‹ Histoire de France, Volume 13Chapitre 69 sur 96 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Madame de Main tenon.— Exécution militaire sur les protestants. Mort de Golbert. 1683.

Le roi, en 1683, fut doublement émancipé, — veuf, — et soulagé de Colbert.

Il lui pesait, le forçait de compter, parlait toujours d'équilibrer les dépenses et les recettes. Dans son long ministère de vingt années, il avait passé par deux phases : la première, où il essaya de subsister du revenu; la seconde, où traîné, forcé, il emprunta et mangea Tavenir. Nous avons vu ce moment décisif où le roi lui signifia qu'on pouvait se passer de lui (467{}.

A la paix de Nimègue, où sa plus chère idée fut sacrifiée, il espérait du moins, s'il n'augmentait la richesse, diminuer la dépense. — Il allège un moment l'impôt, et cependant rembourse 90 millions. Mais le roi en dépense 400. — Plus d'espoir désormais, et nul moyen de s'arrêter. Le mot de Richelieu en 4 626, en 4 638 : On ne peut plus aller, c'est celui que Colbert, après tant d'efforts, d'espoir trompé, dit à son tour m On ne peut plm aller, »

Entre lui et le roi, la lutte était sur toute chose ; en bâ* timents, il condamnait Versailles; en religion, il soutenait les industriels protestants. — Le roi partant avec Louvois en 4680 pour visiter la Flandre, Colbert n'osa le laisser seul

et le suivit. Surchargé de cinq ministères, il emportait la monarchie. A la fatigue le roi ajouta les dégoûts. Colbert revint malade ; on put prévoir sa mort.

L'autre année, autre coup. Le répit des dragonnades qu'il obtint le 4 mai est violemment démenti par le roi (4 juillet). La balance, décidément, incline vers Louvois. — Quel poids nouveau s*y joint? l'influence de madame de Maintenon (V. sa lettre du 4 août).

Le roi tua la reine, comme Colbert, sans s'en apercevoir. N'ayant plus de femme qu'elle, il l'emmena, par une grande chaleur, dans un long et fatigant voyage. Elle était replète, toute ronde, fort molle. Au retour, elle mourut (30 juillet 4683). Madame de Maintenon la quittait expirée et sortait de la chambre, lorsque M. de la Rochefoucauld la prit par le bras, lui dit : « Le roi a besoin de vous. » Et il la poussa chez le roi. A l'instant, tous les deux partirent pour Saint- Cloud. La dauphine voulait être en tiers. Pour la consigner, on lui envoya Louvois, qui lui dit que le roi entendait qu'elle soignât sa grossesse. Les médecins, à l'appui de cet ordre, la saignèrent et la tinrent au lit.

Ainsi, téte-à-téte absolu. D'abord, madame de Maintenon, ne sachant pas la vraie mesure du chagrin du roi, pleurait ou faisait semblant. Mais il l'en dispensa. Après deux ou trois jours il l'emmena à Fontainebleau, la plaisantant sur cet excès de douleur. La dauphine s'y traîna. Trop tard. La place était prise. Le grand appartement de la reine, qui lui revenait, était déjà occupé. Une autre, au bout de cinq jours, couchait dans le lit de Marie-Thérèse oubliée.

Pas un mot là-dessus dans aucun historien. Les nôtres baissent les yeux devant ce mépris des convenances. Les ennemis eux-mêmes, les satiriques de Hollande, ne relèvent pas le scandale.

Jamais le roi ne sut se contenir. On l'a vu, à la fameuse nuit de Compiègne (1668), braver, non la décence seule-

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