‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 50 sur 96 · XIII. il · texte numérisé non relu

XIII. il

46â l'àutriche et l'bspagnj! béfxndsnt les protestants.

la monarchie espagnole. Le voilà maître du Rhin, maître des communications entre la HoUanxle, les Pays-Bas et l'AUemagne.

Il fallut bien que Louis XIV, impuissant contre la Hollande, revînt à sa .première politique, la spoliation plus facile de la yieitie Tuine espiignole, la guerre de catholiques contre catholiques. Singulier revirement. Il s'adresse auK protestants, il caresse la Hollande, veut gagner le ftime <l'OraQge. Il va, derrière TEmpire, encourager, tioiuper les Hongrois calvinistes ; il les compromet par r«spoir des secours qu'il Jie donne point. Tout le secours fut une médaille où il s'intitule le Libérateur des Hongrois. En Angleterre, il paye l'opposition du Parlement et les chefs mêmes des puritains contre Charles II, pour que celui-*ci, dans le désespoir, n'ait de ressource qu'en hiî, soit décidément forcé de trahir et d'appeler l'ennemL

Quelle montagne de haine s'éleva contre nous, quelle furieuse indignation, on put en juger à Senef (4i aoAt 4674). Elle y rendit nos ennemis indomptables, et d'un immAS de soldats 4e toutes nations elle fit une armée aussi ferme que l'armée française. Il y eut deux batailles en un jour. L'-étonnement des nôtres ne fut pas .petit quand ayant rompu trois fois les alliés le matin, se croyant victorieux, ils virent les prét^odus vaincus se reformer obstinément dans un poste nteilleur. Là, la France reconnut la France. 11 y avait force .Francis sous le drapeau de Hollande. Et même les Autrichiens étaient conduits par un Fsaaçais, M* de Souches. La fureur acharnée de Condé, ^i eut. trois i^evaux tués sous lui, le massacre de 8,000 Fruiçais et de 8^ (MO Alliés, tout œla n'amena pas de ré- SKdtat déoistf. CkHklé Ji'en.tira d'avantage que de rester là pour «tftecrer les notts. tParmi ses prisanoiers allemands, il «e<tff0iMiià pbisieurs |irinces dontla présence témoignait

MORT DB "TORinmi. 163

de la •haine T^rôfende êe TÀItemagne. Us -avaient routa combattre en personne éi se donner le Twnheur de frapper enx-mèmes » coup sur le tyran de l'Europe.

Désormais, égalité militaire enftre les armées. 'Hais le roi a encore poinr lui la supériorité dans ki guerre de -sièges, t'inabfleté de Vauban. La guerre des macbines et des murs commence par le perfectionnement du génie, de l'artillerie. Chose curieuse, c'est Vauban, cet ami de Inhumanité, qui, suivant le progrès logique de son art, et ti'ouvant les moyens de prendre et défendre les places par des règles inrariables, créa les phrs terribles aggravations de la guerre. >I1 se consolait sans doute, comme toujours on la feit à chaque invention meurtrière, en se disant que les campagnes, plus courtes, coûteraient moins de sang. Mais, ces règles, une fois trouvées et suivies de tout le monde, les places scientifiquement canonnées, prises et reprises, sont l'objet d'nne succession d'opéra* tions alternatives, qui peuvent toujours continuer. — De plus (Vauban y songea- t-il?) la guerre change de nature; les bombes franchissant les remparts, passant par-dessus la tète des soldats, vont écraser l'habitant pacifique. Elles enfoncent les maisons du tdt aux caves, éclatent, tuent, brkent, dispersent les membres, font voler les cervelles, des quartiers de femmes et d'enfants. Ces désespérés s'arment contre leurs propres défenseurs ; ils forcent les soldats de se rendre. Ceux-ci, pour les Contenir, les massacrent, saccagent la ville avant qu'elle le soit par l'ennemi. Horreur dans Thorreurl un enfer ot se décHineraient les damnés entre eia, pour être torturés ensuite et dévorés parles démonsJ

Ces arts nouveaux, cette terreur des bombardements, doonaient àe 'safHdes succès. 11 ne fallut à Yaiiban que dow roôw pour reprendre la Franche-Comté, par les siégea de Besançon, Salins et Dôle. La Suisse y perdit sa vraie frontière, éoift la neutralité Pavait couverte deux

164 l'actrichb et l'espàgne défendent les protestants.

cents ans. Cette fois encore, comme en i668, on avait acheté les meneurs des montagnes. L*année suivante le roi en une fois acheta la Suisse même, engageant à trèshaut prix tout ce qu'elle avait de soldats (i675).

Au Nord, même marchandage d'hommes. Le roi solde les Suédois et les fait descendre en Allemagne, pour soutenir de ces mercenaires les traîtres gagés de l'Empire, Bavarois et Hanovriens.

Ainsi la guerre, de plus en plus, devient une affaire d^argent. Colbert, traîné, surmené, écrasé, écrase la France. La prodigieuse patience de ce peuple étonne le monde. A Paris, la chose est poussée jusqu'à vendre l'air et le soleil ; les petits étalagistes des halles payent pour la première fois leur place au pavé. Minime et misérable taxe, mais si riche en malédictions! L'impât du tabac, immense et croissant immensément avec le besoin de l'oubli et de l'abrutissement, est donné à la Montespan, pour aider au jeu furieux où un soir elle perdait sur une carte 700,000 écus (Feuquières, IV, 227),

Elle engraissait, cette belle, à l'instar du gros crevé (sobriquet de son frère Vivonne). Elle reluisait d'embonpoint sous sa riche chevelure qui ondoyait de tous côtés. Déjà épaisse de taille, lourde et pesante de croupe, elle mangeait plus que le roi, le premier mangeur du royaume. Nul homme n'eût pu se flatter de boire en gardant mieux sa tête. Sur un repas fort arrosé, elle se versait encore surabondamment, par rasades, les plus fortes liqueurs d'Italie (Madame, I, 357).

La France, par toute l'Europe, gagnait alors le renom du peuple gueux, du peuple maigre. Les Anglais disaient déjà : a Ces grenouilles de Français. » Chose curieuse, deux voyageurs, h cent ans de distance, portent le même témoignage sur la misère du pays. Locke, le médecin philosophe, le vit en 1676 et 1678. L'agronome Arthur Young, vers 1784. Tous deux sont stupéfiés de la quan-

Page 1