DU ONZIÈME SIÈCLE
Les pèlerinage». — Le onzième siècle est le temps de la foi la plus ardente des populations. On venait d'échapper aux terreurs qu'avait causées l'approche de l'an 1000, où le monde, pensait-on, devait finir ; et les peuples, heureux de vivre, témoignaient leur reconnaissance par un redoublement de ferveur. <r Les basiliques, dit un des pieux et brillants esprits de ce temps, le chroniqueur Raoul Glaber, les basiliques furent alors renouvelées dans presque tout l'univers, et les peuples chrétiens semblaient rivaliser entre eux de magnificence. On eût dit que le monde entier avait secoué les haillons du vieil âge pour revêtir la robe blanche des églises. Partout la piété retrouvait des reliques de saints oubliés, et des monastères s'élevaient sur leurs tombeaux. A l'annonce de quelque pieuse découverte, la foule accourait des provinces voisines. On venait de loin, car le salut semblait être au bout du voyage. Peu à peu, on s'enhardit à aller plus loin encore, a Saint-Martin de Tours, sur la Loire, à Saint-Jacques de Compostelle, en Galice, au Mont-Cassin, en Italie, aux tombeaux des saints apôtres à Rome. De la à Jérusalem il n'y avait plus que la mer à passer. C'était bien périlleux ; mais la foi ne comptait pas les périls. Le moine Glaber atteste que, dès le temps du roi Henri, « une foule innombrable venait des extrémités du monde visiter le saint sépulcre à Jérusalem. D'abord la basse classe du peuple, puis la classe moyenne, puis les comtes, les
1. Aug. Thierry, Histoire de la conquête de V Angleterre par les Normand*; Zeiler, Histoire d'Italie, et Bouchot, Histoire du Portugal.