‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 68 sur 96 · FONTÀNGES. — ASSEMBLÉE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

FONTÀNGES. — ASSEMBLÉE DU CLERGÉ

n'avait été relâché dans les choses de direction? Bossuet lui-même s'était montré très-faible dans le jubilé Montespan. Madame de Maintenon parle de sa complaisance avec une violence étrange. Les jésuites allaient plus loin, trop loin, l'attaquaient sur les mœurs.

Ce grand homme, qui remplit le siècle de son labeur immense, a merveilleusement prouvé qu'il vécut dans une sphère haute. Cette noblesse, cette grandeur soutenue, témoigne assez pour lui. Suivons ici pas à pas M. Floquet, son excellent historien.

Bossuet, lorsqu'il était doyen de Metz, venait parfois à Paris, et descendait chez un abbé. Il y vit un jour une dame attachée à Madame (Henriette); qui était venue en visite avec sa nièce, une enfant de dix ans. Celle-ci était une petite merveille, déjà lettrée et distinguée. Bossuet s'intéressa aux progrès de la jeune fille, qui de bonne heure fut une savante; elle aimait, admirait et protégeait les vers latins.

Mademoiselle Gary (c'était son nom) était fille d'un notaire au Châteletqui lui avait laissé le petit fief de Mauléon (près Montmorency), d'où elle était appelée mademoiselle de Mauléon. Elle habitait la maison patrimoniale de sa famille, près des Piliers des halles. Elle avait aussi hérité de son père un étal à la Halle aux poissons. Placé lucrative, mais sujette à un litige fatal qui dura trente années. Elle croyait avoir le droit d'obliger les marchands forains d'apporter et vendre leur poisson à cet étal. Ils niaient ce droit. A vingt-deux ans (1677), elle voulut l'exercer, et leur fit procès. Elle était sur le pied d'une protégée, ou comme d'une fille adoptive de Bossuet (alors précepteur du Dauphin). Le Lieutenant de police lui donna raison, mais l'autorité rivale, l'Hôtel de ville, lui donna tort. Elle ne lâcha pas prise. De tribunal en tribunal, elle plaida toute sa vie. Dès 4682, les frais énormes l'obligèrent d'emprunter quarante-cinq mille livres que Bossuet lui fit prêter sous sa

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garantie. 11 parait qu'elle avait peu d'ordre. Il fallut plus d'une fois qu'il en payât tes intérêts qu'elle ne pouvait solder. Cette misérable ai&ire durait en 4705. On la poursuivait alors pour remboursement, et Bossuet, voulant lui sauver quelque chose, intervint et se porta aussi comme créancier pour certaines sommes qu'il lui avait avancées. Rien de plus innocent que tout cela, rien de plus public. De Germigny, ils écrivaient ensemble à leur amie l'abbesse de Farmoutiers, ne craignant nullement de témoigner par ces lettres fréquentes les longs séjours qu'elle faisait dans cette terre auprès de Bossuet.

En 1682, elle avait vingt-sept ans, Bossuet cinquantecinq. Malgré cette grande différence d'âge (de près de trente ans), on comprend l'avantage que les jésuites purent tirer de la chose, les risées sournoises qu'ils firent du contraste des deux procès, de la grande lutte gallicane, et de l'affaire de la halle aux poissons. Ils ne dirent pas en face de Bossuet le mot méchant qu'on cite, mais le dirent par derrière : « M. de Meaux n'est ni janséniste^ ni moliniste; il est Mauléoniste. »

Louis XIY, qui n'aimait nulle grandeur que la sienne, put accueillir ces insinuations. Elles expliquent peut-être pourquoi il se dispensa de reconnaître l'obligation qu'il avait à Bossuet pour l'éducation de son fils, le laissa simple évéque, tandis que le jeune précepteur de son petit-fils, Fénelon, quoique peu agréable au roi, eut l'archevêché de Cambrai qui le fit prince d'Empire.

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