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CHAPITRE IV

LES GAULOIS SOUS L'EMPIRE f.

(50 ans avant J. C.t 395 après noire ère.

Organisation de la Gaule par Auguste ; 4 pro- Yince», 60 elles. — La conquête de la Gaule avait donné à César l'armée la plus aguerrie en même temps que la plus dévouée, un renom immense et de prodigieuses richesses. Avec ses victoires, il éblouit ceux qn û ne put acheter avec son or, et le reste, il l'accabla par les armes ; mais la guerre civile et sa mort prématurée l'empêchèrent de s'occuper de la Gaule. Auguste même ne put y passer qu'après être devenu le seul maître du monde romain. L'an 27 avant notre ère, il se rendit en Gaule, et, pour effacer les anciennes relations des peuples et les anciens souvenirs, il changea les limites des provinces et les noms de plusieurs villes. L'Aquitaine, auparavant enfermés entre les Pyrénées et la Garonne, fut étendue jusqu'à la Loire. La Celtique, appelée Lugdunaise, fut limitée aux pays compris entre la Loire, la Seine et la Marne. Le reste forma la Belgique.

De nombreuses colonies romaines furent établies en Gaule

i . Principal ouvrage à consulter : La Gaule sous la domination romaine, par Amédée Thierry.

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afin d'y développer l'élément romain. Dans la Narbonaise, Fréjus devint un des grands arsenaux de l'empire, et Arles prit de tels accroissements qu'on l'appela la Rome des Gaules. Gergovie, qui avait vu fuir César, fut dépouillée du rang de capitale des Arvernes, attribué à une bourgade voisine, Augusto-Nemetum (Clermont). La cité de Bratuspantium fut de même déshéritée au profit de Cœsaromagus (Béarnais). Les capitales des Suessions (Soissons), des Véromandues (Saint- Quentin), des Tricasses (Troyes), des Rauraques (Augst), des Auskes (Auch) , des Trévires (Trêves) , prirent le nom d'Âu-

lntérieur des arènes d'Arles.

gusta. La ville des Turones devint Cxsarodunum (Tours) ; celle des Lemovices s'appela Augusiohtum (Limoges) , et Bibracte fut célèbre dans tout l'empire sous le nom d' Augustodunum (Autun).

Les privilèges furent aussi inégalement répartis ; les Édues (Bourgogne), les Rèmes (Champagne), conservèrent le titre d'alliés, qui fut encore concédé aux Carnutes, pour qu'au sud, à l'ouest et au nord il y eût trois peuples puissants intéressés au maintien du nouvel ordre social. Les Santons (Saintes), les Arvernes (Auvergne), les Bituriges (Berry), clients émancipés

LhS GAULOIS SOUS LEMP1RE.

desÉdues, et les Suessions (Soissons) conservèrent leurs lois. Enfin, la Gaule fut divisée en 60 circonscriptions municipales, c'est-à-dire que le nombre des peuples gaulois, reconnus comme constitués en corps de nation, fut réduit à ce chiffre Cette double mesure facilita singulièrement la police et l'administration du pays ; car chacune de ces 60 cités devint responsable des désordres qui éclataient sur son territoire. Pour leur servir de modèle, Auguste leur donna une capitale toute romaine, Lugdunum (Lyon), au confluent de la Saône et du Rhône, qui fut le centre de l'administration impériale dans la Gaule. Agrippa fit partir de ses murs quatre grandes voies militaires allant à l'Océan, au Rhin, à la Manche, et le long du Rhône et de la Méditerranée jusqu'aux Pyrénées.

Le druidisme était encore puissant en Gaule. Auguste l'attaqua d'une manière habile; il fit romains tous les dieux gaulois et leur dressa des autels qui portèrent leur double nom ; ainsi, Belen-Apollo, Mars-Camul, Diana-Arduinna , etc. De plus, il défendit les sacrifices humains et ne promit le droit de cité qu'à ceux qui abandonneraient les ruines druidiques. Ces efforts réussirent, car nulle province ne devint si vite romaine.

Réorganisation au quatrième siècle: 17 provinces,

ISO cités. — Cette première organisation de la Gaule par Auguste fut modifiée au quatrième siècle de notre ère. On forma alors une préfecture des Gaules dont le siège fut à Trêves, et qui comprit les trois diocèses d'Espagne, de Bretagne et 'de Gaule, ce dernier divisé en 17 provinces, lesquelles étaient subdivisées en 120 cités. Le préfet, le vicaire du diocèse, les 17 proconsuls ou gouverneurs de province, n'avaient que l'autorité civile, l'autorité militaire appartenant aux comtes et aux ducs, qui résidaient surtout le long des frontières.

Chaque cité dominait sur les bourgs de son territoire, lequel était souvent assez vaste pour que plusieurs de nos provinces en aient reproduit fidèlement les limites. Ainsi la Touraine, le Périgord, le Poitou, le Quercy, le Berry, etc., n'étaient que les territoires des anciennes villes de Tours, de Périgueux, de Poitiers, de Cahors et de Bourges. Dans chaque cité un sénat héréditaire, une curie ou assemblée de propriétaires possédant au moins 25 arpents, et des officiers municipaux, généralement élus par la curie, géraient les affaires de la ville et de son territoire, sous la surveillance du gouverneur de la province, qui d'abord correspondait directement avec

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l'empereur, et plus tard avec le président ou vicaire du diocèse. Ce gouverneur n'intervenait pas dans les affaires intérieures de la cité. Ses relations avec elle concernaient seulement la juridiction et le payement des tributs. Il revisait, en effet, sur appel, les sentences rendues par les sénats municipaux, et il recevait, après en avoir indiqué la quotité, les impôts, dont la répartition et la perception étaient faites par la curie elle-même sous sa responsabilité. Parfois les députés de toutes les villes et même de toutes les provinces se réunissaient. Malheureusement ces assemblées, qui eussent éclairé le gouvernement sur les véritables intérêts des provinces ,

Temple d'Auguste et de Livie *.

n'eurent jamais de sessions régulières et tombèrent en désuétude. En 365, une innovation importante fut introduite par Valentinien dans le régime municipal. 11 institua un défenseur de la cité, sorte de tribun du peuple chargé de défendre ses intérêts contre les officiers impériaux, le fisc et les oppressions de tout genre, et qui dut être choisi en dehors de l'ordre des curiales , c'est-à-dire en dehors de l'aristocratie municipale. Cette charge fut presque aussitôt et presque partout confiée

i. Ce temple est probablement contemporain de la Maison-Carrée de Nimes, dont il rappelle le caractère général, et est par conséquent postérieur à Auguste.

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aux évêques, et devint le principe de leur puissance dans les cités.

lia civilisation romaine en Gaule, écoles, arts, industrie 9 commerce. — Les Gaulois, condamnés au repos, portèrent dans les travaux de la paix l'activité qu'ils avaient montrée dans la guerre. Les forêts druidiques tombèrent sous la hache des défricheurs ou furent percées de route que le commerce et la civilisation suivirent. Les villes se multi-

Maison carrée '.

plièrent, l'art grec s'y implantâ, et la Vénus d'Arles, le Jupiter d'Aix, retrouvés dans leurs ruines, peuvent rivaliser avec les belles statues de l'antiquité. Des arcs de triomphe, des temples, des cirques, des théâtres, des aqueducs s'élevèrent, non pas toujours par les mains d'artistes étrangers. Orange garde encore un arc de triomphe, le plus beau que les Ro-

1. La Maison-Carrée est un rectangle de 2nm. 85 sur i3m,45. L'intérieur n'a que 16 mètres de long sur 13 de large et autant de hauteur. Les murs ont seulement 70 centimètres d'épaisseur; 10 colonnes d'ordre corinthien cannelées forment le péristyle-, 30 autres, à moitié engagées dans les parois., enveloppent l'édifice.

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62 , LtS GAULulS i>OUS LEMP1RE.

mains nous aient laissé (voy. p. kl)] Vienne le temple d'Auguste et de Livie ; Nîmes ses armes ,' qui ne sont pas le plus grand des amphithéâtres romains, mais un des mieux conservés, sa Maison-Carrée, délicieux monument que Colbert voulait transporter à Versailles et Napoléon à Paris, où, du moins, on Ta à peu près copié, en construisant sur des proportions

Le pont du Gard '.

plus grandes l'église de la Madeleine, enfin, a quelque distance de ses murs, le pont du Gard. Cette construction colos-

l. Nous avons encore des arcs de triomphe romains à Carpentras, Aix, Arles, Autun, Cavaillon, Saintes, aux deux extrémités du pont antique de Saint-Chamas, à Reims (porte de AfafS), et à Orange. On trouve des restes d'aqueducs à Lyon et à Jouy, près de Metz. Celui d'Arcueil, près de Paris, a été reconstruit à plusieurs reprises et pour la dernière fois au commencement du dix-septième siècle; mais le pont du Gard est encore debout. Vaison, Saint-Chamas, Sommières et Saintes ont ou avaient naguère des ponts romains. Nimes, Autun, Reims ont des portes de ville. Paris. Nimes, Fréjus, Saintes et plusieurs localités du Languedoc et de l'Auvergne, des thermes. Vernègues, près d'Aix, Vienne, Riez, Arles, Autun, Avallon, des débris de temples. Deux seulement sont debout, à Nimes et à Vienne. On a trouvé des ruines d'amphithéâtres dans cinquante-quatre localités de la France actuelle. Quelle boucherie d'hommes se faisait chaque année dans l empire romain pour les plaisirs du peuple 1 Bordeaux a encore le palais GaUitn1 ruines d'un amphithéâtre commence par Uallien, achevé parTétricus.

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s;de, qui coupe la vallée sauvage cl 11 Gardon ;i une élévation de *è8 mètres, n'était qu'une partie d'un immense aqueduc que la riche et voluptueuse cité s'était bâti, pour amener jusqu'à elle, à travers dix lieues de montagnes et de, vallées, les eaux limpides et fraîches des Cévennes. Dans le même temps, les écoles de Bordeaux, d'Autun, de Lyon et de Vienne rivalisaient avec celles de la Grèce ; et La Gaule vaincue envoyait aux maîtres du monde des grammairiens , des orateurs et des

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Les arènes de Nîmes '.

poètes : Valérius Gato, surnommé la Sirène latine ; Cornélius Gallus, de Fréjus, poète élégiaque, ami de Virgile et d'Au-

I. D'après un fragment d'inscription trouvé dans les arènes de Nimes, la construction de cet amphithéâtre daterait de la seconde moitié du onzième siècle. Son grand axe a i33m,32; le petit, tolm,4o; sa hauteur, 2im,2 : répaisseur des constructions est de Si"1^. Ce massif renferme cing galeries de circulation, des aqueducs, des salles, et 162 escaliers principaux conduisant à 35 rangs de gradins d'où la vue plonge sur l'arène; un mur (podium) de 2m,69 d'élévation séparait les spectateurs des combattauts. Une première précinction de 4 rangs de gradins était réservée aux magistrats et notables de la ville-, une seconde de II rangs, aux chevaliers; une troisième de io rangs, aux simples citoyens; une quatrième de io aussi, au bas peuple et aux esclaves. 24 000 spectateurs pouvaient y trouver place. Le ColiséeàRome avait 50 rangs de gradins, 646 mètres de circonférence extérieure. 51 de hauteur, et pouvait contenir 80 ooo spectateurs.

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guste ; Trogue-Pompée, du pays des Voconces (Die, dans la Drôme), le premier auteur latin d'une histoire universelle, dont Justin nous a conservé l'abrégé ; Domitius Afer, le maitre de Quintilien, qui le déclare l'orateur le plus éloquent qu'il ait entendu, mais qui déshonora son génie par sa bassesse .

Sniyricon, tableau immoral d'une société profondément dégradée. Mais Marcus Aper a eu l'honneur de passer pour l'auteur d'un livre qui porte le nom de Tacite. Favori nus d'Arles , sophiste célèbre , ami de Plutarque et de l'empereur Adrien, s'étonnait lui-même, étant Gaulois, de parler si bien grec.

Plus tard, au quatrième siècle, brillèrent un poëte aimable, Ausone de Bordeaux; au cinquième, Rutilius Numatianus, qui écrivit en vers un itinéraire de Rome, et Sidoine Apollinaire, qui fut à la fois poëte et évôque.

Le commerce, l'industrie s'étaient développés plus vite encore que les arts et les lettres. Au temps d'Auguste, les plus florissantes cités ne se trouvaient qu'aux points par où la Gaule touchait à l'Italie ; dès le deuxième siècle de notre ère, l'activité avait gagné tout le pays et la richesse pénétrait partout. Toulouse éclipsait Narbonne ; Niines, si richement dotée par les Antonins de monuments splendides, effaçait l'antique cité phocéenne qui avait perdu ses mœurs sévères et qui lais -

Pétrone souilla aussi les muses latines par son

Huines d'un théâtre romain à Arles.

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sait s'établir le proverbe répété à tous ceux qui s'oubliaient dans la mollesse. : « Tu fais voile vers Marseille. » Lyon, l'ancienne métropole, voyait croître une rivale dans la ville des Trévire s (Trêves), le principal boulevard de la Gaule contre les Germains. Mayence, Cologne, vingt autres cités bordaient le Rhin pour en fermer les passages. Vienne, Autun et Reims avec leurs écoles; Lutèce (Paris) qui, grâce à sa position à égale distance de la Germanie et de l'Ile des Bretons, devint la résidence des césars chargés de veiller sur ces deux frontières; Langres et Saintes avec leur industrie des caracalles ( sorte de manteaux en laine) qu'elles envoyaient dans toute l'Italie ; Bordeaux, le port principal pour l'Espagne et la Bretagne, nous montrent la vie se répandant au centre comme à la circonfér:nce, sur le Rhin et l'Océan comme aux bords de la Méditerranée.

La langue, les lois, les arts de Rome prenaient donc possession de la Gaule, mais aussi la vie romaine, avec ses plaisirs sensuels et grossiers, son goût des spectacles sanglants, des combats de bêtes, des luttes de gladiateurs et l'effroyable corruption de ses mœurs. Pourtant la nationalité gauloise n'était pas complètement étouffée sous cette civilisation étrangère. Le vieil idiome celtique subsistait, surtout k l'ouest, dans i'Armorique (Bretagne), au Nord, dans la Belgique, et sur les bords de la MoseHe, môme au centre chez les Arvernes, où au cinquième siècle de notre ère le plus grand nombre des nobles parlaient encore la langue de leurs pères. Si la langue vivait, bien des coutumes aussi s'étaient conservées. Le druidisme même, quoique persécuté par les empereurs, n'avait pas entièrement disparu. On en trouva longtemps des restes informes, survivant dans les coutumes superstitieuses de nos provinces reculées (culte des pierres, des fontaines, les fées, les génies, etc.).

Et* christianisme en finale. — Auguste avait combattu le druidisme, qui s'était énergiquement associé à la lutte pour l'indépendance. Claude proscrivit les druides, abolit leur culte et porta la peine de mort contre ceux qui le pratiquaient, ce qui ne l'empêcha pas de durer des siècles encore. Un adversaire plus redoutable fut le christianisme. Dès le deuxième siècle, il y avait des chrétiens au delà des Alpes. Lyon eut la première église des Gaules et les premiers martyrs.

Vers le milieu du deuxième siècle de notre ère étaient ? vés dans cette ville quelques prêtres de l'Église de Sr

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ayant à leur tête l'évêque Pothin, disciple de saint Polycarpe, qui avait lui-même dans sa jeunesse entendu l'apôtre saint Jean. Pothin gagna à la foi, en peu d'années, une communauté nombreuse, et défendit avec éclat l'orthodoxie contre les hérétiques. En ce temps-là Marc Aurèle rendit un édit contre les chrétiens ; aussitôt la persécution commença dans Lyon. Les fidèles, conduits devant le gouverneur, furent mis à la torture. Quelques-uns, vaincus par la douleur, consentirent à brûler de l'encens devant les idoles, mais le plus grand nombre afTronta le martyre. Pothin, âgé de 90 ans, fut lapidé par le peuple. Quarante-sept autres confesseurs périrent sous la dent des lions ou par la hache ; une femme et un enfant, Blandine et Ponticus, avant de mourir dans l'amphithéâtre, avaient lassé la fureur des bourreaux (177).

L'Église de Lyon, un moment dispersée, fut de nouveau réunie par saint Irénéo, que sa science et son génie firent appeler la lumière de l'Occident, la hache de l'hérésie. Il périt dans la persécution ordonnée par Septime Sévère, en 212. Cependant la parole du Christ n'avait point encore été portée dans le reste de la Gaule. Vers l'an 250, sept évêques partirent de Rome pour en faire la conquête. Paul, Trophime, Saturnin prirent en quelque sorte possession de la Gaule méridionale ; ils s'établirent à Narbonne, Arles et Toulouse. Deux autres, Martial et Gatien, se dirigèrent vers l'ouest, vers Limoges et Tours ; les deux derniers enfin pénétrèrent : l'un, Strémonius, dans les âpres montagnes de l'Arvernie ; l'autre, saint Denis., sur les bords de la Seine, à Lutèce.' Mais la persécution arrêta leurs pieux travaux, Saturnin fut livré dans Toulouse à la rage d'un taureau furieux. Denis fut décapité sur la montagne de Mars (Montmartre), près de Lutèce, et enterré par les soins d'une pieuse femme, dans la plaine qui a gardé son nom.

Les disciples qu'ils laissaient derrière eux eurent le même zèle et les mêmes souffrances : à Chartres, on jeta dans un puits les premiers qui se présentèrent pour évangéliser le pays; à Troyes, le confesseur Patrocle expira sous des chaînes rougies au feu ; à Metz, Clément fut réduit à prendre pour retraite et pour église les souterrains de l'amphithéâtre, interrompu quand il prêchait par le rugissement des bètes qui devaient dévorer les chrétiens. Les dangers doublaient la ferveur et le dévouement : on voyait de nobles hommes, des fils de sénateurs, Quiritinus (saint Quentin), Crespinius et Crespiniapus (saint Crépin et saint Crépinien), embrasser d'infimes

:. L'église de Saint-Saturnin ou Saint-Sernin fut élevée sur le tombeau du martyr. Les parties les plus anciennes de cet édifice, le chœur et les transsepts, ne peuvent remonter tau delà du douzième siècle, mais renferment des fragments de sculptures plus anciennes d'un siècle au moins.

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professions, pour avoir dans toutes les classes de la société un accès plus facile et pousser avec vigueur la propagande chrétienne. Un siècle plus tard, saint Martin reprit et compléta dans les régions du nord et de l'ouest l'œuvre de saint Denis.

Mais déjà le christianisme S'était assis avec Constantin sur le trône impérial. Dans cette grande révolution, la Gaule pouvait revendiquer une part glorieuse. Elle avait eu déjà l'honneur de défendre énergiquement l'orthodoxie, au deuxième siècle3 avec saint Irénée ; elle l'eut encore au quatrième avec saint Hilaire, évêque de Poitiers; et c'est en s'appuyant sur les Églises de Gaule et d'Afrique que le christianisme maintint son unité contre les hérésies orientales.

Grâce à la loi de Constantin qui permettait aux églises de recevoir des donations, la puissance temporelle du clergé avait suivi les progrès de sa puissance morale ; et dans la décadence de l'empire, les villes, mal protégées par ceux qui devaient les défendre, donnèrent à leur évôque, îivec le titre de defensor civitatis, la principale autorité dans la . cité.

Événement* politiques; persécution* contre les druides ;*Florus et Sacrovir. — On vit dès le règne de Tibère combien la Gaule tenait à la paix qu'elle devait aux Romains. Julius Florus essaya, en l'an -21 de notre ère, de soulever les Belges, et Sacrovir tenta d'entraîner les peuples de la Celtique. Cette révolte causa quelque émotion à Rome; mais l'abandon où les chefs furent laissés montra le peu de fondement de ces craintes. Florus et Sacrovir se tuèrent eux-mêmes. Caligula porta dans la Gaule sa folie furieuse. Claude, si sévère pour les druides, ouvrit aux Gaulois l'entrée du sénat. On conserve encore à Lyon des tables d'airain sur lesquelles se lisent des fragments du discours qu'il prononça à cette occasion. Le mouvement qui précipita Néron partit des bords de la Saône; l'Aquitain Vindex, gouverneur de la Lugdunaise, donna le signal auquel on répondit de toutes les provinces. L'empire fut violemment ébranlé : en deux ans (68-70) quatre empereurs revêtirent la pourpre.

Civllis; Mablitus et Éponine. — Au spectacle de ces révolutions, le Batave Civilis crut que le temps était venu de briser le lien que César avait noué. Les druides, sortis de leurs retraites au fond des bois, annonçaient la chute de la race latine et l'avènement des nations transalpines. Un Gaulois, Sabi-

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nus, prit le titre d'empereur. Mais déjà Vespasien était à Rome : tout se réorganisait sous sa main puissante ; les légions rentraient dans le devoir, et Crvilis, retiré dans ses marais de la Batavie, demandait la paix. Sabinus cacha sa royauté éphémère dans un souterrain, où il vécut neuf ans avec sa femme Éponine. Découvert à la fin et conduit à Rome, il fut envoyé par Vespasien au supplice. En vain Éponine se jeta à ses genoux : « César, disait-elle en lui montrant ses enfants, je les ai conçus et allaités dans les tombeaux, afin que plus de suppliants vinssent embrasser tes genoux. » Les assistants pleuraient, et Vespasien lui-même. Cependant il fut inflexible. Alors Éponine, se relevant, demanda à partager le sort de celui qu'elle n'avait pu sauver, t J'ai été plus heureuse avec lui, dit-elle, dans les ténèbres et sous la terre que toi dans la puissance suprême.» Elle fut exaucée ; Plutarque rencontra, a Delphes, un de leurs enfants.

E*es césars gaulois (207-233). — Plus d'un siècle se passa sans que la Gaule fournit rien à l'histoire. En 197, la bataille de Lyon décida la querelle entre Albinus et Sévère. Mais au siècle suivant, les révolutions continuelles auxquelles le monde romain était en proie enhardirent les barbares. De puissantes confédérations se formèrent en Germanie, qui assaillirent incessamment la rive gauche du Rhin. Dans le désordre universel, la Gaule reprit la per.sée de Civil s et de Sabinus : elle eut des césars gaulois qui se succédèrent pendant treize ans (260-273). Le dernier, Tétricus, fatigué du pouvoir, trahit lui-même son armée et se livra à Aurélien. Dès que les barbares apprirent la mort de ce prince redouté, ils se jetèrent sur la Gaule et y saccagèrent soixante-dix villes. Un autre Aurélien, Probus, accourut et rejeta les Germains dans leurs forêts; mais le nord de la Gaule n'en était pas moins couvert de ruines

Misère croissante au quatrième siècle : les badaudes. — Sous le coup de ces fréquentes incursions, sous l'oppression fiscale de l'administration romaine, disparaissait la prospérité dont les provinces avaient joui durant deux siècles. L'inquiétude remplaçait la sécurité; le commerce, le travail s'arrêtaient. La misère gagnait tout le pays : on en

1. Aurélien agrandit Génabum qui, par reconnaissance, prit son nom qu'elle a garde (Orléans). Probus mérita, par un autre service, que les Gaulois conservassent son souvenir : il fit planter par ses soldats beaucoup de vignes dans la Gaule.

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vit les effrayants progrès, lorsque, au temps de. Dioclétien, les paysans se soulevèrent sous le nom de bagaudes. Il fallut que Maximien leur fit une guerre en règle. Il détruisit leur camp retranché qui se trouvait près de Paris, au bourg de Saint-Maur les Fossés.

Kuvngeg des barbares ; Julien en Gaule. — Constance Chlore, ou le Pâle, administra doucement la Gaule et chercha à en fermer les plaies. Son fils Constantin (306), avant d'aller vaincre Maxence et Licinius, eut soin de donner aux barbares de sévères leçons, dont le souvenir les fit tenir en repos pendant tout son règne. Deux chefs francs qu'il avait faits prisonniers furent jetés aux bêtes dans l'amphithéâtre de Trêves. Mais ils avaient trop bien appris les routes de la Gaule pour n'y pas rentrer dès que la main qui en défendait les approches se retirait. Sous Constance ils reparurent, et, pour arracher la Belgique aux Francs et aux Mamans, ce prince fut obligé d'y envoyer Julien (355). Le jeune césar délivra la Gaule de ces hôtes incommodes. En 357, il battit près de Strasbourg sept rois des Alamans. 600 guerriers francs qu'il avait pris dans un château, après une attaque de bk jours, furent envoyés par lui à Constance, qui les incorpora aussitôt dans sa garde. Toutefois, Julien permit à une des tribus de ce peuple, les Francs Saliens, de s'établir aux bords de la Meuse inférieure. Ce fut au palais impérial de Lutèce, dont il reste encore des ruines1, que Julien fut proclamé empereur par ses soldats (360). Il ne revit plus la Gaule, et, après lui, l'empire fut partagé en empire d'Orient et en empire d'Occident.

La Gaule dans le lot d'IIonorius (395). — Valentinien, qui régna sur l'Occident (364), et son fils Gratien (375), tinrent les barbares en respect. Mais quand ils n'envahissaient pas le territoire en corps de nation, ils envahissaient les légions, comme auxiliaires soldés, les charges, les honneurs ; il y en avait dans toutes les places, parce que, seuls au milieu

i. Ces ruines se voient rue de la Harpe et font partie du musée de Cluny. Le palais semble avoir été construit par Constance Chlore, vers l'an 3no. Un aqueduc, élevé au lieu où se trouve encore celui d'Arcueil, y amenait l'eau nécessaire aux thermes ou bains. Les jardins du palais descendaient jusqu'à la Seine, et, en face, dans l'île, s'élevait Paris qui faisait déjà un commerce considérable par eau. En creusant, en 1711, dans le chœur de la cathédrale, on découvrit deux autels et un piédestal chargé de bas-reliefs où sont représentés les dieux romains et gaulois; l'inscription apprend que ce monument avait été érigé sous Tibère par la corporation des imutce. ou marinierSj qui étaient apparemment la plus puissante de la ville, puisque Paris a jiarde pour armes un vaisseau aux voiles déployées.

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de ces Romains dégénérés, ils conservaient du courage, de l'audace, de l'activité. Un d'eux, Arbogast, un Franc, tua Vaientinien II, près de Vienne, et fit lui-même un empereur, le rhéteur Eugène (392). Théodose renversa le protecteur et le protégé, et, pour quelque temps, régna sur toutes les provinces; mais, à sa mort, l'empire fut de nouveau partagé, et ia Gaule tomba dans le lot d'Honorius (395).

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