CHAPITRE XXXIL
.y a CHARLES VII JUSQU A SA RENTREE DANS PARIS (1422-H36) *.
fj Henri VI et Charles VII. — Le 10 novembre 1422, le 1 corps de Charles VI fut descendu presque sans pompe dans les caveaux de Saint-Denis, et le roi d'armes de France cria sur la fosse royale : « Dieu veuille avoir pitié de l'âme de très-haut et très-excellent prince, Charles, roi de France, sixième du nom, notre naturel et souverain seigneur! » Puis il ajouta: « Dieu accorde bonne vie à Henri, par la grâce de Dieu, roi de France et d'Angleterre, notre souverain seigneur! » Vers le . même temps, à Méhun-sur-Yèvre, en Berry, quelques chevaliers français déployaient la bannière royale en criant : « Vive le roi Charles, septième du nom, par la grâce de Dieu, roi de France! »
Le roi proclamé k Saint-Denis était un enfant de dix mois, petit-fils, par sa mère, de Charles VI, et au nom duquel ses oncles devaient administrer : Tun, le duc de Bedfort, la France; Vautre, le duc de Glocester, l'Angleterre. Cet enfant avait été reconnu comme souverain, du royaume de France par le parlement, par l'Université, par le premier prince du sang Philippe le Bon, duc de Bourgogne, par la reine Isabeau de Bavière. Paris, l'Ile-de-France, la Picardie, l'Artois, la Flandre, la Champagne, la Normandie, c'est-à-dire presque tous les . pays au nord de la Loire, et la Guienne, au sud de ce fleuve, lui obéissaient.
Le roi proclamé en Berry, seul fils survivant de Charles VI,
i. Ouvrages à consulter pour ce chapitre et le suivant : les Chroniques de Monstrelet et les Mémoires de Lcfebvre de Saint-Remy ; Mémoires cnwertiant la Pucelle d'Orléans : Chronique et procès de la Pucelle; Mémoires de Richeraont ; Chroniques des durs de llounjognc. par G. Chastelain; Mémoires de Jacques du Clercq-, Commentaire du pape Pie II; Histoire de Charles VII et de Louis XI, par Amelgord (Th. Bazin, évêuue de Lisieux, né en 1412, mort en 14^1); Procès d" condamnation et ae rélythilitation de Jeanne d'Arc, publié d'après les mémoires, par J. Quieherat, 6 vol. gr. in-8; Jacques Cœur et Charles VU ou la France au quinzième siècle, par P. Clément; Jeanne d'A rc, par Wallon.
était un jeune homme de dix-neuf ans, de gracieux maintien, mais faible de corps, pâle de figure, de petit courage et toujours en crainte de mort violente. Du reste, ajoute Ghastelain, bon lati-
Donjon de Méhun
niste, beau raconteur et bien sage en conseil. Il le fut du moins plus tard ; mais, pour l'heure et pendant de longues années, il
1. Le château de Méhun a été remplacé par une fabrique «le porcelaine, et cette ville, une des quatre villes royales du Berry, n'est plus qu'un village. Les ruines du donjon restent seules debout.
jusqu'à sa rentrée dans paris (1422-1436). 447
ne montra de vivacité que pour les plaisirs et une sorte d'hébétement en face des affaires et des périls. Son autorité n'était reconnue que dans la Touraine, l'Orléanais, leBerry, le Bourbonnais, l'Auvergne, le Languedoc, le Dauphiné et le Lyonnais.
Inertie du roi de Bourses; puittsance morale du roi de France. — Deux défaites essuyées, l'une à Cravant (à 15 kilom. sud-est d'Auxerre), en 1423, l'autre a Verneuil ( à 50 kilom. sud d'Évreux), en 3 424, inaugurèrent le règne de Charles VII et achevèrent de ruiner toutes ses espérances dans le nord de la France. Il y semblait indifférent; ses ennemis l'appelaient dérisoirement le roi de Bourges, il s'y résignait. Il avait transporté à Poitiers son conseil, son parlement, son • université. Mais Bourges et Poitiers étaient pour lui de trop grandes villes encore ; il traînait sa petite cour de château en château, livré tout entier au sire de Giac,.à Le Camus de Beaulieu, au sire de La Trémoille, subissant volontiers la toutepuissante influence de sa belle-mère, Yolande de Sicile, et, cependant, dans cette précaire situation, redoutable encore aux Anglais.
En dépit de sa faiblesse, ce roi de Bourges avait un avantage, il était le prince français ; l'autre, c'était le roi des étrangers. Un pamphlet d'Alain Chartier montrait la France qui conjurait ses trois enfants, le clergé, la chevalerie et le peuple, d'oublier leurs discordes et de s'unir pour la sauver, pour se sauver eux-mêmes. Beaucoup commençaient à penser comme le jeune poète. Plus on vivait avec ces Anglais, plus on souffrait de la dureté de leur domination ; plus on sentait la honte de la trahison ignominieuse qui leur avait livré la France. On venait de voir un prince français, le duc d'Alençon, fait prisonnier -à la bataille de Verneuil, refuser de recouvrer sa liberté en souscrivant aux stipulations du traité de Troyes. Le mariage de Charles VII avec Marie d'Anjou avait rattaché à sa cause cette famille puissante, et, par elle la vaillante maison de Lorraine, dont les braves princes, toujours Français de cœur, s'étaient fait tuer à Crécy, à Nicopolis, à Azincourt, partout où la France avait eu à combattre. Le comte de Foix, gouverneur du Languedoc, après avoir scrupuleusement interrogé les jurisconsultes, après avoir consulté surtout la tournure probable des événements, venait de déclarer que sa conscience l'obligeait k reconnaître Charles VII comme roi légitime. L'épée du connétable donnée au comte Arthur de Richemont
avait réconcilié le duc de Bretagne, Jean VI, avec la France, et ramené au service du roi cette pépinière de bons roldats et d'habiles capitaines , que la belliqueuse province fournissait depuis si longtemps. La Castille prêtait des vaisseaux avec lesquels le Normand Braquemont avait battu en 1419 une flotte anglaise. Ces mêmes vaisseaux étaient allés chercher en Écosse les cinq ou six mille soldats qui avaient vaincu à Baugé les Anglais, leurs mortels ennemis.
Ainsi, même entre les mains de l'indolent Charles VII, la royauté se reconstituait et rattachait à elle tout ce qui était français dans le pays, et au [dehors tout ce qui était ennemi de l'Angleterre. Ce prince, en éloignant de sa personne, à la demande de Richemont, Tanneguy Duchâtel et ces Armagnacs qui Pavaient compromis dans l'attentat du pont de Montereau, prépara encore une réconciliation avec ceux que la mort de Jean Sans-peur avait jetés dans le parti anglais.
Ar> Mési ii tel licence croissante entre les An criait» et le V^M^de Bourgogne. — La situation des Anglais se compli- , \<fuâit d'ailleurs de difficultés imprévues. C'était l'alliance du duc de Bourgogne qui leur avait donné Paris et le traité de Troyes ; il était donc de toute nécessité pour eux de ménager ce prince. Bedford, le régent de France, comprenait bien cette politique et la pratiquait. Mais Glocester, le régent d'Angleterre, se refusait à la suivre. Il venait d'épouser Jacqueline, comtesse de Hainaut, de Hollande, de Zélande et de Frise, déjà mariée au duc de Brabant, et cette union allait amener une guerre privée entre Glocester, qui n'avait pris cette méchante femme qu'à cause de son magnifique héritage, et le duc de Bourgogne, qui, déjà maître de la Flandre, trouvait cet héritage trop à sa convenance pour le laisser arriver à un prince anglais.
Siège de Uontnrgis (1425). — Il se passa quelques années sans que de part ni d'autre on se portât des coups sérieux. En 1427, les Anglais, pour s'approcher de la Loire, vinrent avec 3000 hommes d'armes assiéger Montargis sur le Loing. La ville n'avait qu'une petite garnison, sous le brave La Faille, mais les habitants le secondaient bien. Ils se défendirent trois mois. Au bout de ce temps, ils firent savoir au roi qu'ils n'avaient plus ni vivres ni munitions. Dunois et La Hire partirent avec 1600 hommes pour tâcher d'entrer dans la place. Sur la route, La Hire rencontra un chapelain et lui demanda l'absolution : « Mais confessez-vous, dit le prêtre. — Je n'en
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