GUERRE DE HOLLANDE
simple barque, la grosse barque ventrue de Hollande dont rient les sots (qui s'entend au bonheur?). Elle n'en va pas moins, cette barque au complet (mari, femme, enfants, chiens, chats, oiseaux), elle va, lente et paisible, par les mers les plus dangereuses ; petit monde harmonique, si content de lui-même, qu'il se soucie peu d'arriver.
Quand on se promène à Sardam et aux côtes voisines^ qu'on entre dans ces barques, qu'on voit l'attitude si simple de ces hommes si hardis, on sent bien que c'est là le marin naturel, sans orgueil, sans emphase, l'amphibie véritable. Plusieurs n'ont jamais débarqué. Race bien supérieure à toutes celles des émigrants qu'ils ont reçus de partout, dans leur bonhomie confiante qui leur devint si funeste au moment de l'invasion.
Les grands fleuves qui aboutissent à cette dernière langue du continent européen Tencombrent sans pitié d'un résidu énorme : sable, boues, débris enlevés. Le Rhin, qui se tord sur la Suisse, non content d'emporter les terres que les torrents arrachent, recueille sur sa route tout ce que TAllemagne y traîne de fange, et il pousse tout cela, par ses bouches bourbeuses, sur la Hollande, qui en serait enterrée sans un travail énorme de curage. Eh bien, elle ne recevait pas un moindre encombrement d'alluvions humaines. Ce torrent trouble qui, aujourd'hui, noie la vaste Amérique, comment n'aurait-il pas submergé le petit pays?
La Hollande, si bien gardée de la mer, ne voulut jamais vers la terre faire des digues contre ce déluge d'hommes, la plupart afi^amés, malheureux et persécutés. Tout n'était pas propre pourtant dans une telle inondation. Si nos réfugiés de France y apportèrent des mœurs, un esprit sobre et sage, dû Nord et de partout beaucoup de lie venait, des tourbes aventurières, soldats à vendre, compagnons paresseux qui, après avoir traîné partout leur
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misère, venaient manger à la grande marmite qui n'excluait personne.
Ce gouvernement économe, dont le chef, M- de Witt, avait une liste civile de trois mille livres par an, payait fort cher ses moindres serviteurs. 11 ménageait les hommes. Il s'informait, voulait qu*on fût heureux.
Ce n'est pas tout. Depuis la tragédie de Bameveldt, que le fanatisme vrai ou faux tua, la Hollande, qui en eut horreur, prit un mal tout contraire, Texcès de la tolérance.
L'émigrant, à la seconde génération, secroyait Hollandais ; à la troisième, il en revendiquait les droits contre ses hôtes et bienfaiteurs, contre la race héroïque qui avait brisé Philippe II, conquis les mers, le commerce du monde. De là deux éléments funestes : 4* la bourgeoisie nouvelle des enrichis ; 2*^ la masse encore pauvre des arrivants, dont ces enrichis se servaient contre la vraie Hollande, contre les Barneveldt, les Grotius, les de Witt, les Ruyter. Ce gouvernement glorieux, l'honneur de la nature humaine, eût subsisté pourtant, si tous ces mauvais éléments n'avaient trouvé leur centre d'action dans le prince d'Orange , chef militaire des nobles de terre ferme et des soldats aventuriers.
Au musée d'Amsterdam, vous pouvez voir un grand tableau du peintre Yan der Helst, qui vous donne la situation. Après la victoire sur l'Espagne et le traité de Westphalie, à une grande table où flottent les drapeaux vainqueurs, on voit manger ensemble, fraterniser les deux partis. On peut dire la Cène hollandaise. Les glorieux marins (habits noirs, cheveux noirs, bonnes figures tannées) fêtent leurs douteux associés, les jaunes cavaliers de la maison d'Orange. A la place d'honneur, un amiral, je crois, gros homme fort, de face un peu commuhe, mais si gaiet si loyale! prend de sa grande main brune la petite main blanche d'un blond capitaine orangiste, qui n'ose pas la retirer. Mais son fâcheux visage dément sa main,
436 GOXBBE sa. EOlUMBiL
et dispense Je.peinUre de.meUre.aa hês le»aam : Judu.
Le chaos de la fausse Hollande était par&iteaieattrB-
préBenté par catie famille d'Orange» EUL&étaitiie.Ufimpîre;
«elleavait unjpiedea Provenoe^un atttre.auxJRayinBa6«JL&
TacUurm^saabéro$j vécitalife gcandihiUBUiie^ai'ea.ittt'pas
moins étrange. On a vAsaabésUsâiosif se&.va^p%alA âmulés
.pour r£^;uignol qu*il»combatftait,.sa.défiaiue pouisGoUgny.
Sa ibi.xéellQ, intime, (sur laqueUe .ilijQoJt ta6itui»iQ^,n'était
que la jMàtrie. ne (pouvait, se sajivMr «cftt*<eQ su ideniiAntià.]B
maison d'I]lrai^ge«FermeX7ri<^^ guelafamilla4^da,;aaivit,
par.tûus.mo;yefi§yireluitci,par .la .toléranaq^finis^HHJ^ant
.des catholiques; jon .fils Maurice, tout «au cantiaiGe^idAS
protestants exagérés. P^r eux,. il cmt.tuer la^g^pabiquo-^Mi
iuant Bariieveldt,.et il en.resta.exécarable..Sfin aevau» ^ui
épouse une fille de £harles.P% gendre d'iun roi, rveut^étue
loi, échoue, meurt enlaissant^au venftnBde MarieTfienriôtte
.la trahison même.incaroéâ. EUe.en&ntB iiât^n∋ Uéine,
qu'on voit à Westminster, ^t raHaitaâûignausementtdfiila
«tradition de la familb^^ilii^atilude. £elane^vaEie,pas nhaz
.eux. xLe Xaoituffne, tglûpieusûmeoiit ii)grat,Jttai5 ii^at^e-
jpendant jK)ur lesang de Charles- Quint, qui Va •élev^,; le
second, Maurice, ingrat pour le guide ide£Oii>enfancc;, son
vraij)èr.e, le vieux .Barneveldt; ious.deux^ierûSkt .bien sur-
.passés ipar finilkume JIL
Yéritahles.hérns ^modecnes^ fiaB&.pr4iug^» sans, faiblesse de o(Bur^.qui.nei2omiurent mXaiuille,.QiamitLé,.ni seiivices /rendue, foutèrentaux, pieds .pare et^patrie. Xa .fort JM>uue jQguceen^e de GuiUaume.lÛ,Nqui6&tÀ Westmînster^le muuire iua vraLUcest en f»ied .oooaLme «il iut»ime6quio, Jauue, mi-JScançais iptr.Uhabit.ruhaaéideiLouisIiV,, mi- Aqglaiftdeifilegffl£.a|»paittn4^ êtaeà sang-rfrûi4,''«ue,p0usse £ertaine.fataUbémattv;aifi6. Quelle? âurtout.lailégeade .diaihalique deiMamticew sa^gLoise et son^onime.
/Xerxès fit Iliémistûde..LMii6 XIV fit la .fortune .de 4a mêi&ou d'X)£aE)ge^iQiids\^<Gréa GuiUauiue lU, ie itéros^ni-
GIffiRRE Jffi MOLUkUSOi. ld&
^Uf'dôJadîploKiMitie^ lEhéiaistdole Miard .des ûrésistaxices «nitqpéeiMiea. Canfere J'Àiocme .anâunedu ^and xûl,j5oii joq^uaU.lMattffi, hs moadB.iaiieiMtaiet ^«Natiiit^e^pacsoimage, idoBl Umt ieiBBiiStefit Non.'
JLaifi0coiide<Ah€«e,qttL>l6 (H, i}e.&Ufial9inndâ faute .de jms ^nMlabomBiâs «réfugiési, «Qu\y icouvant .en ^i un deaii- J^jiaQOAi$»rdyB s^aateadûreat .pas avec ia wak Hollande. Jls tquUtaitfnt iin ipuziacai ils .ifiQulusent lUn peincQ, jserviceal, fiintouràneaicakui^f^i lui.ôseat.fies.suecài^, b&i.dannkèrent jiniraflâidlfiittf méoies;, parfcia unJSaux air de.hôros.
Un mot triste à dire, c'est que M. de Witt désiraifi, de-
«eBidaitJBrlkaB€iAmeat.da8^trQiy>es.fini]^i6^^ negpou-
vaUjs'y £ar,;<BUe6iitaifiBt<aUfpctnced'jQrangeXM\gnet, lU,
JliAB)JliK)^t s'^lâive£,idainiftuteea minute, ce dangareiix
:0n£uii. il prit jin. grand pai-ii, digne de.son.cœur. Ce fu|;,
iBe 4)ou^caAt l'arKèter«dans .ce.prqgràSb de.radqpter, de Je
4&we. renfant.de r^Ëtatr^d'èsaayer .de ie .grandir au?dessus
dfi«sajnifiérable .ambition ^priaciër^ en lui .faisant jcom-
ipsandce qu'il .était Jûeii plusiiaut^jàtreJejprBimer aitoyen
aleJajiiemièce.cité^du.mQnde /gêB dejsi^erimauditdans
lUn Jtrûaeusur|iuéu GLuillauine écouta, rpcoâti^, &i\e xUsc^ple,
rjetirahil>4'autanttmieu:i^. JXe Wittoi'en if ut pas «di^pe. Mais
jut.aituatâaa était itelle. Ji poui^aii .pré^voir^ nodoi .prévenir.
£'âst«touiàiaitiittort qu'oa lui x^roche de s'jétre laissé
endûrmûr. Jl âittrès-réveillé«.Il vit et fit .tout ce .qu'on jpeut
»aiteudc6wdla La pcudence^liumaine.
Chose remarquable : sa pensée sur la.situation ûii justemâot lamémei]ue:ceila de Condé. Consulté sur la guerre, Condédit 4ue.i:iatérètxéel dujroi.était de limiterla^guerre eaux Pas-JSas âspagQolqf^ .de ue jpas s'iembarjgueridans xette iguersa di£&ciJe.de£ollandQy ;quiJBdexa;àt«luijaGLettrait Xoide J!SiiJ^pej5ur ies»bcas. Celaisautait aux .yeux. De Wlttju- 4ieait, awac taule.s|Dparenc^»que.le jroitne fiscait^pas àJa .BoHande .une guecre directe, iqu'jl.se ^eiwirait de (kwiiaum^, gui, pour «on .fief d'Oxangi^, était dépendant de
1 40 CiUERRE DB HOLLANDE.
Louis XIV; que Louis, d'accord avec Charles II, oncle de Guillaume, pousserait le parti orangiste, et mettrait le jeune traître à la tête de la république. La première démarche, en efifet, que notre ambassadeur Pomponne fit en Hollande (4669) fut de remettre au petit prince, qui avait alors dix-neuf ans, ei n'était qu'homme privé, une lettre où il rassurait de son affection particulière. Honneur insigne, inattendu, qui encouragea le partie montra qu'il avait double chance qu'Orange arriverait, et que, si la Hollande ne se donnait à lui^ les rois l'aideraient à la prendre.
M. de Witt n'oublia pas l'armée^ comme on le dit. 11' se tourmenta fort pour en faire une. La difficulté était grande. Le Hollandais était marin, rien autre chose. Tout au plus, les fils des bourgeois entraient dans la cavalerie. La racaille (étrangère) des ports, le paysan de Gueldres, etc., étaient les instruments grossiers des orangistes. Donc, la masse du pays étant suspecte, le grand patriote, pour la sauver, était forcé de chercher au dehors. Nos réfugiés se ralliaient au prince. De Witt voulut louer des Suisses, et trouva là l'argent du roi, la goinfrerie de leurs meneurs, pensionnés de Versailles. Il leva des Allemands, bons soldats quoi qu'on ait dit. Ils auraient défendu les places, si le peuple ne les eût forcés de les rendre. Ces Allemands, qu'on fit prisonniers et qu'on renvoya sottement pour argent, se battirent plus tard à merveille, et justifièrent parfaitement de Witt qui les avait choisis.
En préparant la guerre, il faisait tout pour l'éviter. Craignant moins l'ennemi que la perfidie orangiste, il priait^ suppliait Louis XIV de suivre son intérêt réel, celui de la France. Le roi n'entendait rien. Il n'en crut pas de Witt plus qu'il ne crut Condé. Il vit avec une froide cruauté ce malheureux qui, de toute façon, était sûr de périr, accablé par la France ou par les orangistes, trahi de l'Europe, trahi de la raison, ce semble, qui n'avait servi
GUIBRB BB HOLUNBE. Ul
qu'à le perdre. Mais il ne sera pas perdu devant l'avenir.
Jamais les Hollandais n'avaient pu deviner ni la lâcheté de Charles 11^ ni la furie brutale du peuple anglais, qui, dans sa jalousie pour leurs marins, marchait les yeux fermés à la remorque de la France. Charles leur fit des demandes énormes, extravagantes, celles que Cromwell, au comble de la gloire, ne fit jamais. Cromwell avait demandé que, dans la Manche, ils reconnussent la supériorité du pavillon anglais de flotte à flotte. Et Charles (au comble de la honte, et valet payé de Louis) demande que la flotte hollandaise, Ruyter et cent vaisseaux de ligne, saluent toute barque anglaise qui passerai Cela fut accordé. Les Hollandais encore, pour mieux apaiser Charles II, se précipitèrent sous les pieds de son neveu Guillaume, ils le firent capitaine général pour un an, — puis capitaine et amiral à vie. De Witt ne pouvait plus arrêter la débâcle. Voyant dans de telles mains l'armée qu'il avait préparée, il entre* prit, avec un courage indomptable, d'en faire une autre toute hollandaise, non commandée par le capitaine général. Cette armée fut votée, mais n'exista que sur le papier.
De Witt avait ouvert un avis bien hardi. C'était de prendre l'ofiensive (janvier 1672)^ de brûler les magasins préparés, de tomber sur Neuss et Cologne. C'était fermer la porte de l'invasion, rendre inutile la trahison du Rhin. Les États- généraux frémirent de cette audace. C'était chose toute contraire à leur désir d'apaiser L'Angleterre et la France, en donnant le pouvoir à Guillaume, sujet français, et neveu de l'Anglais. Ils confièrent leur défense et leur unique armée au parent de leur ennemi. Ils offrirent à Louis XIV de la licencier, cette armée, de se fier de leur sûreté à sa magnanimité. 11 refusa avec mépris, voulut qu'ils restassent armés, afin qu'il pût les battre. Enfin il leur déclare la guerre le 5 avril, sans alléguer aucun grief. Déjà son homme, Charles II, était tombé sur eux par un acte de piraterie : le 23 mars, il attaqua une riche flotte hol*
1^ GBBfHOr BV mLKAim.
landaise. If n'en eut que* Fa faoHlte'; elliB^floutiiit'deax^ jouvy de combat', et elle échappe presque' «oHèrei
Le petft peuple de* Boitandë m montmt partlOFat' foit guerrier. On pouvait espérer' que ces pdaeecr; qui-, duns* l'autre sîècte; avaient soutenu dm sièges^, arrêté^ les Far-; nèse, les Spinots, se défend^rsioBt' eneere-. Olpange^omiseil- Ikit'de détruire lës'pel^tes pour miemc garéevies granétes; mais il éteit' trop tard ; on avait vu ew t^TT distos qudlë panique se trouva lia* Belgique^ pour éttoe surprise' ainsi enpleine démolitton. Les'habitQmts^ne rànraiént^passouffertv ils auraient crié' à^ la trahison';- ils rugissaient, oomme des^ lions, contre 1^ amis de>l&'paii'. kas premier» <»ups, cea^ lions ne iîirent piiis' que des- diièns' qui' hurlftient pour' qu'on se rendit, et menaçaient, livraient leurs défenseur».
L'électeur Se Cologne; évéque de Liége^ nous donnant lès passages* sur la Meuse et le B(hin, les premières opérations furent un voyage d'agrément. Mai» ensuite, ce long circuit fait, pour commencer l'invasion on tournait' le dos» à TÂllemagne, qui pouvait^ s'éreillier, nous prendre 6n< queue. Condé eût mieux aimé qu'on s'assurât d'aèord solidement de la Meuse, de sa grande place MaêstricAt, clef commune des Pay»-Bas et de la Boltende. Si l'on voulait pourtant absolument s'enfoncer en pays ennemi, Condé disait très-bien qu'il fallait une brusque attaque, lanoer* vers Amsterdam une forte cavalerie qui enlèr^rait les« États généraux, saisirait les écluses, empêcherait la H(*lande de se réfugier sousr l'Océan.
On ne fît' ni Tun ni l'autre. Condé ayant *té Wessë dèsla première affaire, le seul général ftitTurenne^, tenouroau converti, bien entendu sous le commis Louvoîis, qui me*nait le roi avec lui, admihiistrait, réglementait tout' 1© long^ du chemin. Ee roi écrivait' de sa main les règlements et les ordres du jour; et croyait diriger la guerr». Qus^e* places prises- ou' Bvré'es en quatre jours, puis te passage' facille du Rhin (fort ridiculement célébré), ouvraient tout
G8fiRRB 0B HOLCftNDE: tl3
te'pttjffir. (ilbacpxe jour'noiirmettaîl^ en' main dés placesr, cPes garofeons n6iab?eas«9i Eouvow-fltdécidter, contre Favis 4b Turenne, qu'on garderait ces places, qu'on s'y fbrtWlerait^, qw'on ne* garderait pas tes soldats, qu'bn Tes rendrait à taait' par* tète. Judicieux conseil' qui divisait; dispersait notre armée, rendait la siemre à l'ennemi f
H y avait craquante ans que la Hollande ne voyait plus ta guewe. C'était un grand jardîn, un trésor de richesse et d'art; c'était l'asile universel des esprits pacifiques, qui ne demandaient rien que la possession tranquille d'une libre conscience. L'apparition subite de ce monstre de guerre, d'une armée de cent vingt mille hommes qui couvrit, engloutit touif Ite petit pays, ce ftit une extrême terreur et <5omme le dernier jour du monde. La fausse Hollande tout d'abof d se séparft*dela vraie, tes catholiques d'Utrecht avaient hâte de se soumettre à leur prince naturel. Les Juifs d'Amsterdam traitaient déjà, et offraient des miltioiïs.
La HoUandte n'avait guère gagné à se faire orangiste. Le prince de vingt ans, dans cet embarras effroyable, perdit de vue l'affaire essentFelte, et lé salut futTœuvre d'un hasard. Guillàtiine, reculant jusqu'au fond de la Hollande, ne couvrait plus ni la Haye, siège dës^ États, ni Amsterdam, le cœnr du pays, ni lé point fatal des écluses auquelienait la ressource dernière. 11 avait peu de force ; le principal usage qu'il aurait dû en faire, c'était de garder les écluses; sinon, la guerre était finie. Si elle ne le fut pas, c'est à Louvoîsi non au prince d'Orange, que l'Europe le dut. Bemercions ce grand ministre, qui, cette fois encore, sauva les libertés' du mondé.
Le roi Louvois, comme le roi Louis, était galant. Sa Montespan était la femme du marquis de Rochefort, qu'il ûi bientôt maréchal Turenne, qui, tout en grondant contre Louvois, savait bien cependant que sans lui if ne serait pas connétable, ni chef de là croisade anglaise^ Turenne
444 GUEKRS BS HOLLANDE.
lui fit ce plaisir de donner à son Rochefort la brillante mission de précéder Tarmée et frapper le grand coup.
Lancer sur Amsterdam un corps de six mille cavaliers qui s'emparerait au passage de Muyden où sont les écluses, c'était le conseil de Condé et de notre ex- ambassadeur; mais Turenne ne voulut pas se trop dégarnir de cavalerie^ ne donna que quatre mille chevaux à Rochefort. Celui-ci, à son tour, non moins prudent, ne voulut pas partir sans rations de pain (dans un pays pourtant plantureux, couvert de troupeaux) ; il emmena dix-huit cents cavaliers. C'était trop peu pour faire peur à la grande ville. Aussi il n'y alla pas ; il resta près d'Utrecht. Cent cinquante dragons seulement furent détachés sur la route d'Amsterdam. Mais la prudence est si contagieuse que ces dragons n'allèrent pas loin ; déjà à Naërden, ils étaient fatigués; quatre seulement eurent la curiosité d'aller voir la ville aux écluses, Muyden. Ils la trouvent ouverte, en sont maîtres un moment; mais les habitants se rassurent, les mettent à la porte, et reçoivent secours d'Amsterdam. Les cent cinquante dragons avertis, accouraient. Trop tard. Ils n'entrent point. La Hollande est sauvée (20 juin 1672).
Dès le 7 juin, Ruyter, ayant surpris les flottes combinées d'Angleterre et de France et leur ayant livré une terrible bataille, l'une des plus furieuses du siècle, leur fit éprouver de telles pertes que, dès lors, il n'y eut plus à songer à une descente. Pendant toute l'action, Cornélius, le frère de Jean de Witt, représentant des Ëtats généraux, quoique malade, avait bravé le feu; on le voyait, dans son fauteuil, ce ferme magistrat, impassible sous la pluie de fer, respecté des boulets, donnant ce grand augure que la Patrie ne mourrait point.
Il fallait de la foi pour y croire et la voir encore. Elle avait disparu. Sauf la Zélande et deux ou trois villes, la Haye et Amsterdam, la république n'était plus. Le roi la croyait sienne, et à ce point qu'il la traitait en sujette re-