CHAPITRE XXXIV
LOUIS XI jusqu'à la mort de son frère (1461-1 472)1.
Retour et sacre du roi. — La féodalité se crut sauvée par l'avènement du dauphin. Louis XI, en effet, n'était-ce pas l'ancien allié des grands, et, à ce moment même, l'hôte, l'ami
1. Ouvrages à consulter pour ce chapitre et pour le suivant: Mémoires d'Olivier de La Marche, de Jacques du Clercq, de Philippe de Comines et de
LOUIS xi
le compère du duc de Bourgogne? N'était-ce pas le prince qui voulait, en toutes choses, le contraire de ce qu'avait voulu son prédécesseur? Pour escorter ce roi des nobles, toute la noblesse montait à cheval , en Bourgogne , aux Pays-Bas. * Je me fais fort, disait Philippe le Bon, de mener sacrer le roi à Reims avec 100000 hommes. » Le roi trouvait que c'était beaucoup : « Mais pourquoi, disait-il, bel oncle de Bourgogne veut-il donc amener tant de gens? Ne suis-je pas roi? De quoi a-t-il peur?» Ils voulurent y aller néanmoins, et y vinrent tout couverts de velours, d'or, de pierreries; faisant flotter au vent leurs riches bannières, traînant après eux 140 chariots qui portaient la vaisselle d'or, l'argenterie, les vins. Au milieu de cette foule dorée apparaissait le duc lui-même, entouré d'une armée de pages et de varlets, et ayant « la mine d'un empereur. »
Tout autre était la mine du roi, si pauvrement vêtu et si humble en paroles que le vrai roi paraissait être le duc Philippe le Bon. C'était au moins le protecteur du roi, celui qui l'avait accueilli dans la persécution. Aussi Louis ne lui refusait rien ; il lui faisait, par honneur, nommer vingt-quatre conseillers au parlement, dont aucun, il est vrai, ne siégea jamais; il lui accordait le libre transit des marchandises d'une frontière à l'autre, sous condition que le parlement enregistrerait la concession, et le parlement n'enregistra point; il lui donnait la grâce du duc d'Alençon, et garda les enfants et les places fortes du prince Le duc de Bourgogne s'en retourna, comblé d'honneurs et de bonnes paroles, mais ruiné.
Alors Louis XI se sentit chez lui, se mit à l'œuvre et commença véritablement ce règne qui, de quelque manière qu'on juge le roi lui-même, doit être compté parmi les plus importants de notre histoire.
Forces dont la féodalité dispose encore. — Ce règne s'ouvrait au milieu des circonstances les plus heureuses à l'extérieur. Pas un des États qui touchaient à la France n'était en mesure de troubler Louis XI dans ce qu'il allait entreprendre. L'Angleterre, engagée dans la terrible guerre des deux Roses, ne pouvait de longtemps intervenir sérieusement dans les affaires de la France. L'Espagne était divisée, l'Allemagne im-
Jean de Troyes; Chroniques dt% duc* de Bourgogne, par G. Chastellain et par Molinet ; Vtlistoire de Charles VII et de Louis XI, par Th. Bazin, evèque de Lisieux (le faux Amelgard) ; les ducs du Bourgogne, par M. de Barante, M. Michelet a consacré au règne de Louis XI un volume entier de son Histoire de France, le VI€ et peut-être le plus brillant de ce grand ouvrage, i. Michelet, t. VI, p. 23.