‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 12 sur 96 · DON HUN. — XBS GRANDS JOURS · texte numérisé non relu

DON HUN. — XBS GRANDS JOURS

voir souffrir, ua .attendrissemeat maladif, oat p]i$sé et ridé une figure trop endolorie.

Est-ce un contraste avec Molière? En celui-ci, juolcan qui se dévore, la souffrance, pour être au dedans, n'est pas moins tran^acente. Un feu âpre an ressort ^ui xaugit ja peau, même au front. Tout médecin dirait : « Voilà <un homme d'énergie redoutable,. mais qui toucheà la maladie. »

C'est la force, la force tendue de celui qui saisit un pbjet très-naobile, qui voit, surprend la vive occasion, ailée, légère et sans retour. On dit parfois fixer pour regarder. Ici^ c'est très-^bien dit. En regardant, il fixe. Ou ^ent que ses œuvres profojides ont a.pparu pourtant 'dans l'incident d'un jour. Telles, impossibles avant» furent impossibles après. Exemple, le Tartufe.

Comparer Molière à Sh^iJkspeare, c'esl Insensé. Shakspeare n'a pas vécu dans la chambre d'JËUsabeth. Ce sublime rêveur vivait dans, son propre théâtre ; quoique si occupé, il eut les loisirs de la fantaisie. Molière fut partagé, tiraillé, entre ses deux rôles, mais avant tout vaiê.L-de chambre du roi^ faisant le Lit du roi, toujours sur ce terràiiîde^cour qui était un champ de bataille, attrapant le présent de minute en minute, et devinant le lendemain.

Ce grand effort dura sept ou huit ans, et Molière y périt. Avant les Précieuses y improvisateur ambulant, il fait des canevas pour sa troupe. Après le Misanthrope^ c'est toujours un très-grand artiste ou un puissant bouffon. Mais ce n'est plus notre Molière, j'allais dire, le Molière de la Révolution, Texécuteur des hypocrites.

Revenons au Festin de Pierre ^ à Don Juan^ au Tartufe d'amour . Ce qui saisit dans cette fresque^ hrusquée sur rheure et pour l'heure même], c'est l'audace de l!àpropos.

Les Italiens venaient de jouer dans leur langue cette vieille pièce espagnole. Molière se fit demander par sa troupe de faire un Don Juan français. Hardi de ce prétexte,

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il intervint dans Fintrigue de cour, et porta au x marquis le coup décisif et terr ible. "~

Molière y risquait tout; on ne pouvait savoir comment la crise finirait. Madame, languisi^ante de sa nouvelle grossesse, qui faillit l'emporter,, avait baissé, pâli. Olympe remontait. Tardes, pour Tinsulte à Madame, n'avait eu de piunition qu'une petite promenade à la Bastille, où toute la cour, marquis et belles dames, alla le visiter.

La pièce ne fut pas bien reçue. Le public fut de glace. Molière persévéra, la joua quinze fois, quinze fois de suite la fit subir aux courtisans. On regardait le roi, on s'étonnait. Mais Molière, mieux qu'eux tous, vit la pensée du maître. Le 1 5 février, il joua ce qui dut se faire au 30 mars. Que Yardes tînt cour à la Bastille, cela ne plaisait pas au roi. Qu'il triomphât de sa disgrâce et d'avoir outragé deux trônes, c'était exorbitant. Le roi tira de sa complice l'aveu de leur lettre anonyme et de leurs calomnies qui allaient jusqu'à nous brouiller avec l'Angleterre. Vrai cas de lèsemajesté.

Colbert, dès Tannée précédente, avait annoncé une grande enquée juridique qui se ferait par toute la France. Il eût voulu que le roi, imitant ses ancêtres, montât à cheval, prît l'épée de justice, fit en ^personne sa royale chevauchée contre les petits rois de province. Quoi de meilleur, pour ouvrir cette grande scène de jugement, que de frapper d'abord dans son palais, chez lui, sur us amis, sur cette cour flatteuse et moqueuse, sur le brouillon perfide qui s'était joué du roi même ?

La cour, contre Molière, admira don Juan, le trouva parfait gentilhomme. Il ment, il trompe, désespère celles qui Taiment. A merveille; les larmes, c'est l'aveu du succès. Il bat celui qui lui sauve la vie... Mais c'est un paysan, on rit. Il est brave, c'est l'essentiel, cela rachète tout. Brave contre l'enfer même, et l'enfer a beau l'engloutir, il n'est pas humilié.

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Donc» nul effet moral. Molière semblait manquer son coup. Il n'avait pas osé dégrader don Juan. Le roi môme ne Feût pas goûté. Il avait au fond du faible pour la noblesse; malgré Colbert» il fit toute sa Maison d'officiers nobles. Le don Juan escroc (du Bourgeois gentilhomme) ^ le don Juan espion, comme avait été Vardes, auraient indisposé le roi contre la pièce. Molière, frappant moins fort, alla bien mieux au but. L'intérêt que la cour montra pour don Juan ne pouvait qu'irriter le roi, et sa justice n'en fut que plus sévère.

Le 30 mars, la main du Commandeur, cette main de pierre qui avait muré, scellé Fouquet dans le tombeau, serra Vardes, l'enleva à deux cents lieues, le plongea au plus bas cachot d'une citadelle. Olympe fut chassée de Paris; on ferma son salon d'intrigante et d'entremetteuse.

Vardes resta là dix-huit mois, et n'en sortit que pour pourrir vingt ans à Aigues-Mortes, vieux petit fort fiévreux. Il ne s'en tira pas tant que vécut Colbert. Pour en sortir, il fit d'incroyables efforts et les dernières lâchetés. Ce qui le peint au vif^ c'est qu^ayant enfin obtenu sa grâce, pour être souffert à Versailles, il eutle tact de se faire mépriser. Il vint sous les habits du temps oii il avait quitté la cour. On rit, le roi aussi et il fut désarmé. « Sire, dit le vieux bouffon, quand on déplaît à Votre Majesté, on n'est pas malheureux seulement, mais ridicule. » *

Voilà ce qui manque au-dQn Juan de Molière pour être vrai et historique, la bassesse' la lâcheté. Les instructions de Colbert sur les poursuites à faire contre les tyrans de province, ses enquêtes, nous en apprennent bien plus. Là, don Juan, c'est le mangeur universel du bien public, voleur hardi sur ses vassaux, apparenté aux juges et spéculant sur les procès, etc.^ etc.

L'ordonnance de 1662 pour liquider les dettes des villes, apurer les comptes de ceux qui en maniaient les fonds,

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fut un effrayant eotfp de tocsin pour tes ptivilégtés. Mazarin avait pris pcmt lui l'octroi de» villes, palpait leurs^ revenus ; les mHIables, pour tout besoin nwniîcfpài, emprantaienl à des condîlkms osuraîres setns swveillance, s'arrangeaat en fafrntll». Quand Coïberttroubkr ce bel ordre, un eri i!iiii>mei¥se' de tous les Aann^e^^en^ de France montaau foi, et des menaces même. E<^ coimae cela eut Me» dans une année d« famine, on pensa faire sauter Colbert. Le petit peuple le soutint, se* déclara pour le* ministre. Il eut sa récompense. Colbert, en deux années, dtminua la taille,, rimpôt des pauvres gens, de huit millions.

Une- note brève, maîs^bieniéloq«ente, qu'il donne' au roi, met en regard l'énorme changement qui se fit alors. En^ voici 1» substance :

En^ septembre 1661, le revenu étfait réduit à vingt et un^ millions, et encore mangé pour deux ans ; aujourd*kui (décembre 46€â), en seize mois, il a augmenté de cinquante misions.— iii(?r5, le roi payait vingt milHons d'intérêts ;atie;0wd'/mi, pas un sou. — Âh)rs, le roi, dépendant des. financiers, ne pouvait faire aucunedépense extraordinaire ; aujourd'hui, après son achat de Dunkerque, l'Europe Fa vu si rich«, qu'elle tremblait de lui voir acheter' toutea tes places k sa convenance. — Alor^, point de marine ; elte était ruÈaée; aujouréPhui, vingt-qa atrevaisseaux viennent d'être construits, lancés ; on a préparé des galères, etc. Sous cette protectiop, le conwnerce multiplie? ses vaisseaux. — Alors, l'art et Téelat, le luxe, étaient cher les ministres; ûitpwrcthtn, chez le roi. Le roi n'avait pas huit mille francs pour l'embelïissemfent des maisons royales. II vient d'y mettre de deux à trois millions.

Ceci en décembre 1662. C'est l'affermissement de Colbert. Il disposa du roi. Hais cette force, énorme à ce moment, eut pourtant un énorme obstade dans l'étrotte union des privilégiés, les instructîotts que Colbert donna pour son enquête nous apprennent quatre choses : 4<> xme-

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forte partie de la noblesse n'est pas noble, on 9» l'est, ^jê» par privilège des charges judiciaires, financières ou nmnicipales ; 2° les vrais nobles, le^ seigneurs, «k^ îtt{Nidemment créé et inventé de tout nouveftuiL droits fëodam que n'eurent jamais leurs pères ; 3^ les deux nobU^aes^ la noblesse d'épée avec b judiciaire ou nuinicipale,, s'entendent pour reporter sur les pauvres le poids ]de Yia^èà^ pour dilapider les fonds des villes^ pour acheter à^vil prix leà biens à leur convenance; 4° enfin, tous, et nobleaei notables,, flouvent moyen de faire des biens de L'Ë^lise an supplément de leur fortune, donnant à leurs cadets oisib ei incapables les plus importants bénéfices, peufdani les couvents de leurs.fiUes. De là, le zèle ardent de la noblesse pour r£gUfie„ qui dispose de ce patrimoîne immense de l'oisiveté.

Célbert, ayant le roi en haut, chercha la force en bas, par la réforme des finances des villes, et celles de la justice. Il défondit aux villes d'emprunter, de se ruiner, il réforma les juges, il réforma la loi. Il eiU; la grai^de idée de piomener en f rance kk loi armée, autrement dit le r oi^ qui jugerait le peuple par son conseil. Les parlements eussent été> suspendus,, à ce inooient, et Colbert avait de même sévèresseat exclu Lamoignon et les parlementaires de la comoûssion chargée de ré£otm&t les^ tribunaux. Mais tout cela était trop haut, trop fort. Cour, parlencsts, finance, tout travailla en dessous; Colberidut retomber à l'idée pauvre et routinière ûas comn>issions du parlement qui tiendraient les fironds jowrs dans les provinces du centre.

Aux rudes pays d^Auvergne, de Forez^ de Yélay, m autre moyen ftge était revenu,, mais bizarre, fantasque, et d'une forocité moqueuse. Lk, un joyeux seigneur, autorisé par trois out quatre assassiimts, se passait toutes ses idées, celle, par exemple^ de murer un homme tout vif, de le tenir des mois dana^ so& aarnfeoisev courbé, m assis, nr dew

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bout. Un autre ne tuait pas ; il faisait tuer à petits coups par son fils, enfant de dix ans. Le viol était un jeu, et plus même que du temps des serves. La femme, moins passive» amusait par son désespoir.

Une scène laide, c'était le jour des noces. « L'atné du paysan, dit la loi du Béarn (éd. 1842, p. 472), est censé le fils du seigneur, car il peut être de ses œuvres. » On exigeait toujours que la pauvre femme tremblante montât au château, et on marchandait devant elle. C'était pour le seigneur le meilleur jour pour pressurer son'paysan. U tirait parfois moitié de la dot.

Ce qui était plus fort, c'est qu'ils faisaient la guerre au roi. Si la justice se hasardait chez eux, c'était d'incroyables fureurs. Une assignation royale était un outrage qu'on lavait dans le sang.

Trois huissiers s'étaient mis ensemble pour aller assigner je ne sais quel marquis du Forez. Il s'en tint offensé à ce point, que, non content de les mettre à la porte, il monta à cheval, les poursuivit jusqu'à la nuit; les rejoi* gnant dans une auberge, il les tua tous trois dans leur lit. Dix ans durant, il resta roi chez lui.

Le 34 août 1665, les Grands jours sont annoncés pour tout le centre du royaume (Auvergne, Bourbonnais, Nivernais, Forez, Beaujolais, Lyonnais, Marche, Berri). L'année suivante, même chose dans les montagnes du Midi (Vélay, etc.).

Tout cela annoncé longtemps d'avance, de sorte que les coupables eurent bien le temps de se cacher ou de dresser leurs batteries.

Il n'y eut jamais si grande attente, jamais si petit résultat. Le peuple s'était fait de ces Grands jours un rêve merveilleux, fantastique, apocalyptique, un vrai Jugement dernier, où les grands seraient les petits. Plusieurs, par orgueil et bon cœur, offraient de protéger les nobles. Un paysan restant couvert en présence d'un seigneur, celui-ci

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