XXX PRÉFACE
parlent Lien haut de nos fautes et de nos travers; ils réveillent leurs plus patriotiques souvenirs et exaltent leurs gloires nationales ; mais la première langue qu'ils apprennent après celle du foyer domestique , c'est la nôtre1, et le premier regard qu'ils jettent hors de leur frontière et de leur histoire tombe sur notre France.
Après la bataille de Salamine, les chefs grecs se réunirent pour décerner le prix de la valeur. Chacun s'attribua le premier, mais tous accordèrent le second à Thémistocle *.
Gœthe a dit : « Ce que l'histoire donne le mieux, c'est l'enthousiasme qu'elle éveille. » Elle nous donne cela, mais encore autre chose ; car elle est bien ce que les anciens l'appelaient, la maîtresse de la vie , magistra vitœ. Pour moi, je ne voudrais pas que l'étude de notre histoire ne nous inspirât qu'une vanité mauvaise et un patriotisme stérile. Si la France a mérité d'être appelée la grande na-
1. a La France a deux bras avec lesquels elle remue le monde, sa langue et l'esprit de prosélytisme qui forme l'essence de son caractère. C'est grâce à cette double influence qu'elle exerce une magistrature réelle sur les autres nations. » Joseph de Maistre, Correspondance, t. I. Dans le mois de mai 1857, il a été imprimé en Allemagne 16 ouvrages français et 34 traductions d'ouvrages français, total 50. Toutes les publications de l'Allemagne dans les autres langues étrangères mortes ou vivantes, ou qui y sont relatives, dépassent à peine le chiffre des précédentes. Elles sont au nombre de 53, savoir : 20 pour le latin, 7 pour le grec, 13 pour l'anglais, 5 pour l'italien, 5 pour le danois, le suédois, etc.
2. Je n'ai rien avancé, en tout ceci, qu'un des historiens les pins renommés de l'Allemagne contemporaine, Léopold Ranke, n'ait dit lui-même dans son dernier ouvrage : Fransorsische Geschichte , Vornchmlich im xvi und xvn Jahrhundcrt (Berlin, J 852-1 854), où il représente la France comme ayant reçu la mission de réviser, d'époque en époque, les grandes lois de la vie européenne, les institutions qu'elle avait le plus contribué à faire prévaloir autour d'elle. La Gazette de Prusse appelait naguère (1861) la France « la mère des libertés » et M. de Cavour nommait : a les hommes immortels delà Constituante, les bienfaiteurs de l'humanité.» Discours au Sénat italien, 9 avril 1861.
PREFACE
ùoïy , si nos pères nous ont transmis le plus gloire que peuple ait jamais reçu, depuis les ne, faisons pas comme ces fils dégénérés des i qui vivent aux dépens du nom qu'ils porter commun héritage. Bien peu, sans doute, peu a décorer leur pays d'une gloire nouvelle, r quelque voie que nous marchions et malgr rite, nous pouvons le servir. La puissanc n'est pas seulement dans ses canons et dan dans sa flotte et dans ses armées qui porte glorieusement sa redoutable épée ; elle est < raie. C'est pour cela qu'une qualité de plus chacun de nous, sera une force de plus pou plus tard pour le monde. Rendons-nous de meilleurs, afin' de nous rendre chaque jo plus utiles serviteurs de la France.
Voilà la leçon de notre histoire ; et j'aura de mes vœux si cette leçon sortait de la lect si de ce long voyage fait avec moi à travers lés, le jeune homme rapportait un sentime que des devoirs qu'impose la condition d'êl libre, un plus vif amour du bien, un dévou solu pour ce pays « le seul au monde, dis? voix puissante , qui fasse la guerre pour un Un mot encore sur le livre lui-même. Jt que j'ai fait, mais ce que je m'étais propos J'aurais voulu renfermer toute notre hi curiosités et le menu des choses, mais o jadis , un simple crayon des grands pers grands événements, en un petit nombre de rapide et pourtant intéressant, qui ne bles goût ni la langue.
J'aurais voulu qu'a travers la succession ques on pût voir le développement de la vi
PRÉFACE
ses diverses manifestations, organisation politique, arts, littérature, commerce, industrie, et suivre cette lente mais perpétuelle révolution qui rapproche, mélange et fond ensemble les éléments d'abord contraires; qui, malgré les temps d'arrêt, les retours en arrière ou même les perturbations sanglantes, en somme met, à chaque siècle, plus d'ordre et de justice dans l'Etat, plus de bien-être dans la famille, plus de connaissances et de moralité dans l'individu.
J'aurais voulu, dans le jugement des hommes et l'appréciation des choses, me tenir à égale distance des violents de tous les partis; et, sans jamais cacher la vérité, la dire, quand elle devait être sévère, avec les ménagements que la destination primitive de ce livre lui imposait , et n'avoir que pour le vice et le mal avérés ces haines vigoureuses auxquelles doivent échapper les erreurs ou les fautes involontaires.
Voilà ce que j'ambitionnais de faire.
Vico a dit : « Vouloir, c'est pouvoir, vellc id est passe. » Gela doit être vrai en morale, mais ne peut l'être dans l'art et la science, si ce n'est pour les maîtres. Ceux-ci font pleinement ce qu'ils ont voulu faire. Entre leurs mains l'idéal devient le réel ; dans les nôtres , il reste une ébauche imparfaite, et cette ébauche même, sans eux, nous n'aurions pu la tracer. Que ceux qui ont donné, en ce siècle, a la littérature historique une si énergique et brillante impulsion, et que la voix publique nomme depuis longtemps les maîtres, reçoivent ici le sincère et pieux témoignage de notre reconnaissance.