‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 5 sur 64 · TT · texte numérisé non relu

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s'attaqua de vîïlé à ville, de château à château, de maison à maison. A Toulouse, les calvinistes s'étant emparés du Capîtole, le parlement les y assiégea, et il y eut une bataille de huit jours. A Montpellier, le baron de Crussol fît détruire, pour se défendre contre une armée catholique, tous les faubourgs, qui contenaient six couvents des plus beaux, quatre églises et la tour de Tuniversité. Des chefs de bandes cou* raient les campagnes. Les protestants tuaient comme les catholiques, mais de plus dévastaient les églises, violaient les tombeaux, brisaient les statues. Que de chefs-d'œuvre périrent alors! Nos églises portent encore les traces de ces dévastations *. Deux chefs de parti se signalèrent entre tous par leurs cruautés : le catholique Biaise de Montluc, le bou^ cher royaliite, dans le Languedoc et la Guyenne ; le protestant des Adrets, dans la Provence et le Dauphinô. Le premier était toujours accompagné de deux bourreaux qu'il appelait ses laquais, c II ne fît point le doux, dit-il lui-même, mais contre son naturel usa non-seulement de rigueur, mais de cruauté. » Il faillit un jour étrjangler de ses propres mains un ministre prolestant qui était venu pour négocier avec lui. Une autre fois, il en mit sur la roue 30 ou kO ; dans une autre ville, il en fit pendre 70 aux piliers delà halle ; « ce qui donna une grande peur dans le pays, un pendu étonnant plus que cent tués. > Et dans cette pensée, il multipliait les pendaisons, t On pouvait connoître par où j'avois passé, car par les arbres, sur les chemins, on trouvoit les enseignes. », Ces cruautés le rendirent maître de la Guyenne, dont il tenait, disait-il, avec la Garonne et la Dordogne, f les deux mamelles. »

Le baron des Adrets dut une réputation pareille à des actes semblables. Après la prise de Montbrison, il fit couper la . tête à la moitié des défenseurs de la place, et força les autres à se précipiter du haut d'une tour sur la pointe des piques de ses soldats, ' ^

Siège de Boaen (1562). ^ Au nord, où se trouvaient les chef», on combattit avec plus d'ensemble, et le destin de

i. A Ot^êané, eà H62, Gondé «t OMigtiy a^^tittAt «fie MuM fgèm ékvatkilieBt régliae de Sainte-Groi^, y courent «t font des efforts inutiles

Eour les arrêter; Condé saisit alors une arquebuse et couche enjoué un ommé ^ni%sÀU Uilè staitie i « Mon«itfti^, Idl éiie eet bôtftifiÀ, Ufei pêt\9àùe que j'abatte cette idole ; vous me tueree après. » (TU6odere de Ui^, . Histoire de* Eglises rèformén, t. Il, p. 32.)

la guerre s*y décida. A la tète de Tannée catholique, qu^avait rejointe Antoine de Bourbon, le duc de Guise se dirigea sur Rouen. Cette ville, dominée par des hauteurs, n'était pas tenable ; elle résista pourtant. Antoine de Bourbon y reçut une blessure dont il mourut ; mais, au bout de quelques jours, la place fut emportée. Montaigne raconte qu'à ce siège on

protestant qui s'était chargé d'ase duc lui pardonna : c Or, lui ditmbien la religion que je tiens est n vous faites profession : la vôtre ' sans m'ouïr, n'ayant reçu de moi le me commande que je vous parvous êtes de m'avoir voulu tuer I ces belles paroles que les ambî-

tieux, qui veulent toutes les gloires, trouvent quelquefois, mais que leur vie dément. Le duc, en ce moment si magnanime, ne Tavait été ni à Vassy ni à Amboise,où il répondait h une des victimes : « Mon métier n'est pas de parler, mais de couper les têtes ; » il ne le fut pas davantage à Rouen. a Cette grande ville, dit Gastelnau, pleine de toutes sortes de richesses, fut pillée l'espace de huit jours, sans avoir égard à Tune ni à Tautre religion, nonobstant que Ton eût, dès le lendemain de la prise, fait crier, sous peine de la vie, que chaque compagnie et enseigne, de quelque nation qu'elle fût, eut à sortir de la ville. » Après le pillage vinrent les exécutions juridiques.

Bataille de Dreux (1562). — Gondé, avec 7000 hommes de renfort qu'il reçut de l'Allemagne, tenta de réparer cette perte et vint attaquer les faubourgs de Paris. Repoussé par les Espagnols, il se replia vers le Havre pour y recueillir les Anglais et revenir en plus grande force, mais il fut contraint, parle duc de Guise, de s'arrêter près de Dreux (19 décembre). Quinze à seize .mille hommes s'y trouvèrent en présence de chaque côté. Une bataille était inévitable. Les deux armées restèrent quelque temps face à face : « Ghacun, dit la Noue, repensoit en soi-même que les hommes qu'il voyait venir vers soi n'étoient Espagnols ni Italiens, mais François, voire des plus braves, entre lesquels il y en avoit qui étoient ses propres compagnons, parents et amis, et que, dans une heure, il faudroit se tuer les uns les autres ; ce qui donnoit quelque horreur du fait, néanmoins sans diminuer le courage. » Gondé enfonça le centre des catholiques, blessa et prit le connétable ; mais les Suisses rétablirent le combat, et le duc de Guise acheva la victoire par un mouvement de flanc : le prince de Gondé fut pris.

Mort du duc de Guise (fév. 1563). — C'était un grand succès pour Guise. De ses deux rivaux d'influence, l'un, le maréchal de Saint-André, était tué; l'autre, Montmorency, était captif, et il tenait le chef même de l'armée huguenote. Il le traita chevaleresquement, voulut qu'il partageât son lit, et dormit bien à côté de cet ennemi mortel, qui avoua n'avoir pu fermer les yeux. On avait d'abord annoncé à Gatherine de Médicis que la bataille était perdue. <r Eh bFen, avait-elle tranquillement répondu, nous prierons Dieu en français- » Les Guises Tefl'rayaient , et, quand elle sut la vérité, ils l'efl'rayèrent bien davantage, malgré la joie qu'elle

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affecta pour leur succès; elle parla de négocier et fit rendre un décret d'armistice pour tous ceux qui poseraient les armes. Mais Guise n'entendait pas qu'on relevât ceux qu'il avait abattus ; il poussa vivement sa victoire et vint assiéger Orléans, afin de couper les communications entre les protestants du nord et .ceux du midi. « Le terrier étant pris où les renards se retirent, disait-il, nous les courrons à force par toute la France. * La ville n'eût pas résisté longtemps sans un crime du fanatisme. Un protestant, Poltrot de Méré, exalté par les exemples de Judith et de Débora, d'Aod et de Jahel, passa dans son camp comme transfuge, et le trouvant seul un soir, le blessa mortellement d'un coup do pistolet.

C'était un grand capitaine ; la France lui doit Calais, et il lui conserva Metz ; mais elle lui doit aussi les guerres de religion qui l'arrêtèrent trente années dans le sang et les ruines. Ces guerres pouvaient-elles être évitées? Je n'ose l'affirmer. Pourtant les Guises de moins dans le gouvernement, et THÔpital restait libre de pratiquer la sage politique qui donna en 1563 l'édit d'Amboise, et en 1598 l'édit de Nantes. Je sais que parler de tolérance à ces furieux qui regardaient comme acte méritoire de tuer quiconque priait Dieu autrement qu'eux, c'était leur parler une langue qu'ils ne comprenaient pas. Mais ce qui n'était plus possible après Orléans, après Vassy et Amboise, ne l'était-il pas auparavant? Le sang appelle le sang. On continua de s'égorger parce qu'on avait commencé de le faire ; mais qui commença?

Paix et édii d'Amboise (mars 1563). — Guise mort» Condé et Montmorency captifs, la reine-nïère restait maîtresse du gouvernement. Elle savait bien ce qu'au fond voulaient ces ambitieux, le triomphe de leur croyance sans doute» mais surtout celui de leur pouvoir. Elle voyaitla guerre civile ébranler le respect pour l'autorité royale. « Quel roi? disaient les Huguenots, au rapport de Montluc, quand on leur parlait de Charles IX, nous sommes les rois. Celui que vous dites est un petit royot... ; nous lui donnerons des verges et lui baillerons un métier pour lui faire apprendre à gagner sa vie comme les autres. » Les paysans refusaient les anciens droits aux gentilshommes. « Qu'on nous montre dans la Bible, disaient-ils, si nous devons payer ou non. Si nos prédécesseurs ont é4é sots ou bêtes, nous n'en voulons point être. » Tout le vieil édifice social était ébranlé. Catherine de Médicis, pour arrêter cette hésitation, offrit la paix à Condé;

il la signa à Amboise en retour d^un édit qui autorisait le culte réformé dans les maisons nobles, dans toute retendue des domaines des seigneurs justiciers, et dans une ville par bailliage.

Reprise dm Havre (1563). — Pour montrer leur bonne union, catholiques et protestants firent en commun une expédition contre le Havre, que les Anglais voulaient garder, et qui leur eût valu mieux que Calais. • Chacun se rendit fort diligent à bien faire ; et même les plus favorisés de la cour, méprisant tout péril, se trouvèrent aux tranchées. » La ville, bien attaquée et mal défendue, ouvrit ses portes au bout de quelques jours. Le clergé avait fait les frais de cette expédition, ayant aliéné de ses biens jusqu'à concurrence de 450000 livres de rentes (2050000 fr. de valeur actuelle).

Philippe II et la eow de Catherine de Médicls* Conférenees de Bayornie (1S6S). — Cependant le concile de Trente, réuni pour donner la paix à la chrétienté, n'y avait point réussi. Or, comme en ce siècle personne ne comprenait que la religion était une affaire de conscience qui se règle entre Dieu et l'homme, chacun allait vouloir que sa croyance l'emportât, les armes et le bûcher y aidant. Le roi d'Espagne, Philippe II, engageait toutes les forces, tout l'avenir de sa vaste monarchie dans cette cause. Il étouffait l'hérésie en Italie et en Espagne ; il se proposait de l'étouffer partout où sa main pourrait atteindre, aux Pays-Bas, en Angleterre et en France. Les Guises étaient entrés dans ses desseins ; leur grand chef mort, il essaya d'y amener Catherine elle-même.

Celle-ci avait d'abord exécuté franchement la paix d* Amboise; mais les exaltés des deux partis n'acceptaient pas cette trêve. Le parlement avait longtemps reftisé d'enregistrer redit de pacification ; Tavannes ne l'exécutait pas dans son gouvernement de Bourgogne, et Coligny reprochait à Condé « d'avoir plus ruiné d'églises par un trait de plume, que toutes les forces ennemies n'en eussent pu abattre en dix ans. 1 Les haines particulières éclataient ; l'assassinat remplaçait la guerre civile. Catherine essaya de détourner les gentilshommes de ces passions farouches : à sa cour elle multiplia les fêtes, les tentations : « fleurs de plaisirs qui se teignirent sanglantes. > Les mœurs en devinrent plus mauvaises et la paix n'en fut pas meilleure.

La reine, d'ailleurs, satisfaite de voir les Guises abaissés, trouvait les Bourbons trop puissants. Comme naguère, en face da grand Guise, eUo inclinait vers les réformés, en face de Cpndé elle peocba vers les catholiques. Elle restreignit peu h peu les libertés accordées aux protestants à Amboise. Les crimes commis contre eux ne furent noint recherchés. Dans un voyage qu'elle fît avec Charles IX, h travers les provinces du Midi, et où elle put reconnaître que les masses populaires étaient en majorité catholiques, elle changea les gouverneurs suspects de calvinisme, et fit construire des citadelles où cette religion dominait- Le voyage se termina (juin 1565) h Bap'onne, par une conférence avee le ouc d'Albe, le plus terrible mstrument de Philippe II, et qui, comme son maître, croyait à ]^ légitimité des crimes utiles. Les protestants se persuadèrent aipément qu'une alliance entre les deux couronnes, conclue sous les auspices d'un tel homme, n'avait d'autre but que l'extermination de l'hérésie ; dès lors Tépée ne pouvait guère tenir au fourreau.

Après Philippe II, ce fut le saint-siége qui gourmanda les temporisations de Catherine, Un pape rigide venait de monter dans la chaire de saint Pierre, Pie V, qui continua comme pontife la guerre qu'il avait faite aux nouvelles doctrines conmie grand inquisiteur. Une milice nombreuse, celle des jésuites, combattait maintenant par toute l'Europe, pour la cause catholique, avec enthousiasme» avec intelligence. Ils prêchaient le peuple, ils instruisaient la jeunesse et livraient à l'hérésie de continuels et mortels combats. Le temps des transactions était passé.

Onloimaii^ee de MoiUiiis (11^60). — Un homme y croyait encore. L'Hôpital avait pris pour devise ces beaux vers d'Horace fui couY^iuMent fi bien ^ sa grande toe stoïcienne ^t aux wdheurs de son temp^ :

8i frûOm UMbûtur erèlf , fmptmémm ferienê ruinm.

« Qu^ h roopife brisé s'écroule, mon âme n'en tremblera pas, 9 Au milieu de ces préparatifs de guerre et de ces rêves sanglants, l'illustre chancelier continuait ses réformes. En 15Ç6| il jeta encore, comme une dernière protestation contre ces furimix-, sa belle ordonnance de Moulins pour la rétomation de la justice. Il déclarait le domaine royal inaliénable et imprescriptible, fixait le mode de nomination

et d^examen des juges pour diminuer les inconvénients de la vénalité des charges, essayait d'établir Tuniformité et la régularité des procédures, restreignait les privilèges des officiers de la couronne, ôtait aux villes la juridiction de police locale, et soumettait les tribunaux inférieurs à Tinspection des tribunaux supérieurs; en un mot, il poussait l'État vers Tunité du pouvoir, de juridiction et de procédure. Il eût voulu réprimer l'esprit processif, se plaignant « qu'il y eût plus de procès au Châtelet de Paris que dans toute l'Italie. » il est vrai que là le poignard et le poison finissaient bien des contestations. Ses efforts furent perdus pour ses contemporains : les siècles suivants, du moins, en profitèrent. Quelques-unes des règles de droit civil, posées par l'Hôpital dans cette ordonnance, subsistent encore. Tôt ou tard les nobles esprits trouvent leur récompense. Ils l'ont reçue d'abord de leur conscience ; ils la reçoivent ensuite de la postérité.

Ileeonde ipaerre civil* (lS67-lft68). *— Cependant les protestants, menacés par la cour, recommençaient leurs assemblées, amassaient de l'argent, préparaient leurs armes. De son côté, Catherine de Médicis réorganisait l'armée royale et levait en Suisse 6000 hommes. Le duc d'Albe était dans les Pays -Bas avec des forces considérables, qui pouvaient servir à deux fins, contre les protestants de Hollande, mais aussi contre ceux de France. Les réformés, pour prévenir leurs ennemis, formèrent une nouvelle conspiration d'Amboise. La cour était à Monceaux, en Brie. Le 27 septembre 1567, un corps de 500 gentilshommes apparut à cinq lieues de là. Catherine n'eut que le temps de se réfugier à Meaux, d'où la cour gagna Paris, sous la protection de l'infanterie suisse.

Bataille de Saint-Denis (1667). — Le coup était manqué; c'était maintenant la guerre. Condé osa bloquer Paris. Les habitants forcèrent le vieux Montmorency à sortir pour le repousser. Le connétable, € grand rabroueur de personnes, dit Brantôme, n'ayant à la bouche que les mots d'ânes et de vieux sots, vaillant, couvert de sept blessures, » mais au demeurant fort mauvais général, fit mal ses dispositions et fut tué ; il avait soixante-quinze ans. Il n'y eut guère ni vaincus ni vainqueurs. Le champ de bataille resta aux catholiques, mais les huguenots y vinrent le lendemain offrir un nouveau combat que l'armée royale n'accepta pas (1567).

Catherine de Médicis s^applaudissait de cette journée comme d'une victoire. « J'ai deux grandes obligations au ciel, dit-elle : Tune, que le connétable ait vengé le roi de ses ennemis ; Pautre, que les ennemis du roi Paient vengé du connétable. » Le maréchal de Vieilleville voyait plus juste, quand il disait au roi : c Votre Majesté n'a point gagné la bataille, encore moins le prince de Condé, mais le roi d'Espagne; car il est mort de part et' d'autre assez de vaillants capitaines et de braves soldats françois pour conquester la Flandre et tous les Pays-Bas. »

Paix de lionjameam (1668). — Condé reçut quelque temps après 9000 lansquenets ou reîtres allemands. Dès le premier jour, ces étrangers réclamèrent leur solde. Toute l'armée huguenote, chefs et soldats, se cotisa pour la fournir.

On se dirigea alors sur Chartres, afin d'intercepter les arrivages de la Beauce à Paris. La reine-mère,' qui n'avait pas voulu, par jalousie de pouvoir, donner de successeur au connétable, n'avait point d'hommes de guerre à opposer aux réformés. L'Hôpital reprit l'avantage et parla de paix; on la fit à Lonjumeau, le 23 mars, à condition que les protestants restitueraient les places qu'ils occupaient, mais que l'édit d'Amboise serait rétabli sans restriction.

ËÈUgrkce de rHôpital (l»68). — C'était, comme on le dit de la suivante, une paix boiteuse et mal aeme, Catherine de Médicis ne l'avait signée que pour faire une autre guerre. Comment aurait-on alors posé les armes en France? Le catholicisme, sous l'énergique impulsion partie de Rome, retrouvait l'énergie des premiers siècles, et déjà dans la Champagne une sainte ligue se signait. La guerre religieuse était partout : dans la Grande-Bretagne, entre Elisabeth et Marie Stuart ; dans les Pays-Bas, entre le duc d'Albe et les gueux; en Espagne, entre Philippe 11 lui-même et son fils don Carlos qui, soupçonné d'hérésie ou du moins d'idées de tolérance, était jeté dans une prison et y mourait, peut-être par l'ordre de son père. Catherine de Médicis voulait aussi finii cette guerre, qui toujours renaissait, par quelque coup à l'italienne.

L'Hôpital n'était pas l'homme qu'il fallait pour cette politique : il fut disgracié (mai 1568). On se proposait d'enlever le même jour Condé et Coligny en Bourgogne, et la veuve d'Antoine de Bourbon, Jeanne d'Albret, en Béarn, pour leur

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faire subir le sort des comtes de Horn et d'Eçmont, décapités h Bruxelles, avec dix-neuf autres seigneurs wallons, par le

sanguinaira duc d'AIbe.

Us échappèrent tous trois.

Condô et Coligny, après une course de cent lieues, arrivèrent à la Rochelle, qui dans la dernière guerre avait pris parti pour eux. Jeanne d'Albrat les y joignit avec son fils, Henri de Béarn, « Jeanne d'Albret n'avait de la femme que le sexe; Tâme entière était aux choses viriles, Tesprlt puissant aux effalres, le cœur invincible aux adversités.»

Elle offrit « sa vie, ses moyens, ses enfents à la défense de la cause, et, pour en réparer les ruines, elle y mit tout son Jeanne d'Albret. bien, aliéna ses terres,

engagea ses bagues, son grand collier d*émeraudes, son grand rubis et deux pièces du cabmet du roi de Navarre. »

troisième g^aerre civile (1568-1590). — Catherine, à son tour, avait manqué son coup, msds elle se croyait prête pour la guerre. Elle la déclara en lançant un édit qui défendait, sous peine de mort, l'exercice de la religion prétendue réforniée, et ordonnait aux ministres protestants de sortir du royaume sous quinze jours. Tous les membres des parlements et des universités furent astreints à prêter serment de catholicisme. Pour soutenir de pareils édits, Il eût fallu de grandes forces ; la cour n'avait qu'une armée de 1€(000 fantassins et de 4000 chevaux. EUe fut placée sous le commandement du jeune duc d'Anjou, que Catherine voulait mettre en avant, afin de pouvoir, au besoin; l'opposer h son frère Charles ÏX ; Tavannes et Biron devaient le diriger.

Tout le sud- ouest était cette fois au pouvoir des calvinistes. La vîllc de la Uochelle leur servait de place forte, a Nou»

leur avions ôté, dit un contemporain, Orléans, parce que BOUS ne Toulions pas que de si près ils vinssent mugueter notre bonne ville de Paris ; mais les galants n'ont pas laissé d'attraper la ville de la Rochelle. Celle-ci n'est pas si grande ni si plaisante que l'autre ; elle a pourtant d'autres choses qui compensent bien ses défauts, dont la principale est sa situation maritime, qui est une voie et une porte par où toutes les provisions lui viemient en abondance, et la seconde un peuple autant belliqueux que trafiqueur, des magistrats prudents et tous bien affectionnés à la religion réformée. 1

Bateille de #araae ; mort ée Condé (166S). — Une première campagne durant un hiver très-rude fut sans résultat ; au printemps suivant, le maréchal de Tavannes voulut Isoler, dans le midi, l'armée protestante des secours allemands qu'elle attendait du nord, et la battre avant leur arrivée. On manœuvra quelque temps sur la Charente; enfin Tavannes surprit l'amiral, avec l'arrière-garde seule, près de Jamac (13 mars 1569), Condé, à la nouvelle de l'attaque, accourut avec 300 chevaux. Blessé au bras la veille, il reçut encore , au moment de charger, un coup de pied de cheval qui lui cassa la jambe; néanmoins il s'élança sur l'ennemi en criant aux siens : « Souvenez-vous en quel état Louis de Boorbon entre au combat pour Christ et sa patrie. » Cette cliai^ impétueuse fit d'abord une trouée dans les lignes ennemies, mais le cheval du prince fut tué ; Condé tomba, et autour de lui s'engagea un combat terrible. On vit un vieillard da nom d^ la Vergne, qui avait amené à la bataille vingts cinq gens d'armes, ses fils, petits-fils ou neveux, faire les derniers efforts pour couvrir le prince. Il fut tué, et quinze des siens tombèrent avec lui c tous en un monceau. > Condé donnait fon gantelet à un gentilhomme, quand le capitaine des gardes du duc d'Anjou, qui le reconnut, Montesquiou, lui tira à bout portant un coup de pistolet dans la tète.

C'était une grande perte que celle de ce prince énergique et brave, depuis neuf ans la tête et le bras du parti. Lespro* testants parlaient d'abandonner la campagne et de s'enfermer dans la Rochelle, mais une femme les releva. Jeanne d'Albret se présenta an milieu de l'armée découragée, à Saintes, avec son fils, Henri de Béarn, et le jeune prince de Condé : c Mes amis, dit-elle, voilà deux nouveaux chefs que Dieu vous donne et deux orpheline que je vous confie. » Le prince de Béarn,

Henri, né à Pau', sévèrement élevé comme un gentilhomme campagnard, n^avait alors que quinze ans. Brave, spirituel, sachant trouver de ces mots qui enlèvent, il plut à tous : on le nomma généralissime, avec Goligny pour conseiller et pour lieutenant.

Colifpnj; bataille de Moncontoiir (1560]. — Goligny , avait beaucoup des qualités nécessaires à un chef de parti dans une telle guerre. Protestant convaincu, et austère, il était aimé, respecté des ministres comme des soldats. Ce n'était peut-être pas un très-grand général, et Catherine avec tous ses Italiens ne Testimait point un politique bien profond ; mais il ne se laissait jamais abattre, ce qui est une grande force; il voyait juste, ce qui en est une autre ; il savait faire ressource de tout; et, s'il n^y avait pas à espérer avec lui de décisive victoire, il n'y avait pas non plus à craindre d'irrémédiable défaite. Deux choses recommandent d'ailleurs à jamais son nom : sa première grande action de guerre, la défense de Saint-Quentin ; sa dernière pensée politique, la conquête des Pays-Bas espagnols, où il voulut conduire ses huguenots pour donner du même coup à la France de belles provinces et la paix intérieure. Dans son profond désir d'éviter les déchirements intérieurs et d'assurer la liberté religieuse, il avait imaginé un autre moyen d^atteindre le même but : la colonisation protestante de l'Amérique. Ce que les puritains de la Grande-Bretagne ont fait au dix-septième siè-. cle, il le voulut faire au seizième. S'il eût réussi, c'est notre sang, c'est notre langue qui domineraient aujourd'hui dans le nouveau monde *.

Jarnac n'avait été qu'un combat d'arrière-garde, et les protestants n'y avaient perdu que 400 hommes. Goligny restait donc assez fort pour défendre Cognac et Angoulême ; rejoint

1. Le château de Pau, s'élève, au bord du Gave, sur une sorte de pro* montoire ; trois ponts le relient maintenant à la ville et au parc; il est flanqué de cinq tours carrées. On y visite encore la chambre où naquit Henri IV le 1 4 décembre 1553.

2. Il forma en 1S63 un établissement à la Floride. I^es Espagnols surprirent les colons et les pendirent avec cet écriteau : i Non comme Français, mais comme hérétiques. > La cour ne dit mot de cette atrocité. Un gentilhomme de Gascogne, bon catholique, mais encore meilleur Français, d^ Gourgues, se fit le vengeur des victimes. Il vendit son bien, arma trois navires^ enleva les forts que les Espagnols avaient b&tis et pendit ceux qui avaient survécu au combat, en écrivant au-dessus de leur tête : « Non comme Espagnols, mais comme assassins. > A son retour en France, il eût été livré à TEspague par Catherine de Médicis s'U ne se fût tenu caché (156S).

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par 13000 Allemands, il prit même Toffensive et fit essuyer un échec à Farmée catholique, près de la Roche-Abeille. Mais Tavannes répara le mal. Des Allemands catholiques, des Espagnols, envoyés par le duc d'Albe, des Italiens, envoyés par le pape Pie V, augmentèrent les forces du duc d*Anjou. Acculé déjà à la Loire, le duc retourna sur ses pas, dégagea par une diversion Poitiers, que Coligny assiégeait depuis six semaines, et parvint à surprendre Tarmée protestante entre la Dive et le Thoué, près de Moncontour. La position était détestable ; 600 soldats huguenots restèrent sur le champ de bataille (3 octobre).

La victoire de Moncontour fut cependant inutile comme celle de Jarnac. Charles IX, jaloux des lauriers que Ton cueillait pour son frère, vint à Tarmée, et, au lieu de poursuivre les protestants jusqu'aux Pyrénée*, perdit son temps à assiéger Niort et Saint-Jean-d'Angély. Coligny traversa le midi dans toute sa largeur, refaisant au fur et à mesure son armée; et il apparut tout à coup en Bourgogne, à la tête de toute la noblesse protestante du Dauphiné et de la Provence. Une armée catholique de 12000 hommes voulut l'arrêter à Arnay-le-Duc; il lui passa sur le corps et arriva sur le Loing, h peu de distance de Paris.

Paix de «alnt-CSernaln (15VO). -> Calherine de Médicis triompha au conseil. L'événement le montrait bien : on ne pouvait venir à bout, par la guerre, de ce parti toujours vaincu, toujours relevé; il fallait autre chose. Pour désarmer les protestants, elle leur fît accorder la paix de Saint-Germain avec des conditions très-favorables : le libre exercice du culte dans deux villes par provmce et dans toutes celles où il était établi ; l'admission des calvinistes à tous les emplois, et quatre villes de sûreté, la Rochelle, Cognac, Montauban, la Charité, où les réformés pourraient tenir garnison (8 août 1570). « Paix mauvaise et manquée, véritable coupe-gorge. »

lia Salnf-BartliéleBiy (1510). — A la nouvelle de cette paix, il n'y eut qu'un cri d'indignation parmi les catholiques étrangers et français. Catherine de Médicis ne s'en émut point, et suivit sa politique toute nouvelle. Le mariage du jeune prince de Béarn avec Marguerite, sœur de Charles ÏX, pouvait cimenter à jamais la paix; elle le mit en avant. 11 était de l'intérêt de la France d'employer au dehors l'esprit belliqueux et mutin de la noblesse protestante ; elle accepta les propositions que lui faisait Coligny, de conduire ses coré-

ligionnaîres dans les Pays-Bas, où le duc d'Albe avait fait périr dans les supplices 18000 personnes, et où les gueux de Hollande venaient de fonder la république batave. Une pareille entreprise plaisait aux huguenots, et semblait un reloiir h la vieille politique étrangère, oubliée depuis la mort de Henri IL Colignj' voyait, dans une guerre avec PEspagne, un moyen de maintenir glorieusement et sûrement la paix en France.

Charles IX avait alors vingt et un ans. Esprit assez heureux, mais caractère à la fois faible et violent, gâté par le pouvoir absolu et par ses favoris italiens qui lui pervertissaient le cœur, il joua fort bien, et quelque temps à son insu, le rôle que lui réserva sa mère. Il avait trouvé plus d'une fois que les chefs huguenots portaient trop haut la tôte, et n'avait pas oublié les conseils homicides que le duc d'Albe lui donnait à Bayonne. f Mille têtes de grenouilles ne valent pas ime tête de saumon, i Mais alors il était impatient du joug de sa mère, envieux des victoires qu'on attribuait à son frère. Mobile et passionné, il entra avec ardeur dans ces nouveaux projets, écrivit à Coligny, à Jeanne d'Albret, et poussa à la prompte conclusion du mariage de Henri de Béarn avec sa sœur. La reine de Navarre se décida à veniF à Paris, l'amiral l'y suivit. « Enfin nous vous tenons, mon père, lui dit le jeune roi en l'embrassant, et vous ne nous échapperez pas quand vous voudrez. » Après le chef, nombre de gentilshommes huguenots accoururent pour avoir leur part des fêtes et des bonnes grâces du roi.

Catherine elle-même fut effrayée ; elle avait trop bien réussi. Le roi ne voyait plus que par les yeux de Coligny; il pressait l'arrivée des dispenses pour le mariage, que le pape voulait refuser; il faisait lever des troupes pour Coligny et rassemblait une flotte contre la Flandre. Les protestants, encouragés, rédigeaient, en synode, à la Rochelle, la confession qui leur sert encore de règle aujourd'hui. Catherine fit des remontrances à son fils, qui les reçut fort mal ; il semblait alors décidé à acquérir « gloire et réputation par la guerre espagnole, » et il répondit à sa mère qu'il n'avait pas de plus grands ennemis qu'elle et son fils le duc d'Anjou. Mais les passions travaillaient pour Catherine ; le duc d'Anjou, les Guises, Tavannes, tous les seigneurs catholiques qui avaient combattu la réforme, voyaient avec colère l'influence passer k leurs ennemis. Philippe II, menacé dans les Pays-Bas, ré-

pandait Targent dans le peuple pour exciter des troubles. Quand la cour vint à Paris, avec son nouveau cortège de 'gentilshommes huguenots et de ministres. protestants, une sourde colère gronda dans la ville. Un premier événement causa quelque émotion. Jeanne d'Albret mourut presque subitement le 9 juin. On crut à un empoisonnement, qui n'a pas été prouvé. Quand le mariage fut célébré, le 18 août, à la porte de Notre-Dame, on eut grand'peine à empêcher une

Saint-Germain l'Auzerrois.

émeute ; les chaires retentissaient dans toutes les églises de malédictions contre les huguenots, et ceux-ci ne se faisaient point faute de bravades dans les rues.

Catherine arrêta alors le plan le plus machiavélique : c'était de faire assassiner Coligny par les Guises, les huguenots vengeraient leur chef sur ceux-ci; puis les troupes royales surviendraient pour tomber sur les uns et sur les autres comme violateurs de la paix publique. Le 12 août, Coligny reçut, en sortant du Louvre, un coup de feu tiré par Maure- Tel» assassin de profession aux gages du duc de Guise. A la

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première nouvelle du meurtre, Charles IX courut auprès de Tamiral : « La blessure est pour vous, dit-il, la douleur est pour moi ; » et il jura de le venger.

Le lendemain, le roi semblait dans les mêmes sentiments, mais la reine vint Tassai Ilir avec le duc d'Anjou, le duc d'Angoulême, Tavannes, le chancelier Birague, le maréchal de -Retz, le duc de Nevers ; les trois derniers Italiens. Elle représenta que les deux partis étaient prêts à en venir aux mains; que chacun d'eux élirait un chef, et qu'il ne resterait plus au roi que son titre, si encore il lui restait. « La guerre est inévitable, dit Tavannes ; il vaut mieux la gagner à P^aris, que de la mettre en doute en la campagne. » Le roi résistait : sa mère lui cita le proverbe italien que la douceur est souvent cruauté et la cruauté douceur; puis elle menaça de quitter la cour avec son autre fils , le duc d'Anjou , pour n'être pas témoin de la ruine de sa maison , pour ne plus voir tant de peur et de lâcheté. Elle avait bien calculé l'effet de cette dernière parole sur un esprit violent. Charles , jusqu'alors immobile et sombre , s'écria tout à coup que, puisqu'on trouvait bon de tuer l'amiral, il voulait qu'on tuât tous les huguenots de France, « afin qu'il n'en restât plus un pour le lui reprocher après. ;j Un des conseillers italiens avait déjà dit : f qu'il fallait tout tuer, le péché étant aussi grand pour peu que pour beaucoup, i

La municipalité de Paris était prête. Elle avait depuis quelque temps étudié ce grand coup et tout préparé pour le faire réussir. Le prévôt des marchands, mandé au Louvre, reçut du roi l'ordre de fermer les portes et de tenir sur pied les capitaines, lieutenants et bourgeois dont il était sûr, il promit d'y f mettre si bien les mains à tort et à travers qu'il en serait fait mémoire. » La cloche de Saint-Germain l'Auxerrois devait donner le signal à trois heures, dans la nuit du 2k août, fête de la Saint-Barthélémy. On n'altendit pas jusque-là. A deux heures la cloche s'ébranla, et, un peu plus tard, le tocsin de toutes les églises y répondit.

Henri de Guise, d'Aumale, le bâtard d'Angoulême, se précipitèrent vers l'hôtel de Coligny. Un Allemand, Besme, entra le premier dans la chambre. Coligny était debout. « N'estu pas l'amiral? lui cria Besme. — C'est moi, répondit-il d'un visage paisible et assuré. Jeune homme, tu devrais respecter mes cheveux blancs ; toutefois, fais ce que tu voudras : aussi bien ne foras-tu guère ma vie plus brève. » Besme \m pion

gea son épée dans la poitrine. Le duc de Guise lui criait d'en bas : ^ Besme, as-tu achevé? -C'est fait, répondit-il.- Jettee donc par la fenêtre. » Coîigny respirait encore. Besme et les autres le jetèrent dans la cour, où Guise , après l'avoir indignement frappé du pied, l'abandonna aux outragea de la populace.

Massacre des huguenots.

Les maisons des huguenots avaient été marquées de blanc, et on avait la liste de ceux qui les habitaient. Téligny, gendre de l'amiral , la Rochefoucault , un ami du roi qui avait passé avec lui joyeusement la soirée , Pardaillan, la Force, dont le second fils contrefit le mort et resta tout un jour caché sons lès cadavres de son père et de son frère aîné, furent égorgés après l'amiral, surpris pour la plupart dans leur lit;

t Saignez, criait Tavanoes en parcourant les rues, la saignée est aussi bonne en ce mois d^août comme en mai. »

Le roi de Navarre et le prince de Condé furent menés au roi, qui les menaça de mort, s'ils n'abjuraient. On tua jusque dans le Louvre, et les dames de la cour allèrent au matin voir les cadavres. On diffère sur le nombre des morts ; les uns disent dix mille, d'autres quatre mille, d'autres encore deux mille. Ce dernier chiffre est le plus vraisemblable.

Le matin, s'il faut en croire d'Aubigné, le roi avait, d'une des fenêtres du Louvre, c giboyé aux passants, » tirant avec une longue arquebuse sur les protestants qui fuyaient par le faubourg Saint-Germain ; mais, dans la journée, quand il eut vu la Seine charrier tant de cadavres, la fièvre de sang tomba ; il eut horreur de ce qui s'était fait, et il écrivit dans les provinces pour arrêter la contagion de l'exemple, rejetant tout sur une querelle qui aurait éclaté entre les Guises et les Châtillons. Mais la reine-mère lui fit craindre de laisser le bénéfice du crime à ses plus dangereux ennemis. Une aubépine, qu'on trouva le lendemain refleurie, parut un miracle et ranima le fanatisme. La foule, avec ces instincts de bête féroce qui se retrouvent à de certains moments dans les basfonds de la société et dans la lie des grandes villes , recommença à tuer. On tuait non-seulement les huguenots, mais les créanciers, un rival, un ennemi. Les voleurs, la croix au chapeau et le mouchoir blanc au bras, égorgeaient sous prétexte de huguenoterie ceux qu'ils voulaient piller. La plus illustre victime de ce jour-là fut Ramus '. On tua encore les jours suivants. Il y eut des meurtres jusqu'au 17 septembre*.

Cependant le roi, adoptant l'avis de sa mère , alla , le 26 ,

1 . Il fot tué dans son cabinet, au collège de Presle, à Tinstigation de son rival Charpentier ; les assassins le jetèrent, vivant encore, d'un cinquième étage, et traînèrent par les rues le cadavre palpitant jusqu'à la Seine. Cf. iiamii«,par Ch. Waddington, p. 118. La tradition relative a Jean Goujon, tué sur un échafaudage pendant qu'il travaillait à ses sculptures de la cour du Louvre, ne repose sur aucun témoignage historique. Les listes des victimes ne portent même pas son nom.

2. La municipalité de Paris donna des gratifications aux archers qui avaient aidé au massacre, aux passeurs d'eau qui avaient empêché les protestants de passer la rivière, aux fossojreurs de Saint-Cloud,d'Auteuil et de ChaiUot, pour avoir enterré, depuis huit jours, onze cents corps ou environ: enfin elle fit franper des médailles • pour mémoire du jour de saint Barthélémy » (Dict. aàm. <l hiitor. det rutt et monum. de Paris, par F. et L. Lazare, 185S.)

prendre en plein parlement la responsabilité de cette affreuse nuit, et envoya aux gouverneurs de provinces de nouveaux ordres, qui étendirent le massacre à Meaux, la Charité, Orléans, Saumur, Lyon, Bourges, Toulouse, Bordeaux, etc.; quinze à vingt mille victimes périrent. A Angers, le massacre fut arrêté de bonne heure par la modération du corps municipal, mais les survivants furent emprisonnés et leurs biens, ceux des morts, furent, par ordre exprès du duc d^Anjou, mis sous scellés, f Monseigneur, disait son agent, en pourra bien faire plus de cent mille francs*.» La Saint-Barthélémy était ainsi , pour quelques-uns , un moyen d'apurer leurs comptes et de remplir la caisse.

Quelques gouverneurs refusèrent d'obéir à la cour, entre autres , Montmorency, dans TIle-de-France ; Longueville , en Picardie; Matignon, dans la basse Normandie; Charni, en Boui^ogne; de Gordes, en Dauphiné; Joyeuse, en Languedoc; Sàint-Hérem, en Auvergne'. La plus rude leçon aux massacreurs fut donnée par le bourreau de Troyes ; il refusa d'aider à la tuerie, disant « qu'il n'estoit de son office d'exécuter sans qu'il y eust sentence de condamnation. » Celui de Lyon fit même réponse.

Vezins, lieutenant du roi en Quercy, avait un ennemi mortel, Régnier, le chef des protestants de cette province. Ils s'étaient longtemps combattus, « ne cherchant que moyen de se couper la gorge, i En ce moment tous deux étaient à Paris. Déjà le massacre commençait, lorsque Régnier voit entrer dans sa chambre Vezins, Tépée au poing, suivi de quinze soldats. Il croit sa dernière heure venue ; mais Vezins le fait descendre, lui montre un cheval et Tentraîne. Ils sortent de Paris, prennent la route de leur province , sans que Vezins prononce un mot. Régnier traverse ainsi cent lieues de pays, protégé contre les mauvaises rencontres par le nom de son conducteur, et arrive sain et sauf à son logis. Vezins lui parle alors : « Ne pensez pas que la courtoisie que je vous ai faite soit pour avoir votre amitié, mais pour avoir votre vie dignement—Elle est à vous, et ne se peut plus employer qu'à vous servir. — Seriez-vous donc si lâche que de ne vous ressentir

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