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JUSQU'A LA MOÏIT DE SON FRÈRE

royaume v sous le discord et piteux gouvernement de Louis XI. » Le roi ayant écrit au duc de Bourbon, pour le prier d'accourir avec 100 lances, celui-ci répondit par une grande lettre où

11 disait : « Que les princes de son sang et de son lignage avoient considéré les façons qui ont été trouvées, tant au fait de la justice, police et gouvernement du royaume qu'aux grandes extrémités et excessives charges du pauvre peuple, lequel soutient charges, vexations et molestes insupportables; les princes étoient donc convenus de eux trouver et mettre ensemble, pour lui remontrer et donner à connoltre par une voix les choses dessus dites, pour y donner d'ores en avant bon ordre et provision, autres qu'il y en a depuis que *a couronne de France est entre ses mains. » (Jacques du Clercq, chap. xxii.)

Louis comptait aussi sur le vieux duc de Bourgogne. Le

12 mars 1465, Philippe le Bon tomba dans un état d'affaissement moral d'où il ne devait plus sortir pendant les deux années qu'il vécut encore, et le comte de Charolais, Charles le Téméraire ou le Terrible, prenait le môme jour la direction des affaires.

C'est le lendemain de ce jour, le 13 mars 1465, que le duc de Bourbon publiait sa réponse au roi. Le 15, le duc de Berry lançait un manifeste contre le gouvernement de son frère; le 22, le duc de Bretagne, François II, se déclarait ennemi de tout ennemi du duc de Bourgogne, « sans en excepter monseigneur le roi. » Puis arrivèrent Jes déclarations hostiles de la noblesse. Tout le monde voulait faire partie de la ligue du Bien public.

Louis XI jugea que tant de princes, de seigneurs, de pays, d'armées ne se mettraient pas aisément en mouvement, et qu'il lui serait possible de gagner la partie à force d'activité. Son plan fut bientôt fait : arrêter Charles le Téméraire au nord, François II à l'ouest, ou au moins retarder leur marche sur Paris ; profiter de ce répit pour accabler le duc de Bourbon et les coalisés du midi, en les resserrant entre sa propre armée, les troupes italiennes que lui envoyait le duc François Sforza, son allié, et les secours que lui amèneraient ses bons amis, les seigneurs d'Armagnac et de Nemours; puis revenir sur ses pas et combattre séparément les ducs de Bretagne et de Bourgogne, qui n'auraient pu encore se réunir.

Bataille de Montlliéry (14G5). — Le roi entre en campagne avec cette armée disciplinée, cette excellente artil-

lerie que lui avait léguées son père. Il évite Bourges, qui lui eût pris du temps, il enlève lestement Saint-Amand, Montluçon, Sancerre, Ganat, Riom, offrant la bataille aux princes qui n'osent l'accepter, leur imposant de nouvelles protestations de fidélité qu'ils vont enfreindre aussitôt qu'ils verront croître ses embarras. Et les embarras de Louis croissaient incessamment. Il comptait sur le comte d'Armagnac, sur le duc de Nemours, qu'il avait comblés de biens et d'honneurs ; en effet ils vinrent l'un et l'autre, mais ce fut pour se joindre aux ennemis du roi.

Mêmes trahisons à l'ouest et au nord. Le comte du Maine, chargé d'arrêter les Bretons, recule devant eux tout le long de la Loire. Le duc de Nevers, chargé de défendre la barrière de la Somme contre les Bourguignons, leur livre cette entrée de la France. Le 5 juillet, Charles le Téméraire, sans avoir rencontré un seul obstacle, faisant crier partout qu'il venait pour le bien du royaume, qu'il abolissait les tailles, les gabelles, arrivait devant Paris.

Paris serait-il aux princes? C'était là une question de vie ou de mort pour Louis XI, qui, laissant là le Bourbonnais et les coalisés du midi, ne songea plus qu'à rentrer dans sa capitale, se croyant perdu s'il n'y rentrait pas. Dans ce cas, dit son biographe, « il se fust retiré vers les Suisses, ou devers le duc de Milan, Francisque, qu'il réputoit son grand ami. » Aussi, il écrivait aux Parisiens que leur ville était celle du monde qu'il aimait le mieux, qu'il allait leur confier la reine ; qu'il voulait qu'elle accouchât chez eux ; d'ailleurs il arrivait lui-même ; le 16 juillet, sans faute, il serait dans Paris.

Paris semblait peu sensible aux cajoleries royales. Le corps qui avait le plus d'influence, l'Université, faisait bien des processions, des sermons; mais quand on lui parlait d'armer ses écoliers, elle mettait en avant son privilège et refusait. La bourgeoisie, le peuple montraient la même froideur. Louis XI avait donc de fortes raisons pour se hâter. Une autre raison encore, c'est que les ducs de Bretagne et de Berry s'avançaient, bien que lentement, et qu'il importait fort d'arriver avant eux.

Le 16 juillet au matin, le roi se trouva à Montlhéry; les Bourguignons barraient la route; il passe au travers; Charolais en fait autant, aux dépens de l'aile gauche des royalistes qui était en face de lui, de sorte qu'il n'y eut ni vainqueurs, ni vaincus, mais beaucoup de fuyards. « Du côté du roi, dit

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Comines (I, 4), fut un homme d'État, qui s enfuit jusqu'à Lusignan, en Poitou, et du côté du comte un autre homme de bien jusques au Quesnoi, en Hainaut. » Le roi avait atteint son but : laissant le comte sonner les fanfares sur le champ de bataille, pour bien prouver qu'il était le victorieux, il se hâtait, lui, d'entrer à Paris; il y armait les bourgeois; il acceptait pour l'aider un conseil de six bourgeois, six membres du parlement, six clercs de l'Université ; s'efforçant par tous ces moyens, d'avoir Paris et croyant que, s'il avait Paris, il aurait la France, quoiqu'il pût advenir.

Chez les coalisés, rien ne se faisait d'ensemble, ni vite. Les jeunes ducs de Berry et de Bretagne, qui portaient, dit Comines, par crainte de la fatigue, des cuirasses de satin simu-. lant le fer, avec des clous dorés par-dessus, étaient venus bien lentement, et quand ils furent tous arrivés, Bretons, Gascons, Lorrains, ce furent des jalousies, des haines qui se réveillèrent. Le duc de Berry, à titre de roi futur, excitait déjà des défiances, celles de Charolais surtout, qui se moquait de sa faiblesse, de la pitié qu'il avait témoignée, dans un conseil, pour les morts et les blessés : a Avez-vous ouy parler cet homme ? • disait l'impétueux comte ; « il se trouve esbahy pour sept ou huit cents hommes qu'il voit par la ville allant blessés, qui ne lui sont rien, ni qu'il ne connoist ; il s'esbahiroit bientôt si le cas lui touchoit de quelque chose, et seroit homme pour appointer bien légèrement et nous laisser en la fange ; parquoy est nécessaire de se pourvoir d'amis. » (Comines I, 5).

Traités de Confiait* et de Saint-llaur (1465). —

Quoique Louis XI fût très-brave de sa personne, ses combats de prédilection étaient ceux qui se livrent avec l'esprit, la finesse, la ruse. Aussi il négociait, pourparlait incessamment ; cherchait à diviser ses seigneurs qui vivaient déjà si mal ensemble, ne regardant ni à l'argent, ni aux promesses ; et la ligue n'aboutissant à rien, quelques-uns trouvent déjà plus sûr de se vendre au roi. On donnait le nom de marché au théâtre de ces négociations, entre Charenton et Saint-Antoine ; chacun pouvait y faire son prix; et beaucoup l'avaient fait. Le comte d'Armagnac, le duc de Nemours, le comte de Saint-Pol, Jean de Calabrey étaient venus; celui-ci demandant de l'argent, celui-là des domaines, cet autre l'épée de connétable ; rien n'était refusé: et le roi voyait déjà la ligue dissoute par son adresse, le duc de Bretagne et de Bourgogne isolés, peut-être ennemis.

5l0 LOUIS XI

Malheureusement il ne pouvait être partout à la fois, et partout où il n'était pas on le trahissait. Le 21 septembre, Pontoise passe aux princes ; Rouen, Évreux font de même, puis Caen, puis Beauvais, puis Péronne. Ce mouvement pouvait gagner Paris. Louis comprit qu'il fallait brusquer les négociations. « Le roy vint un matin par eau jusques vis-à-vis de notre ost, ayant largement de chevaux sur le bord de la rivière ; mais en son bateau n'estoient que quatre ou cinq personnes, hormis ceux qui le tiroient.... Les comtes de Gharolois et de Saint-Pol estoient sur les bords de la rivière de leur costé, attendant ledit seigneur. Le roy demanda à monseigneur de Gharolois ces mots : « Mon frère, m'assurez-vous? » Car autresfois ledit comte avoitespousé sa sœur. Ledit comte lui répondit: « Monseigneur, oui, comme frère. » Le roy descendit à terre, et les comtes luy firent grand honneur, comme raison estoit; et luy, qui n'en estoit chiche , commença la parole disant : « Mon ï frère, je connoy que vous estes gentilhomme et de la maison « de France. » Ledit comte luy demanda : « Pourquoi, mon- « seigneur? — Pour ce, dit-il, que quand j'envoyai mes am- « bassadeurs à Lille naguères, devant mon oncle vostre père « et vous, et que ce fol Morviller parla si bien à vous, vous me « demandastes, par l'archevêque de Narbonne..., que je me « repentiroye des paroles que vous avoit dites ledit Morviller c avant qu'il fust le bout de l'an. Vous m'avez tenu promesse, <r et encore beaucoup plus tôt que le bout de l'an. » Et dist le roy ces paroles en bon visage et riant, connoissant la nature de celui à qui il parloit estre telle qu'il prendroit plaisir auxdites paroles ; et sûrement elles luy plurent. Puis poursuivit ainsi : « Avec telles gens veux-je avoir à besongner, qui tiennent ce « qu'ils promettent. » (Gomines I, 12).

Là-dessus la paix fut conclue (traités de Conflans avec Charolais 5 oct. et de Saint- Maur avec les princes, 29 oct.). « Les Normands veulent un duc, dit le roi; eh bien ils l'auront! » Ce duç, c'était son frère; il fallait à ce jeune homme la Normandie, agrandie du comté d'Eu du duché d'Alençon, avec nominations aux offices, avec jouissance des règles ecclésiastiques, etc. Et tous les autres se faisaient leur part aussi largement: au duc de Bourgogne, Boulogne, Guines, Roye, Montdidier, Péronne, les villes de la Somme ; au duc de Bretagne, Etampes et l'exemption de l'appel au parlement, la nomination directe des évêques, la dispense des devoirs féodaux, le droit de battre monnaie, en un mot une petite royauté indépendante ;

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au duc de Lorraine, la Marche de Champagne sans obligations d'hommage, Mouzon , Sainte - Menehould , Neufchâteau, 30 000 écus comptants; aux ducs de Bourbon et de Nemours, aux comtes d'Armagnac, de Dunois, de Dammartin, au sire d'Albret, et à bien d'autres, des domaines, d'énormes pensions, sans compter les promesses pour l'avenir : promesse, par exemple, de marier un jour le comte de Charolais, qui avait trente ans, avec la fille du roi, qui en avait deux, et qui devait apporter en mariage la Champagne, Langres, Sens, Laon, le Vermandois; et en attendant la dot, le Téméraire demandait encore et prenait le Ponthieu. « Les princes, dit Comines, butinèrent le monarque et le mirent au pillage. »

Tout cela n'était pas précisément du bien public. Il fallait pourtant se donner l'air de faire quelque chose pour l'enseigne qu'on avait prise. On convint que 36 notables, présidés par le comte Dunois, seraient chargés de s'enquérir des fautes et désordres avec plein pouvoir d'y remédier par ordonnance que le roi sanctionnera, sans faute, dans les quinze jours.

Embarras suscité» an due de Bour^o^ne; reprise de la Normandie par le roi (1466). — Un tel traité strictement exécuté eût été la ruine de la royauté et de la France. Mais on peut être sûr que Louis XI ne l'exécutera pas, s'il y a possibilité de faire autrement, et déjà le parlement, pratiqué sous main, refuse de l'enregistrer. Mais averti par la dure expérience qu'il vient de faire, Louis se propose de ne plus aller si vite en besogne et de ne plus se mettre qu'une seule affaire sur les bras. Il avait trop cru à sa force ; la ligue du Bien public lui a montré toutes les convoitises, toutes les trahisons qui l'enveloppent. Désormais il sera prudent, mais sa prudence usera de tous les moyens, ruse, perfidie, cruauté.

La cession de la Normandie surtout était dangereuse ; car, par cette province, les domaines des ducs de Bretagne et de Bourgogne se touchaient, et toutes les côtes, de Nantes jusqu'à Dunkerque, étaient ouvertes aux Anglais. Louis songea, dès le premier jour, aux moyens de reprendre ce qu'il donnait. Le duc de Bretagne et le nouveau duc de Normandie devenus voisins furent bientôt en mésintelligence. Louis se promit de les mettre d'accord, comme le juge de la fable entre les deux plaideurs. Mais il fallait empêcher que le Téméraire ne s'en mêlât. Le roi et les circonstances y pourvurent : trois soulèvements éclatèrent à la fois, à Liège, à Dinant, à Gand.

Liège, enclavée dans les États bourguignons, était une ville

libre sous son évêque. A l'époque où nous sommes, cet évêque, Louis de Bourbon, neveu du duc, était un jeune homme ne songeant qu'aux plaisirs et à se procurer l'argent nécessaire pour les faire durer. Liège, sous un pareil gouvernement, s'était insurgée; le roi de France appuyait l'insurrection, promettait des secours ; et les Liégeois, qui n'avaient guère besoin d'être encouragés, avaient chassé leur évêque, attaqué les possessions bourguignonnes du Limbourg, provoqué une guerre qui devait être terrible.

Dinan suivit l'exemple de Liège, et proféra contre le vieux monnart de duc et contre son fils Charlotteau, des injures qui ne pouvaient être lavées que dans le sang; enfin, à Gand. avait éclaté une révolte, où la liberté et la vie même de Gharolais se trouvèrent compromises.

Il y avait là de quoi occuper quelque temps le Téméraire, et Louis n'avait plus à craindre d'être dérangé dans ce qu'il méditait. D'abord il envoya au duc de Bretagne 120 000 écus d'or pour le déterminer à laisser exécuter sans mot dire son ancien allié. Puis il entra en Normandie ; en quelques semaines, la province tout entière fut entre ses mains, sans que le duc de Bourgogne eût pu faire autre chose que d'écrire au roi bien doucement ; et le roi répondait tout aussitôt qu'il avait été contraint, bien malgré lui, d'en agir ainsi ; que son frère et les Normands ne pouvaient s'entendre ; que d'ailleurs une ordonnance de Charles V interdisant formellement la cession de cette province, il n'avait pas eu le droit de la donner en apanage; et il finissait en demandant si le duc ne voudrait pas, à sa recommandation, traiter avec quelque douceur les pauvres gens de Liège et de Dinant (1466).

Le Téméraire ne pouvait ni répondre ni agir , et les chefs des autres maisons princières n'agissaient pas non plus ; le roi les ayant, l'un après l'autre, gagnés ou neutralisés : la maison de Bourbon, en donnant au duc Jean tout un royaume à gouverner au centre et dans le midi de la France, Berry, Orléanais, Limousin, Périgord, Quercy, Rouergue, Languedoc, et au frère du duc, Pierre de Bsaujeu, sa fille Anne en mariage; et au bâtard de Bourbon, le titre d'amiral de France, la capitainerie de Honfleur; la maison d'Anjou, en donnant au fils de René, à Jean de Calabre, 120 000 livres, dont il avait grand besoin pour courir ses aventures; la maison d'Orléans, en s'attachant le vieux Dunois, le héros des guerres anglaises ; enfin, l'ami d'enfance, le confident du Téméraire, le comte de Saint-

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Pol, en le faisant connétable du royaume, capitaine de Rouen, gouverneur de Normandie.

Le roi regagnait les bourgeois, ceux de Paris surtout, avec autant de soin que les princes. Il leur avait accordé l'inamovibilité des offices, l'exemption de toute taxe ; il les avait armés au nombre de soixante a quatre-vingt mille hommes ; il avait soigneusement fortifié la ville, il se faisait bourgeois de Paris lui-même autant qu'il le pouvait : il s'en allait, presque seul, souper sans façon chez Denis Hesselin, se disait son compère, avait été parrain d'un de ses enfants; il envoyait la reine avec madame de Bourbon, dîner chez le premier président Dauvet. Il se rendait presque tous les jours à la messe de Notre-Dame, et il avait soin d'y laisser chaque fois quelque offrande de prix. Les bourgeois, comme les princes, commençaient à être pour un roi qui donnait à tout le monde.

STonvelle coalition contre le roi (14=6?). — Personne ne songeait donc à disputer la Normandie au roi. Le Téméraire, qui devint cette année», par la mort de son père, duc de Bourgogne, était seul, et quelle que fût sa puissance, étant seul, il ne pouvait rien. Alors il chercha un allié au dehors. Quoiqu'il fût de la maison de Lancastre par sa mère, il épousa la sœur d'Edouard d'York, alors roi d'Angleterre. Édouard lui envoya 500 Anglais, lui en offrit davantage et une flotte. Charles trouva un autre allié, le duc François II de Bretagne, qui, après avoir aidé Louis XI à reprendre à son frère la Normandie, s'était effrayé de la rapidité des succès du roi, et, se tournant de nouveau contre lui, avait occupé Gaen et Alençon, d'où il menaçait le reste de la province, appelait aussi les Anglais à son aide, et leur offrait douze places à leur volonté.

États généraux de Ton r» (14=68). — En face de ce nouveau péril, Louis en appela à l'opinion de la France. Le 6 avril 1468, il convoqua à Tours les états généraux du royaume, et il leur demanda simplement s'ils voulaient que la Normandie cessât de faire partie du domaine de la couronne. En la donnant au frère du roi, on la donnait aux ducs de Bretagne et de Bourgogne, on la donnait à leurs alliés les Anglais. Les états répondirent : a Que pour ne affection fraternelle, ne obligation de promesse, ne peur ne menace de guerre, ne regard à nul temporel danger, le roy ne devoit acquiescer en la séparation de la duché de Normandie, ne en son transport en main d'homme vivant que la sienne. »

Ils ajoutèrent que, d'après les lois, monseigneur Charles aurait dû se contenter d'un apanage de 12 000 livres de rente, avec titre de duché ou de comté ; et puisque son frère voulait bien lui en accorder 60 000, il devait en être fort reconnaissant. Quant au duc de Bretagne, il devait être sommé d'évacuer les villes qu'il avait usurpées, et, s'il ne le faisait, il en serait chassé à force ouverte. Enfin les états résolurent d'envoyer une ambassade au duc de Bourgogne, pour lui signifier leur décision et pour l'inviter à assister le roi dans le rétablissement d'une bonne justice par tout le royaume.

Traité d'Ancenis avec le duc de Bretague (14=68). — Le Téméraire reçut la notification avec un mépris dont Louis XI eut bien soin de faire répandre le détail ; mais avant qu'il fût en mesure d'agir, Louis avait forcé, par la rapidité de ses coups , le duc de Bretagne à traiter dans Ancenis ( 10 septembre). -

Entrevue de Péronne — Le roi, alors débar-

rassé des Bretons, ayant à ses ordres une excellente armée, une artillerie supérieure, eût pu, à ce qu'il semble, accepter la lutte avec le duc de Bourgogne ; mais une flotte et une armée anglaises étaient réunies à Portsmouth, toutes prêtes à passer. Louis XI voulut à tout prix les retenir dans leur île. Il n'aimait pas les batailles où la part est si grande pour le hasard, la lâcheté, la trahison. Il se souvenait des grandes défaites de l'autre siècle et de celui-ci, qui avaient en un jour ruiné tout un règne. Il se sentait entouré de traîtres, et avait tout récemment fait exécuter Charles de Melun, grand maître de France, qui l'avait abandonné à Montlhéry.^11 connaissait d'ailleurs sa supériorité d'esprit sur son rival, et comptait obtenir, par une négociation, tous les résultats d'une victoire. Mais il fallait, pour cela, qu'il allât lui-même. Quelques-uns pensaient qu'il pourrait y avoir péril à se remettre ainsi aux mains du Téméraire ; le roi ne le craignait pas. Gomment le Grand maître de la Toison d'or, le chef des preux, voudrait-il se rendre coupable d'une trahison publique? D'ailleurs le roi prend ses précautions : il force le duc à accepter son argent pour les frais de la guerre, au moins la moitié de la somme offerte ; puis il demande un sauf-conduit, et le sauf-conduit porte en toutes lettres : « Vous pouvez venir, demeurer et séjourner sûrement, et vous en retourner sûrement à votre bon plaisir, et toutes les fois qu'il vous plaira, sans qu'aucun empêchement soit donné à vous, pour quelque cas qui soit ou puisse advenir. »

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Là-dessus, le roi se confie et se rend presque seul à Péronne, où Charles le Téméraire le»reçoit avec respect (8 octobre); mais autour du duc il voit réunis ses plus violents adversaires : Philippe de Bresse, qu'il avait tenu trois ans prisonnier; le sire de NeufchâteL, qu'il avait dépouillé d'Épinal ; le sire de Châteauneuf, pour l'usage duquel il avait de sa main dessiné une de ces cages de fer, dont usaient depuis longtemps l'Italie et l'Espagne. Il commence à se souvenir du pont de Montereau et demande, pour se mettre à l'abri de quelque coup de main, a être logé au château : château de lugubre mémoire ! C'était celui où Herbert de Vermandois avait tenu captif le roi de France, Charles le Simple. Ces craintes étaient fondées. Le duc lui-même n'était'pas sans quelque tentation de tirer avantage du pas de clerc que le roi avait fait. Cependant on discutait assez paisiblement les conditions du traité, quand le 10, on vint dire au duc que Liège était soulevée; que l'évêque, Louis de Bourbon, avait été tué avec tout son chapitre et l'envoyé bourguignon Humbercourt, et qtfà la tête des rebelles étaient deux envoyés du roi de France.

La nouvelle était singulièrement exagérée; car ni l'évêque, ■ni Humbercourt n'étaient morts, et il était invraisemblable •que cette émeute fût le fait du roi, le roi n'ayant aucun intérêt à faire tuer l'évêque de Liège, ce qui l'aurait brouillé avec la maison de Bourbon ; ayant beaucoup d'intérêt à se l'attacher en lui promettant le chapeau de cardinal. Il faut remarquer qu'un soulèvement de cette ville si rudement traitée par le Téméraire, était la chose la plus naturelle ; que le mouvement avait commencé le 8 septembre, et que l'entrevue avait lieu le 9 octobre ; que les rapports de Louis XI avec les Liégeois dataient du commencement de son règne ; qu'enfin, la nouvelle, fût-elle parfaitement exacte, la sûreté de Louis XI était encore .garantie par les termes du sauf-conduit.

Mais que fallait-il à Charles le Téméraire? un événement ■qui confondit sa passion avec son intérêt, qui légitimât, à ses propres yeux, l'acte déloyal qu'il allait commettre. La nouvelle de Liège suffit à tout cela. Le duc entra dans une furieuse colère, proféra d'effroyables menaces, et fit fermer les portes du •château. Louis était captif. Un si grand seigneur pris, dit Comines, ne se délivre pas. Ajoutons que, dans ce temps-là, il ne se gardait pas non plus; il fallait donc le tuer. Mais alors son frère Charles montait sur le trône à sa place, et ce frère c* était en ce moment l'ami, l'allié, l'hôte du duc de Bretagne.

louis xr

Était-ce la peine de se rendre coupable d'un tel attentat, pour placer la couronne sur la tête d'un prince dévoué à l'influence bretonne? Mieux valait arracher au roi d'importantes concessions, l'humilier, et, par cette humiliation, le ruiner dans l'opinion publique. Le calcul était aussi mauvais que l'action était déloyale.

a Cette nuict qui fut la tierce, ledit duc ne se dépouilla oncques. Seulement se coucha par deux ou trois fois sur son lict, et puis se pourmenoit ; car telle estoit sa façon quand il estoit troublé.... Sur le matin se trouva en plus grande colère que jamais, en usant de menaces, et prest à exécuter grande chose : toutefois il se réduisit en sorte que, si le roy juroit la paix et vouloit aller avec luy à Liège, pour luy aider à se venger, et Mgr de Liège, qui estoit son prochain parent, il se contenteroit ; et soudainement partit pour aller en la chambre du roy, et luy porter ces paroles. Le roy eut quelque ami qui l'en advertit, l'assurant de n'avoir nul mal s'il accordoit ces deux poincts ; mais s'il faisoit le contraire, il se mettroit en si grand péril , que nul plus grand luy pourroit advenir.

« Comme le duc arriva en sa présence, la voix luy trembloit, tant il estoit esmu et prest de se courroucer. Il fit humblecontenance de corps ; mais son geste et parole estoient aspresr demandant au roi s'il ne vouloit pas tenir le traicté de paix, qui avoit esté escript et accordé, et si ainsi le vouloit jurer ; et le roy lui répondit qu'ouy. A la vérité il n'y avoit rien esté renouvelé de ce qui avoit esté fait devant Paris, touchant le duc de Bourgogne, ou peu du moins, et touchant le duc de Normandie luy estoit beaucoup amendé ; car il estoit dit renonceroit à la duché de Normandie, et auroit Champagne et Brie, et autres places voisines, pour son partage. Après luy demanda ledit duc s'il ne vouloit point venir avec luy à Liège, pour ayder à revancher la trahison que les Liégeois luy avoientfaicte, à cause de luy et de sa venue ; et aussi luy dict la prochaineté du lignage qui estoit entre le roy et l'évesque de Liège ; car il estoit de la maison de Bourbon. A cette parole le roy respondit: qu'après que la paix seroit jurée (ce qu'il désiroit fort), il estoit content d'aller avec luy à Liège, et d'y mener des gens en si petit ou si grand nombre que bon luy sembleroit. Ces paroles éjouirent fort le duc ; et incontinent fut apporté ledit traicté de paix, et fut tirée des coffres du roy la vraye croix, que sainct Charlemagne portoit, qui s'appelle la croix de victoire; et jurèrent la paix, et tantost furent sonnées les

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cloches par la ville : et tout le monde fut fort réjoui. » (Gomines, II, IX.)

Céder la Champagne à son frère, c'était la donner à Charles le Téméraire qui y trouvait cette communication, si désirable pour lui, entre ses États de Flandre et ses États de Bourgogne ; marcher contre Liège, qui portait son drapeau, c'était une lâcheté; mais les princes de ce siècle mettaient le succès devant, l'honneur derrière. Louis XI suivit donc le Téméraire au siège de la ville, et s'y battit bravement. Un jour, dans un moment d'alarme, ce fut lui qui donna les ordres, il voulait monter à l'assaut, et quand les Liégeois l'apercevant lui criaient : Vive France? il répondait bien haut : Vive Bourgogne! La ville prise (30 octobre), et la honte bue jusqu'à la lie, il vint trouver le duc et lui dit d'un air de bonhomie : « que s'il avoit encore affaire de luy , il ne l'épargnast point ; mais que s'il n'y avoit plus riens à faire, il désiroit aller à Paris faire oublier leur appointement en la cour de parlement (pourceque c'est la coustume de France d'y publier tous accords, ou autrement ne seroient de nulle valeur....) ; et davantage prioit audit duc qu'à l'esté prochain ils se pussent entrevoir en Bourgogne et estre un mois ensemble faisant bonne chère.... et ainsi fut accordé ce partement; et prit congé le roy dudit duc, lequel le conduisit environ une demi-lieue, et au département d'ensemble luy fit le roy cette demande : » Si d'aventure mon frère qui est en « Bretagne ne se contentoit du partage que je luy baille pour « l'amour de vous, que voudriez-vous que je fisse? » Le duc luy respondit soudainement sans y penser : « S'il ne le veut pren- « dre, mais que vous fassiez qu'il soit content, je m'en rap- « porte à vous deux. » De cette demande et response sortit v ,\ depuis grande chose , comme vous oirez ci-après. » (Comi-

; , nés, II, xvi.)

Louie donne à son frère la Guyenne au lien de la Champagne (1460). Le samedi dix-neuvième jour de novembre 1468 furent publiés à son de trompe et en public, par les carrefours de Paris, ledit accord et union faits entre le roy et monseigneur de Bourgogne ; et que pour raison du temps passé, personne vivant ne fust si osé ou hardi d'en rien dire à l'opprobre dudit seigneur, soit de bouche, par écrit, signes, peintures, rondeaux, ballades, virelais, libelles diffamatoires, chansons, gestes; ni autrement, en quelque manière que ce pust estre. Et que ceux qui seroient trouvés avoir fait ou esté au contraire, fussent grièvement punis, ainsi que plus à

plein ledit cri le contenoit. Et ce même jour furent prises pour le roy et par vertu de sa commission, en la ville de Paris, toutes pies, geais et chouettes estant en cages ou autrement ; et estant privées, pour toutes les porter devers le roy, et estant escrit et enregistré le lieu où avoient esté pris lesdits oiseaux, et aussi tous les beaux mots que iceux oiseaux savoient bien dire, et que on leur avoit appris. » (Jean de Troyes, p. 383.)

Le mot que ces oiseaux bavards savaient le mieux dire et qu'on leur avait appris, c'était Péronne, Péronne, le théâtre de sa défaite dans un de ces combats de finesse et de ruse qu'il aimait à livrer, et où, pris au piège, il n'avait laissé à ses ennemis que la peine de fermer la porte et de lui dicter d'humiliantes conditions s'il voulait sortir. Louise 'avait plus qu'une pensée, effacer ce souvenir en effaçant le malencontreux traité.

Le Téméraire avait dit : « Pourvu que le frère du roi fût content. » Louis XI eut grand soin que son frère fût content : au lieu de la pauvre et triste Champagne, il lui donna la belle et fertile Guyenne ; au lieu de Troyes pour résidence , il lui donna Bordeaux, et Charles accepta de grand cœur un pareil échange qui pourtant et du même coup l'éloignait du duc de Bourgogne et le brouillait avec les Anglais, anciens maîtres de cette province , où ils comptaient bien revenir.

lUIies capes de fer; le cardinal lia Balue et l'évêque de

' Verdun (14=69). — Un des conseillers du roi l'avait trahi dans la négociation de cette affaire, La Balue, homme de rien, qu'il avait fait évêque d'Angers et cardinal, et qui l'avait le plus poussé à l'entrevue de Péronne. Louis découvrit qu'il était en correspondance secrète avec le duc de Bourgogne. Il le fit arrêter avec son complice, l'évêque de Verdun, et les enferma dans deux cages de fer où ils restèrent dix ans (voy. p. 621). Chabannes l'avait mieux servi. Il commandait l'armée que le roi avait menée jusqu'auprès de Péronne. Après le traité conclu avec le Téméraire, Louis lui avait écrit de licencier ses troupes ; Chabannes s'était bien gardé de le faire, et le voisinage de cette armée avait imposé au duc de certaines réserves. Louis pouvait se fier à un si habile homme ; il l'envoya avec cette armée contre le duc de Nemours et le comte d'Armagnac. Le premier obtint son pardon ; le second se sauva hors du royaume. Le roi confisqua ses biens. En même temps le duc de Bretagne jura de renoncer à toute alliance étrangère (traité d'Angers), et le roi donna au comte de Warwick, qu'il réconci-

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lia avec Marguerite d'Anjou, les moyens de renverser en Angleterre Ëdouard IV, le beau-frère de Charles le Téméraire. .

Assemblées des notables à Tours (1470). — Le roi, sûr alors d'avoir encore une fois isolé le duc de Bourgogne, osa l'attaquer de front ; il convoqua à Tours une assemblée de notables, dans laquelle figurent, sur soixante personnes, trentedeux magistrats, présidents de diverses cours de justice ou de finances du royaume (1470). Il fait exposer à cette assemblée ses griefs contre le duc de Bourgogne, qu'il accuse d'avoir, en pleine paix, attaqué les ports de Normandie; d'avoir porté en public Tordre anglais de la Jarretière ; d'avoir exigé de ses vassaux , sujets de la couronne, le serment 4e servir le duc envers et contre tous, sans en excepter monseigneur le roi ; d'avoir fait saisir les biens des Français venus à la foire d'Anvers, etc. Sur ce, les notables déclarent que le duc a déchiré le traité de Péronne; et le roi, en conséquence, fait aussitôt saisir les places qui étaient à sa portée, Saint-Quentin, Roye, Montdidier, Amiens. Il avait mis sur pied 100 000 hommes, et le duc était au dépourvu.

, . Nouvelle coalition contre le roi — Mais les

ducs de Bretagne et de Guyenne et le connétable de Saint Pol, le chef même de l'armée, effrayés des rapides progrès du roi, le trahissaient déjà. Un dauphin était né l'année précédente, et Guyenne n'étant plus héritier de la couronne, avait intérêt à remuer la ligue des princes. Louis, en voyant ses succès se ralentir, comprit que de nouveaux complots se formaient autour de lui ; il crut prudent de s'arrêter et convint de la trêve d'Amiens avec le duc de Bourgogne. Elle était nécessaire, car a Edouard IV, l'aljié du Bourguignon, remontait à ce moment K * môme sur le trône d'Angleterre (1471).

Mort du frère du roi (14L73). — Ainsi Louis XI avait à briser encore une fois les mille liens dont l'aristocratie cherchait à enlacer la royauté. La cour de son frère, non plus celle d'un jeune fou sans argent ni soldats, mais celle du maître d'un riche et puissant apanage, était le centre de toutes ces intrigues. Par lui une nouvelle et grande maison féodale se reformait. Le duc de Bourgogne lui offrait sa fille unique en mariage, c'est-à-dire l'espérance de réunir un jour à ses possessions d'Aquitaine, des États plus étendus, plus peuplés, plus riches que ceux du roi lui-même. Il est vrai que Charles l'offrait en même temps au fils de l'empereur, à condition d'être nommé roi des Romains. Laquelle de ces deux promesses se-

rait tenue? Nul ne le savait, pas même le duc. Mais le roi s'effrayait de l'idée seule d'une telle union. Son frère était donc le plus grand obstacle qu'il trouvât sur son chemin. Louis essaya une dernière fois de rattacher ce prince aux intérêts de sa maison : il lui proposa de lui donner quatre provinces de plus, d'étendre son apanage jusqu'à la Loire, de lui faire épouser sa propre fille. Charles de Guyenne ne répondait pas; il faisait des préparatifs de guerre ; il convoquait le ban et l'arrière-ban de son duché ; il nommait un ennemi du roi, le comte d'Armagnac, général de ses troupes.

Le roi voyait croître le danger, et ne savait comment le détourner. Il s'adressait aux Écossais pour leur demander des secours; il priait le pape d'être juge entre son frère et lui, se déclarait chanoine de Notre-Dame de Cléry, ordonnait des prières pour la paix, et « voulait que désormais, par toute la France, à midi sonnant, on se mit à genoux et l'on dit trois Ave. » C'est l'origine de Vangelus. S'il faut en croire un écrivain d'une époque postérieure, lui-même faisait à Notre-Dame de Cléry, quelque temps après, la prière suivante: a Ah! ma bonne dame, ma petite maîtresse, ma grande amie, en qui j'ai eu toujours mon reconfort, je te prie de supplier Dieu' pour moi et être mon advocate envers luy; qu'il me pardonne la mort de mon frère que j'ai fait empoisonner par ce méchant abbé de Saint- Jean. Je m'en confesse à toi comme à ma bonne patronne et maîtresse ; mais aussi qu'eussé-je su faire ? 11 ne faisoit que troubler mon royaume. Fais-moi donc pardonner, ma bonne dame, et je sais bien ce que je te donnerai1. »

Son frère était mort, en effet; le seul événement qui pût tirer Louis XI de l'imminent péril où il se trouvait était arrivé. Voici ce que rapportent à ce sujet les mémoires contemporains : L'abbé de Saint-Jean d'Angely, aumônier du duc de Guyenne, avait cueilli et pelé lui-même une pêche qu'il avait présentée à la dame de Montsoreau. Celle-ci l'avait partagée avec Charles de Guyenne. Deux mois après, la dame de Montsoreau était morte ; huit mois après, le duc était mort. L'abbé de Saint-Jean d'Angely, accusé du double empoisonnement, avait été conduit en Bretagne, mis en jugement, emprisonné; mais un matin, après un terrible orage, on le trouva mort dans sa prison ; on prétendit que le diable l'avait étranglé. Les

i. Voilà du moins ce que rapporte Brantôme (Digression sur Louis XI , t. II, p. 24). Mais qui a jamais entendu une telle prière? — Le fou même du roi, assure Brantôme.

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