XXVI
L'art pour Fart estime maxime qu'on ne peut pratiquer I longtemps; la littérature prend bientôt sa part du grand! combat de la vie. Des hauts sommets où les écrivains supérieurs contemplent face à face le beau et le vrai, mille sentiers descendent vers la plaine où la foule s agite, peine et travaille. L'esprit, retombé k terre, trouve la réalité bien éloignée de l'idéal entrevu. Alors le déchirement s'opère et la guerre commence. Au dix-septième siècle la littéra- * ture était renfermée dans le domaine de l'art, et l'opposition ne sortait pas encore de la sphère des croyances religieuses. Les opposants étaient les protestants, les jansénistes; le grand pamphlet du temps est écrit contre les jésuites. Au dix-huitième, le pouvoir absolu ayant compromis les intérêts matériels que multipliaient chaque jour le 'commerce et l'industrie , l'opposition passa dans le domaine des idées politiques, et la littérature, expression de ce besoin nouveau, envahit tout et prétendit tout régler. Les forces les plus viriles de l'esprit français semblèrent tournées* à la. recherche du bien public. On ne travailla plus à faire de beaux vers , mais à lancer de belles maximes. On ne peignit plus les travers de la société pour en rire, mais pour phanger. la société même. La littérature devint une arme que chacun , les imprudents comme les habiles, voulut manier, et qui frappant de toutes parts, sans relâche, fit de terribles et irrémédiables blessures. Par une étrange inconséquence, ceux qui avaient le plus k souffrir de cette invasion des gens de lettres dans la politique, étaient ceux qui y applaudissaient le plus. Cette société du dix-huitième siècle, frivole, sensuelle, égoïste, avait du moins au milieu de ses vices le culte des choses de l'esprit. Jamais les salons ne furent aussi animés, la politesse aussi exquise, la conversation aussi brillante. Le talent y tenait presque lieu de naissance, et la noblesse, avec une témérité chevaleresque qui rappelle celle de Fontenoy,