CHAPITRE XXIV
Saint Lonid. — Voici le vrai héros du moyen âge, un prince aussi pieux que brave, qui aimait la féodalité, et qui lui porta les coups les plus sensibles; qui vénérait l'Église, et qui sut au besoin résister à son chef; qui respecta tous les droits, mais suivit par-dessus tout la justice; âme candide et douce, cœur aimant, tout rempli de la charité chrétienne, et qui condamnait à la torture le corps du pécheur pour sauver son âme; qui sur la terre ne voyait que le ciel, et qui fit de son office de roi une magistrature d'ordre et d'équité. Rome Ta canonisé et le peuple le voit encore assis sous le chêne de Vincennes rendant justice à tout venant. Ce saint, cet homme de paix fit plus, dans la simplicité de son cœur, pour le progrès de la royauté, que les plus subtils conseillers et que dix monarques batailleurs parce que le roi, après lui, apparut au peuple comme l'ordre même et la justice incarnés.
Régence de Blanche de Castille (1226-1236). — Depuis plus d'un siècle, l'épée de la royauté, qui était celle de la France, était vaillamment portée. Mais le fils de Louis VIII était un enfant de 11 ans. Une coalition de grands vassaux se forma aussitôt pour profiter de sa minorité. Heureusement la régente Blanche de Castille, sa mère, était à la fois habile et courageuse. Elle gagna un des confédérés, le puissant comte de Champagne, Thibaut; puis le sauva avec l'armée royale des attaques de ses anciens alliés. En reconnaissance de ce service, elle obtint de Thibaut, devenu, par héritage, roi de Navarre, les importants comtés de Blois, de Chartres et de Sanserre. Un traité, signé en 1229, assura à un frère du roi l'héritage du comte de Toulouse, et un mariage ménagé entre
i. Ouvrages à consulter: Mémoires de Joinville; Vie de saint Louis, par Le Nain de Tillemont; Histoire d'Angleterre, de Mathieu Paris; elle s'arrête à 1259. mais fournit pour notre propre histoire de précieux renseignements que Joinville ne donne pas-, Histoire des Croisades, par Michaud.
un second frère de saint Louis et l'héritière de la Provence prépara pour une autre époque la réunion de ce pays à la France. Déjà des sénéchaux royaux étaient établis à Beaucaire et à Carcassonne, de sorte que le roi se trouvait maitre par lui-même ou par ses frères d'une grande partie du midi de la France. La majorité de saint Louis fut proclamée en 1236; mais la sage régente conserva la plus grande influence sur l'esprit de son fils et sur la direction des affaires.
Croisade particulière (1239). — Le grand pontificat d'Innocent III avait rendu une énergie nouvelle à l'Église et au sentiment religieux. L'esprit des croisades, qui s'était éteint durant la rivalité de Philippe Auguste avec Richard Cœur-delion et Jean Sans-terre, venait de se réveiller. En 1235, on avait recommencé à prêcher la guerre sainte en France, et comme trop souvent, avant de partir pour Jérusalem, on avait inauguré l'expédition par le massacre de ceux dont les pères avaient cloué la sainte victime sur la croix du Golgotha. Partout on égorgeait les juifs; le concile de Tours fût obligé de prendre ces malheureux sous sa protection. Les hérétiques trouvèrent moins de pitié. Thibaut, comte de Champagne, en fit brûler, en une seule fois, 183 sur le mont Aimé, près de Vertus. Au reste, cette croisade, dont Thibaut lui-même et les ducs de Bourgogne et de Bretagne firent partie, réussit mal. Les croisés furent battus à Gaza, en Palestine, et ceux qui revinrent ne rapportèrent que l'honneur d'avoir rompu quelques lances en terre sainte.
Fermeté de Louis IX à l'égard «le l'empereur et du pape. — Jusqu'à sa guerre contre les Anglais, on Voit peu agir saint Louis. Mais en 12^1, l'empereur Frédéric II ayant retenu des prélats français qui se rendaient à Rome pour un concile, saint Louis réclama avec fermeté leur mise en liberté : « Puisque les prélats de notre royaume n'ont, pour aucune cause, mérité leur détention, lui écrit-il, il conviendrait que Votre Grandeur leur rendit la liberté; vous nous apaiserez ainsi; car nous regardons leur détention comme une injure, et la majesté royale perdrait de sa considération si nous pouvions nous taire dans un cas semblable.... Que votre prudence impériale.... ne se borne pas à alléguer votre puissance ou votre volonté, car le royaume de France n'est pas si affaibli qu'il se résigne à être foulé aux pieds par vous. » L'empereur relâcha ses prisonniers. Quelque temps auparavant, Louis avait refusé de recevoir, pour lui-même et pour un de
ses frères) la couronne impériale de Frédéric II que le pape lui offrait. Il avait également refusé au pontife de modifier une ordonnance royale de 1234 qui restreignait la juridiction des tribunaux ecclésiastiques, mesure nécessaire, car ces cours