‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 53 sur 96 · TRAITS DE NIMÈGUE · texte numérisé non relu

TRAITS DE NIMÈGUE

OU trente ans, on créa quatre cent vingt-huit couvents du Sacré-Cœur.

Dès l'année même où le miracle eut lieu, le culte protestant fut défendu à Paray. On éloigna les regards indiscrets. Le sacré cœur devint comme un drapeau de guerre contre le protestantisme. On Tattaqua en Angleterre et on le proscrivit en France. Le mariage italien dTork donnait espoir aux catholiques anglais. Le confesseur, le secrétaire de la duchesse d'York écrivaient au P. la Chaise, que, s'il pouvait leur envoyer quelque secours, « ils porteraient à rhérésie le plus grand coup qu'elle eût reçu depuis Calvin. » La Chaise donna comme premier secours le miracle et un jésuite.

Pour cette mission difficile, les jésuites, s'ils étaient habiles, devaient choisir un demi-fou ardent, rusé, un Méridional, qui enlevât les femmes, qui inaugurât de passion ce culte du sang. Mais ils n'eurent point le génie de la chose. Ils brisaient trop les hommes pour trouver chez eux celui-là. Ils ne voulaient que des esprits prudents, sobres, un peu littéraires. Ce fut un tel homme qu'ils prirent, la Colombière, jeune professeur de rhétorique de leur collège de Lyon, prédicateur passable, estimé de Patru. Il était déjà fatigué, faible de la poitrine. £n ferait-on un fanatique? ce n'était pas aisé. On essaya de le chauffer un peu en lui faisant passer un an à Paray, près du volcan. Il avait 34 ans, elle ^28. Elle vit tout d'abord son cœur et celui du jésuite uni dans celui de Jésus. La Colombière eût bien voulu en voir autant. U y fit ce qu'il put, tâcha de croire, et y parvint dans la faible mesure d*un homme épuisé, qu'énervait ce contact brûlant.

C'était ce poitrinaire qu'on chargeait d'envahir la robuste Angleterre, la forte patrie de Cromwell ! Caché trois ans dans Tbôtel d'York, ne sortant pas, n'ayant nulle idée 'du pays, il devait convertir les lords qu'York lui amenait mystérieusement. Plusieurs, il est vrai, voulaient croirç xnr. i%

478 LE &ÂGRÉ coeon.

comme \e futur roi. Ces gra»dsï propriétaires, dont les clientèles étaient des armées, pouvaient entraîner le pay«; Mais il fallait de la prudence. On fut peu conséquent. D-une part, on cachait le convertisseur jésuite. D'autre part, on fit chez Y'ork rassemblée triewnale de Fordre^ fait éclatant, impossible à cacher, qu'un Français dénonça*

'Citait u» aventurief , bâtard d'une comédienne, qttl avait été d'abord compagnon d'un missionnaire, bateleur religieux. Métier commun en France, où ce gouverne** ment si sévère laissait pourtant carrière aux perruquiers, tailleurs^ aux: ouvriers paresseux, qui, payés des curés, vaguaient et dressaient des tréteaux pour aboyer aux protestants. Tout leur était permis. 11 se permit un faux, fila en Angleterre et écouta aux portes. Il sut l'intrigue papiste, la dit aux chefs du Parlement. Les papistes n'osèrent le tuer, mais le poignard sur la gorge lui firent jurer de partir. Ge qu'il révéla encore. Les Communes enjoignirent au lord, chef de la justice, d'ordonner l'arrestation des prêtres catholiques. La proscription fut lancée. Une agitation incroyable se fit dans toute l'Angleterre. L'un des ministres tombés qui avaient le plus à craindi^, Arlington, papiste caché, qui avait trahi dans un sens, pour se sauver, trahit dans T-autre, conseilla au roi, à York, d'apaisOT Tagitation en donnant au prince d'Orange la main d'une fille dTork ; bon conseil qui fit d'Orange le candidat national, le vrai rival de son beau- père pour la succession au trône.

Telle était la sitnation^auijubilé de 76. La grâce travail-* lait souterrainement ew Ai^lèfterre, et elle agissait ici au moyen d'une caisse qui achevait de8 conversons. L'assemblée du clergé, pour y aider le roi, avait étendu son droit de régale. Bossuet semblait avoir gagné sur lui qu'il se séparât de la Mentespan. Grande victoire. Cependant, le jubilé fini, on posa, cette question : Reparaîtrait- elle à la cour? — Pourquoi pas? disaient ses amis. Il serait dur de l'exiler, et elle (peut vivre là chrétiennement aussi bien

ijn'alHetrrs. — Oh'posat le cte à Bôssûet; et'il faiblit. Potft qu'ils ne fussent pas trop trouWés eiï se revoyant, on com viirt que la première entrevue aurait lieu devant madâWié de Richelieu et autres dames' respectables; L/a scène ffet étrange. lisse parièretitrlJa^; PUisié' roi salua profondément les bonnes dames^, l'emmena dans un cabinet, d'bii rimpudîque sortit triomphante et enceinte. L*enfàntdè ce moment', le fruit savouré du scandale, outrage au monde; à Dieu; fut la femme du régent; il rappelait' macf(x?n^ Satan, et l'Europe /a FilUe du Jubilé.

Un autre enfant de cette année, c'est Phèdre, ce chefd'œuvre où Rbcine a creusé le mystère d'un cœur qui Hait et veut le crime, remords plein de désir etsensuei regret de ne pas pécher davantage.

Les dames restaient exaspérées. Mais je crois que le roi regrettait la chose plus qu'elles. I! s'en voulait d'avoir repris sa grosse maîtresse, lorsqu'il voyait autour tant de jeunes fleurs. Il fut indisposé le surlendemain (6 août). Le 28, en expiation, et pour consoler les évéques, il leur accorda que les enfants enlevés ne vissent plus leurs , parents à la grille;

La plus belle expiation eût été la conversion de l'Angleterre.^.En même temps qu'on travaillait ses lords par les jésuites, on gageait Charles II, on achetait la nation ellemême par un traité qui donnait moyen aux Anglais d^ faire tout le commerce intermédiaire qu'avait fait la Hollande. On leur sacrifiait Colbert; je veux dire ses manufactures; son tarif protecteur de 1667, qui avait commencé là guerre; on revenait aux droits modérés dé 466'4. Même offre à la HbUaiïdé. Le roi croyait corrompre Orange, en lui offrant une de ses bâtardes avec le LimbourgetMaëstricht. — Refos-. — En plein hiver (février 1677), on envahit les Pays-Bas; En mars, le roi arrive. L'infaillible Tauban prend Valenciennfes, Cambrai ef Saint-Omer. Les habitants leiS livrent, et^su^tôut le clergé. A Gassel, Luxembourg, ayant

Page 1