CHA.PITRE XLV
HENRI m (1574-1589) *.
Henri III. — Le duc d^Anjou, héritier présomptif de Charles IX, était en Pologne au moment de la mort de son frère. A la suite de' négociations préparées de longue main, Catherine de Médicis avait obtenu de la noblesse polonaise une couronne pour son fils de prédilection, pour celui qu'on appdait le vainqueur de Jamac et de Moncontour. Henri ne Feut pas plus tôt qu'il prit en dégoût cette terre des Sarmates^ où la noblesse rude et mâle ne connaissait pas les raffinements de luxure et de dépravation que la civilisation corrompue de ritalie avaient inoculés à la France. A la nouvelle de la mort de son frère, il s'enfuit de sa capitale, de nuit, comme un malfaiteur. Poursuivi par ses sujets, qui voulaient
1. Ouvrages à consulter : les Mémoires contemporains de Tavannes, de* Marguerite de Valois, de Cheverny, du duc de Bouillon, de TEstoile, du due d'Angouléme, de Gamon, de Ville-Gomblain, de Duplessis-Mornay et de Goolard ; V Histoire universelle de d'Aublgné, celle du président de Thou et les curieux Mémoires de sa vie; La iLigue en Ânjôu^ par Mourin -, en Breêsgmêf par Grégoire; en Pformandie, par d'EstaintoU
le retenir, il ne s'arrêta que sur la terre autrichienne. Les plaisirs de Vienne, ceux de Venise la BeUe le captivèrent longtemps ; ii ne mit le pied dans son nouveau royaume que deux mois après avoir quitté furtivement Tancien.
Ce prince était le roi le moins propre à dominer la situation que son frère lui laissait. Les victoires remportées en son nom par Tavannes avaient surfait sa réputation. L'abus des p'aisirs avait tué en lui celte première chaleur du sang qui Tavait rendu d'abord aussi brave que ses ancêtres ; il n'avait plus goût qu'à des passe-temps d'enfant ou de femme, quand il n'était pas livré à de monstrueuses débauches. La dépravation de son cœur avait vicié les brillantes qualités de son esprit; il n'était éloquent qu'àmentir, et habile qu'à tromper. On n^serait dire que sa dévotion d'apparat fût une fourberie de l'impiété; mais toute sa religion consistait en certaines pratiques extérieures. Il pensait qu'avec un jeûne et quelques coups de discipline on réglait tous ses comptes envers le ciel et sa conscience. Charles IX, son frère, avait eu parfois des pensées et des projets dignes d'un roi. Henri n'eut guère que de puériles occupations ; et d'Aubigné ne savait, en voyant cet homme si soigneux de sa toilette, de son teint, delà blancheur de ses mains et de son visage, s'il voyait « un roifemme ou bien un homme-reine ». Charles IX, était méchant par colère et par occasion ; lui, par principe et de continuai! ne se faisait lire que Machiavel, et, pour tout dire, il ne connut jamais ce qui peut faire beaucoup pardonner à son frère :
rs actes montrèrent ce qu'il fallait attendre de il paya avec une prodigue magnificence l'hos- 5 de Savoie, en lui rendant Pignerol, Pérouseet s derniers restes des conquêtes de François I«' Qonts. A peine entré en France, il ordonna aux
,^ ) se faire catholiques ou de sortir du royaume :
c'étaient là de bien menaçantes paroles; les réformés se ras* surèrent en voyant que tout se bornait à l'envoi de quelques officiers dans les provinces du Midi alors fort agitées, et à des processions auxquelles le roi se mêlait, de flagellants qui allaient par les rues se battant les épaules « pour la rémission de leurs péchés. » Il fit à Paris une entrée solennelle où il scandalisa fort les personnes graves, « ayant autour de lui grande quantité de singes, perroquets et petits chiens, j A Reims, « quand on lui mit la couronne sur la tête, rapporte
rEstoile, il dit assez haut qu'elle le blessait, elle lui coula par deux fois, comme si elle eût voulu tomber. » On y vit un mauvais augure, et on eût raison : cette téta qui ne pouvait poffter une couronne, ne pouvait non plus porter les fortes et viriles pensées qui eussent été si nécessaires pour la défendre.
l>s poliHii«M« — La France avait cependant besom qu'un chef habile, honnête et fort, prît en main les rênes du gouvernement. Castelneau estime * qu'on avait déjà fait mourir, à l'occasion des guerres civiles, plus d'un million de personnes, le tout sous prétexte de religion et d'utilité publique, dont les uns et les iiutres se couvraient. » Catherine de Médicis n'avait pu qu'à grand'peine empêcher une nouvelle explosion pendant les derniers jours de Charles IX et durant ses deux mois de régence. Entre les catholiques exal^ tés et les protestants fanatiques, il s'était formé un nouveau parti, celui des politiques, composé de catholiques modérés qui voulaient le rétablissement de la tranquillité publique, par la tolérance religieuse et une répression énergique des factions. Les trois Montmorency, Damville, Thoré et Méru étaient les hommes les plus marquants de ce parti, qui comprenait un grand nombre, de magistrats et de riches bour* geois. Un prince du sang, le duc d'Alençon, en avait pris la conduite, moins par patriotisme que par ambition, car il comptait s'en servir pour ses desseins particuliers. Les Guises étaient à la tête des catholiques; les Bourbons, à la tête des protestants ; il avait cru habile, pour n'être ni isolé ni le second dans Tun ou l'autre camp, de former un tiers parti qui serait dévoué à sa fortune. Le Béarnais l'appelle, et justement, « un cœur double^ un esprit malin et tourné comme un corps mal bâti. » Nous devons pourtant lui tenir compte de deux choses: c 11 voulait être Français, disait-il, de nom et d'effet, ennemi de l'Espagnol; i et il ne mit pas ses mains dans le sang des huguenots.
Alliance des politiques mi des li«|^enote. Cin- «Mième §^erre (1696-1 6 Te]. — La Saint-Barthélémy et la guerre avaient fait disparaître les grands chefs prêtes^tants : les calvinistes n'avaient plus pour les guider que des hommes comme le roi de Navarre, qui mettaient les inté^ rets devant, la religion derrière. Aussi, entre gens chez qui l'ambition ou le patriotisme éteignait les ardeurs religieuses, fut-il aisé de s'entendre. Déjà, pendant la maladie de Chai^
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les IX, le ducd'Alençon, le roi de Navarre, le nouveau prince de Gondé et les Montmorency avaient formé le projet de s'assurer du gouvernement. Au moment décisif, le cœur faillit au duc d'Alençon qui dévoila tout. Le prince de Gondé parvint seul à s'échapper ; Catherine s'assura du roi de Navarre et de deux Montmorency, Thoré et Méru, dont elle songea un moment à faire un exemple. Mais le parti n'en existait pas moins ; plus tard, il absorbera les deux autres ; pour le moment c'était une faction de plus dans l'État. Gondé et Damville, les protestants et les politiques, conclurent, par envoyés à Milhaud, en Rouergue, un pacte d'alliance armée pour obtenir la délivrance des princes, la liberté de conscience et la convocation des états généraux.
Combat de Dormans (1596) i le Balafré. — Le nou* veau roi s'irrita fort des menées de son frère ; et comme Machiavel et sa mère ne lui avaient enseigné d'autre leçon, il songea à se défaire de lui. Le duc d'Alençon fut plusieurs fois en danger de mort, mais il parvint à s'échapper et courut sceller, dans le Midi, l'alliance des protestants et des politiques. Damville, dans le Languedoc, réunit jusqu'à 15 000 soldats, et Gondé envoya d'Allemagne, où il était réfugié, une avant-garde de 5000 hommes. Les Lorrains avaient repris faveur. Le roi venait d'épouser une princesse de leur maison, et ils poussaient énergiquement à la guerre ; mais Catherine les redoutait et négociait de tous les côtés. Le duc de Guise la laissa à ses menées, et courut aux Allemands, qu'il battit à Dormans, près de Château-Thierry, en Champagne (11 octobre 1575). Les périls qu'il courut dans cet engagement, où il fut blessé au visage, augmentèrent sa popularité. On ne parla plus, parmi les catholiques, que du Balafré^ le digne héritier du grand Guise. Mais CoQdé passa sans obstacle, avec 18 000 hommes et 16 canons, à travers la Champagne et la Bourgogne, franchit la Loire et rejoignit le duc d'Alençon à Moulins. L'évasion du roi de Navarre accrut les espérances du parti. Un soir, il chantait à voix basse les paroles d'un psaume qui avaient trait à l'abandon où le laissaient ses amis, quand d'Aubigné, l'historien-poéte lui proposa de fuir : « Partons, dit-il, on a fait mourir la reine ma mère à Paris ; on y a tué M. l'amiral et tous mes meilleurs serviteurs ; je n'y retourne plus qu'on ne m'y traîne, j
PaU de Monsieur (mal 167e). — Pour soutenir cette guerre, Henri avait voulu « fouiller aux bourses des bour-
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geois de Paris. «Il ne tira d^eux que des remontrances et des murmures. Après le succès de Guise à Dormans,il fut encore plus pressé de traiter. Le duc d'Alençon s'offrit comme médiateur, et ménagea à Beaulieu la paix qui porta son nom : paix de Monsieur^ titre qu'on donna désormais au frère putné du roi. La médiation n'était pas désintéressée. Le négociateur se fît céder TAnjou, dont il porta le nom, la Touraine et le Berry, avec tous les droits régaliens, sous la seule condition de rhommage. Le roi de Navarre obtint le gouvernement de la Guyenne, Condé celui de la Picardie. Le libre exercice du culte fut accordé aux protestants dans tout le royaume, sauf Paris et la cour, jusqu'à la prochaine convocation des états généraux et d'un libre et saint concile général ; toutes les sentences portées depuis le règne de Henri II pour cause de religion étaient annulées, et les mariages contractés par des prêtres, reconnus légitimes. Par la réhabilitation de la mémoire de Goligny et des victimes de la Saint-Barthélémy, dont les veuves et les enfants obtinrent exemption d'impôts, par la cession de nombreuses places de sûreté, et par l'établissement de tribunaux mi-partis de protestants et de catholiques, la royauté demandait grâce pour le passé et accordait des garanties pour l'avenir.
lift sainte liif^e. — Gette paix semblait une trahison de la cause catholique. Aussi l'effervescence un moment calmée après le grand assouvissement de la Saint-Barthélémy, se ranima avec une extrême énergie. Comment, disait-on, le roi en était-il venu là après deux ans de règne ? Il avait pourtant assez levé de millions sur les bonnes villes, assez frappé d'emprunts sur le clergé, assez créé d'offices onéreux ou nuisibles au pays. Mais tout avait été dévoré par les fêtes et l'avidité des favoris, des mignons. Maintenant encore on aliénait les biens du clergé pour 200 000 livres de rentes, afin de payer les mercenaires allemands qui étaient venus ravager les provinces. Puisque la coùrabandonnait les catholiques, c'était aux catholiques de ne se point abandonner eux-mêmes.
Un seigneur d'Humières, gouverneur de Péronne, refusa de livrer sa place à Condé, nommé gouverneur de la province, et fit signer aux prélats, seigneurs et bourgeois, c une très-chrétienne union, à l'effet d'employer leurs vies et leurs biens pour la conservation de la ville et de la province en l'obéissance du roi et en l'âbservance de l'Ëgiise catholique. »
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Déjà, sous le règne de Charles IX, des tentatives de ligues semblables avaient été faites sur plusieurs points, en Bourgogne, dans PAnjou, etc. L'exemple du seigneur d'Humières fut, cette fois, contagieux. Le clergé, surtout les jésuites, dont le nombre et Tactivité croissaient avec le péril, poussaient la foule dans cette voie, et chaque province eut bientôt sa ligue. Il restait à combiner et à diriger les efforts de ce zèle religieux vers un but commun. L'ambition politique s'en chargea.
Henri de Guise, moins grand homme de guerre que son père, et moins magnanime, avait des desseins plus hauts, plus arrêtés, et une plus grande habileté à faire servir la religion d'instrument à sa politique. Il sut réunir dans ses mains tous les fils de cette grande conspiration catholique, ourdie pour la défense de la foi. Ce fut lui c[ui dressa et fit expédier dans toute la France l'acte constitutif de la sainte Ligue, Les princes, seigneurs, gentilshommes, et tous les associés, y juraient « de retenir le saint service de Dieu selon la forme de la sainte Église catholique ; de conserver le roi Henri troisième en l'état, splendeur, autorité et puissance qui lui sont dus par ses sujets ; de remettre les provinces aux mêmes droits, franchises et libertés qu'elles avaient au temps de Clovis ; de procéder contre ceux qui persécuteraient l'union sans acception de personnes; enfin de rendre prompte obéissance et fidèle service, jusqu'à la mort, au chef qui serait nommé, i
Prétentions de GoUe. — Ce chef était désigné d'avance; mais Henri de Guise portait 'ses vues plus loin, la Ligue ne devait être pour lui que le marchepied du trône. Henri III était déjà perdu dans l'opinion publique ; les pamphlets les plus audacieux flétrissaient son hypocrisie et ses mœurs. Le nouveau duc d'Anjou était décrié comme complice des huguenots, et d'ailleurs condamné aussi à une courte existence. Après eux, il n'y avait d'autres héritiers que les Bourbons, princes hérétiques, indignes d'occuper le trône du roi très-chrétien. Eux écartés, la route était ouverte aux fidèles alliés de Philippe II et du saint-siége, au meurtrier de Coligny, à l'homme qui avait signé un pacte de sang avec l'orthodoxie le jour de la Saint-Barthélémy. Les plus impatients ne se résignaient pas même à de si longs détours. Denouvelles généalogies rattachaient la maison de Guise h la dynastie de Charlemagne. Les descendants de Capet n'avaient
régné jusque-là que par usurpation ; Henri de Guise était appelé à raffermir la monarchie et la foi, en faisant enfermer le Valois dans un cloître, « comme Pépin, son ancêtre, fit à Childéric. » C'est du moins ce que disait un mémoire trouvé dans les papiers d'un avocat mort à Lyon en revenant de Rome.
Premiers états de Blois (1576). — Les états généraux, réunis dans la ville de Blois le 6 décembre 1576, montrèrent à Henri HI retendue du danger. La Ligue, par tous les moyens de fraude et de violence, avait écarté les politiques et les calvinistes des réunions électorales ; parmi les députés, un seul était protestant. Ces états, élus sous l'influence des Guises, n'entreprirent pas seulement conti e la liberté des protestants, mais contre l'autorité du roi. En même temps qu'ils demandaient le rétablissement de l'unité religieuse, ils voulaient qu'on accordât force de loi aux délibérations qu'ils auraient prises à l'unanimité, et pour trentesix membres choisis par eux, le droit d'assister au conseil ' du roi.
Cependant les masses populaires n'entraient pas encore dans la Ligue. Les bourgeois n'étaient même pas sans certaines appréhensions à son sujet. Les quarteniers et les dizainiers de Paris, qui allaient dans les maisons pour la faire signer, y étaient en général mal accueillis. On estimait que cette nouveauté ne tendait qu'à épuiser les bourses.
Henri III se déelare chef de la lilgrue. — Henri III repoussa la requête politique des états généraux, mais se jeta à corps perdu dans le catholicisme violent. Il signa la ligue et s'en déclara le chef, croyant faire un coup de maître, supplanter les Guises, et mettre la main sur la cotisation demandée à chaque ligueur. C'était descendre du rôle de roi à celui de chef de parti, et dénoncer du même coup la guerre aux calvinistes. Ceux-ci prirent la chose ainsi, s'emparèrent de Périgueux, de la Réole, de Marmande, et protestèrent par écrit c contre l'assemblée illégale^ do Blois. »
Déclarations violentes contre les réformés. — Les états, sur la requête du roi, avaient décidé la suppression du culte réformé. Voter était facile, mais ce vote conduisait à la guerre ; et, pour la fahre, il fallait de l'argent. Bodin, l'auteur du Traité de la république^ s'était vainement efforcé de ramener les députéf aux principes de tolérance : « Le pou-
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voir de tout faire n'en donne pas le droit, > disait-il en face de Henri III et de la Ligue. Il réussit mieux quand, sous prétexte de défendre les intérêts du tiers état, il refusa au roi les moyens de faire la guerre. Les partisans des Guises saisirent Toccasion de montrer Pimpuissance du gouvernement, et le roi n'eut ni subsides ni même le droit d'aliéner des portions du domaine royal pour subvenir aux dépenses, a parce que le fonds appartient aux provinces et que le roi n'en est que simple usager. » a Voilà, dit-il, une trop énorme cruauté ; ils ne me veulent ni secourir du leur ni permettre que je m'aide du mien. > Henri III avait cru supprimer les Guises, ceux-ci le mettaient dans une impasse '•
Sixième lierre I trmlté ée Berg^rae (1599). — On n'avait pas gardé aux huguenots la paix promise ; on leur fit mal la guerre. Henri III n'y employa pas le duc de Guise, de crainte de le grandir encore. Le duc de Mayenne, nommé, de préférence à son atné, au commandement du Poitou, ne s'empara que de 6 rouage ; le duc d'Anjou, mis à la tête de l'armée de la Loire, se reposa après la prise de la Charité et d'Issoire, et Henri III profita de ces médiocres succès pour faire avec les huguenots la paix de Bergerac. Il la négocia lui-même et l'appelait volontiers sa paix, par opposition au traité précédent appelé la paix de Monsieur (17 septembre 1577) : elle accordait aux protestants une liberté de conscience plus étendue et mieux spécifiée que dans les édits précédents, des juges particuliers dans les huit parlements, huit places de sûreté, et prononçait Tabolition de toute confédération. Le roi espérait ainsi al^teindre la Ligue, tout en paraissant prendre ses sûretés contre les huguenots.
li'ordre da Saint-Esprit (1578) t ordonnaiice de Blois (1579). — Henri voulait réellement la paix. Pour gagner quelques-uns de ses adversaires, il institua Tordre du Saint-Esprit, en mémoire de ce qu'il avait été élevé aux deux trônes de Pologne et de France le jour de la Pentecôte.
1. Ces états de 1S76 atta({uèrent encore la vénalité des offices de jadicature, la nomination aux dignités ecclési^tiqaes sans choix préalable du clergé et d'une partie du peuple. Ils réclamèrent la liberté des assemblées et des élections municipales, la juridiction pleine et entière pour les offl* ciers municipaux, le droit pour toutes les provinces de tenir des états particuliers, la périodicité des états généraux, et enfin insistèrent sur la distinction des lois faites par le roi et révocables & volonté d'avec les lois faites par les états ou lois fondamentales qui ne pouvaient êtres modifiées que du consentement de la nation. (Aug. Thierry, Histoire du tien état, p. 104 et 105.)
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n coujpcau qa*en donnant le cordon de son ordre aux principaux partisans des Guises et des Bourbons, il les ramènerait à lui. C'était trop espérer pour un hochet (1578). Chose singulière, ces temps déplorables Tirent s'accomplir d'importantes réformes législatives. Au milieu du bruit des armes et des violences des factions, les magistrats continuaient leur grand travail d'amélioration des lois civiles. L'ordonnance de Blois en 363 articles renferme d'excellentes et libérales dispositions pour le droit civil, mais on y sent la force que le catholicisme retrempé dans le péril avait reprise depuis quelques années. Le roi gardait la nomination directe aux prélatures et bénéfices, en observant toutefois certaines conditions d'âge, de bonnes mœurs et de bonnes lettres. Le cumul des archevêchés ou cures paroissiales était interdit. La résidence devenait obligatoire; la simonie était poursuivie. Les vœux de religion étaient fixés à seize ans au lieu de vingt-cinq. Le mariage, que le prêtre seul légitimait, était entouré de précautions plus sévères : le père avait droit de déshériter son fils en cas de mariage clandestin. Enfin quelques bonnes dispositions étaient prises contre l'usurpation des titres de noblesse, la vénalité des charges, le trop grand nombre d'offices, et les infidélités en matière de justice.
Ia cour de Henri fll. — H^îs la conduite du roi gâtait les meilleurs actes. D'impitoyables pamphlets dévoilaient les turpitudes de cette cour licencieuse et féroce du dernier Valois, où le meurtre alternait avec les plaisirs. Le soir, les fêtes et les bals; le matin, les rencontres meurtrières, quand le duel n'avait pas été prévenu par un guet-apens. Ainsi Saint-Mégrin est assassiné par les gens du duc de Guise ; Dugast par ceux du i:oi de Navarre ; Bussy d'Amboise par le comte de Monsoreau. Un favori du roi, Villequier, tue sa feoune ; une femme tue son mari ; Cimier tue son frère. Chaque prince avait ses assassins à gages, qui tuaient par derrière, et ses favoris qui tuaient en face. Trois mignons du roi se battirent un jour contre trois amis de Guise. Quatre des combattants restèrent sur la place, et parmi eux deux amis du roi. Henri donna les marques d'une scandaleuse douleur, et remplaça ses favoris morts par Joyeuse et d'£pemon, qui ne valaient pas mieux. Aux noces du premier, il dépensa l'énorme somme de 1 20 000 écus.
Pour suffire c à ces enragées dépenses, > la taille croissait
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chaque année : il arrivait incessamment au parlement de nouveaux édits bursaux qui n'étsdent enregistrés qu'après une longue résistance. Le mécontentement devenait général. Un jour le clergé cessait de servir les rentes de Thôlel de ^ ville de Paris qu'il avait promis de payer, ce qui ruinait une foule de gens ; un autre, les états de Norm^die, de Bretagne, de Bourgogne, d'Auvergne, sommaient le roi de remetr tre les impôts comme au temps de Louis Xll, et menaçaient de a s'opposer aux deniers extraordinaires, et aux édits pernicieux par toutes voies dues et à eux possibles. »
Heptième ^uerrei paix de Fleix (1580]. — Une courte guerre, qui éclata sans cause et qui finit sans raison, montra les progrès que faisaient les idées de désordre. Henri, qui avait plus de goût aux petites intrigues qu'aux grandes affaires, intervint dans les démêlés du roi de Navarre avec la reine Marguerite sa femme, pour les envenimer. Catherine de Médicis se rendit elle-même à Nérac, avec l'escadron volant de ses filles d'honneur. Le Béarnais, peu scrupuleux, n'aimait pourtant pas qu'on mît le doigt entre l'arbre et l'écorce ; il se fâcha, prit les armes, et commença la petite guerre qu'on appela de son origine la guerre des Amoureux, 11 s'y distingua par la prise de Gahors, qu'il emporta après un combat de quatre jours et de quatre nuits. Mais le maréchal de Biron battit ailleurs les Navarrais, et on rétablit à . Fleix la paix de Bergerac (1580).
Expédition du du« d'Anjou aux Pays-Bas (1581- 1583). — Il eût fallu saisir ces turbulents esprits par quelque grande pensée, les pousser à une sérieuse entreprise, reprendre enfin le projet de Goligny, et faire la guerre étrangère pour n'avoir point la guerre civile. La France pouvait alors choisir entre deux champs de bataille, dont l'un à sa portée et tout à sa convenance. Le roi d'Espagne Philippe II envahissait le Portugal, et Catherine de Médicis avait des prétentions à cette couronne ; les Pays-Bas étaient toujours foulés par les Espagnols, et plusieurs provinces appelaient un libérateur. Henri donna une flotte à Antoine de Grato, candidat au trône de Portugal, et une armée à son frère le duc d'Anjou, que les Flamands appelaient, mais toutes deux insuffisantes, et en désavouant officiellement ces entreprises. La flotte fut entièrement détruite ; le duc d'Anjou, après avoir été proclamé duo de Brabant et comte de Flandre, laissé ians argent, fut forcé d'évacuer le pays, et mourut peu de
mois après son retour en France, en juin 1584. Les provinces des Pays-Bas qui perdirent en même temps Guillaume d'Orange, assassiné par un émissaire' de l'Espagne, firent à Henri III une offre séduisante, elles se donnaient à lui, à la France, s'il voulait les délivrer de l'inquisition et de Philippe II. Mais il était trop tard.
Recradescence de la Etigne après la movt dn duc d'^Lnjoa. — La mort du duc d'Anjou, frère et héritier de Henri III, avait posé définitivement une question faite pour rallumer en France toutes les passions religieuses et politiques. Jusque-là, on n'avait pas songé, si ce n'est vaguement, qu'un Bourbon, un hérétique relaps, put devenir l'héritier des Valois; maintenant le danger existait. Car Henri III, le dernier survivant des fils de Henri II, n'avait point de postérité, et on lui donnait à peine quelques années à vivre. La Ligue, depuis quelque temps, était en désarroi ; « chacun en était dégoûté, dit TEstoile, les uns en médisant ouvertement, les autres s'en moquant. » Tout à coup, sans que les chefs y fissent effort, elle se ranima et s'étendit au sein des masses populaires ; au lieu d'une société secrète, on vit se lever un grand parti révolutionnaire. Les auteurs de ce mouvement ne furent point, comme dit le même chroniqueur, c quelques marmitons et soupiers de Sorbonne, braves conseillers d'État, qui^ toute leur vie, avaient été enfermés dans un collège à pédantiser et à manger les pauvres novices de théologie, » mais Jean Boucher, curé de Saint-Benoît ; Prévost, curé de Saint-Séverin ; Launoi, ancien ministre protestant devenu chanoine ; Lachapelle-Marteau, maître des comptes; Crucé et Bussy-Leclerc, procureurs, et presque tous les prédicateurs des églises de Paris. La Ligue se répandit de là dans les provinces et établit, partout où elle se trouva la plus forte, ce qu'un éminent historien appelle un régime de terreur*.
i, Aog. Thierry, Essat sur Vhisioire du tiers état^ p. 102. J'ai déjà i (p. 104) qu'on n'a pas assez remarqué qu'il y eut dans ce mouvement, ne
dit ,r , ^ . - - - , non-
seulement de la haine religieuse, mais de la colère politique. Les impôts avaient plus ({ue quintuplé depuis Louis XII, et le tiers état n'était pas seul à se plaindre; le clergé était sans cesse obligé de prendre sur ses ' revenus ; on avait vu des curés réduits à abandonner leurs presbytères. Les deux intérêts menacés s'unirent, et c'est ce qui fit la force de la Ligue, double protestation contre la réforme et coàtre la royauté absolue que les nobles protestants repoussaient aussi de leur côté, voulant être roaitres dans leurs châteaux, comme les bourgeois voulaient l'être dans leurs cités.
Trmité de «loliiTille, entro le dne de C^utse et
l'Eipa^ne (1584). — Henri de Guise vit bien que le moment de frapper les grands coups était venu; et, sans hésiter, il signa, le 31 décembre 1584, avec Philippe II, le traité de Joinville, par lequel les parties contractantes s'engageaient à extirper les sectes et hérésies; à exclure du trône de France les princes hérétiques, ou qui promettraient impunité publique aux hérétiques, et à assurer la succession des Valois h Charles, cardinal de Bourbon. Ce Charles de Bourbon était mis en avant pour cacher les prétentions des Guises, jusqu'à ce qu'ils pussent les montrer à découvert. Mais, cette précaution prise, les Guises avaient du pape Grégoire XIII carte blanche pour agir, c II ne trouvait pas bon qu'on attentât à la vie du roi, aurait-il dit; mais, si l'on se pouvait saisir de sa personne et lui donner gens qui le tinssent en bride, on le trouverait bon*. » Le manifeste de la Ligue parut le 31 mars 1585. Les signataires jurèrent de ne pas poser les armes que • l'Église de Dieu n'eût été réintégrée en la vraie religion catholique, la noblesse remise en ses franchises, et le peuple soulagé des nouvelles impositions.» L'exécution suivit de près. Guise souleva la Champagne ; Mayenne, la Bourgogne; Elbœuf, la Normandie; Mercœur, la Bretagne; Aumale, la Picardie. Les villes de Lyon, Bourges, Orléans, Rouen, Angers, Reims, Châlons, Soissons, Péronne, Amiens, Abbeville, Caen, Dijon, etc., se déclarèrent en faveur de la Ligue. Tout le royaume fut en feu.
Traité de IVemours entre le roi et le due de Galse (1585). — La position de Henri III devenait bien difficile. Sollicité par Elisabeth, par les députés des Provinces-Unies, par Henri de Navarre, qui lui offrait son assistance, il était disposé à se déclarer contre les Guises, qu'il détestait; mais il demandait que le Béarnais se fît catholique, promettant de le reconnaître ensuite pour son héritier. Henri refusa, c C'était le plus rusé et madré prince qui fût au monde, » ditd'Aubigné. Il n'entendait s'aliéner les protestants qu'à de bonnes conditions, pour choses qu'il tiendrait, non pour promesses. Il ré-
1. Lettre da P. Mathieu, jésuite, au duc de Ne vers, dans les Mémoirt» du duc de Nevers, t. 1, p. 655. Ce jésuite, qu'on appelait le, courrier de la Ligue, avait été dépêché auprès du pape par les Guises, le cardinal de Bourbon et le duc de Nevers. Le pape dont il est ici question, Grégoire XIII , est l'auteur de la réforme du calendrier qui porte son
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pondit au manifeste de la Ligue en prenant contre les conspirateurs le rôle de champion du roi et des lois de PËtat; c'était habile; il regagna ainsi Talliance des politiques. Montmorency, c le roi du Languedoc, » s^unit à lui, et prit les armes dans la Guyenne et dans le Poitou.
Henri III se trouvait entre deux ennemis qu'il avait longtemps espéré user Pun par Tautre : Guise et Bourbon , les catholiques et les huguenots. Toutes les grandes villes n'étaient pas dans la Ligue et le nom du roi gardait un reste de prestige : on obéissait, on payait encore; les impôts* loi donnaient des soldats, et les ligueurs, bons pour une émeute, pour un massacre, ne valaient rien pour une guerre, car parmi eux il y avait peu de noblesse et de haute bourgeoisie. D'Épernon battit quelques ligueurs à Gien. Joyeuse en battit d'autres en Touraine. Mais Paris remuait ; Guise arrivait avec 12000 hommes; un revers eût tout perdu. Henri se rapprocha des Lorrains dans l'espoir de les tromper encore. Au traité de Nemours (7 juillet) , il tint pour agréable tout ce qui avait été fait pour la religion, livra au chef de la Ligue neuf places de sûreté , et de retour à Paris, publia un édit qui interdisait le culte réformé, sous peine de confiscation, et donnait quinze jours aux ministres et aux protestants pour vider le royaume. Au sortir du palais, le roi fut couvert par le peuple d'applaudissements inaccoutumés ; mais ce n'était pas lui, c'était la guerre contre les huguenots qu'on saluait avec des cris de joie. Le pape y poussait de toutes ses forces. Sixte-Quint venait de déclarer les deux Bourbons, Henri et Condé, déchus de leurs droits de princes du sang, indignes de succéder à la cou* ronne. Le parlement protesta en vain par de mémorables remontrances contre cette violence faite aux consciences, c lesquelles sont exemptes de la puissance du fer et dû feu, > et contre la bulle du pape qu'il appelait un attentat à l'indépendance de la couronne. Il n'y avait point de place encore pour les modérés.
Henri de IVavarre. — Cependant le prince qui devait être leur chef, le roi de Navarre, s'apprêtait à faire face à tous les dangers. Il y a deux Henri IV : celui de la tradition et celui de Thistoire; Pun plus héroïque et, grâce à Voltaire, plus populaire ; Pautre, sous sa bonhomie madrée, bien plus habile, et, avec son caractère souple, bien plus propre à relever un édifice croulant, que ne Peut été un caractère
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tout d'une pièce. Henri de Navarre avait la plus brillante bravoure, qualité commune aux batailleurs de ce temps-là et de lous les temps. Mais elle plaît dans un prince , et le chef, toujours prêt à présenter sa vie aux pointes des épées, ' gagne sûrement le cœur de ses soldats. Élevé au milieu des montagnards des Pyrénées, il égalait leur agilité et s'était fait un corps indomptable à la fatigue. Les vicissitudes par lesquelles il avait passé, avaient rendu sa religion incertaine.
Charles IX lui dit : c La mort ou la messe ! » Il prend la messe; plus tard il abjure, et cette abjuration ne sera pas la dernière. Aussi ne ressentait-il aucune colère contre ceux qui professaient une doctrine différente; sa nature lui ren- Henri IV ^^^ ^® fanatisme odieux, et
sa* position lui commandait la tolérance. C'est là qu'il se tiendra. Du reste, joyeux compère, montrant le même visage à la bonne comme à la mauvaise fortune ; pliant sous le malheur çt ne rompant pas ; trouvant des ressources dans les situations les plus désespérées ; aimant le plaisir, mais non comme on l'aimait autour de Henri III ; humain par bon naturel et aussi par expérience de la vie ; ayant des amis qui tiraient , il est vrai , de son amitié plus de bonnes paroles que de bons effets, mais le cœur ouvert si la main était fermée, et celle-ci Tétant parce qu'il fut vingt années chef de parti, obligé de donner beaucoup et de ne rien prendre, si ce n'est sur. l'ennemi. Une nuit que d'Aubigné et la* Force étaient couchés non loin du roi de Navarre, le premier se plaignait fort au second de la ladrerie de leur maître. La Force, accablé de fatigue, n'écoutait plus, i Est-ce que tu ^n'entends pas? » lui dit d'Aubigné. La Force se réveille, demande ce qu'on lui dit : « Eh! il te dit, crie le roi, qui avait tout entendu, que je suis un ladre vert, et le plus ingrat mortel qu'il y^ait sur la face de la terre. » « Il ne m'en fit pas plus mauvahi
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visage, ajoute d'Aubîgnô, mais il ne m'en donna pas un quart d'écu davantage. » Sa résidence forcée à la cour des Valois avait été fatale à ses mœurs. Pendant plusieurs années, il oublia son rôle et sa fortune. Après la mort du duc d'Anjou, Duplessis-Momay lui écrivit : « Les passe-temps ne sont plus de saison. Il est temps que vous fassiez l'amour à la France. » Henri le sentait bien : il chassa les plaisirs et prit la cuirasse.
Tout le monde l'attaquait, il eut réponse à tout et à tous. Il est inexact qu'une protestation ait été affichée au Vatican, déclarant nulle et non avenue l'excommunication de Sixte- Quint, « soi-disant pape, » et en appelant comme d'abus à la cour des pairs ; maïs Duplessis-Momay, qu'on nommait le pape des huguenots, rédigea une déclaration par laquelle le roi de Navarre et ses alliés c prenaient en main la cause du roi contre les chefs de la Ligue, auteurs de tous les maux de la France. » Gondô en Poitou, Damville en Languedoc, Lesdiguières en Provence, lui-môme en Guyenne , tenaient tout le Midi. Enfin la reine d'Angleterre, les princes allemands, sollicités avec instance, promirent de prompts secours. Elisabeth avait écrit à Henri III , après le traité de Joinville, « avec un brave langage et un plaisant style pour lui faire honj» de sa condescendance envers les rebelles : Pour l'amour de Dieu, ne dormez plus ce trop long sommeil. »
Anarchie du royaume* — Le roi ne dormait qu'à demi. Il eût bien voulu suivre encore, entre les deux partis, sa politique de bascule. Mais l'horizon partout s'assombrissait : le prince d'Orange avait été assassiné naguère par un homme à qui Philippe II avait payé ce meurtre, et Elisabeth d'Angleterre allait répondre à cet assassinat par un autre : la mort de Marie Stuart. A Paris, les chefs des seize quartiers se formaient en conseil, au sein de la Ligue *, pour lui donner une énergique impulsion, et les terribles souvenirs de la nuit du 2k août étaient réveillés. Un prédicateur s'écriait en pleine chaire c qu'une saignée de Saint-Barthélémy était nécessaire pour couper la gorge à la maladie, » et les gens des halles disaient c qu'il fallait commencer le jeu de se défaire du roi. »
Dans les provinces, l'anarchie était partout; sous prétexte de rétablir l'unité de religion, les ligueurs aussi bien que les
f. n» n*étalcnt poin^ 16, m^^is 45 choisis dans les 16 quartiers de Paris,
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huguenots sacrifiaient Tunité de TËtat. Chaque gouverneur se cantonnait dans sa province, et comptant sur la dissolution prochaine de la monarchie, y vivait en maître; la féodalité sortait du tombeau où dix rois Pavaient couchée. Les villes de leur côté redemandaient leurs vieilles libertés, c les fran* chises possédées par les provinces au temps de Glovis. » Comme histoire ces paroles sont absurdes, comme pensée politique elles avaient une grande signification. A Paris, en effet, à Marseille, à Toulouse, à la Rochelle, en cent autres lieux, les magistrats municipaux ressaisissaient l'autorité militaire quUls avaient perdue au quinzième siècle, et la juridiction civile que l'Hôpital venait de leur ôter; ils ne reconnaissaient plus d'entraves à leur juridiction criminelle, ni de contrôle supérieur pour leur gestion financière. Les communes voulaient renaître, parce que la féodalité renaissait. La Bible était alors dans toutes les mains, non TËvangile qui rend à César ce qui est à César, et qui respire à chaque ligne l'esprit de paix et de charité, mais l'Ancien Testament, où les prophètes ont tant de dures paroles, de menaces et de cris de révolte contre les tyrans. Le tyran, pour les seigneurs, c'était le roi, secrètement favorable aux Bourbons; pour les huguenots, c'était encore ce roi, l'instrument des Guises. François I«' avait été bien près de croure que la royauté était tout; on en venait presque à penser qu'elle ne devait être rien.
Hailiènte ipuevre on guerre des trois Henri (1580- 1580). Bataille de Coutras (1587). — Les hostilités furent sans importance en 1586, mais Tannée suivante les secours promis par les alliés des deux partis arrivèrent et de plus grands coups furent frappés. Henri III conçut un plan qui ne manquait pas d'habileté, comme machiavélisme ; U se mit à la tête d'une bonne armée qui devait tenir la Loire, envoya Joyeuse bien pourvu contre le roi de Navarre en Guyenne, et donna assez peu d'hommes au duc de Guise pour arrêter les Allemands. Il avait bon espoir de faire battre Navarre par Joyeuse, Guise par les Allemands; après quoi, lui-même, au centre, accablerait, par la supériorité de ses forces, ce qui resterait de ces trois armées d'étrangers, de calvinistes et de ligueurs. Tout lui fut contraire.
Henri de Navarre, ne pouvant percer les armées de Joyeuse et du roi, pour donner la main à ses auxiliaires allemands, au nord de la Loire, attira Joyeuse dans le Midi, en plein
pays kugumiot. Les deux armées se rencontrèrent à Coutras, an confluent de Tlsle et de la Dronne. Quand les huguenots virent l'ennemi, leurs ministres entonnèrent le verset du psaume cxlyii :
■ Voici rheureuse journée qui répond à nos désirs; »
et en même temps ils se mirent à genoux, c Ils tremblent, s'écria la folle jeunesse qui accompagnait Joyeuse; les poltrons se confessent. — Vous vous trompez, reprit un vieux capitaine; quand les huguenots font cette mine ils sont résolus de vaincre ou de mourir. — Cousins ! cria le roi de Navarre à Ck>ndé et à Soissons, je ne vous dis autre chose sinon que vous êtes du sang de Bourbon, et, vive Dieu ! je vous montrerai que je suis votre atné. — Et nous, que vous avez de bons cadets. > Le Béarnais avait mêlé des arquebusiers à ses escadrons; il attendit la charge de la gendarmerie de Joyeuse à quinze pas, fit feu à bout portant, puis s'élança avec les siens : en une heure il ne se trouva plus un homme de Parmée royale qui ne fût à terre ou en fuite. A la fin du combat, le roi de Navarre se battait encore seul à seul avec le cornette Château-Renard, c Rends-toi, Philistin, » lui criat-0, et il le fit prisonnier. Joyeuse remettait son épée à deux huguenots, quand un troisième lui fracassa la tête d'un coup de pistolet (oct. 1587). Cette victoire n'eut qu'un effet moral. Henri perdit son temps à porter aux pieds de la comtesse de Grammont les enseignes prises à l'ennemi. Ce fut la dernière faute sérieuse que la passion lui fit commettre.
Pendant qu'il courait ainsi au fond de la Gascogne, au lieu d'acculer les débris de l'armée de Joyeuse à la Loire, le duc de Guise, au nord du fleuve, triomphait des Allemands. Il n'eut garde d'attaquer, avec 12 OOO hommes à peine, qu'il avait, l'armée du baron de Dohna. Il harcela ses flancs, enleva ses traîneurs, ses convois et ses fourrageurs. Dohna, après de longues hésitations, se porta sur la Loh:e, vers la Charité; il y trouva Henri III, qui lui barra le passage et le rejeta sur le duc de Guise. Les Suisses se dégoûtaient déjà d'une campagne où ils ne gagnaient rien, lorsque Guise les surprit à Vimory, près de Montargis, et leur tua 2000 hommes. Dohna erra quelque temps entre les deux armées dans la position la plus critique; Henri 111 eut la maladresse de laisser à son rival la gloire d'en débarrasser le pays. Tandis qu'il travaillait les Suisses en dessous main, pour les acheter,
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Guise en fit un nouveau carnage près d^Anneau, et acheva leur dispersion (1587).
«loumée de» Barrieades (1588). — Henri III rentra à Paris, doublement vaincu et par la Ligue et par les huguenots. Il descendit cependant à Notre-Dame pour aller triomphalement remercier Dieu de sa victoire sur les ennemis de la foi et du royaume. Mais il ne trompa personne. « Saûl en atuô 100, * criait-on sur son passage, « David en a tué 10 000. » Et quelques jours après, la Sorbonne décidait « qu'on pouvait ôter le gouvernement aux princes qu'on ne trouvait pas tels qu'il fallait, comme l'administration aux tuteurs qu'on avait pour suspects. » Henri III ne pouvait plus s'y méprendre. H défendit au duc de Guise de venir à Paris, et cantonna dans les faubourgs Sainl^Denis et Saint-Martin 4000 Suisses avec plusieurs compagnies des gardes. Les Seize se crurent perdus, ils appelèrent le Balafré, qui, sans tenir compte d'une nouvelle défense, arriva le 9 mai.
Il fut à peine reconnu, que les cris de Hosanna Filio Dchvid retentirent dans tout Paris et l'accompagnèrent jusqu'au Louvre. Une vieille femme perça la foule et l'arrêtant pour le contempler, s'écria c qu'elle mourrait contente, maintenant qu'elle avait vu le libérateur. » Le roi le reçut pâle de colère. « Je ^vous avais fait avertir, lui dit-il, que vous ne vinssiez pas; » et, malgré les excuses du duc, il l'eût fait as* sassiner peut-être dans cette première entrevue, si sa mère et ses conseillers ne Pen eussent détourné, par la crainte du soulèvement de tout Paris. Le roi et le chef de la Ligue se fortifièrent, l'un dans le Louvre, l'autre dans l'hôtel de Guise. On négocia encore deux jours. Le 11 au matin, le duc revint au Louvre bien accompagné, parla haut, somma le roi deren* voyer ses conseillers, d'établir l'inquisition, et de pousser à outrance la guerre contre les hérétiques.
Le soir, le roi fit ordonner aux compagnies des gardes bourgeoises, dont il se croyait sûr, d'occuper plusieurs places, et, le lendemain matin, introduisit par la porte Saint- Honoré, et envoya sur le t)ont Saint-Michel et sur le Marché- Neuf les Suisses et 2 000 hommes de gardes françaises. Mais les gardes bourgeoises firent défaut; et quand on vit les Suisses dans la cité, on crut que Henri III méditait une Sainl^-Barthélemy de catholiques. Le peuple s'arrêta près de la Bastille, ainsi qu'à la place Maubert, et y commença des barricades aux cris de : « Vive l'Union J vive la Ligue! » lin
denx heures, tout Paris fut en armes, toutes les rues furent rendues impraticables et les barricades, avançant, atteignirent bientôt jusqu'aux places occupées par les troupes.
Le comte de Brissac s'était mis à la tête du peuple. Les Suisses, attaqués de tous côtés par une grêle de balles et de projectiles, furent refoulés en désordre, et, peu habitués à une telle guerre, crièrent merci. Guise sortit alors de son hôtel en pourpoint blanc, une baguette à la main, sauva les Suisses qui allaient être massacrés, les renvoya au roi avec un insultant dédain, et apaisa tout comme par enchantement. Il ne voulait encore que le pouvoir et non le titre, et se contentait de devenir le maire du palais d'un nouveau roi fainéant. C'était trop ou trop peu : Henri III lui dépêcha sa mère. Il demanda la lieutenance générale du royaume pour lui-même, la convocation des états à Paris, la déchéance des Bourbons, des gouvernements de provinces et toutes les charges pour ses amis. La reine-mère débattit trois heures durant ces conditions. Pendant ce temps, l'attaque était suspendue; Henri III put sortir du Louvre et s'enfuir: il jura qu'il ne rentrerait dans sa capitale que par la brèche.
Seconds états de Blois (1588). — Le duc de Guise avait commis une faute : mais s'il n'avait pas le roi, il tenait^ Paris. Le soir même, il alla engager le premier président Achille de Harlay à ne pas interrompre le cours de la justice. L'austère magistrat lui reprocha durement ses entreprises et termina en disant : c C'est grand'pitié, quand le valet chasse le maître; au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur est au roi, mon corps est entre les mains des méchants. — Je me suis trouvé, dit Guise après cette entrevue, à des batailles, à des assauts et à des rencontres les plus dangereuses du monde ; mais jamais je n'ai été étonné comme à l'abord de ce personnage. »
Il y avait un roi de Paris et un roi de France ; on négocia encore, et on vit avec étonnement Henri III accorder ce que, deux mois auparavant, il refusait en face des barricades. 11 consentit à disgracier d'Épernon, jura de ne déposer les armes qu'japrès la destruction des hérétiques, déclara déchu de ses droits au trône tout prince non catholique, nomma le duc de Guise lieutenant général, et convoqua les états à Blois*. Il semblait donc que tout ce qu'il avait gagné à fuir
i. Blois, dans Tancienne province d'Orléans, s'élève en amphité&tre, an bord dç la Loire^ Loaia XII y nac(ait, fit reconstruire l'ancien cbàteaa
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Paris, c'était que les étais ne s'y tinssent point. Mais il avait pour cela ses raisons.
Les états de Blois ne furent composés que de ligueurs. Les plus violents ennemis du roi furent nommés présidents des trois ordres : le cardinal de Lorraine, Brissac, le héros des barricades, et le prévôt de Paris, nommé par Guise, la Chapelle-Marteau. Le roi, dans une harangue habile et élégante, comme il savait les faire, se plaignit « de l'ambition démesufée de quelques-uns de ses sujets. » C'était quelque peu hardi ; le clergé exigea que la phrase fût supprimée à l'impression. Puis on agita quelque temps la question de savoir si les états devaient procéder « par résolution ou par supplications adressées au roi, celui-ci n'étant que le président des états, lesquels ont tout pouvoir. » Cette question écartée, on demanda que les tailles fussent abaissées et que les courtisans rendissent gorge. « Le peuple, disait Brissac au roi luimôme, est grandement refroidi de l'amour qu'il portait à ses princes; si cette assemblée est rendue illusoire, vous perdrez le reste de la foi et de l'amour que le peuple a encore pour vous. » Au dehors, c'était bien autre chose; les plus ardents des ligueurs parlaient de faire Guise connétable, et d'enfermer le roi dans un couvent, s'il résistait. La duchesse de Montpensier montrait, pendus à son côté, des ciseaux d'or dont elle devait « faire la couronne monacale de Henri '. i
des comtes de Blois « tout neaf, dit Jean d'Anton, et tant somptueux que bien sembloit œuvre,de roi. • L'architectnre da treizième siècle y est encore représentée par la colonnade de la salle des états ; le ({uatorzième a vu s'élever la galerie des ducs d'Orléans, et Louis XII a fait bâtir la façade orientale, où l'heureux mélange de la brique et de la pierre, Toriginalité de l'ensemble, la délicatesse et la naïveté des détails laissent l'œil et le goût indécis entre cette construction et celle qui l'avoisine du roi François I*'. Celle-ci, riche de tout ce que l'art avait emprunté à la Renaissance italienne^ sans répudier pour cela l'ancien style français, mérite cependant plus d'attention. La façade du côté de la cour a peut-être un peu de lourdeur, mais elle se distingue par son magnifique escalier extérieur, à jour, qui est certainement une des pièces capitales de l'architecture de la Renaissance. Gaston d'Orléans ût élever le quatrième corps de logiâ sur les dessins de François Mansard. > (De la Saussaye, Hiatotre de Dloiê,)
1. Les états de 1588 demandèrent, comme ceux de 1S76 et de 1560. le rétablissement des élections ecclésiastiques et l'élection pour les emplois de judicature^ la restitution du droit de justice civile aux corps munici-
{taux, l'égalité des poids et mesures. Ils voulurent que les ordonnances àites à la requête des états fussent immuables et n'eussent pas besoin d'être vérifiées en cour de parlement ; qu'il y eût pour les autres édita toute liberté de remontrances, et que les parlements ne fussent jamais contraints d'enregistrer; que toutes les provinces pussent élire des pro-
ittiaitliuit du due de Ciuise (1588]. — L'invincible
Armada venait d'être détruite, on pouvait s'attaquer à l'allié de Philippe IL Quelquesuns voulurent mettre le duc de Guise en défiance : « Il n'oserait, »
réponditril.Leroi osa.
« Il y a longtemps, disait-il, que je suis sous la tutelle de messieurs de Guise, je suis résolu d'en tirer raison ; qui' a compagnon a maître. »'0n lui proposait l'emprisonnement légal et le procès en forme, c Mettre le Guisard en prison, reprit-il, ce serait mettre dans les filets le sanglier qui serait plus puissant que nos cordes. » Il était décidé, s'il ne trouvait personne pour frapper le duc, à faire le'*coup lui-mftme : le jour fut fixé au 23 décembre.
Le 22, on engageait encore le duc de Guise à s'éloigner de Blois.
«c Qui quitte la partie la perd , » dit l'archevêque de Lyon," et Guise ajouta: c Mes Escalier du château de Blois. affaires sont réduites
cureurs syndics auxquels les ëdits seraient communiqués avant d'être vérifiés en parlement; qu'enfin il n'y eût jamais, pour quelque cause et sous quelque forme que ce suit, de levée d'argent, sans le consente ment djs états généraux. (A. Thierry [listoire du tiers état , p. tl8.)
en ids tomes, que quand je verrais entrer la mort par la fenêtre, je ne voudrais pas sortir par la porte pour la fuir. » Le roi Tavait averti que, se proposant d'aller passer la fête de Noél à NoU'e-Dame de Cléry, le conseil jM'ivé se tiendrait à six heures du matin. A quatre, le roi appela les Quarante-Cinq : « Il n'y a aucun de vous, leur dit-il, qui ne soit obligé de reconnaître combien est grand Thonneur qu'il a reçu de moi, ayant fait choix de vos personnes pour conOer la mienne à votre valeur et fidélité. Vous avez été mes obli* gés , je veux être le vôtre. Le duc de Guise est résolu de foire son dernier effort sur ma personne, pour disposer après de ma couronne et de ma vie. Je suis réduit à telle extrémité, qu'il faut que je meure ou qu'il meure, et que ce soit ce matin. Ne voulez-vous pas me servir et me venger? » Tous s'écrièrent qu'ils étaient prêts à tuer le rebelle. « Cap de Dieu ! dit l'un d'eux. Gascon, nous vous le donnerons morL » Le roi leur distribua lui-môme des poignards et les posta dans son cabinet, dans sa chambre, sur l'escalier. En même temps, avec cette dévotion tout italienne qui mêle si aisément le crime et la prière, il faisait dire une messe par on de ses chapelains < pour que Dieu lui fît la grâce de pouvoir exécuter son entreprise, j
Le duc arriva plus tard qu'on ne l'attendait. Il reçut encore en route un billet qui lui annonçait son sort : c C'est le neuvième, i dit-il. Arrivé dans ia chambre du conseil, il s'assit quelque temps. € J'ai froid, dit-il, le cœur me fait mal. » Quelques moments après, un secrétaire d'État vint le mander de la part du rpi. Il passa de la chambre du conseil dans celle du prince, salua, les gentilshommes et se dirigea vers la porte du cabinet; où il supposait que se tenait Henri. Au moment où le duc soulevait la portière, un des Quaraixte- Cinq * le saisit par le bras et lui enfonça son poignard dans le sein, en criant : c Traître, tu en mourras! » Tous les poignards se levèrent aussitôt. « Eh! mes amis, mes amis! » s'écrie le duc : et, bien que frappé de tous côtés, il entraîne ses ineurtriers d'un bout de la chambre à l'autre , les bras tendus, jusqu'au pied du lit du roi, où il tombe expirant. « Ah ! s'écrie le cardinal en entendant le bruit, on tue mon frère — Le roi a affaire à vous, monsieur, répond le maré-
1. Les Quarante-cinq étaient la garde personnelle du roi ; Guise avait de* mandé leur licenciement.
64 UENRI III (1574-1589).
chai d'Aumont, ne bougez pas !» Et il le fit emmener. Le lendemain, on le tua à coups de hallebardes et Ton brûla les deux corps afin qu'on n'en fît point de reliques.
Le meurtre accompli, le roi sortit de son cabinet pourvoir si son ennemi était bien mort, et le contempla longtemps; puis il courut dire à Catherine de Médicis, qui, alors âgée de soixante-dix ans, se mourait : c Je suis redevenu roi de France, madame, ayant fait tuer le roi de Paris. — Ce n'est pas tout de tailler, mon fils, répondit-elle, il faut recoudre. >
AMassinat dn roi Henri III (1589). — Tuer le duc de Guise, en effet, ce n'était pas tuer la Ligue. Henri III avait cédé au désir de se venger, plutôt qu'il n'avait, par ce crime, accompli un dessein politique. « Morte la bête, disait-il, mort le venin !» Il se trompait ; Guise tirait sa force de la Ligue, et non la Ligue de lui. A la nouvelle de sa mort, arrivée à Paris la veille de Noël, il y eut un moment de stupeur, puis la fureur éclata. Toutes les églises retentirent d'imprécations contre « le cauteleux cafard » et de lamentations au sujet des a deux frères martyrs de Jésus-Christ et du public. » Le fameux prédicateur Lincestre déclara qu'Hérode n'était plus roi de France, et il fit prêter à tous les auditeurs le serment de verser leur dernière goutte de sang pour venger la mort de Guise, c Levez la main, dit-il au président de Harlay, levez la main bien haut afin que le peuple la voie. « Des processions de nuit et de jour sillonnèrent Is capitale. Dans l'une d'elles, cent mille personnes portant des cierges les éteignirent tout d'un coup en criant : c Dieu, éteignez ainsi la race des Valois. »
Les Seize forcèrent le conseil de ville à donner le commandement de Paris au duc d'Aumale, en attendant l'arrivée de Mayenne. La Sorbonne décréta f que le peuple français était délié du serment de fidélité prêté à Henri III. » 11 était difficile d'ébranler la fidélité monarchique du parlement, on l'épura. Le gouverneur de la Bastille, Bussy-Leclerc se présenta au palais. Achille de Harlay s'y trouvait ; averti le matin de rester chez lui : c Je n'en ferai rien, dit-il, ils ne sauraient me prendre en plus digne lieu qu'en mon siège. » Lorsque Bussy-Leclerc lut la liste de ceux qu'il venait arrêter en tête de laquelle était le président, cinquante se levèrent et le suivirent.
.Henri III n'avait rien fait pour tirer profit du meurtre. Sa
HENRI III (1574-1589). es
mère lui avait dit avant de mourir c qu'il lui fallait mûntenant promptitude et résolution. » Il croyait qu'il était encore rheure de négocier, et il écrivait à la fois au pape, à Philippe II, à Mayenne, à Henri de Navarre, même à la Ligue qui renvoyait dédaigneusement son héraut sans Tentendre. D'Epernon et quelques milliers de seigneurs accourus auprès de lui ne lui donnaient pas assez de force pour agir, car,
CbÀteau de Saumur.
sauf quelques villes, ce qui n'était pas à la Ligue appariernait aux politiques ou aux protestants, et rexcommunication lancée contre lui, pour le meurtre d'un cardinal, embarrassait jusqu'à ses amis. Il ne s'était donc point sauvé par le guet-apens de Blois, mais il avait sauvé la fortune du roi de Navarre dans les bras duquel il fut réduit à se jeter. Avant la dernière tragédie, le Béarnais avait été en de cruels embarras. Le triomphe de Guise ou des ligueurs eût causé sa ruine. « Le diable est déchaîné, écrivait-il (8 mars 1588), et c'est merveille que je ne succombe sous le faix. Si je n'étais huguenot, je me ferais Turc. Ahl les violentes épreu-
6a HENRI m (I574rl589),
?es par û& Ton sonde ma cervelle. Je ne puis faillir dWe bientôt ou fou, ou habile hoaune. Cette année sera ma pierre de touche. » Elle le fut. Il sortit de là Thomme qui sut me* ner si bien, à travers les écueils, sa fortune et celle de U France. Henri lll reçut le Béarnais àPlessy-les-Tours, après lui avoir livré le passage de la Loire à Saomur*, en lui don^ nant cette ville et son fort château comme place de sûreté. Le roi de Navarre arriva habillé comme un soldat, le pourpoint usé sur Fépaule et aux côtés par la cuirasse» un manteau d'écarlate, un chapeau gris avec un panache blanc. Il se jeta aux pieds de Henri III, qui le releva en rappelant son frère, c La glace est rompue, écrivit-il à Mornay, non sans nombre d'avertissements que si j'y allais j'étais mort : j'ai passé l'eau en me recommandant à Dieu. >
La réunion de l'armée protestante et de l'armée royale sous le même étendard changeait complètement la nature de la guerre. Ce n'était plus le protestantisme féodal, c'était la Ligue démocratique qui menaçait la royauté; la monarchie entrait en lutte avec les masses catholiques révoltées contre elle. Henri 111 rappela à Tours son parlement inutile et lança un manifeste contre Mayenne et les chefs de la Ligue. Le Béarnais conduisit rudement la guerre, Pithiviers, Étampes, Poissy furent enlevés de vive force. Pontoise fit une énergique résistance. Le roi de Navarre faillit y être tué : une arquebusade, qui lui était destinée, jeta mort un colonel huguenot sur l'épaule duquel il s'appuyait, en observant la place. En deux mois, il fut maître du terrain entre Loire et Seine, et 15 000 Suisses ou lansquenets arrivèrent. Le soir du 30 juillet 1589, les deux rois avec 40000 hommes, parurent en vue de Paris. Ils s'emparèrent du pont de Saint- Cloud, et les Parisiens purent voir la longue ligne des feux ennemis s'allumer et s'éjtendre en un vaste demi-cercle, sur la rive gauche de la Seine, depuis Argenteuii jus^qu'à Vaugir rard. Le roi de Navarre établit son quartier à Meudon, lleuri III à Saint-Gloud. En contemplant de ces hauteurs la ville qui l'avait si ignominieusement chassé, il s'écria : « Paris, tète trop grosse pour le corps, tu as besoin d'une
. Henri en donna le gouvernement à Duplessis-Mornay. une des plus
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