‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 51 sur 96 · MORT DE TURENNE · texte numérisé non relu

MORT DE TURENNE

tité de terres délaissées, de maisons ruinées. À Montpellier, Locke écrit : a Le marchand et Touvrier donnent moitié de leurs gains à l'impôt. Un pauvre libraire de Niort qui ne mange jamais de viande, loge et nourrit deux soldats à qui il doit donner trois repas de viande par jour. En Languedoc, les terres nobles, étant exemptes de tailles, se vendent deux ou trois fois plus que celles des roturiers; celles-ci n'ont plus de valeur. Le fermage, en quelques années, a diminué de moitié, » etc., etc.

Quand le timbre et le tabac, organisés en grande ferme, vinrent encore par-dessus cette misère, la Guyenne et la Bretagne firent enfin explosion. Cela toucha le roi qui retira les impôts, calma tout, — puis, leur jeta une armée pour garnisaire. Force gens pendus, roués. Le port de Bordeaux ruiné. Douze cents vaisseaux étrangers s'en allèrent à vide. Voilà comme ce gouvernement furieux allait se ruinant lui-même, s'ôtant les ressources, se coupant les vivres et se fermant l'avenir.

Que serait -il arrivé si les protestants avaient donné corps aux révoltes, ou eussent pris l'occasion pour faire entrer l'étranger? Les Hollandais le croyaient. Leurs flottes, en 1674, étaient venues flairer la France. Un aventurier, Rohan, leur donnait espoir. Rien ne bougea. Nulle voix, nul signe ne leur vint de ce grand tombeau. Loin d'appeler l'ennemi, nos protestants s'employaient avec un zèle aveugle contre la cause commune du protestantisme. C'était leur homme , Ruvigny , député général de leurs églises , qui allait comme ambassadeur mentir pour Louis XIV, nier la trahison de 1673, travailler contre le prince d'Orange et empêcher l'opposition de le mettre en Angleterre en exigeant son mariage avec une fille d'York.

La France, dans cette crise intérieure, eût été certainement entamée au Nord sans les divisions intérieures des alliés, à l'Est sans la merveilleuse habileté de Turenne.

466 l'autriche et l'essàgne défendent les protestants.

Toute une anaéa, il tint l!£mpire ea éctiec suc Le Rbia» £a cette longue campagne^ il apparut ce. qu'il était,. Ls maître des maîtres, entre Gustave et Frédéiuc* Il avait en face- le savant tacticien Montecuculli et une armée irèar forte en nombre. Tout le monde a admiré cette mathéma" tique, mhiimi. de la tactique moderne (Henri Martin). J« crois pourtant qu'il est juste de remarquer^ en. faveur des adversaires de Turenne, qu'ils n'avaient nullement une armée comparable à celle du prince d'Orange à Senef. L'empereur, occupé chez lui de sa guerre de Hongitie, agissait mollement sur le Rhin, défendait à ses Autrichiens toute tentative hasardeuse. L'armée de. r£mpire était &)j> mée de gens neufs à la guerre. PendaM bien des années^ il n'y en avait pas eu en Allemagne.

Turenne avait ôlé à cette armée son^ point d'appui naiturel sur la rive droite du Rhia par la destruction calculée du Palatinat II ût soigneusement manger, consoiunier ee qui put se consommer, puis détruire le. reste, saccager, incendier tout, faire^ autant qu'on put, le désert. Que sert de dire, comme on fait^ que ce furent nos auxiliaires qui firent cette désolation? Elle fut. ordoimëe. et voulue.. Le roi croyait . avoir reçu un outrage personnel du Palatin, soa allié de famille. Ce i^rince avait eiLcusé,, justifié ea pleine diète„ Tenlèvement d'un traître allemand^ Eurstemo berg, agent de Louis XIV, qu'emprisonnèrent les Autriichiens. Turenne trouvait son compte dans la barbare, esir cution qui devait empêcher l'ennemi de subsister, sus cetta rjve^ en face de La nôtre. Limmensité d'un tel pillage lu attacbail.extrémeaxent sa» petite armée.

Qu'il ait eu à cela quelque utilité, stratégique et passar* g^re, je ne le nie point, mais i'affîrme qjxe les choses qjoi créent des haines durables entre les nations sont mSÊi^ vaiscs et iuipolUiques. Pour ma. part,,. lorsque^,daos l'été de 4828, je vis pour la première fois, ce romantique palaia d'Heidfilberg-, oauvre ravissante de laRenaissaace^encona

mon DE TURRoa. 4627

4évasté, rumé^ je me senia AHmiBiMi^ et je gémis pour ma pairie.

Nous ayons signalé dans la ga€rre de Trente ans te piiénomène de T identification absolue du général et de l'armée, Vhemm^^gUmt quand cela se fait, on voLtap«puraitre un monstre de forée. A quel prix j arrive- tMM»? à une double conditian, la perfection de' Tordre aui dedans de eette armée^ mais la tolérance absolue des excès con^ tre l-kebitant. Le gvand et froid tacti(îien, pac ce moyen des temps barbares, se fit phisieurs fois une aomée à lui. Laderniàne, de vtagtMÎenx mille hommes, était danâ sa niainiteUemeiit, si£ortea«ie»t s^tackée; dévouée^ passionnée dans r(^is9anc8, qu'il hasarda avee elle la plus scatr breuse opération qtiî se soit jamais faite en guerre. Ce fut de laisser l'ennemi s'établir en Alaatte, de le rassurer pleinement en séparant^ dispersant sa petite armée derrière te rideau dès Vosges. Ces corps épars avaient le mot pour se réunir le 27 décembre à Béfort, an point où finissent les Vosges. Par la saison la plusrnde, par les. neiges^ les pré^cipices, les torrents, cela s'accomplit. Et l'ennemi épouvanté vitTurenne, réuni, complet, en^ forte masse, fondre aur lui. Il l'enfcmce à Mulhouse, le disperse à Colmar ; dès le 11 janvier (1675), lui fait repasser le Rhin.

li ne fallait pa» moins que ces prodiiges d'audace et d'habileté pour couvrir la décadence* de bonis XIV qui se manifestait déjà. Le grand'ooup, le plus: terrible, quoiqu'il ne produise pas encore ses effets les plus funestes, c'est que l'Angleterre, de plus en plus, tourne contre nous. Résuhat natui^l d'une duplicité qui chaque jour se révète davantage. Que serait-ce si \m 84 vaisseaux de l'Angle^ terre alunissaient aux 4^4 vaisseaux de la Hioilande ? Dkmo^ notre brillante marine, augmentée et surawgmentée'par le mortel eflfort de Colbert, est obligée pour le montent dé s'a^cmamer, de s'effacer. Elle n'ose sortir de l'Océan, et cette amiée ne* se montre que dans la Méditerranée.

168 l'autrichb et l'bspagne défendent les protestants*

L'importante ville de Messine, révoltée contre l'Espagne, venait de se donner à nous. Par une conduite habile, on eût entraîné la Sicile entière. Le roi, avec ce tact parfait et cette connaissance des hommes dont on l'a souvent loué, nomme vice-roi de ce royaume (que Ton n'avait pas encore) un courtisan agréable, le paresseux, l'épicurien, le mangeur, le dormeur Vivonne, léger de paroles et de mœurs, admirable pour faire regretter aux Siciliens la gravité espagnole. Le mérite de Vivonne était sa sœur, la Moritespan, qui voulut, et cela se fit.

Le spectacle de l'Europe, c'était la lutte savante, acharnée, de Turenne et MontecucuUi dans un champ fort étroit, un espace de quelques lieues, entre Rhin et Forêt^ Noire. Cette partie d'échecs très-serrée avait fini en juillet par tourner à l'avantage de notre grand calculateur. 11 avait gagné l'offensive, passé le Rhin ; il croyait pouvoir tourner Tennemi. Même, il s'écria : « Je les tiens ! » il faisait une dernière reconnaissance des batteries des impériaux, lorsqu'un de leurs boulets le frappa à mort (27 juillet 1675?).

L'armée le fut du même coup. Quoique MontecucuUi, malade, eût perdu deux jours, les lieutenants de Turenne, en désaccord, faillirent périr. Il nous en coûta trois mille hommes; heureusement les vieux soldats qui rapportaient le mort avec eux, se crurent encore gardés par lui, et, forts de ce palladium, réparèrent, à force de vaillance, l'ineptie de leurs généraux.

Le- moment est curieux pour observer si vraiment la France, dans le délire de son idolâtrie royale, se faisait illusion. Il paraissait convenu que le roi faisait tout. Tout le monde paraissait le croire, et il le croyait lui-même. 11 se fit fort, en 1671, de se passer de Colbert. En 1673, il alla faire la guerre seul, se passant de Turenne et de Condé. A lui seul, l'année suivante, on lui rapporta la gloire d'avoir pris la Franche-Comté. Donc, qu'importe

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la mort de Turenne? Le roi n*est-il point là? Mais ici la scène change. Personne n*est rassuré. L'abattement, les alarmes sont extrêmes. Cette religion du roi, cette foi sincère dans son génie, sa fortune, pour la première fois, elle est dominée par la peur. La Champagne croit voir arriver les armées allemandes. Un fermier voulait résiliep son bail pour cas de force majeure : « M. de Turenne étant mort, disait-il, l'ennemi va entrer en France. »

Cela pouvait bien arriver si tout Forage du Nord n'était tombé sur nos Suédois que nous payions. Battus par le grand électeur, ils virent fondre sur eux le Danemark et plusieurs princes allemands, furent ruinés en Allemagne. Us se perdirent en nous sauvant.

Le roi, dans les Pays-Bas, avait ouvert la campagne par une sorte de reculade. Il abandonna Liège et ses forteresses, les démantela, renonçant visiblement à garder la moyenne Meuse. Sur l'Escaut, il prit Condé, menaça Bouchain. Mais, quoiqu'il eût près de 50,000 hommes, Orange, avec 35,000, entreprit d'empêcher ce siège. Il se mit même, en grand hasard, dans une mauvaise position entre l'Escaut et la^Scarpe où on pouvait le jeter. Occasion unique, admirable. L'armée fut rangée en bataille le soir, et coucha dans cet ordre, pour attaquer le lendemain. Le matin, tout le monde étant déjà à cheval, Louvois demanda un conseil de guerre. Sans descendre, les maréchaux le tinrent; la cour et Tarmée faisaient cercle autour, à distance; Le ministre redouté leur demanda s'ils oseraient bien faire une chose si imprudente ; c'était jouer la monarchie, faire bon marché du roi qui était là en personne. Tout le monde baissa la tête, même Schomberg etCréquiqui avaient voulu la bataille. Lorges, nouveau maréchal, hasarda pourtant de dire qu'il répondait de l'afiFaire, si on le laissait charger. Mais la Feuillade, attendri, larmoyant, s'adressa au roi lui-même, le pria, le conjura, lui baisa les bottes, pour obtenir qu'il

no L'AUTRICHE ET VVË^mV» DÉFfiSHIBNT LES PROTESTANTS.

ae mit paarau hasacd sa.tèle adorée. h& roi, touché exàrè*inement, loua Tardeur des fffieoQieysv i»aîs soivii Favis du dernioF, pensant aussi c|a!iLéfcatJb plus œyal et plus; qujm»^ tuenxd'attendre^

Orange re^iU dies secours, ftti saïu^é. Et, peu après, u» tromp^le lui étant venu de ehea ooue^ «ree son ftegmc ironique, il prit plaiair à avouar qu'il avail e» belle peur, que, si on Teùt attaqobév U étaii perdo. llile^ charge» de L^ àiï^e h M. de L<»rge&..Maiâ le teo«npaète liMibdroii TallflidH'e ■au roi luir-iBémey ea présence de toute la- GOKtr^

Chose dmre à digérer, qsU'À fui amsf. eonstaié cpi"en« si belle position, ayee.50,00(^ hoinmes, o& ne* s«^ fut pas eni assez fort pour en attaquer 35^000. Cela mit le rokde laaavaise humeur, et, Bouebain s>'étdi»l rendu^ i) s'ennuya, eu& assez de eette pdètre caaaoapagoe, et revint es plein éèé (4 juiUet 1676).

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