CHAPITRE XV
Le SàCTê Coenr. — Tlraité de Rimègae. I(f7fii»i67?.
La monumealalô hiatoice ées digesiionck de nos rois» eommenoée à b uftiâsance d« Louis XIII p«r iies^ ordves de H&Biri IV, eonttnne plaa majestueuse sous Lottis le Gfiandy pair Ift plsme de se» médecios^ Yallot, d'Aoqum el Fagon (msi in^foUa- da la BibL)' £Ue réCule la fiable trop répandue d'une santé immuable. Ces docteurs le suive»! pastout, le raconteni;, le purgeât el le chantent, mélaol à dose égale Trotoires, coliques « pituites et floxiona, la gloiffe elt la natuire.. Mais; il y a gloire aussi pour eux. Car ai. k roi eonobat TEurope, ils oBt un dur combat contre l!esineiBki intérieur, la bile neriie;. doirt ils parlent sano cesfie. Ge fléaUi qui,, dans son enlance, sejouiait au dehors eu diverses eâkur^oences, plus: gnvre en avançant, se trajbit par des. vtaipsurs, et^ des ohagrîns aaa9 eause, désir* d^solitude^ etc., etc. Contre eeprotée, cette hydre reaaiie* saute de 1& bile noire^ on hattait constamment par un^ déluge de bfMililleiilipufgatifi, pîlulesi, de médjeerne». Mais* des signesi firappaut» moniraMnlz l'àcireté persistani» qui devaitâ bientét éclaten eOi tuoaaeruirs, cade, gouite, enfin par la.eélèbre âstoU,. dont, le mi fut opéré ea 1687.
Ce qui étûnu« davantage, c'est la foiUesse réelle du' CûîiSous a»(b(ïlto appareACtSk « Pendant dix ani9^ dit d^Ae^^
472 LS SACRE CGEUR.
quin, de 1667 à 1677, il n'eût pu faire deux lieues au galop. »
Ces dix ans sont justement le règne de la Montespan. Elle fut une maladie du roi, lui faisant la vie agitée, aigre de sa malice, et, vers l^fin, nauséabonde. Quand il revint, après la reculade, cette rieuse lui fut insupportable. Le jubilé ouvert le trouva sérieux et dévot.
Dès 4675, on l'avait pu prévoir, le peuple, à la mort de Turenne, avait dit : « C'est elle qui nous vaut cela. » Les ministres craignaient et détestaient sa langue, étaient excédés surtout de l'obligation que leur faisait le roi de venir travailler chez elle. Elle tenait Colbert par son fils (lui ayant donné sa sœur pour maîtresse). Elle faisait marcher Louvois conime un dogue muselé. Quand on fit sept maréchaux, elle en prit hardiment la liste dans les poches du roi, et dit : « Mon frère Vivonne n'en est donc pas? » Le roi, Louvois, balbutièrent, se regardèrent, bref, dirent que c'était un oubli. Et Vivonne fut mis le huitième.
En Sicile, ce Vivonne ne fit rien que manger, laisser manger, piller ses domestiques. Les Espagnols reparurent en mer, avec le redouté Ruyter et leurs alliés de Hollande. Vivonne n'avait rien préparé. Il était perdu si Colbert n'eût envoyé à son secours. Il avait réussi à obtenir du roi qu'un homme, jusque-là subalterne, mais notre premier homme de mer, Duquesne, commandât dans cette grande circonstance. C'était un roturier, et un vieux calviniste, rude, inconvertissable. Les Turcs parlaient avec terreur de ce vieux loup, t que l'ange de la mort, disaientils, avait oublié. » Une furieuse bataille, entre les deux hommes invincibles, se donna par-devant l'Etna (8 janvier 1676). Les chances étaient contre Ruyter, à qui son gouvernement avait donné peu de vaisseaux, et qui, d'après ses instructions, devait encore les diviser pour placer au centre la flotte espagnole. La bataille resta indé-
TRAITÉ DE NIMÈGUE. Md
cîse, mais avec une perte terrible pour la Hollande (et pour Thumanité), la mort du bon et grand Ruyter. La jambe droite brisée, Tautre emportée, il avait continué de donner ses ordres, mais mourut peu après. Vivonne, qui était resté à terre, daigna sortir alors de son repos et eut le succès facile d'accabler les alliés découragés. Du reste, il rendit la victoire inutile par la haine croissante que ses gens inspiraient pour nous. Ils traitaient la Sicile en pays que Ton doit quitter, inventaient des conspirations pour confisquer, bien plus, prenaient des femmes. Louvois ne manqua pas d'informer le roi en dessous. Mais ce qui le blessait bien plus, c'est que Vivonne le traitait en beaufrère, sans façon, ne daignant même donner de ses nouvelles. Quand on le fit maréchal, il lui fallut deux mois pour faire Teffort d'écrire son remercîment.
Le roi avait assez du frère et de la sœur, d'une femme insolente, d'une maîtresse de dix ans et qui marchait vers la quarantaine. On guettait ce moment. Le timide père la Chaise n'en eût pas profité peut-être. Mais la conversion du roi avait été de longue date préparée en dessous par des mains plus hardies, celles des dames du parti dévot, telles que madame de Richelieu (Anne Poussart). Déjà en 4663, son intendant Desmarets profita de la maladie du roi et d'un moment dévot pour faire brûler Morin. Cette dame, entre les saintes du sombre hôtel de Richelieu, avait la veuve Scarron, personne prude et jolie, fort pauvre, discrète et calculée, propre aux vues du parti. En 4669, la Montespan, alors enceinte, voulant se faire accepter des dévotes, comme l'avait été la Vallière, se remit à elles, et leur donna ce gage de prendre de leurs mains une gouvernante pour le petit bâtard et ceux qu'elle comptait procréer. Forte prise sur le cœur du roi. Elles la saisirent sans scrupule, et chez elle on mit la Scarron.
L'hôtel de la Montespan alors était curieux. Elle y tenait
474 CB màmt ccbor.
deux femmes de grasd contraste, la Vallière, la SearraB (4669-4674), la.pleureuse et la raisoDQable, la Madeleine et la précieuse. Cette pauvre la Vallière, noyée et perdue de larmes, était leur jouet, leur risée. Aux jours sérieux paraissait la Scarron. Le roi, d'abord peu sympathicpie, mais de sa nature médiocre et judicieux, apprécia cette personne sensée, et, si j'ose dire, admiiablement ^médiocre. Elle le prit par un certain goût de sage spiritualité^ et surtout par Tinfluence qu'elle eut sur les enfants.
Pas un de ses bâtards ne lui ressemblait. Leur mare avait eu déjà un fils de M. de Monte^pan. Le premier en^ fant du roi, le duc du Maine, ne rappela que le mari; il en eut Tesprit gascon, ia bouffonnerie; on Tmirak cru, de ce côté, petite fils du bouffon Zamet. Créature mixte, manquée, maladive et bancroche, il reçut .parfaitement rem-preinte de sa garder malade, couvrit scm esprit malin, facétieux, de la fine prudence de sa gouvernante^ fiit le vrai fils de la Scarron. Elle s'empara de même des autres. Elle était sècbe, mais é^le, avec beaucoup d'esprit de suite. Elle les fit tous à son image, de petits saints de décence et de convenance. Produits dans la demi-lumière, ib furent admirés, acceptés des âmes pieuses, qui les firent supporter de la r^e même. Leur légitimation, bien autrement scan<biieuse que celle des mifants de la Yallière, on Tosa. Le double adultère fut enregistré, proclamé (4673). Pas hardi qu'on n'aurait spu faite sans l'appui du parti dévot.
Tout cela avait posé la gouversaonke dans une grande^ faveur. Chaque jour le roi ^sutait dsanatAge tes pieuses conversations. En 1674, l'année même où il eut la pre* mière humtlialion de changer sa politique, U voulut être mieux avec Dieu, finit le supplice de la VaUière, la laissa aller au couvent; elle prit le voile aux Carmi^iâes (4675). Cette année même madame Scarron prit un titre, se fit un i^bluseineni, daiodâste, mais ^ui la posait ; eâe acheta
TRAIli SE Mi^GOE. \7^
SM^ÛM Uvf^s la terre de Maintefiao. La Montespan qiâ, par lirsAisâU, avait supplaaté la Yalliàre, se vit supplantée à son tour. A qai ia £àute ? à la gràee et à Dieu. Ce n'était infidélité, mais (Conversion.
«Quâl.ôn séBaitietcaractèpe? Le roi, .sec et froid, ne donnait guère prise. Les jésuites, trop beureux d'avoir obtenu le silence, ne voulaient râea que gouverner eu dessoaa. Quoique amis du vieux Desmarets,. ils n'osaient trop ^'associera la .petite église ^uiétiste. L'aveugle .Malaval, dès 4670, avait publié aon iivre d'inertie passive, autorisé du cardinal Boaa. Une femme séduisante et éloquente, une veuve de vingt. ans, madame "Guyon, établie à Paris de 1670 à !l680,,précbait la mort mystique, l'anéantissementdans l'amour. £a 4674, avait paru à Rome la Guide^ de Molinos, chaudemefiC a(^rouvée des censeurs des inquisitions de Home et d'Espagne. Elle eut vingt éditions de toute langue en six années (4674-4680). Qui empêchait la Chaise de faire venir au i^i ces livr^ ou ces personnes, surtout TirrésistiMe, la pure et la charmaute, encore dans l'ombre, d'autant plus adorée ?
Cette. poésie n'eût pas été au roi, et «lie eût efCrayé la Chaise.. Le sec, le négatif, le médiocre et le petit, le matériel surtout, pouvaient seuls avoir action. Même la sensualité s.ournoÎBe et raffinée de Molinos aurait été trop relevée. Le confesseur jésuite, aArec sa grosse tête d'Âne et ses longues oreilles (dont rit Madame), était fia, connaissait son bomme, ce qu'on pouvait faire avec lui. De la dévotion, le roi n'entendait que les pratiques, les actes positifs. Un acte seul pouvait mordre sur lui. Mais quel acte? Un miracle? c'était chanceux. La ^sainteté janséniste y avait échoAié. Combien ii'eut-on pas ri £i les jésuites, si la casuistique dont Pascal avait tant fait rire, l'eût essayé ! Ils n'en firent pas. ils en prirent un, iout fait, et se chargèrent de l'exploiter.
Les Yiskandiaei^, comme on sait, attendaient la vi»te de
ilo LE SACRÉ CŒUR.
rÉpoux, et slntitulaienl Filks du Cœur de Jésus. Cependant, il ne venait pas. L'adoration du cœur (mais du cœur de Marie) avait surgi en Normandie avec fort peu d'effet. Mais dans la vineuse Bourgogne, où le sexe et le sang sont riches, une fille bourguignonne, religieuse visitandine de Paray, reçut enfin la visite promise, et Jésus lui permit de baiser les plaies de son cœur sanglant.
Marie Alacoque (c'était son nom) n'avait pas été énervée, pâlie de bonne heure par le froid régime des couvents. Cloîtrée tard, en pleine force de vie, de jeunesse, la pauvre fille était martyre de sa pléthore sanguine. Chaque niois, il fallait la saigner. Et, avec cela, elle n'en eut pas moins, à vingt-sept ans, cette extase suprême de la félicité céleste. Hors d'elle-même, elle s'en confessa à son abbesse, femme habile qui prit une grande initiative. Elle osa dresser contrat de mariage entre Jésus et Alacoque qui signa de son sang. La supérieure signa hardiment pour Jésus. Le plus fort, c'est qu'on fit les noces. Dès lors, de mois en mois, l'épouse fut visitée de l'Époux. (V. le père Galiffet,etc.)
Les jésuites, directeurs des Visitandines, ne désapprouvèrent pas. S'il y eût eu l'ombre de doctrine, de spiritualité mystique, ils eussent été bien plus prudents. Mais ce n'était qu'un fait, un acte matériel et charnel. Ils le dirent et le répétèrent. « C'est le culte du vrai cœur sanglant, de la chair, du sang de Jésus. » Nul besoin du haut mysticisme. Il suffit, disait Alacoque, de ne point haïr Dieu; de lui-même Jésus viendra mêler son cœur au vôtre.
Les deux femmes (Alacoque et Guyon) avaient également vingt-sept ans en 1675. Elles changèrent le monde catholique. La spiritualité de Tune, la matérialité de l'autre, diverses en apparence, réchauffèrent la direction. Elle reprit surtout par le nouvel emblème, par le douteux langage qu'il fournissait, par l'équivoque du cœur matériel et moral dont on usa de plus en plus. En vingt-cinq