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XVI PRÉFACE

la démocratie, comme si ce peuple de Franco était chargé, au nom et au profit des nations, de pousser toute constitution k son plus haut faîte de grandeur, de chercher et de montrer, dans toutes les choses réelles, l'idéal.

La féodalité, si oppressive dans son âge de décadence , avait eu son temps de légitimité, quand elle arrêtait la seconde invasion des barbares , celle des Northmans , Hongrois et Sarrasins, car toute puissance s'établit par ses services et tombe par ses abus. Elle eut aussi son âge héroïque, au siècle des Croisades, lorsque des millions d'hommes se levèrent pour marcher k la conquête d'un tombeau. Les Croisades sont le glus grand fait du moyen âge, et elles appartiennent presque toutes k la France, comme la trêve de Dieu qui les prépare1. L'Orient le sait bien ; pour lui, depuis ce temps-lk, tout Européen est un Franc, et l'historien des Croisades donnait a son livre le titre de Gesla Del per Francos.

Le moyen âge est alors k son apogée, et c'est en notre pays qu'il atteint toute sa grandeur. L'Italie a d'illustres pontifes, mais un saint est sur le trône de France ; c'est le fils aîné de l'Église2. Le clergé est partout puissant, mais où trouve-i-on plus nombreuses, plus vivantes ces leçons d'égalité et de respect pour l'intelligence que l'Église donnait k la société féodale , en conservant le système d'élec-

1. M. Kluckhohn (Geschichte des Gottesfricdens) fait cette remarque que la rapide propagation de la trêve de Dieu fut due à la France, « dont le génie sympathique cherche et propose tout de suite au monde les remèdes aux maux de la société qu'il a trouvés. »

2. Le roi de Fiance était bien plus qu'aucun autre des rois successeurs de Constantin, Véveque extérieur. « Vous êtes prélat ecclésiastique, » disait un archevêque de Reims à Charles VII. Le roi, quel qu'il fût, était, en effet, chanoine de Saint-Martin; il portait, à son sacre, la dalmatique des prêtres sous son manteau royal, et, comme eux, il communiait sous les deux espèces. Je n'ai pas besoin de rappeler qu'on lui croyait le don miraculeux de guérir les écrouelles.

PRÉFACE

lion, perdu ailleurs, et en appelait les derniers des eufants du peuple dans ses chaires pontificalos, où ils devenaient les égaux des plus grands de la terre? Où l'institut monastique, avec les heureuses conséquences qu'il avait alors, a-t-il pris une pareille extension? Un moine français, saint Bernard, gouverne l'Europe. Et quel ordre peut rivaliser avec cet ordre de Giteaux, dont le chef s'appelait l'abbé des abbés, commandait à plus de trois mille monastères, et de qui relevaient les ordres militaires de Calatrava et d'Alcantara en Espagne, d'Avis et du Christ en Portugal? Un art nouveau que la Grèce ni Rome n'avaient connu # qui n'est ni allemand ni arabe, quoique l'Orient en ait peutêtre donné l'inspiration première, élève ces montagnes de pierres ciselées à jour, dont la masse tout à la fois imposante et légère nous ravit encore d'admiration. Paris, « la cité des philosophes, » est déjà le foyer de toute lumière. On accourt des régions les plus lointaines à ses écoles, qui ont tiré la science du fond des monastères et la sécularisent. Les grandes renommées ne se font qu'à son Université, qui compte vingt mille écoliers, et où les plus illustres docteurs de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Angleterre sont tour à tour élèves et maîtres. Le latin est leur idiome, et la scholastique est leur science. Mais la langue deVillehardouin et de Joinville aspire déjà à l'universalité, grâce aux croisés qui l'ont portée partout, grâce aux troubadours et aux trouvères qui ont versé à l'Europe un large flot de poésie. « Elle court parmi le monde, » dit, en 1275, un Italien, qui traduit en français une chronique de son pays. Et le maître du Dante s'en sert pour écrire son Trésor, parce que « la parlure de France est plus commune à toutes gens. » La domination intellectuelle de l'Europe nous appartient déjà.

La civilisation est comme la fleur des arbres ; celle-ci s'ouvre, brille et répand ses parfums; pour que le fruit

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