‹ Histoire de FranceChapitre 15 sur 82 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Invasion eu Espagne. — Nul peuple barbare n'eut, chez les nations anciennes, un égal renom d'intrépidité ; car toutes apprirent, à leurs dépens, à connaître son courage. L'humeur batailleuse des Gaulois les conduisit, en effet, dans tous les pays qui touchaient au leur. Ils allèrent chercher fortune au delà des Alpes, comme au delà des Pyrénées, dans la vallée du Danube, en Grèce et jusqu'en Asie.

Après avoir refoulé les Aquitains des bords de la Loire derrière ceux de la Garonne, ils pénétrèrent, à une époque inconnue, en Espagne, où le peuple qui résista le plus énergiquement aux Romains était, comme son nom l'indique, un mélange de Celtes et d'Ibères, les Geltibériens. Numance, « la seconde terreur de Rome, » était une ville de ce peuple. On trouve aussi, à l'extrémité méridionale de la Lusitanie, une peuplade appelée les Celtici.

Invasion en Italie (1400 et 5M) et prise de Rome (390). — Ils franchisant à deux reprises les Alpes, vers 1400, sous le nom d'Ombriens; vers 587, sous ceux d'Insubres, de Cénomans, de Boïes et de Sénons ; et ainsi, deux fois dans l'antiquité, ils firent la conquête du nord de l'Italie, où leurs descendants sont si souvent retournés. Leurs guerres avec les Romains furent longues, acharnées ; et, seuls de tous les ennemis de Rome, ils franchirent ces murs que Pyrrhus et Annibal purent à peine voir et maudire de loin.

L'an 390, 30 000 Gaulois sénons, franchissant l'Apennin, pénétrèrent dans l'Étrurie, et demandèrent aux habitants de Clusium de leur donner des terres. Ceux-ci, effrayés, fermèrent leurs portes et implorèrent le secours de Rome. Le sénat envoya trois ambassadeurs, trois Fabius, pour interposer leur médiation, c De quel droit attaquez-vous les Étrusques? dit Q. Ambustus. — Ce droit, répondit le brenn sénon, nous le portons, comme vous autres Romains, à la pointe de nos épées;

tout appartient aux braves. » Les Fabius s'irritèrent de cette fierté, et, oubliant leur caractère d'ambassadeurs, se mêlèrent aux assiégés dans une sortie ; Pun d'eux, Q. Ambustus, tua môme, en vue des deux armées, un chef gaulois, qu'il dépouilla de ses armes.

Aussitôt les barbares cessèrent les hostilités contre Glusium, et demandèrent à Rome réparation. Tout le collège des Féciaux insista, au nom de la religion, pour que justice fut rendue. Mais le crédit de la famille Fabia l'emporta; les coupables furent absous, et le peuple, comme frappé de vertige, leur donna trois des six places de tribuns militaires.

A ces nouvelles, les Sônons, renforcés par quelques bandes venues des bords du Pô, se mirent en marche sur Rome, sans attaquer une seule ville, sans piller un village. Ils descendaient par la rive gauche du Tibre, lorsque, arrivés à une demi-journée de Rome, près de l'Allia, ils aperçurent sur Pautre bord Parmée romaine, s'étendant sur une longue ligne, le centre dans la plaine, la droite sur des hauteurs, la gauche couverte par le Tibre. L'attaque commença du côté des collines, où l'aile droite, composée de vieux soldats, tint ferme; mais le centre, effrayé des cris et de l'aspect sauvage des barbares, qui s'avançaient en frappant leurs boucliers de leurs armes, rompit ses rangs et se rejeta en désordre sur l'aile gauche. Tout ce qui ne put passer le Tibre à la nage et se réfugier derrière la forte enceinte de Véies, périt dans la plaine, sur les bords et dans le lit du fleuve; l'aile droite, intacte, battit en retraite sur^Rome, et, sans garnir les iruarailles, sans fermer les portes, elle courut occuper la citadelle du mont Capitolin (16 juillet 390). Heureusement les barbares s'étaient arrêtés pour piller, couper les têtes des morts et célébrer dans des orgies leur facile victoire. Rome eut le temps de revenir de sa stupeur et de prendre les mesures qui pouvaient encore sauver le nom romain. Le sénat, les magistrats, les prêtres et mille des plus braves de la jeunesse patricienne s'enfermèrent dans le Capitole. On y porta tout l'or des temples, tous les vivres de la ville; pour la foule, elle couvrit bientôt les chemins et se dispersa dans les cités voisines. Gaeré donna asile aux vestales et aux choses saintes.

Le soir du jour qui suivit la bataille, les éclaireurs gaulois se montrèrent; mais, étonnés de voir les murs dégarnis de soldats et les portes ouvertes, ils craignirent quelque piège, et l'armée remit au lendemain à pénétrer dans la ville. Les

rues étaient silencieuses, les maisons désertes; dans quelquesunes seulement, les barbares virent avec étonnçment des vieillards assis dans des chaises curules, couverts de longues robes bordées de pourpres, et appuyés, l'air calme et l'œil fixe, sur un long bâton d'ivoire. C'étaient des consulaires qui s'offraient en victimes pour la république ou qui n'avaient pas voulu aller mendier un asile chez leurs anciens sujets. Les barbares les prirent pour des statues ou pour des êtres surnaturels ; mais un d'eux ayant passé doucement la main sur la longue barbe de Papirius, celui-ci le frappa de son bâton, et le Gaulois, irrité, le tua ; ce fut le signal du massacre. Rien de ce qui avait vie ne fut épargné ; après le pillage , l'incendie détruisit les maisons.

Les barbares n'avaient vu des soldats et un appareil de guerre qu'au Gapitole ; ils voulurent y monter ; mais sur la pente étroite et rapide qui y conduisait, les Romains eurent peu de peine à les repousser, et il fallut changer le siège en blocus. Pendant sept mois, les Gaulois campèrent au milieu des ruines de Rome. Un jour, ils virent un jeune Romain descendre à pas lents du Gapitole, revêtu de vêtements sacerdotaux et portant en ses mains des choses consacrées ; c'était un membre de la famille Fabia. Sans s'émouvoir des cris ni des menaces, il traversa le camp, monta lentement au Quirinal et y accomplit des sacrifices expiatoires ; puis il retourna, aussi calme, aussi peu pressé, par la route qu'il avait suivie. Admirant son courage ou frappés de craintes superstitieuses, les Gaulois l'avaient laissé passer.

Les dieux sont apaisés, disaient les Romains ; la fortune va changer. Et elle change en effets quand la persévérance et le courage sont d'un côté, et de l'autre une confiance aveugle. Dans leur imprévoyance, les barbares ne s'étaient réservé ni provisions ni abris ; un automne pluvieux amena des maladies qui les décimèrent, et la famine les força de courir par bandes toutes les campagnes voisines. Les Latins et les Étrusques, qui s'étaient d'abord réjouis des malheurs de Rome, s'effrayèrent à leur tour. Le meilleur général de la république, Camille, était alors exilé dans Ardée ; cette ville lui donna quelques soldats avec lesquels il surprit et massacra un détachement gaulois. Ce premier succès encouragea la résistance ; de tous côtés, les paysans s'armèrent, et les Romains réfugiés à Véies proclamèrent Camille dictateur. Il fallait la sanction du sénat pour confirmer l'élection. Un jeune plébéien, Comi-

LKS MIGRATIONS GAULOlbtS

nius, traversa de nuit le Tibre à la nage, évita les sentinelles ennemies, et, s'aidant des ronces et des arbustes qui tapissaient les parois escarpées de la colline, parvint jusqu'à la citadelle. Il en redescendit aussi heureusement, et rapporta à Véies la nomination qui devait lever les scrupules de Camille. Mais les Gaulois avaient remarqué l'empreinte de ses pas, et, par une nuit obscure, ils montèrent jusqu'au pied du rempart. Déjà ils atteignaient les créneaux , quand les cris des oies consacrées à Junon éveillèrent un patricien renommé pour sa force et son courage, Manlius, qui renversa du haut du mur les plus avancés des assaillants. La garnison couvrit bientôt tout le rempart et un petit nombre de Gaulois purent regagner leur camp. Le Capitole était sauvé, grâce à Manlius; mais les vivres étaient épuisés, et, Camille ne paraissant pas, le tribun militaire Sulpicius convint avec le brenn, rappelé dans sa patrie par une attaque des Venètes, que les Gaulois s'éloigneraient moyennant une rançon de 1000 livres pesant d'or (326 kilog.), e* <Iue des vivres et des moyens de transport leur seraient fournis par les alliés et les colonies de Rome. Quand on pesa l'or, les barbares apportèrent de faux poids, et comme Sulpicius se récriait: Vœvictis! dit le brenn, « Malheur aux vaincus! » et il jeta encore dans la balance sa large ' épée et son baudrier.

Les barbares s'éloignèrent: mais Camille annula le traité, de son autorité dictatoriale. Il ordonna aux villes alliées de fermer leurs portes, d'attaquer les traînards et les bandes isolées. Durant le blocus, où étaient venus jusqu'à 70 000 Gauois, de nombreux détachements avaient quitté le siège pour courir le pays; il en était allé jusqu'en Apulie: quand ils revinrent, le gros de l'armée était parti, tout le Latium en armes, les légions romaines réorganisées. Aussi, de ceux-là, bien peu échappèrent. Les Caerites en massacrèrent tout une troupe tombée de nuit dans une embuscade, et une autre fut écrasée par Camille près d'une ville dont le nom s'est perdu. La vanité romaine profita de ces légers succès pour les changer en une victoire si complète, que pas un barbare n'aurait échappé à l'épée vengeresse des soldats de Camille.

Guerres île Rome contre les Gaulois cisalpine» (283-162). — Rome ne put, d'un siècle, venger cet affront. En 283, le consul Dolabella pénétra chez les Sénons avec des forces supérieures. Il brûla les villages, tua les hommes, vendit les enfants et les femmes, et ne quitta le pays qu'après en

avoir fait un désert. Rome se vanta qu'il ne restait pas un de ceux dont les pères avaient combattu à l'Allia, et que la rançon du Gapitole avait été retrouvée et prise dans le trésor des Sénons. Malgré ce fier langage, elle n'osa qu'en 232 ordonner le partage entre les citoyens pauvres des terres enlevées aux Sénons. Les Boïes, dont ces terres touchaient la frontière, refusèrent de laisser les Romains s'établir si près d'eux, et, à leur appel, presque tous les Gaulois cisalpins se levèrent. Une formidable armée, 50 000 fantassins et 20 000 chevaux, prit la route de Rome. L'effroi fut au comble dans la ville ; les livres sybillins consultés demandèrent le sacrifice de deux Gaulois ; on les enterra vivants au milieu du marché aux bœufs. Puis on déclara qu'il y avait tumulte; et tous, jusqu'aux prêtres, s'armèrent; 150 000 hommes furent échelonnés en avant de Rome, et l'on tint en réserve 620 000 soldats fournis par les alliés. L'Italie entière s'était levée pour repousser les Gaulois. Ils arrivèrent jusqu'à trois journées de Rome. Mais cernés entre deux armées, auprès du cap Télamone, ils laissèrent 40000 hommes sur le champ de bataille (225).

Le sénat se décida aux plus grands efforts pour délivrer l'Italie de pareilles terreurs. Deux consuls franchirent le Pô. Reçus vigoureusement par les Insubres, ils furent heureux d'accepter un traité qui leur permit de se retirer sans combat. Ils gagnèrent le pays des Cénomans ; et quand, après quelques jours de repos et d'abondance, ils eurent refait leurs troupes, oubliant le traité, ils rentrèrent par le pied des Alpes sur le territoire insubrien. 50 000 hommes marchèrent à leur rencontre pour venger cette perfidie, mais furent vaincus; une seconde armée de 30 000 auxiliaires gaulois , venue des bords du Rhône au secours des Insubres, ne put les sauver. Leur roi Virdumar fut tué par Marcellus en combat singulier, et le consul célébra en rentrant dans Rome le plus fastueux triomphe : il rapportait les troisièmes et dernières dépouilles opimes.

Les Gaulois cisalpins paraissaient soumis, quand Annibal descendit des Alpes avec une armée carthaginoise. Des Pyrénées jusqu'au Rhône il n'avait point rencontré d'obstacle; mais un peuple gaulois, inquiet de sa présence au milieu du pays, avait voulu l'arrêter au passage du fleuve. 11 était aisément venu à bout de cette résistance isolée, et avait trouvé sur l'autre rive du Rhône les députés des Boïes qui s'étaient offerts à guider sa marche à travers les Alpes. Après les victoires

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du Tessin et de la Trébie, les Gaulois cisalpins accoururent en foule dans son camp ; ils le suivirent dans sa marche sur Rome, et ce fut avec du sang gaulois qu'il gagna les victoires de Trasimène et de Cannes.

Cette lutte merveilleuse dura seize ans. Quand elh fut terminée, après la journée de Zama, les Cisalpins avaient depuis longtemps oublié Rome et la domination romaine. Le sénat se souvint d'eux : il reprit l'œuvre de la conquête interrompue par l'arrivée d'Annibal, et n'arrêta ses légions qu'après qu'elles eurent donné la ceinture des Alpes pour frontière à la république. Un peuple gaulois, les Boïes, refusa d'accepter le joug. 11 préféra abandonner la terre qu'il occupait depuis quatre siècles, et alla chercher sur les bords du Danube, en deux contrées qui ont gardé son nom, la Bohême d'abord (Bojehemum), la Bavière ensuite (Bojaria), un pays où il pût vivre libre (192).

Invasion en Grèce. — Lorsque les Insubres avaient passé les Alpes sous la conduite de Bellovèse et conquis la vallée du Pô, d'autres Gaulois avaient pris route avec Sigovèse par la vallée du Danube. Ils y restèrent trois siècles sans que l'histoire dise rien d'eux. Alexandre les rencontra comme il approchait du Danube. Ils lui envoyèrent une ambassade. « Que craignez-vous? leur demanda le jeune conquérant, qui attendait un hommage à sa valeur. — Que le ciel ne tombe. — Les Celtes sont fiers , » répliqua Alexandre ; et il leur donna le titre d'alliés et d'amis. Un demi-siècle plus tard on les retrouve , cette fois en armes et menaçants. Alexandre était mort, et une épouvantable confusion ébranlait son empire. Ils vendirent d'abord leurs services à quelques-uns de ses successeurs. Mais vers l'an 280, trois tribus, les Tolistoboïes, les Trocmes et les Tectosages arrivèrent de la Gaule même, et tous ensemble se décidèrent à envahir la Macédoine et la Thrace pour leur compte. Un brenn ou généralissime fut choisi, et une armée formidable pénétra en Macédoine. La phalange fut enfoncée : trois rois, successivement nommés par les Macédoniens, périrent, et tout le plat pays fut au pouvoir des Gaulois. « Du haut des murs de leurs villes, dit Justin, les habitants levaient les mains vers le ciel, invoquant les noms de Philippe et d'Alexandre, dieux protecteurs de la patrie. »

Les Gaulois, cependant, se retirèrent pour aller mettre leur butin en sûreté. La Macédoine respira; mais durant l'hiver le brenn prépara de nouvelles forces, et, au printemps de 279,

il rentra dans le pays des Macédoniens, écrasa leur dernière armée, et si l'effroi n'a pas grossi aux yeux des Grecs le nombre des assaillants, descendit en Thessalie, à la tète de 150 000 fantassins et de 20 000 cavaliers. Tout ce qui restait d'hommes de cœur en Grèce accourut aux Thermopyles pour y arrêter cette multitude, et les derniers vaisseaux d'Athènes vinrent s'embosser dans le golfe Maliaque pour aider à la défense du défilé.

Énergiquement repoussés du passage des Thermopyles, h h Gaulois découvrirent le sentier qui avait ouvert la Grèce h Xerxès, et qui, chose étrange ! ne fut pas gardé cette fois avec plus de soin. Ils se dirigèrent aussitôt sur Delphes pour en piller les trésors. On raconte que le dieu consulté avait répondu qu'il saurait bien se défendre, qu'un tremblement de terre entrouvrit le sol sous les pieds des barbares et fit rouler les rochers sur leurs têtes, qu'une tempête enfin bouleversa les airs et que la foudre consuma les Gaulois qui n'avaient pas péri sous les montagnes renversées. Cette légende, renouvelée de l'invasion des Perses, n'est qu'un embellissement poétique de la résistance organisée alors par les habitants d'un pays si facile à défendre. Repoussés de Delphes, les Gaulois firent une retraite que les attaques des montagnards rendirent désastreuse. La faim, le froid leur causèrent d'horribles souffrances. Le brenn, dangereusement blessé, se tua de sa propre main, pour échapper à la colère de ses soldats ou à la honte de sa défaite (278).

Les Gaulois dan» la vallée il a Danube. — Les débris de l'armée gauloise remontèrent vers le Nord. Les uns restèrent sur les bords du Danube, où ils formèrent le grand peuple des Scordisques; les autres allèrent rejoindre leurs compagnons campés dans la Thrace. Les Gaulois du Danube continuèrent à vendre leurs services au plus offrant. Ils fournirent à Pyrrhus ses meilleurs soldats. Ce prince, qui se connaissait en courage, fut si fier d'avoir vaincu les Gaulois de son compétiteur Antigone, qu'il fit ramasser leurs dépouilles sur le champ de bataille et les suspendit aux murs d'un temple de Minerve, avec ces vers gravés au-dessous : « Pyrrhus le Molosse , après avoir détruit l'armée d' Antigone, a offert à Minerve les boucliers des braves Gaulois. * Plus tard , les Scordisques se trouvèrent aux prises avec les légions du sénat, et exterminèrent encore une fois toute une armée romaine. Ils marchaient sur l'Italie, après avoir ravagé Tlllyrie entière.

LES MIGRATIONS GAULOISKS.

quand l'Adriatique les arrêta; de colère, ils déchargèrent leurs flèches dans ses flots , et ce ne fut que peu après qu'on les refoula sur le Danube, où ils se perdirent dans la masse des peuples barbares de ces régions, que les empereurs finirent par réduire en provinces.

Les Gaulois en Asie (Galates). — Les Gaulois de la Thrace eurent un sort plus brillant. Deux princes se disputaient alors la couronne de Bithynie, dans l'Asie Mineure. Un d'eux, Nicomède, prit les Gaulois à sa solde. Ils le mirent sur le trône; puis, trouvant le pays bon, les habitants timides et les cités riches, ils coururent pendant quarante années la péninsule, rançonnant princes et peuples. « Les rois de l'Orient, dit Justin, n'osaient entreprendre aucune guerre s'ils n'avaient de ces barbares à leur solde. Telle était la terreur inspirée par le nom seul de Gaulois et le constant bonheur de leurs armes, que sans eux les princes sur le trône se croyaient n\enacés, et qu'avec eux un roi déchu comptait toujours recouvrer sa puissance. » Quelques-unes de ces bandes vinrent planter leurs tentes sur les ruines de Troie, où les chroniqueurs du moyen âge placeront l'origine et le premier séjour des Francs. D'autres saccagèrent le territoire des colonies grecques, et il nous reste quelques vers touchants sur trois jeunes Milésiennes qui se donnèrent la mort pour échapper à leurs outrages.

« Nous sommes mortes, ô Milet, chère patrie, afin de ne point subir l'insolence déréglée des barbares Galates, nous, trois jeunes filles, trois de tes citoyennes, que la violence belliqueuse des Celtes a forcées de recourir a cette destinée; car nous n'avons point attendu que notre sang coulât par un meurtre impie, ni qu'on nous fiançât pour un hymen, mais nous avons trouvé dans Pluton un protecteur. »

Refoulés enfin au centre de la pénit.sule, ils s'établirent, sous plusieurs chefs ou tétrarques, dans le pays qui de leur nom fut appelé Galatie. Quand les légions romaines eurent vaincu à Magnésie et rejeté au delà du Taurus le roi de Syrie, Antiochus, elles ne voulurent pas laisser intacte au cœur de l'Asie Mineure cette domination toujours menaçante, et le consul Manlius fit contre les Galates une expédition heureuse qui eut un grand retentissement. Ils se séparèrent et furent successivement vaincus (189). Parmi les captifs se trouva Chiomara, femme du tétrarque Ortiagon. Un centurion romain l'outragea; elle obtint cependant qu'il lui rendrait la liberté moyennant une somme d'argent qu'un esclave gaulois alla chercher. La nuit venue, le

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centurion conduisit Chioinara au boni du ikuve où devait se taire l'échange. 11 était venu seul pour n'avoir pas à partager la rançon que deux parents de la captive avaient apportée. Tandis que le Romain comptait son or, Chiomara ordonne dans sa langue aux Gaulois de le tuer, puis prend sa tète , et, arrivée au-devant de son époux, jette cette tête à ses pieds, en lui apprenant l'injure en même temps que la vengeance.

Rome, contente d'avoir vaincu les Galates, laissa à ce peuple sa liberté, qu'il garda jusqu'en l'an 25 avant Jésus-Christ. A cette époque, sans combats nouveaux, la Galatie fut réduite en province romaine ; mais quatre siècles plus tard , saint Jérôme retrouvait autour d'Ancyre la langue que, dans sa jeunesse, il avait entendu parler sur les bords de la Moselle et du Rhin. Ces infatigables coureurs d'aventures, qu'on eût jugés si prompts à perdre, le long du chemin, le souvenir de la patrie, et si faciles à se laisser prendre aux mœurs étrangères, gardaient donc pieusement leurs coutumes et leur langue maternelle.

Je ne sais si, dans la vallée du Danube et dans cette Asie Mineure tant de fois bouleversée, on retrouverait quelque trace vivante encore des anciennes émigrations celtiques. Mais dans la haute Italie, qui n'a pas été foulée par moins de peuples divers, on a reconnu des traits de physionomie et certains accents qui décèlent une origine gauloise. Ainsi, de nos jours, se perpétue , au milieu de la domination anglaise, sur les bords du Saint-Laurent, et au fond de quelques vallées du cap Bonne-Espérance, l'idiome qu'y ont porté, des bords de la Seine et de la Loire, les colons de Henri IV ou de Colbert, et les proscrits de l'édit de Nantes. La race a la tète si légère, disait-on, a montré sur la terre étrangère la môme persistance que les Bretons sur la terre natale.

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