LES MOEURS. — QUIBTISIIS ET POISON
Elle était réfugiée dans un couvent de Liège. Mais la belle-sœur ne lâchait pas prisé. La Brinvilliers, malgré sa dévotion, dont elle édifiait le couvent, s'ennuyait fort avec ses nonnes. Elle était encore agréable, mondaine au fond, et d'esprit romanesque. Forte dans sa petite taille et de nature sanguine, elle n'était nullement insensible aux tendres impressions. Le jargon doucereux de la dévotion galante pouvait la prendre. On lui dépécha un exempt agréable et parleur facile. On le travestit en abbé. Il s'établit à Liège, Tamusa, Tamadoua de mysticité amoureuse, et, comme elle n'était point cloîtrée, la promena hors du couvent. Là, tout à coup il se démasque. L'ami, l'amant, le directeur, se révèle espion et bourreau. Il la jette dans une voiture, entourée d'archers, la ramène à Paris.
Le pis pour elle, c'est qu'on avait saisi sa confession écrite par elle-même. L'extrait que nous en avons donne l'idée d'une pièce bizarre et très -confuse. Elle y met à la suite, sur la môme ligne, des crimes épouvantables et des puérilités , et aussi des choses impossibles. Elle a brûlé une maison. Elle a empoisonné son père et ses frères. Elle a été violée à cinq ans par son frère (qui en avait sept). Plus, tels menus péchés de petites filles, etc. Tout cela pôle-môle. Elle note surtout et accentue plus fortement ce qui est contre la loi canonique et les commandements de l'Église.
Elle avait beau dire qu'elle avait écrit dans un accès de fièvre. Elle sentait qu'on ne s'arrêterait pas à son dire. Elle s'adressa à un archer et crut l'avoir gagné. Il lui donna papier et encre, et elle écrivit deux fois à Penautier d'agir pour elle. Ces lettres n'arrivèrent pas, et servirent au procès.
Elle était fort légère et se confiait à cet archer, qui la faisait parler. « Penautier, disait-il, est donc intéressé à l'aflïiire?— Autant que moi-môme, et il doit avoir encore plus de peur. Du reste, si je parlais, il y a la moitié des