EXÉCUTION MILITAIRE SUR LES PROTESTANTS
ment, mais Tétiquette, et coucher dans un galetas. On Ta vu , au raccommodement du jubilé^ devant des dames vénérables, faire Téclipse hardie dont la Montespan fut enceinte. Nul ménagement^ nul délai.
La tradition convenue sur la délicatesse de ce temps est entièrement démentie par les faits. Les misères de la digestion, le plaisir animal (je ne dis pas l'amour) n'observaient nul mystère. Les besoins physiques s'étalent avec une complaisance insolente. Madame, princesse allemande, est fort embarrassée de cette liberté étrange où Ton ne. cache nul acte de nature.
Le jeûne et la saignée répétée quatre fois par an ne suffisaient pas à contenir les moines dans le célibat (Y. Eudes Bigault). Dira-t-on que Louis XJY, à force de sobriété, put changer de vie tout à coup, rester deux ans dans un austère veuvage ? Je vois au contraire chez ses médecins, que, dans ces deux années, il était devenu encore plus grand mangeur, faisait trois repas de viande par jour et buvait son vin pur.
Madame de Maintenon était fort troublée, dit sa nièce. Elle avait des vapeurs, et rien ne la calmait. Je le crois bien. Personne, quel que fût le respect, ne pouvait se méprendre sur sa situation. Si elle ne se fût dévouée, madame de Montespan et Fadultère revenaient infailliblement. Toutefois, ce changement à vue , cette sainte obligée brusquement de passer à un autre rdie , c'était chose risible, et non sans quelque honte. Elle le sentait bien. Elle ne pouvait que s'abaisser dans cette grandeur qui était une chute, lever au ciel un œil humilié.
On Ta peinte, je crois, à ce moment. C'est le grand portrait de Versailles. Les quarante-sept ans qu'elle avait en 1683 sont finement datés, surtout par l'âge de made* moiselle de Valois, de six ans, qui se jette entre ses genoux. Enveloppée habilement, ne montrant que ce qu'elle veut, elle est mise à" merveille, dans une prude coquetxni. 14
%id IIABÀME DE MAINTENOU.
terie, .un xiche noir, inondé de. dentelles. (essb^ce le^leuilde la .reine?). Tout est douteux. Elle regarde, tne regarde pas. Elle tieut une rose, pas trop. rose, un peu .effeuillée, dont les tons semi-violets slbarmonisent foiiti>len au^noir. Elle tcône et .gouverne (comme ^reine? ou comme gouvernante?). Ce qui la relève fort c'est l'humble dépendance de la princesse, l!autorité qu'elle a et gardera .dans la famille, d'avoir donné le fouet aux enfants de Louis le Grand.
Elle a la tête assez petite, mais ronde et décidée. Rien de classique. Jeune, on l'appelait la belle Indienne^, mais elle dut être plutôt jolie, une miniatune créole à petits traits.
Le point noté par Saint-Simon est ici manifeste. Elle avait de la. suite par effort et par volonté; mais de nature elle était variable, sujette à de brusques Tevirements. Ce visage-là n'est pas sûr. Il ne révèle en rien la bonté, l'intimité douce, l'égalité d'humeur. Il indique iplutôt un esprit inquiet, mobile, qui dira Oui et Non. Il y a de l'ardeur dans le regard, mais il est dur, d'une flamme sèche qu'on voit peu chez la femme, parfois chez le jeune garçon. Au totale tout est double. C'est le portrait de l'Équivoque.
Plus je regarde cette femme, si peu femme, qui n'eut pas d'enfants, plus je sens que les misères de ses premières années, sa situation serrée, étouffée, eurent en elle les effets d!un arr&tide développement. Elle.resta à l'âge où la fille est un peu garçon. Elle n'eut pas de sexe ou en eut deux. De là une. certaine masculinité de l'œil et de l'esprit. Elle avait» été jusque-là pour le roi un docteur, un prédicateur. C'était comme son directeur, dont il faisait une maîtresse. La sensualité du sacrilège, du plaisir dans la pénitence, dont il. avait goûté au jubilé, se retrouvait ici. Sous ses dentelles noires, elle était le jubilé môme.
Ce funèbre portrait, l'entrée brusque de cette douteuse
EXÉCUTION Mt&ITAlMB SUR LBS 'l'ROrESTANTS. ^i
figure dans le lit d-im^ morte, est ijuatenaei^ la date de Texpiosion du Midi, des .cruelles exéoutions. militaires sur les protestants (1683).
Une aveirse d'.édits pedrséouteurs les avait mis^au désespoir. Toutes carrières fenmées. Ia vie noéme impossible : défense .de naître ou «de mounir, sinon dans les maint catholiques. Les temples abattus. Us oonvieutnent d'aller encore tous une fois prier suries ruines, et^faire requête au roi (4 juillet). On fait peur aux catholiques d'une m grande assemblée, et on les .arane. L'-éttncelle part du Dauphifié, .éclate en Vivarais, en Languedoc. Les protestants arment aussi, on lés amuse, on les divise. Onrpamasse des troupes. Ceux de Bourdeaux (Dauphiné) allaient prier hors de la ville. Ils voieiKt des dragons qui s'y dirigent. Ils savaient déjà comment ces soldats traitaient les familles; ils ont peur pour leurs femmes, revieiinent, reçoivent des coups de feu et les rendent. Voilà ce .qu'on voulait, voilà le sang^ersé.
Le gouverneur Moailles contenait jusque-là, à grand'-peine, et à Taide des gentilshommes catholiques, la violence du clergé. Il se décida. Il comprit, en courtisan habile, que cette explosion lui mettait la fortune en main« Aux ordres cruels de Louvois qui prescrivaient la désO" lotion, il obéit par une exécution plus cruelle qu'on ne demandait (chose avouée dans ses Mémoires, p. 15). — Nombreux supplices, de Grenoble à Bordeaux. Massacres en Vivarais et massacres aux Cévennes. Toute une armée dans Nîmes, une si terrible dragonnade, que la ville fut oonvertie en vingt^quatre heures.
Noailies .craignit d'avoir été un »peu loin. Jl écrivit au roi qu'il y av^it bien eu quelque désordre, mais que tout se passerait en grande sagesse et dincipliney et^qu'il pronaettait sur saléte qu'avant le 25 novembre il >n'7 aurait plus de huguenots en Languedoc.
Ces rleltres apportées au teonseil n'y trouvèrent plus
celui qui, en 81, avait sauvé les protestants des premières dragonnades. Louvois était le maître et Colbert se mourait.
Il était mort de la ruine publique, mort de ne pouvoir rien et d'avoir perdu l'espérance. On lui cherchait des querelles ridicules. Le roi lui reprochait la dépense de Versailles, fait malgré lui. Il lui citait Louvois, ses travaux de maçonnerie et de tranchées faits pour rien par le soldat, le paysan, comme si les travaux d'art d'un palais étaient même chose. Il Tacheva en le querellant sur le prix de la grille de Versailles. — Colbert rentra, s'alita, ne se leva plus.
11 mourut détesté, maudit.- Il fallut l'enterrer de nuit pour lui sauver les insultes du peuple. On fit des chansons, des ponts-neufs sur la mort du tyran. Mot mal appliqué? non. Ce très- grand homme, en deux sens à la fois, avait été le tyran de la France.
Tyran par la situation, le temps et la nécessité des choses; tyran par sa violence dans le bien, et son impatience, par l'emportement de sa volonté.
La guerre et Louvois, le roi et la cour, Versailles, le gaspillage immense, sont très-justement accusés. Mais, il y a autre chose encore. La situation était tyrannique. Colbert bâtit sur un terrain ruiné d'avance, celui de la misère, qui progressé en ce siècle sans pouvoir l'arrêter. Des causes politiques et morales, venues de loin, surtout l'oisiveté nobiliaire'et catholique, après avoir ruiné l'Espagne, devaient ruiner aussi la France.
D'avance , Mazarin tue Colbert. L'impôt doublé vers 1648, reporté par la ligue des notables sur le petit cultivateur, l'obligea à vendre son champ au seigneur de paroisse. Mais ces champs réunis dans une main oisive produisirent peu. Il y eut sous Colbert famine de trois ans en trois ans. Pour nourrir aisément les armées, les manufactures, lui-même il maintint le blé à vil prix, en défen-