JUSQUA LA MORT DE SON FRERE
pièces du procès furent apportées à Louis XI, supprimées par lui, et les juges qui lui avaient montré cette complaisance furent comblés des faveurs royales.
Y avait-il eu empoisonnement? Cet empoisonnement, s'il a eu lieu, était-il le fait de Louis XI? Ce sont là des questions que l'histoire ne peut pas résoudre. Mais, si la culpabilité du roi sur ce point reste douteuse, la joie atroce que lui inspirèrent la maladie, puis la mort de son frère, ne Test pas; elle perce à travers la brièveté de la lettre qu'il écrivait au comte de Dammartin pendant que le duc de Guyenne se mourait : « Monsieur le grand maître, depuis les dernières lettres que je vous ai écrites, j'ai eu nouvelles que M. de Guyenne se meurt, et qu'il n'y a point de remède en son fait ; et le m'a fait savoir un des plus privés qu'il y ait avec lui, par un homme exprès ; et ne croit pas, ainsy qu'il dit, qu'il soit vif à quinze , jours cTicy, au plus qu'on le puisse mener.... Afin que vous soyez sûr de celuy qui me fait savoir ces nouvelles, c'est le moine qui dit ses heures avec M. de Guyenne; dont je me suis fort ébahy, et m'en suis signé depuis la tête jusques aux pieds. j>
Guerre avec le duc de Bourgogne (14172). — Cet événement détruisait tous les projets du duc de Bourgogne. Dans son ressentiment, celui-ci répandit partout un manifeste dans lequel il accusait le roi de lèse-majesté, de trahison, de parricide. Il avait tenté, disait-il, deux ans auparavant, de le faire périr lui-même par glaive ou par venin ; et maintenant il avait fait périr piteusement son frère par poisons, maléfices, sortilèges et invocations diaboliques. Pour le venger, ce frère du roi, le duc de Bourgogne passa la Somme et entra dans le royaume, jurant de tout mettre à feu et à sang, encore que la trêve qu'il avait conclue avec Louis XI ne fût pas encore expirée.
La guerre se fit telle que le duc l'annonçait. S'étant présenté devant la petite ville de Nesle, il y entra en déclarant rompue une capitulation commencée, et ordonna d'y égorger tout le monde. Hommes, femmes et enfants s'étaient réfugiés dans la grande église ; ils y furent massacrés. Le duc y entra à cheval, se signa et dit : * Saint Georges, enfants, vous avez fait là une belle boucherie. » Il y avait un demi-pied de sang.
Résistance de Beauvais % «Jeanne Hachette. — Une
telle exécution était un avertissement donné aux autres villes de se bien défendre. Aussi, lorsque le 27 juin 1472, l'armée
522 LOUIS xi jusqu'à la mort de son frère (1461-1472).
bourguignonne arriva devant Beauvais, les bourgeois soutinrent vaillamment un assaut qui dura onze heures. Les femmes elles-mêmes prirent part à la défense. Une d'elles, qui s'appelait Jeanne, comme l'héroïne de Domremy, arracha un étendard bourguignon qu'un soldat avait déjà planté sur le rempart, et le roi, en reconnaissance, institua, après la délivrance de la ville, une procession annuelle dans laquelle les femmes avaient le pas sur les hommes. Charles, qui s'attendait à emporter la place d'un coup de main, ne s'était point préparé pour un siège. Il voulut brusquer l'affaire et, le 9 juillet il fit livrer un nouvel assaut qui lui coûta 1500 hommes. Le 22, il leva le camp et tourna vers la Normandie, brûlant toutes les petites places où il pouvait entrer, Eu, Saint-Valery-en-Caux, Longue ville, Neufchâtel, suivi de près par les Français qui lui coupaient les vivres. Il échoua devant Dieppe, se rejeta sur Rouen, où il avait donné rendez-vous, disait-il, au duc de , Bretagne, et s'arrêta quatre jours sous ses murs; puis, accusant le duc François II de manquer à sa promesse, il reprit la route de ses États.
Houveau Traité avec le duc de Bretagne (1472). — Si le duc François II avait manqué au rendez-vous, c'est que Louis XI avait fait rude guerre; il lui avait enlevé la Guerche, Machecoul, Ancenis, Ghantocé ; puis, après l'avoir effrayé par ses succès, il lui avait offert une paix avantageuse. Le duc la signa le 18 octobre, et le 23, Charles le Téméraire, tout à l'heure si intraitable, acceptait lui-même la trêve de Senlis.
Coin i nés passe au service de Louis XI. — Ce traité de Péronne, par lequel on avait cru mettre le roi de France si bas, était déchiré; la honte de Liège était compensée, aux yeux de Louis XI, par la honte de Beau vais. Et si le roi était sorti avec tant de bonheur et d'adresse d'un si mauvais pas, que ne ferait-il pas à l'avenir avec plus de ressources et moins d'embarras? Tous les gens avisés firent cette réflexion et crurent que, s'il fallait choisir un maître, le meilleur à prendre était certainement Louis XI. Le conseiller du duc de Bourgogne, Philippe de Comines, le conseiller du duc de Bretagne, Odet d'Aydie, sire de Lescun, les deux hommes les plus capables de comprendre, de pratiquer, d'aimer la politique de la ruse et du succès, passèrent Tun et l'autre, à cette époque, au service du roi de France.