlement se sentait menacé dans son rôle politique et l'était, car Necker aurait voulu le réduire à ses fonctions judiciaires : il se cabra contre Tédit pour le rétablissement des assemblées provinciales ; les courtisans jouèrent de la langue pour décrier le ministre qui les ruinait en mettant de l'ordre dans les finances , qui retranchait jusqu'à leurs petits bénéfices, qui supprimait de la maison du roi les coureurs de vin, leshâteurs du rotules galopins j mille autres offices de ce genre que le roi donnait aux gentilshommes, et que ceux-ci vendaient fort cher parce que l'acheteur y trouvait l'occasion de maint profit secret. Devant ces clameurs de la cour, Louis XVI céda encore ; et quand Necker, à bout de patience, lui offrit sa démission, il l'accepta (21 mai l'^Sl). Ce fut pour le vrai public une calamité : il n'était question partout que de la retraite de Necker ; on saisissait au théâtre toutes les allusions à sa disgrâce; les plus grands seigneurs l'allèrent voir dans sa terre de Saint- Oiien ; Joseph II et l'impératrice de Russie lui écrivirent.
qae, de sorte que tout le produit, sauf les frais de perception, fut Tersé au trésor: il réduisit les fermiers généraux à 40, etc. Mais il combattit les idées de Turgot en faveur de la liberté commerciale et soutînt le système des maîtrises.
i. Le chiffre des pensions s'élevait à' 28 millions en 1780, à 32 un peu plus tard, c Je doute, dit Necker dans son Compte rendu, si tous les souverains de l'Europe ensemble payent en pension plus de moitié de pareille somme. > Le chiffre des personnes attachées par leur service à la maison du roi était de 1400 au moins. La reine, les princes, avaient Inur maison composée à l'instar de celle du roi, et seulement moins nombreuse. Les sommes fournies par le trésor pour les dépenses de la famille royale s'élevaient à 40 millions, qui en vaudraient 60 aujourd'hui, sans compter les revenus des apanages, les dépenses de la maison militaire, les traitements des grands oificiers de la maison royale, ni l'entretien des ch&teauz royaux, ni les frais de voyage, eto.
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Outre ses Téformes financières, quelques actes honorables avaient signalé son administration : il avait fait afEranchir les serfs du domaine royal, détruire le droit de suite, qui livrait au seigneur tous les biens acquis en pays étranger par son 8«pf fugitif, et abolir la question préparatoire. Quelques seigneurs qui avaient encore des serfs suivirent l'exemple du roi : le chapitre de Saint-Claude exigea, pour affranchir les siras, une indemnité de 25 000 écus.
«mnred'AmérMiiie (1798-1983). li» Fajette. — La guerre de Sept ans, si favorable, politiquement, à TAngleterre, avait ruiné ses finances en portant sa dette à la somme de d^x milliards et demi, qui exigeaient un intérêt annuel de 88 millions de francs. La métropole pensa à se décharger sur ses colonies d'une partie de ce pesant fardeau. Elle mit unimp6t sur le papier timbré, plus tard sur le verre, le papier et le thé. Des émeutes forcèrent de supprimer ces taxes : on ne garda que la dernière. Mais les habitants de Boston, invoquant le grand principe de la constitution anglaise que nul n'est tenu de se soumettre aux impôts qui n'ont pas été voté^ par ses représentants, jetèrent à la mer une cargaison de thé venue de Londres, plutôt que de payer le droit, et la guerre éclata (1775). L'insurrection gagna toutes les provinces; l'année suivante, leurs députés, réunis en congrès général à Philadelphie, publièrent la déclaration d'indépendance où se remarquaient les principes suivants, qui semblaient sortir du sein de la philosophie française : « Tous les hommes ont été créés égaux ; ils ont été doués, par le Créateur, de certains droits inaliénables ; pour s'assurer la jouissance de ces droits, les hommes ont établi parmi eux des gouvernements dont la juste autorité émane du consentement des gouvernés ; toutes les fois qu'une forme de gouvernement quelconque devient destructive des fins pour lesquelles elle a été établie, le peuple a le droit de la changer et de l'abolir. •
La France accueillit avec enthousiasme une révolution où elle se reconnaissait. Les trois députés américains, Arthur Lee, Silas Deane, surtout le vieux Franklin', si célèbre déjà comme physicien , furent, pendant leur séjour à Paris, l'objet d'une ovation perpétuelle. La jeune noblesse, exaltée par les idées philosophiques , et tout ardente du désir d'effacer
i. Voy. Mémoirti et pafiitrs de Franklin.
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la hàtiU de la guerre de Sept «hb, de oombsttFe Todiease rivale, demandait à partir en (bote powr TAiBérlqae. Le marqnis de la Fayette, à peiné âgé de vfaigt ans, quitta sa jeune femme enceinte et fréta lut^môme un vaisseau qu'il chargea d^armes*. Le gouvernement redoutait oepeiidant une rupture avec TAngléterre. Turgot avait denuoidé qu'on restât neutre, prévoyant que l'Angieti^rre gs^emt plus à mconnaître Pindépendance de ses colonies qu^ les lenir frémissantes sous le joug. De Vergeanos se eonteata d'envoyer d'abord des secours indirects an armes, argent et munitions, que Beaumarchais se chargea de faire arriver. Louis XVI n^aimait pas la guerre ; il ne voulait point surtout passer pour Fagresseur, et pe«t-ètre se fûstût-il à luinnâiae, au fbnd de l'âme, les mêmes raisonnements que lui adressa une brochure anglaise : « Vous armez, monarque imprudent..., vous armée pour souteaûr Tindépendance de l'Amérique et les maximes du congrès. Il est une puissance qui s'élève aujourd'hui au-dessus des lois , c'est celle des raisonnements ambitieux; elle conduit una révolution en Amérique, peut-être elle en prépare une en France^ Les législateurs de l'Amérique s'annoncent en disciples des i^ilosophes français; ils exécutent ce que ceux-ci ont rêvé. Les philosophes français n'aspirent-ils point k être législateurs dans leur {propre pays?... Quel danger n'y a-t-il point à mettre l'élite de vos officiers en communication ainoa des hommes enthousiastes de liberté ? Vous vous mquiéteres, mais trop tard, quand vous entendrez répéter dans votre cour des axiomes vagues et spécieux (ju'ils auront médités dans les forêts d'Amérique. Gomment après avoir versé leur sang pour une cause qu'on nomme celle de la liberté, feronV-ils respecter vos ordres absolus? D'où vous vient cette sécurité quand on brise en Amérique la statue du roi de la Qrande*Bretagne, quand on voue son nom à l'outrage? L'Angleterre ne sera que trop vengée de vos desseins hostiles, quand votre gouvernement sera examiné, jugé, condamné» d'après les furincipes qu'on professe à Philadelphie, et qu'on applaudit dans votre capitale. »
1. Parmi U* officiers français qai servirent «a Ainéri<iiié âoas RothMibeau«e tro«vai«iit le prihte de Broflie, le baron de Yioménil, leobevaUer de Chastellux, les ducs de Laval-Montmorency, de Castries, de Lauzun, les comtes de Saiat-Mesmes, de Castines, de Ségur, les yicomtes de Rochambeaa et de NoaiUes, etc.
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Praphétiqufis aveptissemmtts I Pouriant Loois X¥i se laissa •fitrainer, €i, le 6 fôYrier 4778, il cigna avec les États-Unis un traité de commerce, corroboré d'une alliance offensive et défensâye^ M TAngleteiTa ^itûwnîi la guerra à la France. L'ambaftwieiitr anglais fut aussitôt rappelé.
9»09wUU^NMh 4«fii»M»9«t «• fiaishM. ^ U France, lueureus^aeiit^ «^ait passé p&r les mains de Choiseul qui tviût reieFé sa mariiœ. Une flotte de li vaisseaux et de 4 fi^gatas partit da Tadoii peur PÀmérique (1779) sous le comte d^Estaing ; un autre se forma à Brest pour cambattre dans les mon d'Éor^e; enfin una armée sa prépara à faire une ^BsaaBle en Aogleterre. Le combat de la M^ta h BdiêrP<mUy qui démAta une frégate anglaisa, ouvrit giorieusamani las hostilités; ai la eemta d'Orvilliers, sorti de Brest avec 38 vaisseaux, tiat la fortune indécise, dans la bataille d'Ouassasi, contre ramiral Keppel (37 juillet). L'Angleterre fut affirayéa de voir la France reparaîlre sur mer à arones égalas, et traduisit sou amiral devant un conseil de guerre. N'avoir pas saisi k victoire, c^était pour elle avoir été vain • eue. La comto d'Ëstaing aurait pu remporter quelque brillant Bocoès sur l'amiral Howe, inférieur en forces ; mais sa flotta fut dispersée par une tempête, et il échoua dans une tentative sur Sainte-Luda, doai las Anglais s'étaient emparés; Bouille prit du moins la Dominique*
On recueillit alors les ft^its de la politique du duc de Choi- «ul qui avait renoué IHdliance de la France avec l'Espagne, CeUa puissance offirit sa médiation que l'Angleterre rejeta. Poussée par k c<Nnte de Vergennes qui lui montrait Gibraltar, Minorque et les Florides à reconquérir, alla déclara la guerre à l'Angleterre et réunit sa marine à celle de la France (1779). Le eomted'Orvilliers, avea 66 vaisseaux de ligne, cin- ^ sur Plymouth ; une tempête qui dispersa sa flotte épargna àl^Angieterra quelque désastre ! La France sa consola d'avoir perdu ia Aruit de ce grand armsttient par la prise da la Grenade, que d'Ëstaing enleva, en sautant le premier dans les retranchements ennemis. Cet événement eut à Paris un retentissamant considérable. L'aourat Rodney s'y trouvait alors, retenu pour des dettes qu'il ne pouvait solder. Un jour qu'il dînait diez la maréchal de Biron, il traita avec dédain l^s succès des marins français, disant que, s'il était libre, il an jurait bientôt raison. La maréchal paya aussitôt ses dettes : t Partez, monsieur, lui dit-il ; ailes essayer
de remplir tos promesses; les Français ne yenlent pas se prévaloir des obstacles qui vous empêchent de les accomplir. »
Cette générosité chevaleresque nous coûta cher; Rodney faillit tenir parole. Il battit une flotte espagnole, ravitailla Gibraltar, qu'une armée franco-espagnole assiégeait, et alla livrer aux Antilles trois combats au comte de Guichen. Mais ce dernier retint la victoire indécise et enleva, à son tour, en Europe, un convoi anglais de 60 bâtiments, avec un butin de 50 millions.
Mjm. nevtrallté mwmée. -^ Un échec du comte d'Ëstaing devant Savannah, dont il voulut s'emparer avant que la brèche fût ouverte, compromit un moment la cause américaine. Mais une vaste coalition se formait contre le despotisme maritime de PAngleterre. Pour empêcher la France et l'Espagne de recevoir des régions du Nord les munitions navales nécessaires à leurs arsenaux, les Anglais arrêtaient et visitaient les bâtiments neutres. De là mille vexations, des abus, et la ruine du commerce des neutres. Catherine II, la première, proclama (août 1780^ la franchise des pavillons, à la condition qu'ils ne couvriraient pas la contrebande de guerre, poudre, boulets, canons, etc. ; et pour soutenir ce principe, elle proposa un plan de neutralité armée qui fut successivement accepté par la Suède et le Danemark, la Prusse et TAutriche, le Portugal, les Deux-Siciles et la Hollande*. L'Angleterre, vivement irritée, déclara aussitôt la guerre à la Hollande, 4a plus faible et la plus vulnérable des puissances neutres. Rodney se jeta sur Saint-Eustache; une de ses colonies, où il fit une prise de 16 millions, que le brave Lamothe-Piquet ravit en vue des côtes d'Angleterre.
Succè* du coBite de Cirasse et dn bsllli de liaffreM. ^ L'année 1781 fut la plus heureuse de cette guerre pour la France. Le comte de Grasse remporta une série de brillants succès. « Il a six pieds, disaient de lui nos marias, et six pieds un pouce les jours de bataille. » Ses victoires con*
f . La ligue se proposait de défendre les principes dont la France a obtenu la reconnaissance par TAngleterre (1854); le pavillon couvre la marchandise, par conséquent liberté absolue du commerce des neutres, excepté pour la contré)ande de guerre qui servirait à rennerai ; le neutre peut aller partout, excepté dans les ports bloqués par une force efPeotive; Je neutre doit subir la visite, s'il n'est pas convoyé par un bâtiment de guerre; mais le visiteur doit se tenir i portée de eniaçn, et n'eavoyer qu'on canot monté par trois hommes.
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tribuèrent à celles que Washington, Rochambeau et la Fayette remportèrent sur le continent américain; Le 11 octobre 17«1, ils forcèrent le général Gornwallis k capituler dans York-Town, avec 7000 hommes, 6 vaisseaux de guerre et 50 bâtiments marchands. Ce fait d'armes fut décisif pour rindépendance américaine. Les Anglais, qui occupaient encore New-Yorn, Savannah, Charlestown, ne firent plus que s'y défendre. En môme temps le marquis de Bouille leur enlevait Saint-Eustache ; le duc de Grillon, Minorque; et Sufiren, un de nos plus grands hommes de mer, envoyé aux Indes orientales pour sauver les colonies hollandaises, y gagnait quatre victoires navales (févr.-sept. 1782). Déjà il formait avec Haïder-Ali, sultan de Mysore, de vastes plans pour la destruction de la domination anglaise dans ce continent, quand la paix vint Tarrôter,
Bataille des Saintes. — Dans les Antilles^ les Anglais ne conservaient d'autre île importante que la Jamaïque; de Grasse voulut la leur enlever en 1782; mais, attaqué par des forces supérieures que commandait Rodney, il fut battu et pris : à son bord il n'y avait que trois hommes qui ne fussent point blessés. Cette bataille des Saintes, qui fut sans résultats fâcheux, eut une grande importance dans l'opinion. On oublia que c'était la première, dans cette guerre, que nous perdions*.
Hiégre de CîibraUar. — L'habile défense de Gibraltar contre les forces réunies de la France et de l'Espagne fut un autre "échec. Ce siège avait attiré l'attention universelle. Un frère de Louis XVI, le comte d'Artois, avait obtenu du roi la permission de s'y rendre. 20000 hommes et 40 vaisseaux bloquaient la place, 200 bouches à feu, du côté de la terre, et 10 batteries flottantes, jouvrirent, le 12 septembre, un feu épouvantable contre ce rocher que défendaient sa redoutable position et le courage du gouverneur anglais EUiot*.
i. La guerre d'escadres nous a été moins funeste qu'on ne le dit Dé 1676 à i78i. la marine française a livré vingt et une batailles rangées et n'en a perdu que trois. Tourville, vaincu à la Hougue (1692), avait 2114 canons contre 6994; Conflans, dans la baie de Quiberon (1759), lutta avec 21 vaisseaux contre 37; le comte de Grasse, à la bataille des Saintes (1782), n'avait que 30 vaisseaux contre 37. La conséquence, c'est que, en cas de conflit nouveau, la France ne devrait pas se résigner, comme beaucoup de gens le lui conseillent, à la guerre de course, qui doit amener à la longue k destruction inévitable de la marine qui la fait.
2. Ces batteries, inventées par le colonel d'Arçon, étaient formées par des vaisseaux rasés, recouverts d'un triple toit à l'épreuve de la bombe et guruis d'un boidage épais. Une humidité constamment entretenue préve-
kkt RkGNB DB LOUIS XYI
La place, attaquée comme nulle autre ne Tavait eacore éié^ se trouva bientôt aux abois. Elle avait vainement lancé 60O boulets rouges contre les batteries flottantes, lorsqu^un de ces derniers projectiles entra sans qu'on s'en aperçût dans le bordage de la Tailla Pedra, où toutes les précautions recommandées par l'inventeur n'avaient pas été prises. Il y chemina silencieusement, arriva aux poudres et fit sauter le
QIt>^4lt4^
navire. Lincendîe gagna les deux batteries voisines, et les Ësps^nolsy sons prétexte d'empêcher les Anglais ëe s'emparer des autres, y mirent lé feu. 12000 bommeà périrent à ce siège, et Gibraltar resta au:t Anglais*
naît I6 danger des pfojeetile^ iiKïendialreS. Mais le piifted éê Ifassao négligea, saf la Taiila Pâdra^ ItÈ précautions rfieoÉtimandé^s pttt é'Kt^im. L'idée du colonel d'APçoti a été tèprrse de nos jotirs et avec snccès, sêolement le développement de neutre indifsirre a permis de substituer le fer au bois, 6'est-à-dire de rendre ces terribles machines presque intnlnérâbleâ.
JUSQU*A UA B«Y0*.UTiON (l774-l?89). k^7
«mi«& «• T^maUM (198a]. ^ C6pen4ant TAngleterro avait perdu aoa renom d'inyincible sur les mers^ prodigieusemeot aouffi^dans son commerce, accru sa deUe de 2 mil- Ikrds et demi. Lord ^k)rth, chef du parti de la guerre, quitta le ministère ^ fut remplacé par les whigs (1782), qui firent perter au eal^in^ de Versailles des propositions de paix. La France, de scm côté, avait dépensé UOO millions ; du moins elle avait obtenu un grand et noble résultat : Tindépendance des États-Unis. La paix fut signée le 3 septembre 1783. Elle était honorable pour la France, qui tout d'abord effaçait le houleux article du traité d'Utrecht, relatif à Dunkerque ; faisait rendre Minorque à TEspagne, et obtenait pour elle-même la resUtution de Ôiandemagor, Pondichéry^ Karikal, Mahé et Surate, aux Indes ; Tabago et Sainte-Lucie, aux Antilles ; les Ilots 4e Saint-Pierre et de Miquelon, avec ' le droit de pèche à Terre-Neuve ; enfin, Corée et le Sénégsd, en Afrique. Cette guerre fut le dernier triomphe de Tancienne monarchie. « Quel empire 1 s'écriait Joseph II à la vue d'une flotte sortant de Brest, quel empire! La terre et la mer! »
Le traité de Versailles annonçait sous deux ans un traité de commerce entre la France et F Angleterre. Il fut signé en 1786, et substitua, à la prohibition qui existait, un droit proportionnel à la valeur des objets sur les marchandises communes aux deux pays. Ce traité était le premier pas fait piu* TAngleterre dans la voie d'une politique oommercîale nouvelle, celle qui a substitué 4e régime de la liberté à celui do la prohibition. Un autre traité oe commerce avec la Russie, en 1787, nous ouvrit ce pays que jusqu'alors les marchands hollandais et anglais avaient seuls exj^oité.
La France venait d'aider un peuple nouveau à monter au rang des nations ; ses subsides à la Suède, sa volonté hautement déclarée de soutenir Gustave lll, avaient tenu en tride Fambition éhontée de la Prusse et de la Russie^ et elle avait contribué à sauver la Bavière des aUaques de TAutriche, l'Empire d'une guerre entre les deux grandes puissance» allemandes, en faisant accepter sa médiation et celle de k Russie à l'Autriche et à la Prusse (traité de Teschm^ 1779). Sa diplomatie était donc aussi heureuse que ses ai*mes.
Pr^iprèe de» setenee»* — Cependant le mouvement qui emportait le siècle, continuait son cours et même entraînait les arts : Greuze et Vien régénéraient la peinture, Grélry, la
musique*. Les travaux publics étaient remarquad>ies : le canal de Bourgogne, entre la Seine et la Saône;, celui du Centre, entre la Saône et la Loire ; et la digue de Cherbourg, le plus grand travail accompli par la main des hommes, étaient commencés. Les espriîs étaient à la fois et plus graves et plus enthousiastes. Des sciences étaient créées ; toutes se développaient et cherchaient à devenir populaires. Lavoisier décomposait l'eau, et par ce seul fait, transformait la chimie et avec elle l'industrie moderne (Théttrie de la calctnation des métaux y 1775).ij'abbé de l'Épée fondait son /m^i^ution des sourds-muets^ qui réparait une des erreurs de la nature (1778) ; Valentin Haûy V Institut des aveugles^ qui en diminuait une autre (1784), tandis que Pinel montrait que les fous n'étaient point des êtres dangereux qu'il fallait enchaîner, mais des malades qu'on pouvait guérir. Turgot créait une chaire d'hydrodynamique, afin de répandre les connaissances nécessaires aux grands travaux hydrauliques qu'il méditait. En 1778, érection d'une chaire de minéralogie pour une autre science dont l'abbé Haûy donnait en ce moment les lois et fondation de la Société royale de médecine; en 1780, établissement de l'École vétérinaire d'Alfort, et en 1788 de l'École des mines; en 1787, création au sein de l'Académie des sciences, des sections d'histoire naturelle, d'agriculture, de minéralogie et de physique : c'était comme l'avènement de ces sciences à la popularité *. Sept ans plus tôt, l'Anglais Jenner avait découvert la vaccine par laquelle on put combattre un fléau qui décimait l'humanité ; et l'agriculture s'enrichissait des deux plus grandes conquêtes qu'elle eût faites depuis l'introduction du maïs et du ver à soie : Parmentier augmentait les ressources alimentaires du peuple en popularisant l'usage de la pomme de terre (1779) ',
1. Oreaze (1726-1805) mérite, en effet, une place à part pour la simple et gracieuse naïveté cle sa peinture. Quelques-uns de ses tableaux seront dans tous les temps des chefs-d'œuvre : l'Accordée de x>iUagej le Pènfxk' ralyiique^ la Bonne Mère, Icl Petite Ftlle au chien. Rameau, mort en 1704, avait lait une révolution dans la musique. Vien fut le maître de David.
2. En 1787, on commença aussi la publication régulière des Manuscrits de la Société royale d'agriculture qui, fondée en 1764, avait jusque-là langui.
3. La pomme de terre, transportée du Péron dès le seizième siècle, était accusée de donner la lèpre ou tout au moins des fièvres. Parmentier en fit l'analyse chimique en 1778, et obtint d'ensemencer 34 arpents de la plaine des Sablons, jusque-là d'une stérilité absolue. On le traitait de fou; mais la plante poussa, les fleurs parurent; il en fît un bouquet qti'il présenta au roi, et Louis XVI mit une de ces fleurs à sa boutonnière. La cause de la pomme de terre était ijngncc.
jusqu'à la révolution (1774-1789). 449
et Daubenton introduisait en France la race espagnole des moutons mérinos. Deux ans après, le marquis de Jouffroy faisait le premier essai de la navigation à vapeur ; tentative qui resta malheureusement alors sans résultats. Mais Gaivani, de Bologne, allait constater (1791) les singuliers phénomènes d'éleetricité auxquels on a donné son nom, et Volta, de Côme, inventer (1794) la pile qui a ouvert à la chimie une carrière nouvelle. Enfin, Tannée même où se réunissaient les états généraux, Laurent de Jussieu, précisant les idées de son oncle Bernard, proclamait, pour la classification botanique, le principe de la subùrdinatiùn des caractères, qui, généralisé par Guvier, a renouvelé les sciences naturelles •.
En même temps de hardis et savants navigateurs, les Anglais Wallis etCook, les Français Bougainville et la Pérouse, complétant l'œuvre de Christophe Colomb et de Vasco de Gama, achevaient la reconnaissance du globe, et au prix de mille dangers, au prix de leur vie, ouvraient des voies sûres au commerce*. Ainsi, les sciences proprement dites tournaient à l'utile, à l'application, comme les sciences morales tendaient aux réformes politiques. Cet accord involontaire annonçait l'approche des temps nouveaux.
Mort de Voltaire et de Rousseau (1778). — La presse devenait plus active et plus audacieuse. Un ami de Turgot écrivit un ouvrage sur les inconvénients des droits féodaux^ que le parlement fit brûler; le l®' janvier 1777 parut le premier numéro du Journal de Paris, qui se fit quotidien pour répondre à l'inquiète curiosité de l'opinion publique. Enfin, ceux qui étaient à la tête de la pensée du siècle recevaient de derniers et enthousiastes hommages. Voltaire, alors âgé de quatre-vingt-quatre ans, rentra à Paris et des-
1. Gênera plantarum secundum ordineê naturalee ditposita. Livre admirablet dit Gayier, qui fait daas les sciences d'observation une époque peut-être aussi importante que la chimie de Lavoisier dans les sciences d'expérience. — Scheele de Stralsund, mort en 1786, découvre le chlore, le Suédois Bergmaun, mort en 1784, l'acide carbonique. Les Français Berthollet et Guyton de Morveau aidèrent Lavdisier à établir en 178? la nomenclature cnimique. Lagrange, attiré à Paris par les offres de Louis XVI après la mort de Frédéric U, commença en 1787 la publication de la M^ etmiqiie analytique. Laplace ne donna qu'en 1798 son Exposition du tystème du monde.
2. Le vojrage de circumnavigation de Bougainville eut lieu de 1766 à i769- La Pérouse partit en 1785. On cessa d'avoir de ses nouvelles en 1788. Le capitaine anglais Diilon trouva en 1827 les preuves du naufrage de ses vaisseaux près des lies Vanikoro, et Duroont d'Urville, qui visita ces lies l'année suivante, rapporta en France quelques-uns de ces débris qui font maintenant au Louvre.
450 RÈ6NB DB LOUIS XVI
cendit dans Phôiel du marquis de Yillette, au coin de lame de Beaune et du quai des Théatins, qui, depuis, s'est appelé le qttai Voltaire. Sous les fenêtres, dans les salons, se pressait une foule immense. Franklin lui amena son pi&titfils pour le bénir; le patriarche de Ferney étendit les mains sur la tète de Tenfant : c Dieu et liberté, dit-il, voilà la seule bénédiction qui convienne au petit-Ûls de M. Franklin. » Il se rendit à l'Académie française, qui vint audevant de lui, ce qu'elle ne faisait pas, même pour les souverains. Puis il alla à la Comédie^Française, c presque
Ermitage de Rousseau & Montmorency. .
porté dans les bras de la France entière. » Quand il parut dans la loge des gentilshommes de la chambre, toute la salle éclata en applaudissements ; lui, se penchant hors de sa loge, s'écriait : c Français, vous me ferez mourir de plaisir. » On lui mit sur la tête une couronne, qu'il ôta pour la donneir à Mme de Villette, mais que le prince de Beauveau replaça sur son front. Les acteurs eurent peine à commencer la représentation : c'était la première d'Itèné. Cette pièce finie, la toile se releva ; on vit le buste de Voltaire au mtlièU dU théâtre, et tous les comédiens à l'entour, une couronne à la main. Le buste fut couvert de fleurs et demeura ainsi pen-
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dant la pièce duiyaûte, qui était encore de lui (Nanine^ la meilleure de ses comédies). Il ne survécut que deux mois à ce triomphe, étant mort le 30 mai 1778 ; son corps, enseveli d'abord à l'abbaye de Sellières, fut, en 1791, transporté au Panthéon .
Rousseau, son émule en gloire et en influence, le suivit de près (3 juillet), et mourut solitaire, comme il avait vécu,
Tombeaa de Rouueau à Ermenonville.
dans la retraite que le marquis de Girardin lui avait fait accepter à Ermenonville. Une petite île reçut sa tombe métiers, et devint comme un lieu de i admiraient son génie. Montesquieu \ quatre grands écrivains du siècle, [ ne s'éteindra qu'en 1788, à quatrede donner encore (1778) un magni- ]Ae$ de la nature^ un des livres qui ont
le plus frappé rimagination des hommes de ce temps. Bien loin de Voltaire et de Rousseau se tenaient deux héritiers d'une partie de leur esprit. Beaumarchais, Tauteur du Mariage de Figaro (1784), continuait laguerre aux préjugés de naissance, et Bernardin de Saint-Pierre, dans ses Études (1784), surtout dans Paul et Virginie, essayait de ranimer le goût de la nature, des mœurs simples et des sentiments vrais.
DéisouTerte des aérostats (1783). — L'ardeur de connaître et de se frayer des routes nouvelles était si grande, qu'il semblait que Thorizon de la science humaine n'eût plus de bornes. Franklin venait « d'arracher le tonnerre aux nuages, » et Pilâtre de Rozier, d'Arlande, faisaient, au château de la Muette, l'année même du traité de Versailles (1783), la première ascension dans une montgolfière. Ainsi l'homme, maître déjà de la terre et de TOcéan, voulait prendre aussi possession de Pair, de cet air que Lavoisier venait récemment de décomposer, par l'oxydation du mercure, en des gaz distincts. Charles et Robert renouvelèrent l'expérience aérostatique aux Tuileries, au milieu d'un concours immense, et deux ans après, Blanchard passait en ballon de Douvres à Calais; mais Pilâtre de Rozier et Romain, qui voulurent faire la même traversée, avec un nouveau système, furent précipités sur les rochers de la côte.
lie mag^nétisme. — A côté des aérostats, les mystères, les mensonges du magnétisme : Cagliostro et Mesmer ; l'un, aventurier italien qui se faisait appeler comte, vivait dans l'opulence, et prétendait tenir les véritables secrets de la chimie, tels que les avaient découverts les prêtres de l'Egypte et de l'Inde ; l'autre, aventurier allemand qui, ayant échoué à Vienne, vint à Paris donner ses fameuses séances (1779). Dans un appartement riche, embaumé de parfums, faiblement éclairé, plein de douces harmonies musicales, disposé enfin pour agir sur l'imagination et les sens, les malades ou les curieux se réunissaient autour du baquet magnétique; quelques-uns bientôt tombaient en convulsions, la contagion gagnait les autres. C'était le remède à tous les maux, c II n'y a, disait-il, qu'une nature, une maladie, un remède. » Une commission nommée par le gouvernement, et composée de Lavoisier, Franklin et Bailly, fut chargée d'examiner les expériences magnétiques ; elle déclara que les magnétiseurs opéraient des efl'ets singuliers, non, il est vrai, par un fluide, comme ils le prétendaient, mais par la surexcitation de Tima^
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gination. Un magistrat fameux, d'Espréménil, prit chaudement la défense de Gaglfostro et de Mesmer.
li'illaminlsme. — Certains esprits perdaient terre en quelque sorte, Saini-Mariin publiait les incompréhensibles rêveries du Philosophe inconnu ; on introduisait, on dévorait le livre extraordinaire de Swedenborg, intitulé : les Merveilles du ciel et de Venfer^ et des terres planétcùres et australes^ d'après le témoignage de ses yeux et de ses oreilles.
Francs-maçons. — Au-dessous de la politique et de la science, dans Tombre et le silence, travaillaient les francs-
château de la Muette au dix-huitième siècle.
maçons : vaste et vieille association d'hommes de tout rang et de tout pays qui, parmi ses initiés, comptait des princes ' et qui, sous des rites bizarres, quelque peu puériles, ca- . chait et propageait des idées libérales.
lia reine Marie-Antoinette. — En présence de toutes ces choses merveilleuses qui attestaient la force, mais quel-
I. Bear coup de princes allemands, le prince de Galles, le grand-duc de Toscane, même Frédéric II, y étaient initiés. Le comte de Clermont fut orand maître jusqu'à sa mort, en 1771. {Geschichti der Freimawr«rein m Frankreichf von G. Klos, 1853.)
454 RiGNB PB hOVl$ XVI (1774-1789).
quefois snssi le délire de la raison, Topinion devrait la reine du monde, et les puissances les plus respectées devaient . œaintenant compter avec elle. Jadis la cour donnait le ton et la àicsure à la société française ; ce n'était pas Louis XVI qui pouvait continuer la tradition de Louis XIV, et la belle et gracieuse Marie-Antoinette s'était fait de nombreux ennemis à la cour par ses amitiés trop exclusives, dans le public par un dédain trop grand des règles de l'étiquette et des convenances royales. Elle délaissait Versailles pour TrianonSet croyait qu'une reine de France pouvait alors vivre pour ellemême. C'étaient les habitudes de la maison d'Autriche, mais ce n'étaient pas celles de la maison de Bourbon. Un soir, son carrosse s'étant brisé, elle se rendit dans un fiacre au bal de l'Opéra ; le lendemain, -tout Paris commentait cette imprudence. Ainsi commençaient les médisances qui plus tard se changeront en colères, et éclateront d'une si terrible manière contre celle qu'on n'appellera plus que l'Autrichienne •.
f. Le grand Trianon. bâti par Manaard en 1676, eni une fantaisie de Louis XIV, ennuyé de la solennité fh>ide et incommode de Versailles; le petit, construit par Gabriel pour Louis XV, en 1766, fut donné par Louis XVI à Marie-Antoinette, qui fit dessiner un jardin à l'anglaise, vret lac, rivières, maisons rustiques. « Une robe de percale blanche, un fichu de gase, un chapeau de païUe étaient la seule parure des princesses. Le
glaisir de voir traire les yaches, de pêcher dans le lac, enchantait la reine, n y jouait la comédie ; te Devin au village de Rousseau, le Barbier de Séville de Beaumarchais, y furent représentés. La reine remplissait le r^lt de Rosine. »(-flf«moirM de Mme Gampan.)
2. Les ennemis de Marie-Antoinette furent d'abord et seulement à Ver» sailles. « Sa légèreté blessait des personnes qui ne la lui pardonnaient point : ainsi le jour des révérences de deuil (après la mort de Louia XV), elle fut accusée d'avoir ri de la figure de quelques douairières { et le leiH demain une chanson d'une insolence extrême circula dans VersailUa;
Petite reine de vingt ans,
Vous qui traitez si mal les gens.
Vous repasserez la barrière..., » etc.
(Droz, 1. 1, p. 133.} Ce fut dès les premiers jours du nouveau règne que les adversaires de Talliance autrichienne, les courtisans exclus de cette société intime où se plaisait la reine, eommencèrent la sourde guerre qui mina peu à peu la popularité que lui avaient value sa grAce, sa jeunesse et sa beauté. Et parmi ses ennemis, il y en avait de très-haut placés. Voy. \2i Correspondance du comte de la Marck, plus tard prince d'Arember(|, ami très-dévoué de la reine et du roi. Le comte de Provence lui disait un jour, en parlant du roi son frère : ■ Sa faiblesse et son indécision sont au * delà de tout ce qu'on peut dire. Pour vous faire une idée de son earaetère, imaginez des boules d'ivoire huilées que vous vous elTorceriez vainement de retenir ensemble.» (T.I,p. 125. )La Marck écrivait lui-même à M. de Mercy- Argenteau, ambassadeur d'Autriche : t II faut trancher le mot, le roi est incapable de régner. » — Voir Feuillet de Conches, louis XYL Marie- AntoineUe el Madame Elisabeth, lettres et documents inédits dont l'an- Ihentioité a été contestée. Le chevalier d'Arneth à publié sous le titre de Marie-Thérèse et Marie-Antoinette un recueil de lettres tirées des archives de Vienne et plus dignes de foi.
Un événement malheureux montra, dès l'année 1784, les dispositions du public à son égard. Le cardinal de Rohan était alors le scandale de TÉglise. Ambassadeur à Vienne, il y avait compromis son caractère de prêtre et de représentant de la France par une conduite légère et d'effroyables dépenses. Il disait qu'il était impossible à un gentilhomme de vivre avec 1 200 000 livres de rente. Son parent, le prince de Rohan-Guéménée, ayant fait une banqueroute de 30 millions qui ruina une foule de gens, le cardinal en était tout fier : « Il n'y a, disait-il, qu'un souverain ou un Rohan qui puisse faire une pareille banqueroute, i Méprisé du roi, surtout de la reine, il était en complète disgrâce. Une intrigante, la comtesse de Lamotte, lui fit croire qu'elle était la confidente de Marie-Antoinette et que cette princesse était disposée à lui rendre sa faveur ; elle appuyait ses insinuations par de fausses lettres où l'écriture de la reine était imitée à s'y méprendre. Elle alla jusqu'à lui promettre une entrevue, le soir, dans les jardins de Versailles, avec sa souveraine. Une fille qui ressemblait beaucoup à la reine joua le rôle que la comtesse lui avait appris, et le cardinal crut que rien ne serait plus refusé à son ambition. Or, quelque temps auparavant, deux joailliers avaient proposé à Marie-Antoinette un collier de la valeur de 1 600 000 livres qu'elle avait refusé, en ajoutant, avec le roi, que deux vaisseaux de guerre étaient plus utiles à la France que ce joyau. La comtesse persuada au cardinal que la reiôe avait grande envie du collier et qu'elle le chargeait de Tacheter secrètement pour elle ! Il alla trouver les marchands, leur montra les lettres et se fit livrer le bijou, dont la comtesse fit aussitôt son profit. A quelque temps de là, les joailliers, inquiets de n'être pas payés, écrivent à la reine. Aussitôt tout se découvre. Le cardinal, arrêté à Versailles même, dans ses habits pontificaux, est envoyé à la Bastille. Le parlement, saisi de l'affaire, rend un arrêt qui le délivre, comme simple dupe, et condamne la comtesse à la marque et à la réclusion. Cette affaire fit le plus grand bruit, et quoique la reine y fût complètement étrangère, sa réputation souffrit beaucoup d'avoir été mêlée à ce scandale.
Louis XVI ne lui avait d'abord montré qu'une extrême froideur. Plus tard elle prit sur lui un très-grand empire. Ce fut après la retraite de Necker qu'elle commença à se mêler activement du prouvernement. Mais n'ayant pas le génie ad-
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ministratif de sa mère Marie-Thérèse, si elle voulait de Pinfluence, elle ne voulait pas du souci des affaires ; et comme eUe ne prêtait à celles-ci qu'une attention distraite , elle ne pouvait donner à son influence une direction éclairée. Ce fut elle qui fit appeler de Galonné, en 1783, au contrôle général. Calonne (1783-1787). — Galonné avait des connaissances en administration, une grande facilité de travail, mais c'était un dissipateur*. A peine nommé il vint trouver le roi : « Sire, j'ai 200 000 livres de dettes ; un autre vous les cacherait et prendrait sur les fonds de son ministère : j'aime mieux vous le déclarer. » Le roi, étonné, va à son secrétaire, sans mot dire, et lui donne la somme en actions d'une compagnie; Calonne garda les actions, ses dettes se payèrent autrement. Ses principes financiers étaient ceux-ci : « Un homme qui veut emprunter a besoin de paraître riche, et pour paraître riche il faut éblouir par ses dépenses. L'économie est doublement funeste : elle avertit les capitalistes de ne pas prêter au trésor obéré ; elle fait languir les arts que la prodigalité vivifie.» Théorie agréable à tous ceux pour qui les approches du trésor sont faciles. Les courtisans, les femmes, étaient enchantés de ce ministre aimable, qui ne portait pas sur son front, comme Turgot et Necker, les soucis du pouvoir consciencieusement exercé, et qui prévenait une demande de la reine en lui disant : « Si c'est possible, madame, c'est fait ; si ce n'est pas possible, cela se fera. » Un prince racontait plus tard : « Quand je vis que tout le monde tendait la main, je tendis mon chapeau. » Le roi, dans son indolence, s'accommodait d'un personnage que rien n'embarrassait. Ces beaux dehors cachèrent 500 millions d'emprunts en trois ans et en temps de paix.
Le moment vint cependant de tout dévoiler au roi. Alors le prodigue se fit réformateur. Calonne imagina un plan où se mêlaient les idées de tous ses devanciers. Soumettre les privilégiés à l'impôt et à une subvention territoriale ; établir des assemblées provinciales ; diminuer la taille ; décréter la liberté du commerce des grains, etc. « Mais c'est du Necker que vous me donnez là , s'écria le roi ; c'est du Necker tout pur. — Sire, répondit l'ennemi de Necker, dans Tétat des choses, on ne peut rien vous offrir de mieux. »
1. V§Lbhé d'Espagiiac. un des agents de Calonne, gagna en jouant sur les fonds publics 18 millions en six mois cl les perdit en six jours.