‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 66 sur 96 · CONQUETES EN PLEINE PAIX · texte numérisé non relu

CONQUETES EN PLEINE PAIX

toute la cour, c'était effronté et piquant. Le roi en fut ravi et la voulut toujours ainsi. La mode en vint partout. Les plus grandes dames du monde s'affublèrent de cette coiffure. Déjà elles avaient copié les robes indécemment ouvertes et flottantes où s'étalaient les grossesses de la Montespan.

Le roi avait monté une maison à la Fontanges, lui donnait cent mille écus par mois, et autant en cadeaux. Luimême, il avait augmenté toutes ses magnificences, avait repris les draps d'or, les plus brillants costumes. Il bâtissait de tous côtés. La cour ne tenait plus dans le petit Versailles. On le refit immense. On commença ce bâtiment sans fin^ prolongé sans mesure, qui est resté décapité, n'ayant pas le couronnement qui devait en relever la platitude. On commença, derrière, les Ninives et les Babylones des monstrueuses casernes où s'entassèrent les ministères, tout Tattirail de cour et de gouvernement, commis, valets, gardes, chevaux, voitures. Trois cents millions d'alors (douze cents d'aujourd'hui).

On pourrait appeler cette époqueV avènement des pierres, La France s'entoure d'une ceinture de trois cents forteresses. La guerre a commencé en ce siècle par Gustave- Adolphe, qui supprime les armes défensives. Et voilà qu'à la fin on donne une cuirasse à la France. Œuvre immense, en beaucoup de points tout à fait inutile. De telles barrières ne parent pas les grands coups. Elles n'arrêtèrent jamais les Gustave, les Turenne, les Frédéric, les Bonaparte. On prodigua à cela le génie de Vauban, et l'argent, et les hommes. Louvois imagina de faire faire les tranchées des places de Flandre par des paysans du voisinage qu'on amenait à coups de bâton, qui travaillaient gratis, sans nourriture, et mouraient à là peine.

Parmi ces violences, ces dépenses, ce crescendo d'enflure et d'orgueil diaboliques, la conversion du roi avançait fort. Madame de Maintenon y travaillait quatre heures

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par jour. 11 délaissa Fontanges. Séparée de lui par ses couches, elle le fut bien plus encore par sa décadence rapide. Rien de plus fragile que ces blondes éblouissantes. Elles doivent souvent leur éclat au vice du sang. On le vit plus tard par la Soubise^ qui mourut de scrofules, décomposée et gâtée jusqu'aux os. La Fontanges fondit bien plus vite. Changement à vue et effrayant. Hier, Taurore, le printemps et la rose. Aujourd'hui un cadavre. Elle demanda elle-même à se cacher à la campagne, ce que le roi lui accorda de bon cœur.

A qui profiterait cette révolution? A la Montespan? Grand fut Tétonnement, quand on vit que le roi ne la visitait plus qu'un court moment après la messe, et non plus après son dîner. Les meilleures heures du roi, son repos, de six à dix heures du soir, étaient pour madame de Maintenon, quatre grandes heures d'interminables conversations. Personne en tiers ; tous deux assis. De là, invariablement, elle renvoyait coucher près de la reine. Il redevint un vrai mari, au bout de vingt ans de mariage.

Conversion édifiante. Et cependant, celle qui y avait le plus travaillé en dessous, la première dévote de France, madame de Richelieu, n'en fut point satisfaite. Elle souffrit plus que personne de l'ascendant exclusif, absolu, de sa protégée, Maintenon. Elle se ligua avec la dauphine. En vain* La Maintenon n'en pesa que davantage, leur rendit de mauvais offices, et le chagrin les emporta bientôt.

La cour avait changé d'aspect. Tout devint morne et ennuyeux, mais tendu en môme temps, contraint, serré. On craignit de marquer et d'avoir de l'esprit. Le roi, n'ayant plus d'amusement de femmes, devint plus âpre. 11 mangea, but beaucoup {Journal des médemis). Circonstance grave qui explique en partie sa violence, sa politique à outrance, ses actes provoquants contre toute l'Europe, sa guerre au pape, sa guerre aux protestants.

20St OONQUÉTIBS m PI^II» PAIX.

^ Le roi, de plus en plus, est Vévtque des évêques. En revanche^ ceux-<â sont des rois.

L'évéque exerce alor» des pouvoirs très-divers. On le voit par une lettre curieuse de Tévéque de Lodève (4673, Corr^ admifu^ IV, i04). Nonnseuleinent il fait communier de force des seigneurs castholiques, non-seulement il travaille vigoureusement à la conversîcHi des huguenots, mais il arrange tous les procès civils. Il encourage^ dit-il, rindustrie,. relève la manufacture des draps de Lodève, etc.

Et d'autre part, le roi semble une sorte de Patriarche : 4^11 nomme les évéques; 2"* il règle leur» assemblées (4 674) ; 3° il se constitue pour ainsi dire évéque intérimaire; dans les vacances, il perçoit les revenus, nomme aux bé- > néiices; c'est ce qu'on appelait sa régale, étendue alors à tout le royaume; les fruits en étaient appliqués à acheter des âmes protestantes.

Résistance d'Innocent XI (janvier 4684 ). Il excommunie ceux que le roi nomme aux bénéfices^ On lui lèche le parlement, qui, trop heureux de sortir du silence, donne arrêt contre certain libelle quon attribue au pape (34 mars).

Le roi n'était pas sans scrupule. Il affermit sa consdenoe en frappant l'hérésie. Il accueillit le ccmseil des intendants et de Louvois qui proposaient d'exempter de logements militaires les convertis, et d'en surcharger les obstinés (44 avril 4 684).. Premier essai des dragonnades. L'effet fut terrible aux familles. Dans les scènes honteuses, hideuses, de ces violences de soldats, on cachait surtout les enfants, ou on les faisait, fuir. Nouveau coup le 47 juin : Permis awc enfamts de sept ans de qmUer leurs parentsM de se convertir. Mesure dénaturée qu'inspira (chose bizarre) une émotion de nature. Fontanges. mourut le 45 juiOi £Ue voulut voir encore le Boi. Il y consentit à gi*and'pe»ke, mais l'impression fut forte; le baiser du cadavre, cette image effrayante de la mobilité du monde, remua sa cons-

FONTAffOBS. — ASSBMBLÉft DU GL£RG£. âOB

ciènce, et, comme expiation, il fit sa cruelle ordonnance, plus cruellement interprétée, pour ravir les petits enfants.

La réclamation de Colbert fit suspendre les dragonnades. Mais madame de Maintenon, flattant les tendances du roi, se déclara contre Colbert et appuya Lanvois. Une ordonnance étrange déclare qu'on s*est trompé en croyant que le roi défend de maUnxUer lés protestanti (4 juillet).

L'enthousiasme catholique monta au comble lorsqu'on octobre, le noufeau Théodose alla rendre au vieux culte la cathédrale de Strasbourg. La grande ville luthérienne du Rhin, trahie, vendue, terrifiée, fUt enievée à l'Empire, et compléta la conquête de TAlsace, continuée en pleine paix. Nos tribunaux avaient, par simple arrêt, conquis quatre-vingts fiefs de Lorraine et dix villes impériales, plus le comté de Montbéliard.

Étrange politique. Il irritait l'Allemagne, et voulait pourtant la gagner. Par des traités d'argent, il (croyait acheter l'Empire et s'assurait des électeurs de Bavière, Brandebourg et Saxe, pour la prochaine éleetion.

La victoire des victoires eût été de dompter le pape. Par un curieux renversement des choses, ce pape était soutenu des jansénistes, ne les haïssait point, et lui-même sentait l'hérésie. Belle prise pour le roi orthodoxe, qui la frappait alors partout. 11 semblait le vrai pape. Les jésuites étaient pour lui et méconnaissaient Rome. Un moment, tout fut gallican.

Le 9 novembre 4684, Bossuet ouvrit rassemblée du clergé. Son discours éloquent porta, au fond, sur un point où il était sûr de persuader : Que saint Pierre ne fut que k premier entre égaux^ que sa chute n'empêdia pas l'unité de l'Église, qu'elle est surtout dlins> ks évêquei^. —le roi leur rend hommage en consentant que ceux qu'il nomme aux bénéfices soient préalablementexaminés par eux. L'assemblée est touchée, et, à son tour, etie cède sur U ques-

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