FRANCE MÉROVINGIENNE
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Ijr «aille en 481. — Lorsque Clovis, fils de Childéric, fut élevé sur le bouclier par les Francs Saliens pour être leur chef de guerre, il y avait en Gaule bien des dominations :
1° Entre la Loire et les Pyrénées, les Visigoths, maîtres en outre des trois quarts de l'Espagne, et au delà du Rhône, de tout le pays entre la Durance et la mer ;
2° Dans la vallée de la Saône et du Rhône jusqu'à la Durance , les Burgondes ;
3° Entre les bouches de la Loire et celles de la Seine, les cités armoricaines libres, sous des chefs indigènes ou des magistrats municipaux ;
Entre la Mayenne, la moyenne Loire et la Somme, Syagrius commandait à ce qui restait de l'empire ;
5° Entre les Vosges et le Rhin, des Alamans avaient pris la place des Burgondes, fixés définitivement plus au sud ;
6° Une colonie de Saxons s'était établie vers Bayeux , et ils étaient là en assez grand nombre pour qu'Aétius eût sollicité leur aide contre Attila ;
7° Une colonie venue de la grande lie de Bretagne^ un siècle
t. Ouvrages à consulter pour ce chapitre et les trois suivants : Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, jusqu'en 591 ; Hëcits mérovingiens, par Augustin Thierry; Essais sur l'Histoire de France, par M. Guizot
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auparavant, s'était établie à l'extrémité de l'Armorique où elle formait un État particulier, la petite Bretagne, dont le nom s'étendra à la presqu'île entière ;
8° Enûn toute la Belgique était au pouvoir des Francs. Leurs principaux chefs résidaient à Cologne, à Tournai, à Cambrai et à Té rouanne.
Qui tirera la Gaule de ce chaos ? Nul, à cette heure, ne saurait le dire. L'État de Syagrius n'est qu'un débris informe qui n'est ni assez romain ni assez barbare pour avoir quelque chance de durée. Les Armoricains n'aspirent qu'à vivre à l'écart. Les Saxons occupent seulement un point de la Gaule , et n'y laisseront pas de souvenirs. Mais trois peuples en possèdent une vaste étendue et peuvent s'en disputer la domination.
Le« Barffondes et les Visigoths. — Les Burgondes n'avaient point des mœurs farouches : la civilisation romaine et le christianisme les avaient touchés et adoucis. Ils étaient barbares encore, mais ils avaient vu de près et depuis longtemps la société romaine. Nombre d'entre eux étaient venus travailler dans les cités gauloises, et, lorsque l'invasion les jeta sur la Gaule, ils prirent sans violence les deux tiers des terres et le tiers des esclaves, mais n'eurent pour les Gallo- Romains restés au milieu d'eux ni dédain superbe ni blessante insolence. Leur loi nationale emprunta beaucoup aux lois des Romains, et eut des délicatesses qui accusent une bonhomie peu habituelle à ces coureurs d'aventures du cinquième siècle. g Quiconque, dit un article, aura dénié le couvert et le feu à un étranger en voyage, sera puni d'une amende de trois sous d'or.... Si le voyageur vient à la maison d'un Burgonde et y demande l'hospitalité, et que celui-ci indique la maison d'un Romain, et que cela puisse être prouvé, il payera trois sous d'amende et trois sous pour dédommagement à celui dont il aura montré la maison. » Malheureusementpourleur puissance, c'étaient des missionnaires ariens qui les avaient convertis.
lie» Visiçoths. — Les Visigoths n'étaient pas plus terribles. Il y avait un siècle qu'ils étaient cantonnés dans l'empire, non comme les Francs sur le bord et en une contrée que de longues dévastations avaient rendue à sa barbarie , mais au cœur des plus riches provinces. Les pères de beaucoup d'entre eux avaient vu Constantinople et Rome, et tous les restes imposants de la civilisation romaine. Aussi la cour des rois visigoths à Toulouse était-elle déjà pleine d'élégance et de recherche, malgré la présence de nombreux barbares qui venaient
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solliciter la protection du puissant roi qui dominait sur les trois quarts de l'Espagne et sur un tiers de la Gaule. « J'ai presque vu deux fois la lune achever son cours, dit le premier poète de ce temps, Sidoine Apollinaire, noble Arverne qui plus tard fut évêque, et je n'ai obtenu qu'une seule audience : le maître de ces lieux trouve peu de loisirs pour moi ; car l'univers entier demande aussi réponse et l'attend avec soumission. Ici nous voyons le Saxon aux yeux bleus, intrépide sur les flots, mai à l'aise sur la terre. Ici le vieux Sicambre, tondu après une défaite, laisse croître de nouveau ses cheveux. Ici se promène l'Hérule aux joues verdàtres, presque de la teinte de l'Océan dont il habite les derniers golfes. Ici le Burgonde, haut de sept pieds, fléchit le genou et implore la paix. Ici l'Ostrogoth réclame le patronage qui fait sa force, et à l'aide duquel il fait trembler les Huns, humble d'un côté et fier de l'autre. Ici toi-même, ô Romain, tu viens prier pour ta vie; et, quand le nord menace de quelques troubles, tu sollicites le bras d'Euric contre les hordes de la Scythie ; tu demandes à la puissante Garonne de protéger le Tibre affaibli. »
Si l'on eût alors cherché à quel peuple devait rester la Gaule, on n'eût pas hésité à en 'promettre la possession entière aux Visigoths. Mais ce peuple, malgré le courage montré à la bataille de Châlons, avait perdu son énergie sauvage. De plus, il était arien comme les Burgondes, c'est-à-dire en contradiction de foi religieuse avec les Gallo-Romairs, ses sujets. Déjà même l'antipathie entre les sujets orthodoxes et les maîtres hérétiques amenait, d'un côté, des persécutions ; de l'autre, de secrets complots, ou tout au moins des vœux, des espérances.
lies Franc»; mœurs et religion. — « Les Francs relevaient et rattachaient sur le sommet du front leurs cheveux d'un blond roux, qui formaient une espèce d'aigrette et retombaient par derrière en queue de cheval. Leur visage était entièrement rasé, à l'exception de deux longues moustaches qui leur tombaient de chaque côté de la bouche. Ils portaient des habits de toile serrés au corps et sur les membres par un large ceinturon auquel pendait l'épée. Leur arme favorite était une hache à un ou deux tranchants, dont le fer était épais et acéré et le manche très- court. Ils commençaient le combat en lançant de loin cette hache soit au visage, soit contre le bouclier de l'ennemi. Rarement ils manquaient d'atteindre l'endroit
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précis où ils voulaient frapper. Outre la hache, qui de leur nom s'appelait francisque, ils avaient une arme de trait qui leur était particulière, et que, dans leur langue, ils nommaient hang, c'est-à-dire hameçon. C'était une pique de médiocre grandeur et capable de servir de près et de loin. La pointe, longue et forte, était armée de plusieurs barbes ou crochets tranchants et recourbés comme des hameçons. Le bois était recouvert de lames de fer dans presque toute sa longueur, de manière à ne pouvoir être brisé ni entamé à coups d'épée. Lorsque ce hang s'était fiché au travers d'un bouclier, les crocs dont il était garni en rendant l'extraction impossible, il restait suspendu et balayait la terre par son extrémité. Alors le Franc qui l'avait jeté s'élançait, et, posant un pied sur le javelot, appuyait de tout le poids de son corps et forçait l'adversaire à baisser le bras et à se dégarnir ainsi la tête et la poitrine. Quelquefois le hang, attaché au bout d'une corde, servait en guise de harpon a amener tout ce qu'il atteignait. Pendant qu'un des Francs lançait le trait, son compagnon tenait la corde, puis tous deux joignaient leurs efforts, soit pour désarmer l'ennemi, soit pour l'attirer lui-même par son vêtement ou son armure. » (Aug. Thierry.)
La religion des Francs était le culte belliqueux et grossier d'Odin, le dieu des Scandinaves. Ils croyaient qu'après In mort le brave était reçu au Walhalla, palais construit au milieu des nuages, où les plaisirs étaient encore de continuels combats interrompus par de longs festins, où la bière et l'hydromel circulaient sans relâche dans le crâne des ennemis tués par les héros, a Aussi les Francs aimaient-ils la guerre avec passion comme le moyen de devenir riches dans ce monde, et dans l'autre convives des dieux. Les plus jeunes et les plus violents d'entre eux éprouvaient quelquefois dans le combat des accès d'extase frénétique pendant lesquels ils paraissaient insensibles à la douleur et doués d'une puissance de vie tout à fait extraordinaire. Ils restaient debout et combattaient encore, atteints de plusieurs blessures, dont la moindre eût suffi pour terrasser d'autres hommes. >» Nous retrouverons dans les Northmans le même fanatisme guerrier. Un chant anglo-saxon peut nous donner une idée de cette ivresse de sang, de cette joie de la destruction qui animaient les Francs au combat. « L'armée est en marche ; les oiseaux chantent, les cigales crient, les larne^ belliqueuses retentissent. Maintenant commence à luire la lune errante sous les nuages;
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maintenant s'engage l'action qui fera couler les larmes.... Alors commença le désordre du carnage, les guerriers s'arrachaient des mains leurs boucliers creux; les épées fendaient les os des crânes ; la citadelle retentissait du bruit des coups ; le corbeau tournoyait noir et sombre comme la feuille du saule ; le fer étincelait comme si le château eût été tout en feu. Jamais je n'entendis conter bataille plus belle à voir. »
Institution* politiques des Francs; élection des rois dans la famille de Mérovée. — Les institutions des Francs étaient celles de tous les peuples germaniques. Chaque tribu avait un chef que les Romains ont appelé roi, mais auquel il ne faudrait pas reconnaître les pouvoirs ni la majesté que ce titre implique. Ces rois, chez la plupart des nations germaniques, étaient exclusivement choisis dans une famille investie d'une sorte de consécration religieuse. Chez les Francs, cette famille, chargée de fournir des rois aux tribus et à la confédération tout entière, était celle de Mérovée. Mais on verra les guerriers, tout en respectant ce vieux droit, ne se croire obligés ni à une fidélité bien certaine, ni à une obéissance bien docile, et quitter très-aisément un de ces Mérovingiens pour un autre qui leur promettait plus de butin.
Assemblées publiques. — <r Chez les Germains, dit Tacite, les petites affaires sont soumises à la délibération des chefs; les grandes à celle de tous. Et cependant celles même dont la décision est réservée au peuple sont auparavant discutées par les chefs. On se rassemble, à moins d'un événement subit et imprévu, à des jours marqués, quand la lune est nouvelle ou qu'elle est dans son plein: ils croient qu'on ne saurait traiter les affaires sous une influence plus heureuse. Ce n'est pas comme chez nous, par jours, mais par nuits, qu'ils calculent le temps: ils donnent ainsi les rendez-vous, les assignations. La nuit leur parait marcher avant le jour. Un abus nait de leur indépendance : c'est qu'au lieu de se rassembler tous à la fois, comme s'ils obéissaient à un ordre, ils perdent deux ou trois jours à se réunir. Quand l'assemblée semble assez nombreuse, ils prennent séance tout armés. Les prêtres, à qui est remis le pouvoir d'empêcher le désordre, commandent le silence. Ensuite le roi, ou celui des chefs que distinguent le plus son âge, sa noblesse, ses exploits ou son éloquence, prend la parole et se fait écouter par l'ascendant de la persuasion, plutôt que par l'autorité de commandement. Si l'avis déplaît, on le repousse par des murmures ; s'il est approuvé,
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on agite les framées: ce suffrage des armes est h signe le plus honorable de leur assentiment. »
Faible» ne de la tribu de» Saliens; victoire de Solssons (486). — En 481, Clovis', le véritable fondateur de l'empire des Francs, ne possédait que quelques districts de la Belgique, avec le titre de roi des Francs Saliens, cantonnés aux environs de Tournai. L'armée dont il pouvait disposer ne dépassait pas le chiffre de quatre à cinq mille guerriers. Les cinq premières années de son règne sont restées dans une obscurité que son âge explique. A vingt ans, il proposa une , expédition de guerre à ses Francs, y entraîna tîagnachaire, roi de Cambrai, et tous deux, à la tête de cinq mille guerriers, défirent, près de l'ancienne abbaye de Nogent, a douze kilomètres au nord de Soissons, Syagrius, qui s'enfuit chez les Visigoths ; il fut plus tard livré par eux à Clovis et mis à mort.
l<e vase de Soissons. — Le butin fait après la victoire fut considérable. Saint Remi, évôque de Reims, qui semble avoir entretenu de bonne heure d'amicales relations avec Clovis, réclama du roi un vase précieux qui avait été enlevé d'une de ses églises. Quand tout le butin eut été mis en commun, le roi avant le partage dit : « Je vous prie, mes fidèles, de me donner ce vase, hors part. » Tous y consentirent excepté un soldat qui, frappant le vase d'un coup de hache, s'écria: « Tu n'auras que ce que le sort t'accordera. » Les autres, néanmoins, consentirent à la volonté du roi, qui prit le vase à demi brisé et le renvoya à l'évéque. L'année suivante, à l'assemblée qui se tenait chaque année au mois de mars, Clovis fit la revue de l'armée; quand il arriva devant celui qui avait frappé le vase, il lui dit: « Personne n'a des armes en. aussi mauvais état que les tiennes. » En môme temps il les lui arracha et les jeta à terre. Comme il se baissait pour les ramasser, le roi lui fendit la tête d'un coup de sa francisque en disant : c II te sera fait ainsi que tu as fait au vase, l'an passé, dans Soissons. » Et Grégoire de Tours ajoute: « Il parvint de la sorte à inspirer à tous une grande crainte. *
On doit remarquer ici les droits à la fois illimités et res-
1. L'historien des Francs, saint Grégoire de Tours, dont nous citerons le plus possible les paroles mêmes, écrit Chlodnvens : le vh, dans ce nom, représente l'aspiration gutturale des Allemands : c'est donc le même nom que Hlodoveus ou Louis. Le vrai nom allemand était Hlodowig, célèbre guerrier. Merowig signifie de même éminent guerrier. Hilderik (Cnildéric), brave au «combat, etc. Pour Grégoire de Tours, voy. p. 144 et suiv.
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treints de cette royauté barbare. Clovis n'a que sa part de butin, comme un de ses soldats, et c'est le sort qui la lui donne; en même temps, il frappe à mort, sans jugement, pour venger une injure personnelle, et nul ne murmure. Évidemment, deux idées contraires se heurtent dans ces tètes barbares : le caractère sacré de la royauté et le sentiment invincible de l'égalité, idées qui ne se retrouvent pas à cette époque seulement 4e notre histoire.
Mariage de Clovis et de Clotllde (493). — Les années qui suivirent la bataille de Soissons se passèrent à négocier et à combattre avec les villes d'entre Somme et Loire. Clovis était désireux surtout de mettre la main sur Paris. Il le harcela longtemps. Mais une sainte fille , dont le souvenir est resté populaire dans cette ville où la popularité dure si peu, sainte Geneviève était dans ses murs et soutenait la constance des habitants. Une guerre avec les Thuringiens qui appela Clovis au delà du Rhin, puis son mariage avec Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes, donna un autre cours aux événements. Clotilde était catholique et elle obtint que son premier-né « fût consacré au Christ par le baptême. » C'étaient là des faits de la plus haute importance. Les évêques du nord de la Gaule , qui avaient sans doute préparé cette union, espérèrent une conversion prochaine du roi lui-même ; et les cités d'Amiens, de Beauvais, de Paris, de Rouen ouvrirent leurs portes à l'homme qui avait épousé une femme de leur foi.
Bataille de Tolbiac; conversion de C'IoyIs (406). —
Les Alamans avaient longtemps assailli la Gaule, comme les Francs ; mais ils n'en occupaient que quelques cantons le long des Vosges, terres depuis longtemps dévastées où il n'y avait plus rien à prendre. En voyant les Francs mettre la main sur tant de riches cités romaines, le désir leur vint de les forcer à partager avec eux; et ils passèrent le Rhin en grand nombre. Les Francs accoururent, Clovis en tête. Le choc fut terrible ; Clovis se crut un moment vaincu, et, dans sa détresse, invoqua le Dieu de Clotilde. Un plus violent effort fit changer le sort de la bataille. Les Alamans, rejetés au delà du Rhin, furent poursuivis jusqu'en Souabe, et la population de ce pays, ainsi que les Bavarois qui habitaient la région voisine, reconnut la suprématie des Francs.
Plus le succès était grand, plus Clovis se crut obligé à tenir parole. Saint Remi lui donna le baptême, et trois mille de ses
leudes le reçurent avec lui. En répandant l'eau sainte sur la tête du nouveau néophyte, l'archevêque lui dit: « Baisse la tête, Sicambre adouci ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » Puis renouvelant la coutume du sacre des rois juifs, il l'oignit du saint chrême.
Ce baptême, ce sacre changèrent peu, comme on le verra,
les mœurs de Clovis : au lieu d'Odin , il invoqua le Christ et resta le même.
Mais par un singulier hasard , il se trouva alors, en Gaule et dans tout le monde chrétien, le seul prince orthodoxe. La population gallo-romaine , opprimée par les Burgondes et par les Visigoths ariens, tournadésormais vers le chef converti des Francs ses regards et ses espérances.Il
eut pour lui tout l'épiscopat des Gaules. Avitus, évêque de Vienne, lui écrivait: « Votre foi est notre victoire; désormais
l. Saint-Remi est la plus ancienne église de Reims, bien quelle n'ait été commencée qu'en 1045. Elle renfermait les reliques de saint Rémi et la sainte ampoule, fiole de verre qui contenait l'huile pour le sacre des rois. Une légende voulait que cette fiole eût été apportée du ciel par une colombe le jour du baptême de Clovis. Elle fut brisée sur la place publique de Reims en 1793. Le portail de Saint-Remi est du douzième siècle.
Église de Saint-Remi '.
où vous combattez, nous triomphons; » et le pape Anastase: a Le siège apostolique se réjouit de ce que Dieu a pourvu au salut de l'Église en élevant un si grand prince pour la protéger. *
I^es Burgondes tributaires (500) et les Yisigoths vaincus (507). — La conversion de Glovis avait éloigné de lui quelques-uns de ses leudes. Ses succès, surtout le butin qu'on pouvait faire sous un chef habile, les ramenèrent. Le pays entre la Loire et la Somme était soumis, et l'Armorique gagnée à son alliance. Après s'être ainsi bien affermi au nord, avec une prudence qui n'était pas ordinaire à ces barbares, Clovis songea à étendre vers le sud ses conquêtes. Il attaqua d'abord les Burgondes. Glotilde poussait son époux à cette guerre pour venger la mort de son père, assassiné par Gondebaud. Le roi Gondioc, mort en 463, avait en effet laissé quatre fils entre lesquels son royaume avait été partagé. L'alné, Gondebaud, pour avoir tout l'héritage, avait tué de sa main un de ses frères, Chilpéric, le père de Clotilde, et fait mourir l'autre dans les flammes; le quatrième, Godegisèle, gardait encore sa part, mais redoutait un sort pareil et appelait secrètement Glovis. Gondebaud, vaincu près de Dijon (500), s'enfuit jusqu'à Avignon. Clovis l'y suivit et l'obligea à se reconnaître tributaire. Le roi des Francs s'était à peine éloigné que Gondebaud surprenait son frère dans Vienne, et le poignardait dans une église où il s'était réfugié.
Syagrius, après sa défaite, s'était réfugié chez les Visigoths. Ceux-ci, craignant déjà une guerre avec les Francs, avaient livré le fugitif. Plus tard, Clovis et Alaric II avaient eu une entrevue près d'Amboise. « Ils avaient, dit Grégoire de Tours, conversé, mangé et bu ensemble, et, après s'être promis amitié, il s'étaient retirés en paix. Mais beaucoup de gens dans toutes les Gaules désiraient alors extrêmement être soumis à la domination des Francs. Ainsi, à Rodez, une querelle s'étant élevée entre l'évêque Quintien et les citoyens, les Goths qui habitaient cette ville ressentirent de violents soupçons, car ces citoyens reprochaient à Quintien de vouloir les soumettre aux Francs; et ayajit tenu conseil, ils résolurent de le tuer. L'homme de Dieu, instruit de ce dessein, se leva pendant la nuit, avec ses plus fidèles ministres, sortit de la ville de Rodez et se retira en Auvergne. »
Nous ignorons si les évêques du midi ainsi persécutés n'invoquèrent pas la protection de Clovis. Mais un jour le roi
dit à ses soldats : « Je supporte avec grand chagrin que -ces ariens possèdent une partie des Gaules. Marchons avec l'aide de Dieu, et, après les avoir vaincus, réduisons leur pays en notre pouvoir. » Ce discours plut à tous ses guerriers, et l'armée se dirigea aussitôt vers Poitiers, respectant religieusement sur son passage, par l'ordre exprès du roi, les biens des églises. Aussi les légendes marquaient sa route par des miracles. Sur les bords de la Vienne, une biche d'une merveilleuse grandeur sort tout à coup d'un bois et indique un gué que le roi cherchait. Pour éclairer sa marche durant la nuit, un globe de feu s'allume et brille au sommet de l'église de Saint-Hilaire de Poitiers. •
Ce fut non loin de cette ville, dans la plaine de Voulon, que les deux armées se rencontrèrent. Le roi des Visigoths resta sur le champ de bataille avec ses meilleurs soldats (50T). Poitiers , Saintes , Bordeaux ouvrirent leurs portes au vainqueur ; l'année suivante, il entra dans Toulouse. Les Visigoths eussent perdu toutes leurs possessions au nord des Pyrénées sans l'assistance du grand Théodoric, roi des Ostrogoths d'Italie. Une armée qu'il envoya en Gaule vainquit près d'Arles les Francs et les Burgondes réunis pour la conquête de la Provence. De l'autre côté du Rhône, Carcassonne fit une énergique résistance. La Septimanie, c'est-à-dire toute la côte depuis le Rhône jusqu'aux Pyrénées, demeura aux Visigoths, et le pays au sud de la Durance aux Ostrogoths.
CIoyI» maître de la plus grande partie de la Gaule. — Sauf cette bande étroite du littoral de la Gaule sur la Méditerranée, Clovis possédait tout le reste du pays, depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées, par lui-même ou par les Burgondes et les Armoricains ses alliés. Un grand royaume barbare se formait donc dans cette Gaule si bien disposée pour une seule domination. Lorsque Clovis rentra à Tours, il y trouva les envoyés de l'empereur d'Orient Anastase, lequel, charmé de voir s'élever au delà des Alpes un rival du grand prince des Ostrogoths d'Italie, envoyait au roi des Francs les titres de consul et de patrice avec la tunique de pourpre et la chlamyde. « Alors Clovis posa la couronne sur sa tête, et, étant monté à cheval, il jeta de l'or et de l'argent au peuple assemblé. Depuis ce jour il fut appelé consul et auguste. » Le souvenir de l'empire romain était vivant encore. Ces titres, conférés par l'empereur, semblaient donner le droit à celui qui n'avait que la force. Clovis, aux yeux des Gallo-Romains,
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n'était plus le conquérant barbare et païen, mais le prince orthodoxe et le consul de Rome.
Malheureusement l'orthodoxie, comme le consulat, n'était qu'affaire de costume ; sous la chlamyde, comme sous la robe du catéchumène, il y avait toujours le barbare.
Clovis fait tncr le» autre» roi» francs. — Glovis fixa sa résidence à Paris1, « Pendant son séjour dans cette ville, il envoya en secret au fils de Sigebert, lui faisant dire: « Voilà que ton père est âgé, il boite de son pied malade ; a s'il venait à mourir, son royaume t'appartiendrait. » Séduit par cette ambition, Chlpdéric forma le projet de tuer son père. Or un jour, Sigebert sortit de sa ville de Cologne, passa le Rhin, et, après s'être promené dans la forêt de Buconia, s'endormit à midi dans sa tente ; son fils dépêcha 'contre lui des assassins qui le tuèrent. Alors il fit dire au roi Glovis : « Mon père est mort, et j'ai en mon pouvoir ses trésors et <t son royaume ; envoie-moi quelques-uns des tiens, et je leur « remettrai volontiers céux des trésors qui te plairont. » Clovis répondit: « Je rends grâce au ciel de ta bonne volonté « et je te prie de montrer tes trésors à mes messagers; en- « suite tu les posséderas tous. * Chlodéric montra aux envoyés les trésors de son père. Pendant qu'ils les examinaient, le prince dit: « C'est dans ce coffre que mon père avait cou- « tume d'amasser ses pièces d'or. » Ils lui dirent : t Plonge « ta main jusqu'au fond pour voir tout ce qu'il y a. » Il le fit; et comme il était baissé, un des envoyés leva sa francisque et lui brisa le crâne. Ainsi cet indigne fils subit la mort dont il avait frappé son père. Lorsque Clovis sut que Sigebert et son fils étaient morts, il vint à Cologne, y convoqua tout le peuple, et lui dit: « Écoutez ce qui est arrivé pendant que « j'étais à naviguer sur le fleuve de l'Escaut. Chlodéric, fils 9 de mon parent, tourmentait son père en lui disant que je <r voulais le tuer. Comme Sigebert fuyait dans la forêt de But conia, il a envoyé des meurtriers qui l'ont mis à mort. Lui- « même a été assassiné je ne sais par qui, au moment où il
i. Il y bâtit, vers Tan 507, sur le sommet de la montagne au pied de laquelle se trouvait le palais des Thermes, et sur l'emplacement d'un cimetière des Romains, au milieu des arbres et des vignes, l'église des apôtres saint Pierre et saint Paul. Pour désigner l'emplacement de l'église « il avait lancé sa hache droit devant lui, afin qu'un jour on pût mesurer la force et la portée de son bras par la longueur vde l'édifice. » Cette église, reconstruite à plusieurs reprises, reçut le nom de sainte Geneviève, morte à Paris vers 512. Il n'en reste que la haute tour enfermée dans les bâtiments du lycée Napoléon, et ui est elle-même du treizième siècle.
« ouvrait les trésors de son père. Je ne suis nullement com- « plice de ces choses ; je ne puis répandre le sang de mes pac rents; car cela est défendu. Mais, puisque ces choses sont <r arrivées, je vous donne un conseil; s'il vous est agréable,
. a acceptez-le. Ayez recours à moi, mettez-vous sous ma proc tection. » Le peuple répondit à ces paroles par des applaudissements de main et de bouche, et Payant élevé sur un bouclier, ils le créèrent leur roi.
« Dans la guerre contre Syagrius, Glovis avait appelé à son secours Ghararic, roi de Térouanne ; mais il se tint à l'écart, attendant l'issue du combat, pour faire alliance avec celui qui remporterait la victoire. Glovis ne l'oublia pas et, quand il le
- put, l'entoura de pièges, le fit prisonnier avec son fils, et les fit tondre tous deux, enjoignant qu'ils fussent ordonnés prêtres. Gomme Ghararic s'affligeait de son abaissement et pleurait, on rapporte que son fils lui dit: « Ces branches ont été coupées « d'un arbre vert et vivant, il ne séchera point et en poussera <r rapidement de nouvelles. Plaise à Dieu que celui qui a fait « ces choses, ne tarde pas à mourir ! » Ces paroles furent rapportées à Glovis ; il crut qu'ils le menaçaient de laisser croître leur chevelure et ensuite de le tuer; il ordonna qu'on leur tranchât la tête à tous deux. Après leur mort, il s'empara de leur royaume, de leurs trésors et de leurs peuples.
« Il y avait encore à Cambrai un roi nommé Ragnachaire, si effréné dans ses débauches, qu'il épargnait à peine ses proches parents. Clovis fit faire des bracelets et des baudriers de cuivre doré, et les donna aux leudes de Ragnachaire pour les exciter contre lui. Il marcha ensuite, avec son armée, contre ce chef et le battit. Les propres soldats de Ragnachaire l'amenèrent au vainqueur avec son frère Richaire, tous deux les mains liées derrière le dos. Quand il fut en présence de Glovis, celui-ci lui dit : « Pourquoi as-tu fait honte à notre famille en « te laissant enchainer? il te valait mieux mourir; » et, avant levé sa hache, il la lui rabattit sur la tête. Ensuite il se tourna vers son frère, et lui dit: « Si tu avais porté secours à ton « frère, il n'aurait pas été enchainé; » et il le frappa de même de sa hache. Après leur mort, ceux qui les avaient trahis reconnurent que l'or qui leur avait été donné était faux. Ils le dirent au roi; on rapporte qu'il leur répondit: « Celui qui de « sa propre volonté traîne son maître à la mort, mérite un pa- « reil or, i ajoutant qu'ils devaient être contents de ce qu'on leur laissât la vie. Ces rois dont nous venons de parler étaient
des parents de Clovis. Renomer fut encore tué par son ordre dans la ville du Mans. Après leur mort, Clovis recueillit leurs royaumes et tous leurs trésors. »
Clovi* senl chef de toutes les tribus trafiques j sa mort à Paris (511). — c Ayant tué de même beaucoup d'autres rois, ses proches parents, dans la crainte qu'ils ne lui enlevassent l'empire, il étendit son pouvoir dans toute la Gaule. On rapporte qu'un jour il assembla ses sujets, et parla ainsi de ses proches qu'il avait fait périr : « Malheur à moi qui suis « resté comme un voyageur parmi des étrangers, n'ayant pas < de parents qui puissent me secourir, si l'adversité venait! »
Mais ce n'était pas qu'il s'affligeât de leur mort ; il parlait ainsi par ruse et pour découvrir s'il avait encore quelque parer.t, afin de le faire tuer.
t Toutes ces choses s'étant passées ainsi, Clovis mourut à Paris , où il fut enterré dans la basilique des Saints-Apôtres (Sainte-Geneviève) qu'il avait lui-même fait construire avec la reine Clotilde. Il mourut cinq ans après la bataille de Vouglé. Son règne avait duré trente ans, et sa vie quarante-cinq. » (Grégoire de Tours.)
Le premier concile de l'Église gallicane se tint à Orléans en c:tte môme année 511. On a cru reconnnaitre dans ses canons le principes de la régale, c'est-ù-dire le droit pour le prince de percevoir le revenu des bénéfices pendant la vacance du siège.