‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 53 sur 64 · RÈGNE DE NAPOLÉON I»' JUSQU'A TILSFTT · texte numérisé non relu

RÈGNE DE NAPOLÉON I»' JUSQU'A TILSFTT

. Proelamatlon de l'Empire (18

glorieux soldat d'Arcole et de Rivoli, c néral de la république, avait aspiré à que le Directoire ne gouvernait pas ou et il avait fait le 18 brumaire. Nommé dix ans, il avait gagné par d'éclatants s sance du pays, et, quand les factions di machine infernale ou le poignard des

protesta contre ces criminels attentats

vie ses fonctions décennales. Ce pouvoir qui ne devait plus sortir de ses mains, il voulut qu'il ne sortît plus de sa famille. La France n'était pas disposée à marchander un titre de plus à qui lui donnait tant de gloire et de sécurité, et, quand

l^attental de George» Cadoudal Peut encore une fols épou» vantée, elle répondit aux complots des royalistes en lui ofîraut l'empire. Le Tribunat presque tout entier, moins Carnot et quelques autres, émit le vœu que Bonaparte fût nommé empereur héréditaire : le Sénat le proclama sous le nom de Napoléon !«•, et le peuple ratifia, par 3 372 329 suffrages contre 2 569, rétablissement d'une dynastie nouvelle qui, née de la révolution, devait en conserver les principes, c Mon es- ' prit, dit Napoléon, en prenant le titre d'empereur héréditaire, mon esprit ne serait plus avec ma postérité le jour où elle cesserait de mérite): Pamour et la eonfiance de la grande nation. »

tténatiui-coiiialte or^^aniqae de Pan XII. — Un sénatus-consulte modifia la constitution consulaire. L'hérédité fut établie aU profit de la descendance de Napoléon, de mâle en mâle, ou de ses fils adoptifs. S'il n'avait point de descendance naturelle ou adoptive, la couronne devait passer dans la ligne de Joseph, et à son défaut, dans celle de Louis, deux des frères du nouvel empereur. Une autorité absolue était attribuée à l'empereur sur la famille impériale. Ses frères et sœurs devenaient princes et princesses. La liste civile fut fixée à 25 millions; la dotation pour chaque prince à un million.

Pour donner au t^rône qu*on relevait, Téclat des vieilles cours, on l'entoura d'une aristocratie nouvelle, richement dotée et portant de grands titres. On voulait placer entre le monarque et la foule cette hiérarchie réglée, ces corps intermédiaires, comme Napoléon les appelait, qui paraissent indispensables à l'institution monarchiaue. Il y eut d'abord les grands dignitaires de l'empire, qui mrent le grand électeur (Joseph Bonaparte), chargé de convoquer le Corps législatif, le Sénat, les collèges èfectoraiix, etc.; Parchichancelier d'empire (Gambacérès), qui eut un droit de surveillance générale sur l'ordre judiciaire ; ï'archichancelier d'État, avec un rôle semblable pour la diplomatie ; l'architrésorier (Lebrun), pour les finances; le connétable (Louis-Bonaparte), pour l'armée ; et le grand amiral pour la flotte. Les grands dignitaires, en cas de minorité, formaient le conseil de régence; en cas d'extinction de là dynastie, élisaient l'Empereur.

Au-dessous des six grands iiignitaires, dont quatre seulement furent immédiatement nommés, afin de laisser deux

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places vacantes pour deux frères de Napoléon, alors en disgrâce, vinrent quarante ou cinquante graads officiers inamovibles comme les grands dignitaires.

D'abord seize maréchaux d'empire, dont quatorze furent aussitôt désignés : Jourdan, pour sa victoire de Fleurus; Masséna, pour Rivoli, Zurich et Gènes ; Augereau, pour Ca$tiglione ; Brune, pour Bergen ; Ëerthier, pour ses serviceà éminents à la tète de Pétat-major général ; Lànnes, Néy,pour une longue suite d'actions héroïques ; Murât, pouf sa vàil*lance exceptionnelle à la tète de la cavalerie ft^ançaisè ; Bessière, pour le commandement de la garde, qu'il avait dépuis Marengo ; Moncey, Mortier, pour leurs vertus giièrHèrès ; Soult, pour les services rendus en Suisse, à Gênes, au camp de Boulogne; Davout, pour sa conduite eii Egypte ; eiiflri Bernadotte, pour lin certain renom militaire, pour §à parenté surtout*. Il y eut en outre quatre maréchaux ho horaires, qui, étant sénateurs, n^àvaient plus de service actif : Kellérrîiann, pour Valmy; Lefebvre, pour son dévouement au 18 brumaire; Pérignon et Serrurier, pour le respect qu'ils inspiraient justement à l'armée.

Songis et Marescot; inspecteurs généraux du génie ; Gouvion Saint-Gyr, colonel gén^ siers ; Junot, des hussards ; Marmont, des d guey d'Hilliers, des dragons ; enfin l^amiral Ë général des côtes 4e l'Océan, et le vice-amiral teur général des côtes de la Méditerranée, fe des grands officiers militaires. Celle des gra vils comprit le cardinal Fesch, oncle de Napol mônier ; talleyrand* grand chambellan ; Ëerl neur; Caulaincourt, grand écuyer; Duroc, ( du palais. Un grand maître des cérémohies, ] gur, fut chargé d'apprendre à la nouvelle i l'ancienne.

Le Sénat, composé de quatre-yingts membres élus par le Sénat lui-même, des six grands dignitaires, des princes français qui pouvaient y siéger après leur dix- huitième année; enfin des citoyens que l'Empereur y appelaient, conserva les prérogatives que la constitution de l'an X lui avait conférées. Le Corps législatif votait auparavant les lois sanâ les discu-

1. Bernadette avait épousé Eugénie Clary, fille d'an négociant de Mar» seille et sœur de la femme de Joseph Bonaparte.

ter; la parole lui fut rendue, mais à la condition de n'en user que dans les comités secrets. Le Tribunat devint de plus en plus une sorte dJ conseil d'État. Aussi, n'ayant plus de raison d'être, il sera supprimé en 1807.

Une haute cour impériale fut instituée pour connaître des complots ourdis contre la sûreté de l'État ou la personne de TEmpereur, et des délits commis par les ministres ou leurs agents, les membres de la famille impériale et tous les grands personnages de l'État. Elle était composée de soixante sénateurs, de vingt conseillers d'État, des grands ofûciers de l'Empire, etc.

La nouvelle constitution, si l'on s'arrête à ses formes extérieures, était représentative, puisqu'il y avait des élections et que les députés du pays votaient l'impôt, faisaient les lois; si l'on regarde au fond, elle était absolue, car ce ne sont pas les rouages qui font la force d'une machine, c'est la puissance que la volonté humaine leur imprime. Or, en 1804, la volonté de la France était avec Napoléon ; elle abdiquait entre les mains d'un génie extraordinaire qui n'avait jusqu'alors signalé son pouvoir que par des services, et qui pouvait en rendre encore en défendant la révolution contre les implacables rancunes de l'Angleterre et des vieilles monarchies du continent. Mais, si l'entraînement de la France était naturel, n'était-ce pas au chef de l'État à le contenir, à le modérer? Ne lui eût-il pas été utile de conserver un peu de cette liberté politique dont on avait abusé, mais dont le désir et le besoin étaient restés au fond de bien des cœurs ? Napoléon ne trouvera, dans le Sénat, dans le Corps législatif, dans l'aristocratie dont il s'entoure, pas un contradicteur durant la prospérité ; y trouvera-t-il un appui dans les jours de malheur?

Couronnement (2 décembre 1804). — Napoléon, habitué à frapper les esprits par de grands spectacles, avait résolu d'étonner la France et le monde par une cérémonie imposante. Il obtint du pape ce que ni roi ni empereur n'avait encore obtenu, qu'il vînt lui-même à Paris sacrer le nouveau Charlemagne (2 décembre 1804). Pie VII fit l'onction sainte au front, sur les bras, sur les mains de l'Empereur ; mais quand il voulut prendre la couronne pour la lui poser sur la tête, Napoléon la saisit, se couronna lui-même^ et, prenant ensuite celle de l'impératrice, la déposa sur son front, Joséphine fondait en larmes, troublée par cette triomphante fortune que son époux portait si fièrement.

Draesè jfarA.VuUlenun.

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Mjèglon d'honiiear. — Du jour où Napoléon remplaça la république par la monarchie, il songea à reconstituer la noblesse; mais il n^exécutace projet qu'après les grands triomphes d'Austerlitz, d'Iéna et de Friedland. Depuis deux ans, il avait décrété Tinstitution delà Légiop d'honneur, système de récompenses nationales que l'esprit d'égalité pouvait avouer, car il ne créait point de privilèges héréditaires tout en signalant à l'estime publique le savant, l'industriel et le soldat qui avaient bien mérité du pays par leurs travaux, leur activité

Palais de la Légion d'honnear.

et leur courage*. Le U juillet 1804, jour anniversaire de la prise de la Bastille, Napoléon distribua, dans l'hôtel des In-

1. Sous rancienne monarchie il y avait la croix de Saint-Louis pour récompenser les services militaires, le cordon de Saint- Michel (cordon noir) pour les services civils, Tordre du Saint-Esprit (cordon bleu) ne comptait que loo chevaliers, de vieille noblesse. La Légion d'honneur, à son origine, dut être composée de 15 cohortes : chaque cohorte avait 7 grands officiers, 20 commandeurs, 30 officiers et 350 simples légionnaires ; en tout 6000 membres. Les grands officiers avaient 5000 fr. de traitement, les commandeurs 2000, les officiers 1000, les légionnaires 250. Le Corps législatif ne vota la loi qu'à une assez faible majorité. Dacis et Deliile refasèrenl la croix. (Cf. Maxas, to Légion d'honneur^ son institution, sa splendeur, ses curiosiM», 1854.) Les filles pauvres ou orphelines des membres de la Légion ' sont gratuitement élevées à la maison d'éducation de Saint-Denis, qui a pour succursale les Loges, ancien couvent établi au milieu dé la forôt de Saint-Germain.

^$9 NAPOLÉON ^f.

Tâlkk*, laa grïmc|e8 d^çoratjoiuj de l%4r^ Art pria^iRlux pwsoiimgea de TEmpire. Le 16 aqftt, U donna lui-rmême am soldats du camp de Boulogne la crqi? qui devait remplacer les( armes d'honneur que la république décernait auparavant aux plus bravea.Ce fut une f^te militaire grandiope,t€}lleque le monde n'en a jamais vu. Cent mille hqmmeç^, h^p^ de vingt hataillee se rangèireiit, au pie4 dq trôpe inipér}^, qui ^'élevait su«un tertre naturel do^^ndî^nt. en pente douce jusqu'au rivage, De (à on déqouyrait rOcéan, la flotte anglaise qui barrait le canal, et au loin, cachée dans la brume, cette Angleterre où tous brûlaient de descendre, où un bon vent et six heures de fortune pouvaient les conduire*. Une division de la flottille partie du Havre entrait en ce moment au port ; les Anglais, pour troubler sa marche , engagèrent avec elle une vive canonnade, et ce fut au bruit aimé du canon ennemi, se mêlant aux fanfares guerrières, qu'officiers et soldats, nobles de vieille souche ou fils de paysans, vinrent recevoir cette croix ache|t^e au pf jx (Je 1§WF 'S^Pg.

IVni^Qléon, |rf)| 4'|i^U«^- — La république italienne constituée à l'image de la république française, en suivit jusqu'au tfout les yjcigsitudes.LUt^lie, énervée par une servitude séculaire, par 4ps divisions ^^\ dataient de la chute de Tempjre roinaih, ne pouvait sflfira, livrée à elle-piêffie, ni se défendre ni s'unir. Que la main de la France, qui depuis huit ans la protège, se petire un p^p^^entjCt PAutriche la ressaisit; • que la main de Napoléon, qui U tient réunie, s'ouvre et s'éloigne, et elle retombe dans ses éternelles rivalités, c Vous n'avez que des lois locales, disait-il aux députés de la république cisalpine, il vous faut des lois générales. » Il voulait dire que l'Italie n'était qu'un assemblage incohérent de municipalités envieuses, ennemies les unes des autres ; que Géneft étant jalouse de Turin, Venise deMilan, Bologne de I^orence, que chaque grande ville s'pbstinant à avoir une vie propre, indépendante, il en résultai; quH} n'y avait psis de vie çomtmune^ nationale; pcjint d'unité, point d'État. Cette unité, que litaiie connaît maintenant, elle pouvait s'y prépare^ sqns là tutelle ^tnie et éclairée de la France. Beaucoup d'Italiens le

1. If apoléop écrivait, le lo novembre 1803 : c J'ai tu des haotêors d'Ambjeteusô les cMés d^Angleter're ; on distinguait les maisons,' \h m'oiiTement. C'est an fossé qui sera franchi lorsqu'on aura Pauâac« de le tenter. • * ■

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comp^ens^îent, et quand l'empire eut ôté prqçlapfté ^ Pmh '* royauté le fut à Milan (18 paars 180l|).

Le^ Italiens acceptaient bien d'être défendus par lafrance^ mais ils désiraient qu*qn leur sauvât l'apparence de la sujétîQA, Napoléop. eptr^ dansleur? vues et offrit la couronne dvi royfvume d'Italj^ h soi^ frère Joseph, qui la refusa. Il la prit alors lui-mQpaç; n]^is, pour ne pas trop blesser les puissances! qui ^'alanpaiept de cette réunion de l'Italie à \^ France, }l déclara qu'à la paix g^pér^te il donnerait cette royauté h \xx\ prince français ; Eugène I3ei|ubarpaia, fil? de l'impératrioe) Joséphine, fut çnvo^^é comme vice-^roi ^ Milan,

Ainsi, Napoléon était ep(ipereur et roi d'Italie : co^)memé-; dîateur de la Gpnfôdérs^tion helvétique, il ayait déjàU Suisse» tous son influence et des régiments suisses dausj sop armée^ Auaterlit? le fera protecteur de la Confédération^ du Phin. Il sera bien près alors d'avoir reconstitué Tempire de. Charler-, magne , et ses généraux lui demanderont s'il ne^ veut pa$! fttr© salué du titre d'Çmpereur d'Occident : grfyideur qui le p€|rdit qt faillit, avec lui, perdre la FrancQ,

Çninp df 9o^lp|iri»(^- — Le continent se taisait en f$ice

ennemie.

t. L'Italie ne payait: 4 la France qu'un subside de 23 millions, et la France entretenait en Italie, pour la défendre, 60 OOQ soldats.

5B4 NAPOLÉON l^.

De la Loîro, de la Gironde, de la Charente, de TAdour et de tous les ports de la côte sortirent de semblables flottilles. 1200 à 1300 bâtiments ainsi rassemblés devaient être concentrés à Boulogne et dans les ports du voisinage, à Ëtaples, à Wimereux, à Ambleteuse, que Napoléon fît approfondir. 150 000 hommes se rangèrent à proximité de ces ports, et, comme les légions romaines, quittant les armes pour la pioche, travaillèrent eux-mêmes à les creuser. Pour qu'ils ne fussent pas troublés dans leurs travaux, Napoléon ima* gina divers moyens de tenir Tennemi à distance. Il établit plusieurs lignes de batteries sous-marines armées de gros canons que la marée haute recouvrait et que la mer basse découvrait; de sorte que les feux semblaient avancer et reculer avec la mer même. 500 bouches à feu du plus fort calibre furent mises en batteries sur les falaises que les Anglais appelèrent la côte de fer, et des forts construits en pleine mer achevèrent d'interdire à Tennemi l'approche du port. Plusieurs de ces batteries lançaient des projectiles creux, dont un seul éclatant sur le corps d'un navire y faisait d'irréparables ravages. Dès l'hiver de 1803, les préparatifs étaient assez avancés, les matelots et les soldats assez exercés, pour que Napoléon pût fixer à cette époque la descente. La conspiration de Georges et de Moreau, la proclamation de l'empire détournèrent un instant son attention du camp de Boulogne ; mais il l'y ramena avec une nouvelle énergie, dès que les questions soulevées par ce grand changement eurent été résolues.

Il y avait plusieurs chances pour franchir le détroit : par un calme qui tiendrait la flotte anglaise immobile, ou après une tempête qui l'aurait chassée du détroit ; à la faveur de la nuit et des brumes épaisses de Thiver, ou grâce à une combinaison qui amènerait dans le canal, ne fût-ce que pour quelques heures, une flotte française supérieure *. Cette dernière chance eût été la meilleure. Napoléon la prépara avec un secret profond et une merveilleuse habileté. L'amiral Villeneuve, sorti de Toulon avec toutes les forces de ce port, devait rallier en passant l'escadre espagnole de l'amiral Gravina à Cadix, aller aux Antilles, faire beaucoup de bruit de

1. Il y avait an aatre moyen de passer avec des bateaux à vapeur, qae Fnlton, après Papin et le marquis de Jouffroy, venait d'inveiter; mais le projet parut alors inexécutable.

ce côté, y attirer Nelson qui gardait la Méditerranée, et, avant d'en être atteint, remonter vers PEurope quand ou Paurait cru parti peut-être pour frapper un grand coup sur rinde anglaise, débloquer Tescadre du Ferrol, celle de Brest, enfin, entrer dans la Manche avec 50 vaisseaux, qui fussent restés maîtres du détroit, jusqu'au moment où l'amirauté anglaise eût pu réunir ses flottes éparses sur toutes les mers. Mais, avant ce moment, la flottille passait, et avec elle 150000 soldats et le sort du monde.

Colonne de Boulogne *.

j D'abord tout réussit à souhait: Nelson qui surveiUait Toulon fut trompé. Tandis qu'après avoir perdu du temps à chercher où la flotte française était passée, il courait après elle, au fond du golfe du Mexique, Villeneuve revenait en bu-

I. La première pierre de cette colonne ?* ï^ff^^'^^.^fl^fP"*^^ eat lien en 1811.

58Ô Î^APQi^QN l*^

rope^ mai^ il sç lajssa s^êter ^ 1^ hauteur du cap Fipisièro, en Galice, par UPe l)ataiUç ave,c Tamirs^l Cs^der* L'issue en fut incertaine» et plutôt ^ l'avantage <de Ta^iiral français^ qui n'avait perdu que deux mauvais vaisseaux espagnols. Il pouyait con^nuer sa route et accomplir le plan de l^apoIéQfl. Il n'ei^ eut pas le courage et revjnt ipéps^er ses ^varies à CadiZf où il fut bientôt bloqué.

Aumqment pu ce pl^n magi^ifique échouait. Napoléon ap* prit que Tor anglais avait formé une cqalitipn nouvelle, fl quitta, en frémissant, la mer pour la terre et commença Tiinmortelle campagne de 1805.

Campai^ne de 18pl^| çii|||tplatioii d'Vlm (10 oetobre). — Quatre attaques étaient préparées contre TEmpire : les Suédois et les Russes devaient s'avancer par le Hanovre ; les Russes et les Autrichiens, par la vallée du Danube ; les Autrichiens seuls, par la Loo^lii^die ; les Russes, les Anglais et les Napolitains, par le mi4î de l'Italie. De ces quatre armées. Napoléon en néglige dei|^, celles qui sont placées aux deux extrémités \ il en contient une troisième en chargeant son plus habile Ueut ddats

les 80000 Autrichi lesur

l'Adige et réserve to 0 000

hommes, que le gi rmée

russe et les réserves i Ba-

vière et la Souabe, et les

bords du Rhin. Mac! cher,

suivant la cq^tume »n le

trompe : au lieu de e, et,

renouvelant la merv ''ran-

conie, sur les derrièi mve-

loppe, refoule ses dé . .. „ , >urg,

à Elchingen, où Ney se battit coname un grenadier, et l'investit dans Ulm. C'était le 25 septembre que la grande armée était entrée en Allemagne, le 6 octobre qu'elle avait passé le Danube; le 19, l'armée autrichienne, enfei^mée, d$t|)9 an cercle de fer et de feu, capitulait. En trois semaines, uao bx^ méo de 80 000 hommes avait disparu. Quelques «(ulUffrii, fuyaient vers le Tyrol et la Bohème; mais 50000 avaient été pris ou tués; 200 canons, 80 drapeaux étaient entre nos mains. Et ce qui rendait plus glorieux çncqrçic^SipaagnlQques résultats, c'est qu'ils avaient été «assurés par les combinaisons du génie, et presque sans perte. « L'Empereur, disaient

L*CMriftE DE 1804 A 1807. hi^

les soldats, m fa|t plus la guerre ave^ |iqs bn^, ipais ^veç 'DOS jaiùbes. »

Vrmfol|r»v (•! oct«b»e). — La nouvelle d'un grand re- Ters maritime yint attrister TËmpereur. Le jour même où Maçk sortait dHJlm, Pamiral VilleneuTe perdait contre Nelson la sanglante batfiille de Tra£algar, qui coftt^ à rqscadre combinée de France et d^Bspagne 18. vaisseaux ^t 7000 hommes. Les Anglais eurent 3000 morts, dont Nelson, k lui seul, aussi regrettable pour eux qu'une armée. Cette dé* faite fut rirrévocable condamnation de la marine impériale. Napoléon ne compta plus sur elle ; et, désespérant de pouvoir se prendre corps à corps avec FAngleterre, il fut poussé plus avant dans la pensée, qui était déjà dans son esprit, de ruiner son insaisissable ennemie, çn lui fermant le continent.

liatiaile d'Austerlitz (S déefqubre 1805).— Cependant Napoléon précipitait sa marché sur Vienne, maintenant découverte. Il y entra le 13 noven^bfe, et s'y trouva encore entre deux armées : à droite celle 4^ Tyrol et d'Italie, que Ney et Masséna poussaient devant eux et qui venait de s'arrêter, sous l'archiduc Charles, derrière la ligne du Raab; à gaHPhe, la grande armée austro-russe, avec les deux empereurs, qui occupait 1^ Moravie. Il connut 1^ celle-ci, franchit \e Panube, et arriva à Brûnp, 1er 20 novembre, avec 65 000 hoçf^n^es. En trois mois, ses soldats avaient fait cinq cents iienes.

90000 Austro-Russes étaient rangés ourles hauteurs d'Aqs» terlitz. Leurs chefs avaient conçu un plan magnifique: tourner l'aile droite des Français, les couper de la route de Vienne et de leurs réserves, les accabler ensuite, tout au moins les jeter en Bohême, où il serait facile de les achever, aidé qu'on serait par la Prusse, qui armait et n'attendait qu*un succès pour accourhr avec 60 000 hommes à la curée du lion. Mais Napoléon avait deviné leurs desseins, compe s'il eût s^ssisté à leurs conseils, et il parut s'y prêter. Il ne mit que des forées insuffisante?, une seule division du corps de Davout. à son aile droite, vers les villages de Telnitz et àe Sokolnitz, pour attirer l'ennemi de ce côté ei\ lui offrant la tentation de s'emparer de la route de Vienne qui passe derrière ces hameaux. Mais il établit fortement sa gauche, à cheval sur là route d'Olmiitz, l'appuyant au mont Bosenitz et au mamelon du Santon qu'il couvrit d'artillerie et que garda un régiment

588 NAPOLÉON r*.

auquel il avait fait jurer de défendre cette position jusqu'à la mort. Lannes y commandait. Au centre, derrière le Goldbach, en faee du plateau de Pratzen, il mit Soult avec trois divisions, et en arrière, mais dans la même direction, une réserve formidable de 25000 hommes. Les Russes étaient massés sur le plateau de Pratzen, développant à droite dans la plaine le corps de Bagration et une immense cavalerie qui se promettait de fouler Lannes et nos régiments sous les pieds de ses chevaux. Le château d'Aust^litz, quartier des deux

Colonne de la Grande armée.

empereurs, n'était couvert que par une réserve de 10 000 hommes.

L'ennemi donna tête baissée dans le piège. Trois divisions russes descendirent des hauteurs et vinrent livrer un combat inégal, mais furieux, vers Telnitz et Sokolnitz, que défendaient un seul régiment et un bataillon, la division Priant étant encore à ce moment fort loin en arrière, vers Gross-Raigerh, quoiqu'elle eût fait 36 lieues en deux jours. Quand ils se furent engagés à fond de ce côté et que, maîtres des villages ,

l'empire de 1804 A 1807. 589

fls croyaient avoir décidé du sort de la journée, Napoléon, qui jusqu'alors avait contenu à grand'peine l'impatience de ses soldats, lança 25 (ÎDO hommes sur le plateau de Pratzen, clef de toute la position, culbuta la garde impériale russe qui la défendait, coupa en deux Tarmée ennemie, et, se rabattant sur les trois divisions envoyées pour tourner notre droite, tandis que les soldats de Davout les poussaient de front, les accabla de mitraille, les jeta sur les étangs glacés qui bordaient la plaine et rompit la glace à coups de boulets, lïous les pas de milliers de Russes qui y périrent engloutis. Lannes, dans le même temps, avait livré à gauche une vraie bataille et bravé tous les efforts de la cavalerie ennemie qui, décimée par son feu, ne put supporter le choc des escadrons de Murât, et fut rejetée en désordre, avec les débris de Bagration, sur Austerlitz (2 décembre 1805). « Soldats, dit Napoléon dans une de ses proclamations qui étaient toujours Fannonce ou la récompense d'une victoire, soldats, je suis content de vous, vous avez décoré vos aigles d'une gloire immortelle.... Rentrés dans vos foyers, il vous suffira de dire: j'étais à Austerlitz pour qu'on vous réponde : voilà un brave. »

15000 morts, 10000 prisonniers, 280 bouches à feu, telles étaient les pertes de l'ennemi. Les deux empereurs fuyaient; celui d'Autriche fit demander une entrevue à Napoléon aux avant-postes : on convint d'un armistice. La Prusse, effrayée, se hâta de démentir les intentions qu'elle avait eues, et traita avec Napoléon. Pour lui rendre un retour vers l'Angleterre impossible, il lui offrit le Hanovre en échange du duché de Clèves, de la forte place de Wesel sur le Rhin et de la principauté de Neuchâtel en Suisse.

Vraité de Presbooi^ (26 décembre)! C^nfédératioit du Rhin. — L'Autriche ne signa la paix que le 26 décembre à Presbourg. Elle abandonnait les États vénitiens avec ristrie et la Dalmatie, que Napoléon réunit au royaume d'Italie, le Tyrol et la Souabe autrichienne dont il se servit pour agrandir les domaines des ducs de Bavière et de Wurtemberg, qui prirent le titre de roi, et ceux du duc de Bade qui prit celui de grand-duc. L'Autriche perdit k millions de sujets sur 2k, un revenu de 15 millions de florins sur 103, et, par la cession de Venise, toute action sur l'Italie, par ceilejiu Tyrol, toute influence sur la Suisse. Les arsenaux de Vienne avaient livré à l'armée française 100000 fusils e|

èOOO pièces de canon. Du bronze pris à Pennemi dans cette , campagne, on fit la colonne de la Grande armée, élevée, à taris, sur la place Vendôme.

Le traité de Presbourg, après Austerlitz, consacrait TEmpire comme la paix de Lunéville, après Marengo, avait consacré le consulat. Il donnait à la France Ist plus magnifique ' position. La Prusse était éloignée du Rhin ; TAutriche était rejelée hors de lltalie. Les princes allemands qui nous séparaient de TAutriche, recevaient de nos mains de riches domaines et des titres qu^ils n'avaient même jamais rêvés ; enfin Napoléon, achevant dans la paix l'œuvre de la guerre, constituait, quelques mois après Austerlitz, la Confédération du Rhin. Le vieil empire germanique, créé par ChàHemagne, fut dissous après dix siècles d'existence. François II abdiqua le titre d'empereur d'Allemagne (6 août) ; il avait déjà pris, pour ne pas déchoir, celui d'empereur d'Autriche. Alors un très-grand nombre des 370 Etats qui se partageaient le sol allemand et y entretenaient une anarchie permanente, furent supprimés au profit des princes les plus puissants de PAllemagne occidentale et centrale. Ceux-ci se réunirent, sous la protection de la France, en un nouvel État fédératif qui fut nommé la Confédération du Rhin. La Prusse et l'Autriche, puissances à moitié slaves, en furent exclus. C'était uni bienfait pour l'Allemagne et c'était une pensée heureuse pour l'Europe, que de placer entre trois grands États militaires cette Confédération qui empêchait leurs frontières de se teu. cher. Nous devons éternellement regretter que l'Emt)ereur ne 86 soit pas tenu à ce traité de Presbourg, si bien conçu pour le repos de l'Italie et de l'Allemagne, et pour la grandeur de la France.

Royauté* TiMsalesi grands fiefs militaires} nouTelle noblesse^ <-^Mais déjà Napoléon était & d'autreà pensées, et ce sceptre de Charlemagne ^uHl venait d'arràchër des Hftins de la nation germanique, il voulait le garder pour luimôme, quand l'intérêt de l'Europe et celui de la Ftance eussent demandé qu'il fût à jamais brisé» A peine avait-il fait suspendre aux voûtes de Notre-Dame, de Thôtel de ville et du palais du Sénat, les 120 drapeaux conquis dans cette guerre de trois mois, qu'il chassait les Bourbons de Naples, et complétait le système de l'empire en l'entourant de monarchies vassales et de principautés feudateires. Joseph Bonaparte fut créé roi de Naples et de Sicile; Louis, roi dô

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Hollande; Ëlisa. sœur de Napoléon, devint duchesse de Lucques; la belle Pauline Borghèse, son autre sœur, fut duchesse de Guastalla; Murât, époux de Caroline Bonaparte, eut le grand-duché de Berg ; Berthier, la principauté souveraine de Neuchâtel ; Talleyrand, celle de Bénévent ; Bernadotte, beau-frère de Joseph, celle de Fonte-Corvo.

Il se réserva dans les États vénitiens douze duchés, quatre dans le royaume de Naples, deux dans les duchés de Parme et de Plaisance; un dans celui de Lucques, et il les distribua successivement à ses compagnons d^armes ou à ses plus dévoués serviteurs. Les deux anciens consuls Lebrun et Cambacérès devinrent ainsi ducs de Plaisance et de Parme ; les ministres Gaudin, Fouché, Champagny, Maret, ducs de Gaëte, d^Otrante, de Cadore et de Basaano; le grand juge Régnier, duc de Massa; le grand maréchal Duroc, duc de Frioul ; les maréchaux Soult, Bessières, Victor, Moncey, Mortier, Macdônald, Oudinot, ducs de Dalmatie, d^Istrie, de Bellujie, de Conegliano, de Trévise, deTarente et de Reggio; les généraux Caulaincourt, Glarke, Savary, Arrighi, ducs de Vicence, de Feltre, de Rovigo et de Padoue, etc. Dans ces duchés, tous constitués hors de France pour ne pas blesser Pesprit d'égalité de la nation, une part des revenus publics était assurée au titulaire, mais sans aucun pouvoir politique ; ce n'était donc pas un retour complet à la féodalité.

Afin d'avoir des récompenses pour tous les grades, il retint $^ millions de biens nationaux, de 2 kOO 000 francs de rente dans les divers États d'Italie ; après îes campagnes de Prusse et de Pologne, 20 millions de domaines en Pologne, 30 en Hanovre, 5 à 6 millions de revenus en Westphalie. H avait donc de quoi distribuer de riches dotations à ses généraux, à ses ministres, à Ses soldats*. Tout général de division eut en perspective, comme récompense de ses services, une dotation et un titre de baron. Les colonels espérèrent l'une ou l'autre'^ et une nouvelle noblesse d'origine toute plébéienne^ mais qui avait trouvé ses parchemins sur lés champs de ba-

1. DATOtit reçut 416 ooo francs de revenu et 300 000 francs en argent ; Lannes, 838 ooo francs de revenu et un million en argent ; les autres à proportion. Après Tilsitt, il donna aux officiers de la grande armée 6 millions, aot soldats 12. Un blessé avait triple part; un amputé avait une do- -nation de 600 à lo OOO francs

2. Les ministres, les sénateurs, les conseillers d'État, les arohevéqaes fafent de droit comtes. Les premiers présidents, les procureurs ^énéraox^ les évoques et les maires des trente-sept bonnes villes de Ternaire forent barons. Les membres de la Légion d'honneur furent chevaliers.

taille, se forma auprès du soldat couronné, qui cherchait à reconstituer un corps aristocratique, pour le placer autour du trône où il était assis. C'était là une déviation au principe de régalité : du moins Napoléon n'attribua à cette nouvelle noblesse aucun privilège. Elle n'eut d'autre avantage sur le reste des citoyens que ses titres et ses honneurs. Pour la rendre durable, cependant, et maintenir son éclat, il créa des majorats* ; mais l'esprit du pays n'était pas dans cette voie; et, en dehors des majorats constitués par l'Empereur, il n'y en eut que 212 constitués par des particuliers, lesquels ne représentèrent pas un revenu de deux millions.

Campagrne de Prusse (1806). — La journée d'Austerlitz avait tué William Pitt, notre implacable ennemi, et Fox, esprit libre, cœur élevé, lui avait succédé au ministère. Napoléon, à cette nouvelle, espéra ramener l'Angleterre à la paix. Malheureusement Fox mourut, et le pouvoir revint aux élèves de Pitt, aux partisans de la guerre à outrance. Un traité venait d'être signé par l'ambassadeur russe en France, il fut désavoué ; un négociateur anglais était à Paris, on fit traîner les conférences en longueur, et des bruits perfidement semés sur la restitution à l'Angleterre du Hanovre, que Napoléon avait récemment promis à la Prusse, jetèrent la cour de Berlin dans des anxiétés qui amenèrent les plus folles résolutions*.

Il fallait à Napoléon une grande alliance continentale. L'Autriche avait été trop profondément humiliée depuis dix ans pour qu'on pût compter sur elle ; la Russie, contrainte après Austerlitz, à ramener chez elle par journées d'étapes ses armées vaincues, demandait trop pour prix de son alliance et ne se livrait qu'à demi : c'est à la Prusse que Napoléon eût voulu lier sa fortune; mais depuis la campagne de 1805, cette cour vacillante, qui se croyait encore la cour du grand Fré-

1. Cest-à-dire qu'une partie des biens des nouveanz nobies, déclarée inaliénable et insaisissable, fut réservée à pçirpétuité à i'afné de la maison. Une loi de 1835 a interdit pour Tavenir toute institution de majorât.

2. Depuis la paix de Bàle, la Prusse s'était tenue à Pécart des grands conflits européens. Cependant M. d'Haugwitz Tavait fait entrer énergiquement, en mars 1800, dans la ligue des neutres, et elle avait alors occupé momentanément le Hanovre. La paix de Lu veuille (1801) lui avait ôté sefi possesions à la gauche du Rhin, mais lui avait valu de oeUes indemnités en Westphalie. En 1805 et 1806^ la cour de Berlin montra la plus grande versatilité. Les négociations qui se croisèrent pendant 14 mois avec la France, la Prusse, TAutriche et l'Angleterre offrent le triste spectacle de beaucoup de duplicité, de faiblesse et de convoitise.

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déncy quand eUe n'avait qu'un roi faible et une reine impru* dente, n'inspirait à Napoléon ni estime ni confiance. La veille d'Austerlitz, elle préparait ses armées sur nos derrières ; le lendemain, elle nous tendait la main. L'Empereur pénétra bien ses intentions hostiles. Recevant au bivac d'Austerlitz les félicitations de l'ambassadeur prussien : « Voilà, dit>il a ses officiers, un compliment dont la fortune a changé l'adresse. » Pourtant lorsqu'il créa la Confédération du Rhin, dans le sud-ouest dé l'Allemagne, il engagea encore la Prusse à former dans le nord une confédération semblable, placée sous son patronage ; mais la Prusse, qui l'avait trompé, se (»^t trompée à son tour. Elle pensa que la paix avec l'Angleterre ne se ferait qu'à ses dépens, et pour prévenir un tort qu'elle n'avait pas encore à craindre, elle se jeta avec une inconcevable légèreté dans le péril le plus redoutable. On ne parlait à Berlin qu'avec dédain de Tarmée autrichienne ; on se disait qu'on était toujours les soldats de Rossbach et que les succès de Napoléon sur des généraux incapables trouveraient leur terme devant le vieux duc de Brunswick, l'élève du grand Frédéric. La reine, belle, romanesque, se montrait à cheval au milieu des troupes, excitant les courages, entraînant la cour et son époux à l'abîme. < Il semble voir, disait durement le Moniteur de France, Armide qui incendie ellemême son palais. » Une nouvelle coalition était formée. La Russie promettait deux armées qui étaient à trois mois de marche en arrière, l'Angleterre des subsides, la Suède son fragile appui. Napoléon partit de Paris le 26 septembre. La grande armée, 130000 soldats incomparables, était encore cantonnée en AUemagne. En quelques jours il la concentra à Bamberg, et le 8 octobre elle était en mouvement. Deux armées prussiennes, au lieu de garder fortement la ligne de TËlbe, avaient franchi ce fleuve et manœuvraient avec une parfaite régularité, en suivant toute la tactique des livres, derrière la forêt de Thuringe. Napoléon renouvela contre elle la manœuvre de Marengo et d'Ulm; il tourna la gauche des Prussiens comme il avait tourné la droite des Autrichiens l'année précédente, se plaça au milieu de leurs communications, entre leurs armées et l'Elbe, qui était leur ligne de retraite, puis frappa, le même jour, deux coups terribles à léna et Auerstaedt (14 octobre).

lésa «« Anentaedt (14 octobre 1806). — U y eut quelques combats préliminaires : à Schleitz, le 6 : à Sasdfed»

W4 NAPOLéOM !•'.

le 10. Dans la dernière de ces renconiree^ le prince Louis de Prusse, un des auteurs tie la guerre, fut tué par un hussard. Déjà la plus grande confusion régnait dans Parmée prussienne. Le soutenir de la capitulation d^Uim troublait les esprits. Le vieux duc de Brunswick s'épouvantait k l'idée de terminer comme Mack sa carrière militaire. Quand Napoléon menaça (le franchir la Saale à léna, à Dombourg et à Naumbpurg, près d'Auerstaedt, le duc, au lieu d'accepter une bataille sur un terrain qui lui était très-fav<»rable, songea à faire retraite sur Magdebourg et FElbe inférieur. II donna Tordre au prince de Hohenlohe, qui avait 70 000 hommes sous la main, de ne point accepter le combat; mais il était trop tard: si près de Napoléon, on ne lui échappait pas. Le prince de Hohenlohe, attaqué à Pimproviste à léna, quand il attendait les Français du côté opposé, vers la ibrét du Thuringe, perdit en quelques heures 12 000 morts ou blessés, 15000 prisonniers, 200 pièces de canon.

Pendant que Napoléon gagnait cette victoire préparée par une si habile stratégie, un combat mémorable était livré, à quatre lieues de là, à Auersteadt, par le maréchal Davout. Ce' grand homme de guerre n'avait que 36000 hommes à Naumbourg pour garder un des principaux débouchés de la Saale et avait ordre de tenir dans ce poste jusqu'à la dernière extrémité. Le duc de Brunswick arrivait avec 60 000 Prussiens pour y passer. Davout, abandonné de Bernadotte qui, par jalousie, refusa de le soutenir, barra audaci^isement ia route aux Prussiens, résolu à se faire tuer avec le dernier homme de son corps, plutôt que d'ouvrir ce passage. Ce fut une bataille d'Egypte. Les Prussiens avaient une cavalerie de 15000 chevaux, réputée la meilleure de l'Europe. Vingt fois elle s'élança sur nos carrés, pas un ne se laissa enfoncer, et les carrés se déployant à leur tour en colonnes d7attaque, entamèrent l'infanterie ennemie, y jetèrent le désordre et décidèrent sa retraite. Le duc de Brunswick, le maréchal de MoUendorf, le général Schmettau étaient atteints mortellement, 10000 hommes tués ou blessés couvraient le champ de bataille; 115 pièces de canon restaient aux mains de Davout, qui n'en avait lui-même que kk, a S'il ne fallait, écrivait un officier prussien, que se servir de nos bras contre les Français, nous serions bientôt vainqueurs. Ils sont petits, chétifs; un seul de nos Allemands en battrait quatre; mais ils deviennent au fsu des êtres surnaturels. Ils, 30iit empcniéf par

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une ardeur inexprimable, dont on ne toH aueune irace dans nos soldats.... Que voulez-vous faire avec des paysans menés au feu par des nobles dont ils partagent ks dangers, sans partager jamais leurs passions ni leurs récompenses? ?» Ain3} se trouvait dans la bouche des vaincus, avec la glorification de noire bravoure, celle aussi de la révolution * .

Les deux armées prussiennes fuyaient dans un désprdrif inexprimable. Si le terrain eût ressemblé à c^ui où Hack avait combattu, elles étaient prises ; mais, dans les grandes plaines de l'Allemagne du nord, il n'était pas possiWe dp manœuvrer comme dans la vallée du Danube. -Cependant les cprp9 français, surtout la cavalerie de Murât, lancés à lew poursuite, fran^rent l'Elbe et coururent à TOdier pour y prévenir les Prissions. Le prince de Hohenlohe, atteint |i Prepsîow, est forcé de mettre bas les armes; Blilcher a te pême sort à Lûbeck. Des 1600000 hommes qui ma^^chaie^}; naguère à notre rencontre, 25000 étaient tués ou blessé^ 100000 pris, 35000 dispersés, sans qu'un seul eût repassé ï'Oder. Magdebourg, Spandau, Custrin, Stettin, toutes les places fortes de l'Elbe et de l'Oder, étaient occupées par nou9« En un mois (8 oct.-8 nov.), la monarchie prus3ienne a.Tait cessé d'exister. Napoléon était entré à Potsdam, où il avait pris pour sa part de butin l'épée du grand Frédéric, déposée sur son cercueil, et à Berlin, où il s'honora par un acte de clémence. Dans une lettre qui fût interceptée, le prince de Hatzfeld, laissé comme gouverneur civil de la place, névélai|; à Blûcher la position de nos troupes. C'étaitunetr^i^nquo les lois de la guerre punissaient de mort; Napoléon ordonna qu'il fût livré à un conseil de guerre. Rapp, Caulaineourt^ Savary, cachèrent le prince dans le palais même ; et la prin^ cesse, avertie par eux, accourut se jeter aux pieds de l'Em<pereur. — « Reconnaissez-vous l'écriture de votre mari? > Pperdue, elle ne savait que répondre. « Eh bien, madame, jetez au feu cette pièce, et la commission militaire, n'ayant pas de preuves, ne pourra condamner. »

liç lilocufli continenfal (180e). — Du jour OÙ NapoiéOQ avait été contraint de lever le camp de Boulogne, il avait pensé à vaincre la mer par la terre. Austerlitz lui avait livré toute l'Italie et l'Adriatique, c'est-à-dire la moitié desriva^ ges européens de la Méditerranée; l'Espagne et la Turquie

1. Thlers, Biitoire du Coniulat et de CEmjyirei t. VII, p. 310«

placées dans son alUancelui donnaient le reste. léna lui assurait les côtes de la mer du Nord et une portion de celles de la Baltique ; en avançant d'un pas encore il fermait le continent tout entier au commerce anglais et faisait périr de pléthore, au milieu des denrées du monde amoncelées dans leurs ports, ces insulaires qu'il ne pouvait atteindre. Ce pas, Napoléon se décida à le faire : il se résolut à marcher de rOder sur la Vistule, pour occuper les embouchures de tous les grands fleuves européejis. Et comme l'Angleterre avait, par une monstrueuse extension du droit de la guerre, dénoncé 1^ blocus de toutes les côtes de Brest à Hambourg, ce qui en interdisait l'approche aux bâtiments des puissances neutres. Napoléon promulgua, le 21 novembre 1806, le fameux décret de Berlin, qui déclara les îles Britanniques ellesmêmes en état de blocus. En conséquence, tout commerce avec ces tles était formellement interdit; les marchandises anglaises, en quelque endroit qu'elles fussent trouvées, étaient confisquées ; tout Anglais arrêté sur le continent devenait prisonnier de guerre; toute lettre venant d'Angleterre, ou y allant était détruite. Ainsi la tyrannie de l'Angleterre sur rOcéan conduisait l'Empereur à établir la même tyrannie sur le continent. Dans cette lutte de géants , les intérêts des petits disparaissaient, et le droit des gens était des deux côtés foulé aux pieds.

Mais, pour que ce système réussît, pour qu'il atteignît l'Angleterre au cœur et l'obligeât à demander merci, il était nécessaire que pas une porte du continent ne restât ouverte. Après avoir fermé celles de la Prusse, il fallait donc fermer celles de la Russie, c'est-à-dire se rendre à peu près le maître partout. Le blocus continental était une gigantesque machine de guerre qui devait sûrement frapper à mort un des deux adversaires : c'est Napoléon qu'elle a tué. . BylflMi (8 fév. 1805').— Dans un de ces magnifiques dialogues que Napoléon avait avec ses soldats, et qu'on appelait les BuUetim de la grande armée, il leur dit: « Soldats, une des premières puissances de l'Europe, qui osa naguère nous proposer une honteuse capitulation, est anéantie. Les forêts et les défilés de la Franconie, la Saale, TElbe, que nos pères • n'eussent pas traversés en sept ans, nous les avons traversés en quelques jours, nous avons précédé à Berlin la renommée de nos victoires. Les Russes se vantent de venir à nous., nous leur épargnerons la moitié du chemin.

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Eux et nous, ne sommes-nous pas les soldats d^Austerlitz! »

Le 28 novembre, Murât entrait dans Varsovie : Napoléon y arriva le 15 décembre , attendant un soulèvement général de la Pologne pour proclamer le rétablissement de ce royaume,, si imprudemment détruit en 1 773. Les Polonais, de leur côté, attendaient pour se lever qu'il s'engageât à fond avec eux* Mais TËmpereur hésitait; si loin du Rhin , sa base d'opéra^ tion, il craignait que rAutriehe ne se jetât dans son flanc. Cette grande question resta donc en suspens, et Napoléon ne compta que sur lui-même.^ Déjà 120 000 Russes ét^ent sur la Narew, affluent oriental de la Vistule. Pour les couper de U mer par où arrivaient les secou!rs anglais , et des Prussiens qui gardaient Dantzig et Kœnigsberg, Napoléon livra aux Russes, vers la fin de décembre, à Czarnovo , à Golymin , h. Soldau, à Pultusk, une suite de combats qui , surtout le dernier, très-chaude affaire, leur coûtèrent 20000 hommes et 80 pièces de canon. Mais sur <bB sol argileux , coupé de bois et de marais , qu'un dégel inattendu avait changé en une boue liquide , les mouvements étaient difficiles et lents; Napoléon ne put poursuivre ses avantages. Il fallut s'arrêter et prendre des quartiers d'hiver qui furent admirablement disposés en avant de la Vistule, entre le Bug , la Narew , l'Orezyc et rukra, comme en un immense camp retranché.

En se plaçant si loin de Dantzig dont il voulait faire le siège durant l'hiver, Napoléon s'était proposé d'offrir aux Russes la tentation de passer la Vistule au-dessous de ses cantonne^ ments, afin de trouver lui-môme une occasion de les attirer à sa portée et de les jeter à la mer. Le généralissime russe B^Miingsen conçut en eflet cette pensée et crut nous surprendre en plein hiver. Il se porta avec toutes ses forces sur la gauche de nos cantonnements. Mais Ney était là. Averti pjur ses coureurs qu'il envoyait fort loin , jusqu'en vue de Kœnigsberg, le maréchal donna l'éveil à tous les corps. 6er* nadotte arrêta Benningsen à Mohrungen; l'Empereur manœuvrait déjà pour le couper, lorsque les dépêches qui conte-p naient les ordres de marche , et qui furent enlevées, révélèrent à temps à Benningsen le péril dont il était menacé. Il put se retirer. Mais Napoléon le poursuivit à outrance, battit quelques-uns de ses corps à Wallersdorf, à Hoff, ii Heilsberg, et l'obligea de s'arrêter à Eylau pour y recevoir une grande bataille.

Les Rossés j avaient 72 000 hommes, TEmpereur u'ayail pu en réunir sous sa main que 5^ 000 , harassés de fatigue et tourmentés par la faim. G^était un jour d'hiver, le 8 février ; vne neige épaisse couvrait le sol , des. rafales de vent et des tourbillons de neige venaient fouetter le visage de nos soldats. La journée commença par une épouvantable canonnade. Du côté des Français âOO bouches à feu, du côté des Russes plus de 300 , vomirent longtemps sur les deux années la mitraille et la mort. Napoléon attendait au pied d'un arbre, dans le ci* tnetière d'Ëylsm» soos une pluie de fer qui passait au-dessus lie sa tète» que Davout, qu'il avait appelé à lui , tombât dans le flanc gauche des Russes. Quand il entendit son canon, du e6té de Sarpéllen , il lança le corps d'Aug^reau sur le centre ennemi. Mais les Russes démasquent une batterie de 72 pièces qui en quelques instants jettent à terre 4000 Français. €e corps est ramené sur Ëylau, renneml le suit'; il touche presque au cimetière, clef de la position française, et où Na* poléon n^a que 6 bataillons de sa garde. Sur un ordre, Murât accourt, c Nous laisseras-tu- dévorer par ces gens-là ! t lui dit TËmpereur. Murât réunit 80 escadrons , part au galop, perce la première ligne ennemie, la sabre et se jette sur la seconde; I^Ue-ci, appuyée à un bois, démasque encoi^e une batterie formidable et tire sur tout ce qui est devant elle, amis et ennemis. Un biscalen frappe mortellement le généra] td'Hau^)0ul ; quelque désordre se met dans ses cuirassiers* A cette vue, le général Lepic charge à la tète des grenadiers de ht garde , et , courant la plaine dans tous les sens, achève la destruction de la première ligne russe qui se reformait. Une lK)rtibn de cette ligne, 4000 grienadiers s'avahcent encore une fois jusqu'au cimetière, un bataillon de la garde en sort sans Inrûler une amorce, les aborde à la baïonnette et les couche ^\xr le terrain. Cependant l'attaque de Davout faisait des proi^ès ; Ney approchait siil* l'aile opposée avec son corps d'armée : BeAningsen, réduit à 40000 hommes, se décida à la retraite. U avait perdu 30000 hommes tués j grièvement blessés, du pHs , 24 élirions, 16 drapeatix.; nous avions de notre côté 3000 morts et 7000 blessés.

Cette àfîretise bbuchëtie n'était pas une victoire comme Na« jpoUon avait l'habitiide de les gagner ; on Testima presque une défaite; et Benningsen, tout en fuyant, se vantait de nous avoir battus. La solidité de l'infanterie russe, la dispro^ portion du nombre , le dérangement causé aux plans de Na«

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