‹ Histoire de FranceChapitre 9 sur 82 · XXVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PRÉFACE

essuyait, le sourire sur les lèvres, le feu de cetle polémique ardente que des fils de bourgeois dirigeaient contre elle.

Alors une immense enquête commence. Les uns 1echerchent et signalent les vices de l'organisation sociale; ils lèvent le voile qui cachait les plaies profondes du pays, qui l'énervent, qui l'épuisent, qui vont le tuer si Ton n'y porte remède; les autres ne tiennent môme pas compte du vieil édifice où la société s'est abritée si longtemps; parla pensée, ils le jettent bas et voudraient sur le sol nivelé construire une société nouvelle. Cette voix de la France est entendue au delà de ses frontières; les gouvernements se réveillent, rois et ministres se mettent k l'œuvre, ils creusent des canaux, ils fout des routes, ils encouragent, l'industrie, le commerce et l'agriculture. Partout on parle de justice et de bienfaisance; mais la France, qui a sonné la cloche d'alarme , montré le péril, indiqué le remède et décidé les princes à commencer la moitié de la tache, les réformes matérielles, ne peut, pour elle-même, rien obtenir. Turgot, Xecker sont renvoyés comme de dangereux utopistes; Calonne lui-même tombe le jour où il prononce le mot de réforme des abus. L'ancien régime ne veut rien céder; il perd tout. La révolution éclate et elle proclame à la face du monde ces grands principes de 1789, qui sont aujourd'hui le fondement de notre droit public et privé , que la République et l'Empire semèrent par l'Europe avec nos victoires, et qui feront le tour du monde, parce qu'un mot les résume tous, justice, et que l'heure de la justice vient toujours.

En parlant de Rome , les peuples anciens disaient : la Ville; et tous comprenaient. L'Europe aussi, il y a un siècle et demi, disait : le Roi; et nul n'avait besoin de demander de quel pays; c'était le roi de France, comme aujourd'hui quand ils disent la Révolution, ils ne songent ni à celle d'Angleterre, plus vieille cependant d'un siècle,

PRÉFACE

mais qui est restée anglaise, dî à celles d'Espagne, (les Pays-Bas, de Piémont ou d'Allemagne, mais à la révolulion au front de laquelle Mirabeau avait écrit : « Le droit est le souverain du monde. »

On a dit bien souvent du génie littéraire de la France que son caractère distinctif est le bon sens, la raison; j'ajouterais, à un certain point de vue, l'impersonnalité , carRabebais et Montaigne, Descartes et Molière, Pascal, Voltaire et Montesquieu écrivent pour le monde autant que pour leur patrie. Le but qu'ils poursuivent, c'est le vrai ; leur ennemi personnel, le faux ; et les types immortels qu'ils dessinent appartiennent à l'humanité même bien plus qu'à la France seule. Dans ce sens, notre littérature, comme nos arts, est, de toutes les littératures, la plus humaine, parce qu'elle est la moins exclusivement nationale.

C'est aussi le caractère distinctif du génie politique de la France et de son histoire. Rien de ce qui est ou! ré n'y dure îongtemps. La féodalité s'arrête et recule avant d'avoir fait de notre pays une autre Allemagne ; les communes se transforment avant d'avoir fait de la France une autre Italie, de sorte que nous n'avons eu ni l'anarchie féodale d'où Tune n'est pas encore sortie, ni l'anarchie municipale qui a livré l'autre à l'étranger. La royauté absolue, nécessaire pour niveler le sol, n'a pu s'éterniser comme elle le pensait dans son droit divin, pas plus que le radicalisme dans son droit révolutionnaire.

Ainsi, une marche oscillante, mais continue, qui reproduit fidèlement la marche même de l'humanité; c'est là ce qui fait l'harmonie et la beauté de notre histoire. Je ne dirai pas que la France mène le monde ; mais, parce qu'elle résume en elle-même le plus fidèlement la vie générale, elle est à l'avant-garde et tient le drapeau sur lequel les autres se guident. Ils suivent de loin, essayant de résister à la pénétrante influence qu'ils aiment et combattent. Ils

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