‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 47 sur 64 · DU 21 SEPTEMBRE 179S AU S6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

DU 21 SEPTEMBRE 179S AU S6 OCTOBRE

au nord, celle de Vihiefs (18 juillet), sur rarmée partie d'Angors.

La colonne dePonest restait seule menaçante; 40 000 Vendéens marchent sur Luçon, où le général Tuncq n^avait que 6000 hommes. Mais les Vendéens acceptent la bataille en plaine et sont complètement défaits (Ik août). Le 5 septembre, ils prennent leur revanche à Chantonnay, malgré le c<m**age de Marceau. Alors, les MayençaiSj qui d'un an ne pouvaient servir contre la coalition, arrivent en Vendée, et avec eux Kléber, qui à lui seul valait une armée. Les forces républicaines sont divisées en 4 corps, et on décide de partir le même jour de Saumur, de Nantes, des Sables et de Niort, pour séparer les Vendéens de la mer, où venait de se montrer une flortte anglaise, et pour left rejeter du Marais sur le Bocage. Mais la division du commandement entre Ganclaux (armée de Brest) et Rossignol (armée de la Rochelle) empêche Tunité de direction; des contre-ordres imprudemment donnés suspendent la marche de trois divisions et laissent quelque temps celle de Ganclaux exposée seule aux coups de Tennemi. 20000 Vendéens attaquent son avant-garde à Tor- £ou. C'étaient 2000 Mayençais et Kléber; ils plient d'abord sous la supériorité du nombre et rendent. Kléber, pour arrêter Tennemi au passage d'un pont, y place un officier et quelques soldats auxquels il dit : c Mes amis, vous vous ferez tuer ici, » et la consigne est exécutée. Le même jour, la colonne d'An* gers avait perdu les Ponts-de-Gé; la veille, Sant^re, avec la colonne de Saumur, avait été battu à Goron. Autre revers en même temps à Montaigu, qui oMige Ganclaux à se replier sur Nantes.

Mais la Convention ordonne à ses généraux déterminer la guerre avant le 20 octobre. En onze jours, les Vendéens éprouvent quatre échecs : à Saint-Symphorien, le 6 octobre, par les Mayençais; à ChâtilloUy le 9, par Westermann; à Mortagne, où Lescure fut mortellement blessé, et à Saint- Christophe, le 15, par Marceau et Kléber. Enfm Kléber les écrase en avant de Ghollet'(17 oct.). D'Elbé, Bonchamp, sont frappés à mort; le dernier avant d'expirer, obtient la grâce de 4000 prisonniers républicains que les siens voulaient fusiller. Acculés à la Loire par ce grand désastre, 80 000 Vendéens, hommes, femmes; enfants, vieillards, passent ce fleuve, à Varades, pour soulever l'Anjou, le Maine et la Bretagne ; ils battent les bleus près de Laval (27 oct.) et pénè-*

582 XA CONTetlTiaK

tr^t jusqu'à Grm^irille, d'où ils espèrent ieodre la marâ

aux Anglais. Mais Granville les repousse; ils retournent alors sur Angers (3 déc.)) pour rentrer dans le Bocage vendéen. Cette fois la Loire est bien gardée : ils sont rejetés sur le Mans, écrasés dans cette Tille (13 déc), achevés dans Savenay (25 déc.)» Ce fut la fin de la grande guerre. Les colormet infernaies n'eurent plus que quelques combats isolés à livrer dans la Vendée^ où Charette, la Rochequelein et Stofûet tenaient encore*.

Campayve 4*é(é ée 1904:1 Flewms.*^ L'hon&eur dea succès remportés en Alsace, à la fin de 1793, revenait à Hoche ; Pichegru se les attribua et le persuada à Saint- Just <pu fit jeter Hoche en prison, et donner à Pichegru lecom^ mandement de Tarmée du Nord. Ce général perdit deux mois en efforts infructueux et sanglants sur TËscaut et la Sambre, et ne sut pas tirer parti de deux victoires (Moucroèn 29 avril et Turcoing 18 mai), gagnées par l'impétueux élan de nos jeunes réquisitionnaires, bien plus que par Thabileté de leur chef. Heureusement Carnot renonça à temps à Tidée d'attaquer de front l^nnemi, qui nous avait pris Landrecies, el imagina de menacer sa communication et sa ligne de retraite en amenant Jourdan, avec<4ô 000 hommes, de la Moselle sur la Sambre. Quatre fois les représentants SaintJust et Lebas franchirent la Sambre à la tête des colonnes républicaines ; quatre fois ils furent repousses. Cependant il fallait à tout prix emporter Charleroi. Ils décidèrent Jourdan k tenter tm cinquième passage. Celui-là réussit ; Charleroi capitula, et le prince de Cobourg, accouru trop tard au secours de la place, perdit la bataille de Fleurus (28 juin), qui rouvrit les Pays-Bas aux Français. Pichegru poussa les Anglais vers la Hollande, Jourdan, les Autrid^ienis jusque derrière la Meuse. Dugommier, aussi habile que brave, força, dans les Pyrénées, le formidable camp du Boulou, sur le Tech, près de Céret, où il prit UO canons (l^ mai) ; et Dum^bion, dirigé par Bonaparte, qui commandiait Partillerie de l'armée des Alpes, fit tomber le camp des Piémontais, à Saorgio, en avant du col de Tende (28 avril). Les portes

1. Mort de la Rochejaqaelein (4 mars 1794). ^- Incendie de ChoUet par Stofflet (10 mars). — Traité de la Jaulnais avec Charette (19 féfvrîer 1795). — Soumission de StofQet à Saint-Florentin (2 mai). — L'année suiTanté, Tan et l'autre, souleTés de neuTeau, forent pris et fusillés.

pu 21 SEPTEMBRE 1792 AU 26 OCTOBRE 1795. 628

de rittdie et de l'Espagne étaient ouyertes comme les Paysk Bas.

Caatpaurne d*hlTeF de 1904 à 1906| eenquéte de» Payt-Bfts t inv«»ieii de VEmpmgne, -^ L'hiver n'arrêta ni les opérations de nos armées ni nos succès. Jourdah battit les Autrichiens sur TOurthe, il les battit encore sur la Roër et les rejeta derrière le Rhin (5 oct.), où les Prussiens qui opéraient dans le Palatinat, découverts par cette retraite, durent les suivre. Alors les quatre armées françaises du Nord, de Sambre-et-Meuse^ de la Moselle et du Rhin bordèrent le grand fleuve. L'hiver était venu et terrible. Le froid descendit jusqu^à dix-sept degrés au-dessous de zéro. Les soldats, vê^ tus de haillons, sans paye, mais soutenus contre toutes le misères par leur énergie morale, au lieu de s'établir dans des cantonnements, marchèrent en avant, franchissant les canaux, les fleuves, poussant devant eux Anglais, Hollandais, et, le 20 janvier 1795, entraient dans Amsterdam. « Cette cité fameuse par ses richesses vit, avec une juste admiration, dix bataillons de ces braves sans souliers, sans bas, privés même des vêtements les plus indispensables, et forcés de couvrir leur nudité avec des tresses de paille, entrer triomphants dans ses murs au son d'une musique guerrière, placer leurs armes en faisceaux et bivaquer phisieurs heures sur la place publique, au milieu de la glace et de la neige, attendant avec résignation et sans murmure qu'on pourvût à leurs besoins et à leur casernement. » Des escadrons de hussards coururent au Texel prendre la flotte hollandaise, retenue dans les glaces. Pichegru constitua la Hollande en répv^blique. bataye* De là il pouvait tourner les défenses de la Prusse sur le Rhin : TAUemagne du Nord était ouverte à nos soldats comme à nos idées*.

Dugommier, dans les Pyrénées-Orientales, prit Bellegarde, à

1. Un des généraux de division qui commandaient sous Pichegru était MOreau. Né à Moiiaiz en 1763, il fut d'abord destiné au barreau, mais s'engagea, malgré sa famille, dans un régiment; son père ayant acheté son congé, il reprit à Rennes ses études, tout en gardant ses goûts militaires, et acquit un çrand ascendant sur les étudiants de cette ville. U figura comme le général du parlement dans les troubles qui précédèrent à Rennes la révolution. Après la création de la garde nationale, il or^nisa & Rennes une compagnie de canonniers, dont il fut le capitaine jusqn'en t7»2. Parti alors comme volontaire, il fit sa première campagne sous Damouriez, avec le grade de chef de bataillon, devint en 1793 général de bri-

Sade, et en 1794 général de division. Il commanda l'aile droite de Pichegru ans Finvaslon de la Hollande, et remplaça ce général à l'armée du Nord, plus tard, à celle de Rhin-et-Moselle, avec laquelle il fit sa belle campagne

notre extrême frontière, et força le passage des montagnes, que défendait une ligne de 77 redoutes (bataille de la Mouga, 18 noY.) ; mais il périt au sein de la victoire. A la suite de ce succès, une des plus fortes places de TEurope, Figuières, ouvrit ses portes. Moncey, à l'autre extrémité de la chaîne pyrénéenne, faisait en même temps la conquête du Guipuscoa : TËspagne était envahie de deux côtés. La seule armée d'Italie n'avançait pas.

Paix ftTec 1» PruMe et PEspatpM 190St Quiberoa. — Deux puissances étaient effrayées de leurs défaites ; la Prusse, qui voyait déjà les Français sur les rives de PEms ; l'Espagne, qui redoutait de les voir bientôt sur celles de l'Èbre; l'une, d'ailleurs, était en ce moment fort occupée du demi^ partage de la Pologne, qui lui valut Varsovie (24 oct.); et l'autre était livrée à une cour honteuse que tout bruit d'armes épviuvantait. Elles demandèrent la paix (traité de Bâle, 5 avril et 28 juillet), la Prusse céda ses provinces sur la rive gauche du Rhin , l'Espagne, la partie espagnole de Saint-Domingue. Cette paix était la reconnaissance de la république et de la révolution par deux grands États de l'Europe. Le grand-duc de Toscane avait traité dans le mois de février.

L'Angleterre, l'Autriche, la Sardaigne et l'Empire restaient en ligne. La première, pour relever dans nos provinces de l'ouest les forces du parti royaliste, qu'affaiblissait la rivalité de Gharette et de Stofflet, débarqua en Bretagne, dans la presqu'île de Quiberon, deux divisions d'émigrés. Hoche, qui

de 1796. Un autre Moreau fut en 1794 général en chef de l'armée de la Moselle et mourut au siège de Luxembourg en 1795.

Il est bon de savoir ce qu'étaient en 1789 les généraux qni Tenaient} dans ces premières campagnes, de commencer leur illustration. En 1789, Kellermann était maréchal de camp; Berthier, colonel; Serrurier, major; Moncey, capitaine ; Brueys, Bruix, Decrès et Gantheaume, lieutenants de vaisseau ; Davout, Desaix, Marmont et Macdonald, sous-lieutenants ; Pérignon, officier démissionnaire; Bernadette, sergent-major; Hoche, Mar> ceau, Lefebvre, Pichegru, Ney, Masséna, Murât, SouU, sous-officiers ; Augereau, maître d'armes; Victor, soldat; Lannes était teinturier; Ocuvion Saint-Cyr, dessinateur et comédien; Jourdan, mercier-colporteur; Bessière, perruquier; Brune, typographe; Joubert, junot, étaient étudianU en droit; Kléber architecte: Mortier partit comme volontaire en 1791. Hoohe était fils d'un garde de chenil à Versailles ; Marceau d'un procureur; Masséna d'un marchand de vin ; Murât d'un aubergiste ; Augereao d'un ouvrier maçon; Lefebvre d'un meunier; Ney d*un tonnelier. En voyant ces grands hommes de guerre, dont ils connaissaient l'origine, devenir généraux, ducs et princes, nos soldats diront que tout conscrit peut ramasser sur on champ de bataille nn bÀtim de maréchal de France, et tous l'y chercheront. (Voyex plus loin les paroles d'un officier prussien, après léna.)

Page 1