MORT DES DE WITT
bares que Louis XIV avait faites aux populations résistantes. On commença alors à savoir ce que c'était que les armées de Louis XIV, qu'on avait crues civilisées. La fameuse administration de Louvois ne les nourrit point hors de France. Le soldat fut un gueux vivant de vol, à jeun, mais toujours gai, beaucoup trop gai pour l'habitant. Dans le pays d'Utrecht, il y eut dix-sept mois de pillage. Les clefs furent défendues, afin que le soldat pût entrer à toute heure de nuit dans les maisons. Outre d'énormes contributions générales, Luxembourg traita avec chaque habitant pour en tirer le plus possible; sinon, brûlés ou inondés.
La retraite des Français ne releva pas la Hollande. Elle sembla rester sous l'Océan . La victoire de la fausse Hollande, des intrus, du parti bâtard qui voulut un maître et le fit, fut l'enterrement de la patrie. Plus de génies, plus d'inventeurs; ils ne se renouvellent plus. Ce que ce pays a d'éclat, il le doit désormais surtout aux étrangers ; on voit en première ligne l'émigration française, Jurieu, Saurin, Bayle, etc., les orateurs et les critiques. On voit d'exacts et pesants historiens, d'éminents érudits et d'excellents compilateurs, éditeurs, gazetiers, etc., etc. L'inondation coupe en deux cette histoire ; tout avant, rien après. Trois hommes survécurent, mais pour mourir bientôt : Swammerdam et Ruysdaêl, dont l'œuvre est si mélancolique. Spinosa semble un revenant, dernier hôte d*un monde détruit. Il avait fait au siècle sa vraie philosophie, à son image, sans vie, sans air, sans mouvement, dans la fixité du destin.
La guerre de Trente ans a repris. Turenne qui, enfant, l'eut pour école, la refait vieux en Allemagne. 11 s'établit dans la Westphalie, et la mange à plaisir. C'est le père du soldat; il ne voit nul excès, et ne veut rien savoir. L'électeur de Brandebourg, désespéré de cette guerre barbare, accepta un traité d'argent, avantageux, prodigue, que lui
i54 amLLkwa.
offrait LoiBS XIV. A ce trail, nombre 4'AllemanAi searti* r&aiy [reconnurenit le grand roi, acceptèpent ses subeides. Et ce roi de Vmrgent, qu» mardiandait l'£uFope, se ornt si fort, après son éobec de Hollande, qu'il démasqsa l'idée de succéder à Léopold rwant. Les Àllemaii<is purent lire dans un livre de Parie, cen«iré et autoriaé, que l'Allemagne appartenait au roi de Fraacse.
Cest^sur la France même que netorobaient «es terribles folies, sur Golb^t qui fut éerasé. Un mot sur la situatio» de ce grand et malheureux bonMne.
C'était, je l'ai dit, un héros plulét qu'un hamme de génie. Il ne prévit nullement. Il avait, dans son grand effort et sa terrible votonté, trop noéprisé le temps. Il voulut, en un jour, hériter du long tEravail de la Hollande, lui succéder dajis l'industrie et le «ommence. Celte Hdlaade, tant haie, dont 4,00^ vaisseaux par an venaimit cherelMir nos vins, news aidaiÉ pourtant à payer i'imptM. Colbert, unaiattD, lui ferma la porte. 11 dît : c Que ferontils peur oocufsier leurs matelots? » ils firent ce qu'on a tu pendant deux siècles : HoUandais et Attelais, de plus en plus, burent et v^dirent les vins de Portugal, d'Espagne. Donc, ik)s vignerons furent fra|>pés.
Pour l'industrie, la violente improvisalioi» qu'en ùb Colbert, coupée^ contrariée^ avorta en partie et n'eut pas ses graads résultats. Les représailles étrangères en «rrè-^ tèdpent l'eseor. U étouffa dans ea créaiion cemmenoée. Lot, qui scîMis tant de rapports avait besoin <le la paix , il en Tîm à souhaiter la gnerre, qui tuerait la Hollande et bous iWÊrvrirait le monde à coups de canon. Mais cette guerre raocaya. Le roi lui signîia (167^) qu'il devait lui ftreuver soisaittte mlUionsde phis, «mon qvûwi autre les truwmr^t. U fut anéanti, vouluit s'en aller. Cela était impossible; tairt de choses étaient cennmenoées^ ^ tenaient à loi senll Yailàce oialhatreixx esclave traîné ia oerdeau cou, comme lié auxàevnl feagueuis, jeté nnx voies ites ptae «oabrmses.
MORT DIS Bfi WÎTT. 455
Le TôîR Tctencé aux casse-cou des Fompiet et des Mazarîn. Ministre d'un joueur, qu^I liasse donc des opérations de joueur, qu'il mange l'avenir, qaH plonge au gouffre de Temprunt ; là, la voie est facile, on va la tête en bas ; rien de plus doux, c'est la gravitation.
Les embarras du roi ne pouvaient qu'augmenter. En réduisant les conditions offertes à la Hollande, il insistait sur le grand point, rétablissement du culte catholique, rintroductîon d'un grand clei^é, colonie redoutable qui eût là travaillé pour lui. L'Angleterre finit par comprendre que ce qu'on (temanéait franchement en Hollande, on le ferait chez elle par la trahison de Charles li. Elle s'éveilla en sursaut, et frappa fort et juste, — sur York, sur le grand parti de Rome et de la France, ce ténia terrible qui atlaît grossissant, s'agîtant, dans les entrailles du pays.
Charles II, le roi philosophe au-dessus de tout préjugé, avait imaginé un plan ingénieux de tolérance, couvrant d'une même protection FAngteterre , ïe patriotique parti puritara, — et îa fausse Angleterre française et catholique. Luî-méme (13 novembre 4669) explique à notre ambassadeur comme il prépare sa trahison, donnant peu à peu le commandement des troupes, les gouvernements des places et des ports aux catholiques déguisés, aux protestants prêts à se convertir, etc. (Mignet, III, 162.) L'hôtel du duc d'York, repaire de gens mystérieux, dans ses greniers ou dans s^s caves, manipulait les consciences, marchandait les fidélités. Le ministre Arlington était un bel exemple des hautes primes de l'hypocrisie.
Ce qui dérangea ce beau plan, ce fut la magnanimité inattendue des puritains; ils ne voulurent pas profiter d^une tolérance qui couvrait le complot papiste. Ils redemandèrent la persécution, l'exclusion des charges publiques, l'obscurité, la pauvreté. Rien de plus beau ni de plus grand.
Le Parlement put donc hardiment lancer une pierre