LES MOEURS. — QUIÉTISME BT POISON
Bien des gens respirèrent après Texécution. Dès lors, le silence était sûr. Pour Penautier, le chevalier de Grammont avait fort justement tiré Thoroscope de son procès : « Il est trop riche pour être condamné. » Il n'avait plus à craindre que les indiscrétions de la Brinvilliers n'appuyassent la veuve Hanyvel. Celle-ci s'était d'avance ôté crédit par un déplorable traité avec celui qu'elle accusait. Ruinée par la mort de son mari, chargée d'enfants, elle avait composé avec lui. Sur sa promesse de lui faire part dans les profits de la charge, elle l'avait elle-même recommandé aux évêques. 11 l'accablait d'un mot : « Vousmême m'avez alors accepté, appuyé I » Elle disait seulement : a J'étais pauvre. »
Il aurait dû pour son honneur, ayant si peu à craindre, faire éclater son innocence au grand jour d'un jugement public en Parlement. Il préféra un procès à huis clos, obtint que l'affaire serait évoquée au Conseil. Elle y fut promptement étouffée, enterrée, et Penautier resta un saint.
Cependant le peuple obstiné soutenait que la grande affaire des poisons n'était pas éclaircie. Le parlement faisait la sourde oreille. Une 'chose éclata et lui força la main : la concurrence effrontée, impudente, la bruyante rivalité de ceux qui faisaient métier du poison.
Il y avait des maisons connues d'amour et d'aventures, d'accouchement et d'avortement. Les dames qui les tenaient, obligeantes pour tous les besoins, avaient par un progrès naturel étendu leur primitive industrie de l'avortement à l'iafanticide, du meurtre des enfants à celui des grandes personnes. Maris incommodes, rivaux gênants, puis concurrents de places, ennemis de cour, disparaissaient. Le métier fiorissait. Empoisonneuses émérites et connues, mesdames la Voisin, la Vigoureux, la Fillastre, associées à des prêtres qui jouaient la sorcellerie, avaient de grands hôtels, laquais, suisses et carrosses.