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LES ^DERNIERS CARLOVINGIENS

Fort, célèbre sous Charles le Chauve par ses services contre les mêmes ennemis, et ancêtre de tous les Capétiens. Mais Eudes ne fut reconnu que par les seigneurs d'entre Loire et Meuse. Au delà de la Meuse régnait Arnulf, roi de Germanie, qui, en 895, fit de la Lorraine un royaume pour son fils Zwentibold; et, au sud de la Loire, le duc d'Aquitaine, Rainulf, prit le titre de roi. En même temps le royaume de Provence se partageait en deux : la Bourgogne cisjurane (Franche-Comté, Dauphiné, Provence), sous Louis, fils du roi Boson,et la Bourgogne transjurane (la Suisse jusqu'à la Reuss, le Valais, et partie de la Savoie), sous Rodolphe, fils d'un comte d'Auxerre. Ainsi la France avait cinq rois. Elle en aura bientôt un sixième, Charles le Simple ; et je ne parle ni des rois de Navarre, qui lui étaient devenus complètement étrangers, ni des rois des Bretons, qui n'entendaient pas se montrer plus dociles, aujourd'hui qu'elle prenait pour chef un parvenu, que quand un petit-fils de Charlemagne leur demandait l'obéissance. Elle avait de plus des hôtes habituels et terribles, les Northmans, qui ne la quittaient plus, et les Sarrasins qui, en 889, s'établirent à Fraxinet, sur la côte de Provence.

Succès d'Eudes contre les RTorthmans. — Eudes se tira bravement de tant d'ennemis. 11 ne reprit ni la Lorraine, ni les deux royaumes de Bourgogne, laissa les Bretons, alors en guerre civile, s'entre-déchirer, oublia la Navarre, qui était bien loin, et consentit à reconnaître une sorte de droit suzerain au Carlovingien Arnulf, roi de Germanie, en qui survivait l'ambition impériale, malgré la grande protestation de 887; mais il força le duc d'Aquitaine à renoncer au titre de roi et à lui jurer fidélité, et gagna sur les Northmans deux victoires, l'une dans la forêt de Montfaucon en Argonne, l'autre, en 892, près de Montpensier dans la Limagne. Bien qu'il ne faille pas accepter sur ces batailles les exagérations du poète Abbon, c'étaient de brillants succès, mais qui restèrent stériles. Les païens étaient répandus en trop grand nombre par tout le pays pour que la défaite d'une de leurs bandes intimidât les autres. En ce même temps ils prirent et saccagèrent Meaux, Troyes, Toul, Verdun, Évreux, Saint-Lô. « La prédiction du Seigneur, disait le synode de Metz, va s'accomplir : Les étrangers dévoreront votre terre sous vos yeux et en feront un désert, i Le désert, en effet, s'étendait tous les jours, les vivres étaient à un prix exorbitant; on manquait de bestiaux, et en beaucoup d'endroits, on manquait de grains pour ensemencer les terres.

Rivalité d'Eudes et de Charles le Simple (SOS). —

Aux maux causés par les nouveaux barbares vinrent se joindre ceux de la guerre civile. Le comte de Flandre refusa obéissance à Eudes ;. un autre seigneur, parent du roi, s'empara de Laon. Eudes reprit la ville, et, pour intimider les factieux, fit couper la tête au rebelle. Il se trouva alors en face d'une autre guerre plus sérieuse. Les partisans de la dynastie carlovingienne mirent en avant un fils posthume de Louis le Bègue, que sa lenteur d'esprit fit surnommer Charles le Simple, et l'archevêque de Reims le sacra (893). Ses partisans, le duc de Bourgogne et les comtes de Vermandois, de Poitiers et d'Auvergne, ne cherchaient qu'à consommer la ruine de la royauté et à s'affermir dans leurs usurpations. Autour d'Eudes se rangeaient ses nombreux vassaux du duché de France, et ceux qui avaient voulu un roi national, au lieu de cette dynastie aventureuse qui s'inquiétait bien moins de sauver la France des païens que de ressaisir quelqu'une des couronnes carlovingiennes. Eudes arriva devant Reims avec de telles forces, que son compétiteur s'enfuit auprès d'Arnnlf de Germanie. Celui-ci, oubliant ses conventions avec Eudes, commanda aux comtes et aux évêques de la Lotharingie de rétablir dans le , royaume paternel l'homme qui était de sa race. Mais les comtes refusèrent. Zwentibold, devenu leur roi, en 895, les entraîna à une guerre qui tourna mal pour lui. Il fut contraint de rentrer en Lorraine, et Eudes termina cette querelle en accordant plusieurs domaines à son compétiteur. Ce prince actif et brave fut malheureusement enlevé par une mort prématurée. Il n'avait que ^0 ans. Son frère, Robert, hérita de son duché de France, et Charles le Simple lui succéda comme roi sans opposition.

C harles le Simple (898-022). Établissement des Xorthmans en France (012). — Ce prince est célèbre par ses malheurs. En 912, il céda au chef northman, Rollon, la province qui prit le nom de Normandie, et que le nouveau duc rendit florissante par une sage administration. Ce traité, signé à Saint-Clair-sur-Epte, était une convention heureuse, car il mettait fin à des courses dévastatrices qui duraient depuis un siècle. Les nouveaux maîtres du pays se mêlèrent aux anciens habitants, oublièrent leur langue, leur férocité, mais gardèrent un peu de cet esprit d'aventure, de cet amour du gain qui les avait poussés à travers tant de pays, et qui leur feront un jour prendre l'Italie méridionale, et un autre jour l'Angleterre.

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Charles le Simple avait promis à Rollon sa fille Gisèle, à condition qu'il renierait Odin. Le nouveau duc se fit baptiser à Rouen, et ses compagnons l'imitèrent (912). Il partagea le pays entre eux, au cordeau, et y établit si bonne police, qu'ayant oublié, dit-on, un de ses bracelets aux branches d'un chêne sous lequel il s'était reposé dans une partie de chasse, ce bracelet y resta trois ans sans que personne osât y toucher. La paix et l'ordre ranimèrent la culture dans cette riche province ; la servitude de corps y fut de bonne heure abolie, et par une révolution singulière, ce sont ces ducs normands qui, les premiers, parlèrent la meilleure langue française, et c'est en Normandie que le régime féodal se constitua avec le plus de régularité, que les écoles des couvents furent le plus florissantes ; de là, enfin, que semble être parti l'art nouveau qui allait élever de si magnifiques monuments, l'architecture ogivale.

Élection m de Robert, doc de France (922), et de Raoul, duc de Bourgogne (993-936). — Cette année

912, où Charles perdait une province, il gagna un royaume. Les Lorrains se donnèrent à lui ; mais sa faiblesse, ses complaisances pour ses favoris, irritèrent les grands. En 920, les seigneurs déclarèrent à l'assemblée de Soissons, qu'ils n'obéiraient plus au roi, si, dans l'espace d'un an, il ne changeait pas de conduite et ne renvoyait pas son ministre Haganon. En même temps les Lorrains lui reprirent la couronne qu'ils lui avaient donnée. L'avertissement fut inutile. Mais les grands tinrent parole : en 922, ils couronnèrent Robert, duc de France. Une rencontre eut lieu, l'année suivante, entre les deux princes, près de Soissons. Charles fut battu, mais son rival fut tué. Il n'y gagna rien ; le gendre de Robert, Raoul, duc de Bourgogne, le remplaça. Ainsi, ducs de France ou de Bourgogne, c'étaient les chefs du centre de l'ancienne Gaule qui voulaient retenn* la couronne ; ils y réussiront malgré l'opposition des seigneurs du nord et du midi.

La Germanie, plus fidèle au sang de Charlemagne, fournit quelques secours à Charles le Simple contre son nouvel adversaire; il ne put cependant ressaisir la couronne. Fait prisonnier en trahison par Herbert, comte de Vermandois, il fut enfermé dans le château de Péronne, où il mourut en 929.- Raoul régna sept ans encore sans beaucoup d'éclat, malgré une double expédition en Aquitaine et en Provence, d'où il rapporta des promesses de fidélité, mais rien de plus. En 926, il avait repoussé une invasion de nouveaux barbares. Les Mad-

gyares ou Hongrois, qui arrivaient par Test, comme les Northmans étaient venus par le nord et par l'ouest, et les Sarrasins par le sud. L'abandon fait à Rollon de la Normandie, et à d'autres chefs, de Tours, de Chartres, de Blois et de Senlis, avait mis un terme aux ravages des pirates du nord. Quant aux Sarrasins, la Provence seule en souffrit beaucoup. Ils s'y maintinrent pendant 84 ans. Leur principal établissement était à Fraxinet (la Garde-Freynet, dans le Var) ; il ne leur fut enlevé qu'en 973. Les Hongrois, plus nombreux et plus terribles que les Sarrasins, ne firent heureusement que de rares apparitions en Lorraine, dans la Bourgogne et jusque dans l'Aquitaine. L'Allemagne se chargea de les arrêter.

liouis IV d'Outre-Mer (036-054). — A la mort de Raoul, Hugues le Grand, son beau-frère, duc de France, dédaigna de se faire roi, et rappela d'Angleterre un fils de Charles le Simple, Louis IV, appelé d'Outre-Mer à cause de cette circonstance. L'activité, le courage de ce prince furent inutiles. Il obtint l'appui de quelques seigneurs jaloux de la puissance du duc de France, qui s'était fait donner encore par son protégé le duché de Bourgogne. Mais lorsqu'il voulut, pour se refaire un domaine, dépouiller les fils du comte de Vermandois, et plus tard, le jeune héritier du duc de Normandie, Hugues s'arma pour arrêter l'essor de cette ambition inattendue, et Louis, vaincu, fait prisonnier, fut retenu captif une année entière. Hugues ne lui ouvrit les portes de sa prison qu'après s'être fait céder la ville de Laon, la seule qui restât au malheureux roi. Louis se plaignit au pape, au roi de Germanie, et un concile excommunia le duc de France, qui brava toutes les menaces, même une invasion formidable d'Othon le Grand, qui pénétra jusque sous les murs de Rouen, dont le duc s'était allié à Hugues de France (946). Louis fut réduit avenir dire, en 948, au concile d'ingelheim, assemblé par ordre d'Othon : « S'il y a quelqu'un qui soutienne que mes malheurs me sont arrivés par ma faute, je suis prêt à accepter la sentence du synode et du roi ici présent, ou à repousser l'accusation par le jugement de Dieu, en un combat singulier. » Aucun champion ne se présenta de la part du duc de France. Mais cet appel à un prince étranger, dont Charles le Simple avait donné l'exemple, acheva de rendre nationale, au moins dans la France du nord, l'opposition faite par la maison capétienne aux derniers rois du sang de Charlemagne.

Lothaire et Louis V (054-08*).— Louis IV termina

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