EXÉCUTION MILITAIRE SDR LES PROTESTANTS
dant presque toujours l'exportation, donc, en décourageant le travail agricole. De 1600 à 4700, tout objet fabriqué quintuple de valeur. Le blé seul est traité comme une production naturelle où le travail ne serait pour rien ; on ne fait rien pour lui ; il reste au môme prix. (V. Clément.) ' '
Le mal d'Espagne, la haine du travail, le goût de la vie nfble étaient de longue date inoculés à ce pays. Colbert roula dans le cercle d'une contradiction fatale. Il veut décourager V oisifs dit-il, il frappe les faux nobles. Par quoi? par l'autorité du roi, du roi des nobles, qui attirant tout à la cour, nobilisant la nation, la ramène à l'oisiveté. La vie morte et improductive du courtisan, du prêtre, de plus en plus amortit tout.
Cet homme du travail est dévoré par trois grands peuples improductifs : le peuple noble, qui de plus en plus vît sur rÉtat; le peuple fonctionnaire , que le progrès de Tordre oWige de créer; troisième peuple, V armée permanente^ énormément grossie. Or le roi, tirant peu ou rien du grand corps riche, oisif, je veux dire du clergé, Colbert, triplement écrasé, est forcé d'inventer un peuple productif, de surexciter le travail, en repoussant l'industrie de l'étranger. Guerre de douanes, et bientôt guerre d'armées. Lui-même, si intéressé à la paix, il entre vivement dans la guerre contre la Hollande, et croit hériter d'elle pour la mer et pour l'industrie.
L'histoire ne peut rien citer de plus grand ni de plus terrible que sa subite improvisation de la marine. Elle étonne, elle effraye et par l'énormité matérielle, et par la violence morale. Colbert demanda à la France le plus rude sacrifice qui jamais lui fut demandé (avant la conscription). Je parle du régime des classes, oii toute la population des côtes, enregistrée, numérotée, reste, dans ses meilleures années, disponible et prête à partir, pouvant être, d'un moment à l'autre, enlevée par l'État. L'armement des ga-
9lH MAfiÀMC DE MAINTEIfON.
lères, si préci^té, si cpuel (on Ta vii),.^it honreur. Les pix>eédés de 93 ^ de Jeàii-Bont«SaiAt-Âd^drà ^ qui sut en quelques mois faire iHie immense flotte,, la monta, y souiiint contre l'Angleterre noU»e jeune drapeau^ népublioaiii) ces môrvetlle» de laTenreuif font penser à Golbert* Et les résultats du ministre ne furent guère plus durabtes- qae ceux de lai Ck)Bve Atio»\
Même véhémence^ impalienle d£»is< les réglementaire commerce, dans cette autre improvisation d!une industrie française. Il fut justement indigné de voir, un peuple ingénieux, et très-artiste en bien des chose», alitendm. et recevoir d'aiileursrtous les pr<oduits des•artâ^utiles..La fabrique n'est pas seulement une production de ricbesae ^ mais aussi une éducation, le développement spécial de telles facultés^ de telle aptitude. Un peuple qui. ne ferait qu'une chose serait bien bas dans Téchelle des^peuples^.Golbert éveilla^ révéla, dans celui-ci, une adresse ignorée^, fit éclater ici un art nou^reauv celui surtout qui met le goût et l'élégance dans tous nos besoins d'intérieur, qui celève la YÎe matérielle d'un noWe rayon de l'esprit.
C'était beau^ c'était grand en soi. Mais les^ moyens ftirent moins heureux. D'une part, eette industrie nais:santé, tout d-abord^ il la veut panfaite; eette jeune plante qui ne peutcrolti^ que des libertés de latvie, il Pens^ne et l'étoufie dans les précautiosie. tj^mnniques» Presque au début, ses règlements sont des lois de terreur (jusqu'à mettre au carcan pouc une m&rchandise défectueuse, t670}. De cette perfection imposée,, il espérait autoriser nos produits devant l^étranger, les faire acheter de oon^ fiance. Mais^ en risvancbe, il empêchait la fabrication inférieure de satisfaire aux besems moins exig^iitS' des classes pauvres.
On a dit à merveille^la grandeur de cette'Croatîon industrielle, mais pas assez sa chute, sa prompte décadence. Elle périt, et par I» misère générale (plus â'aicheteuDs)^ et
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par rémigFatîon (les^prodUctmirs s'en vont' môme- avant la moFfedeColbert?): 14 assista» deses derniers regardfe-au âétmquemenUde'Héâiftoe qui' bientôt allait s'écrouler.
Le grand* historienide la France pour cette' fin» du sîècte est Pesant de Boi^g^iilebert. U ne sait pas les' temps anciens, et il a le tort'decroireque^les maux datent! dfe 4660. U n^en^estpas moins véridique, 'admirable, dans lé tableau qu-illfait desf misères du paysetdésabuts criants quisubsistèrent: sous Golbeit même'. lies trois Terreufys du fisc (tailles, aidesv douanes) y sont en traits de feu. I( tautvoir là marcher paii Tes village» tes- malheureux collfecteurs paysans. qui lèvent la taille et' en répondtent. Hs n*y vont que d-ensemble , pao bandes, d« peur d^étre assommés^. Mais on- nCarrache rien à qui' nf a rien. Tout retombe sur eux. L'huissier du roi saisit leurs bœu€s, lé troupeau dU village, puis Ife personne môme de» ces notables coltecteurs-; ils sont emprisonnés. Et que de détails effroyables j'omets ! Lisais, entre autres choses, la mort d'une commune,, celle de Fécamp, si intéressante par sa pèche hardie de Terre-Neuve, et qui tombe en vingt ans de cinquante à six baleiniers.
Les^ aides t dest bien pis. Les commis devenus maiv ohands font une guerre atroce aux marchands qui veulent acheter, le vân au.vignevon, et non à eux. Toute commua nication est interrompue. « Ce qui* vient du: fepon ne* fait que quadnupler da prâs par la" distance.. Mais ce qui passe ici d'une pnovince. à l'autre devient vingt fois plus cher, vingt-quatnerfois. Le vin d'un sou'à Orléaais vaut à Rbuen vingt-quatue. Le conimis-,. à( lui seul , est six fois pilis terrible que les pirates et les^tempétei', qu'une mer de quatre mille lieues. « La France arrache ses vignes. Le peuple ne boit plus que de l'eau. »
La douane a tué le commerce étranger.. Nul marchand n'ose plus se mettre aux mains d'un receveur qui lui fait un procès, s'il veut, et n'est jugé que par des juges à lui.
Ainsi le peuple, ainsi Colbert , restèrent les misérables serfs des financiers, des fermiers généraux, des traitants, partisans, plus puissants que le roi. Colbert, à son début, avait eu le bonheur d'en pendre quelques-uns. En vain. Ils durèrent et fleurirent, et, vers la fin, ils l'étranglèrent, — bien plus, ils firent maudire son nom. Sous Mazarin, c'était le chaos absolu. C'est, sous Colbert, un ordre relatif. Les vieux abus subsistent, mais avec la force odieuse de l'ordre, que leur prête un gouvernement établi.
Sous Mazarin, la France misérable, en guenilles, buvait encore du vin; mais, sous Colbert, de l'eau.
Les progrès sont des maux. Sous lui, les fermes générales ne sont plus données à la faveur, mais à l'encan, au plus offrant^ et elles rapportent davantage. Oui, mais à condition qu'on permette aux fermiers les rigueurs terribles qui font de la perception une guerre. Dans son mortel effort, Colbert agit ainsi contre lui-même. Elle lui échappe, quoi qu'il fasse, cette France qu'il voulait guérir, travaillée des recors, mangée des garnisaires, expropriée, vendue^ exécutée.
L'immense malédiction sous laquelle il mourait, le troubla à son lit de mort. Une lettre du roi lui vînt, et il ne voulut pas la lire : « Si j'avais fait pour Dieu, dit-il, ce que j'ai fait pour cet homme, je serais sûr d'être sauvé, et je ne sais pas où je vais... »
Nous le savons, héros I Vous allez dans la gloire, vous restez au cœur de la France. Les grandes nations, qui, avec le temps, jugent comme Dieu, sont équitables autant que lui, estimant l'œuvre moins sur le résultat que sur Teffort, la grandeur de la volonté.
GlîAPITRE XIX
Mariage du roi et RévocatioD de l'Édit de Nantes. 1584-1685.
Une chose frappe dans plusieurs des discours solennels qui ouvrent les assemblées du clergé ; c'est qu'il se dit persécuté. Comment? par qui? je cherche en vain.
Sont-ce les protestants qui le persécutent de leur esprit critique? Ils n'ont plus guère envie de rire. Ils ne sont plus l'école qui, d'Orléans, de Sedan, de Saumur, troublait de ses brocards curés, prêtres et moines. Ils sont graves depuis Richelieu. Leur orgueil est tombé depuis qu'ils se sont vus découronnés de leur haute noblesse, des la Trémouille, des Bouillon, des Rohan. Leurs gentilshommes de campagne ne désirent que l'ordre et la paix. Dociles aux gouverneurs,* ils les aident même à calmer le paysan. Le protestantisme d'alors, dans sa masse principale, se compose de commerçants, d'industriels, — peuple hier, aujourd'hui bourgeoisie, qui par l'économie s'est un peu enrichie sous Colbert. Sans clientèles que quelques ouvriers, ils se voient comme perdus dans la foule catholique, qui envie fort leur petite fortune. Serré entre les ordonnances qui le frappent d'en haut et les violences qu'on suscite en bas, ce peuple se fait petit et n'a garde de provoquer, de persécuter ses tout-puissants ennemis.
âlS MARIAGE DU ROI
Ce mot persécuter'resie donc une énigme? non. L'explication est donnée par les plus sages catholiques et les mieux informés, les gouverneurs, les intendants. Ils témoignent que, ni pour les mœurs, ni pour Tinstruction, les catholiques ne soutenaient la comparaison avec les protestants, ni les prêtres avec les ministres. Quelques génies ne font pas un grand corps; Bossuet etFénelon, dont on parle toujours, quelques évêques habiles, ne constituent pas le clergé. Il faut envisager Tensemble.
L'intendant d'Àguesseau, dans son plan de réunion, dit qu'on doit commencer par la réforme des catholiques. Il déplore Tignorance du clergé en Poitou et en Languedoc (Mém de Noailles). L'intendant Foucauld (ap. Sorurches, II, 315, 323) dit la même chose, et s'afflige des mœurs scandaleuses des cui^s^. Legouverneuc liioÂilles insiste' sur les mœurs honteuses^ du clergé des^ Cévennes^. sur l'igoor r^nce des curés de Languedoo^qui prêchent fort raremant et sont incapables, dit-il, d'inâtruire le peuple ou. de soutenir des conférences ai^ec le& ministres. Ui demande que les missionnaires rendent compte* dfabordi à liint^ndant^ plus capable que les évêques, etc.
Il était arrivé au clergé ce qui amvesraiti à tout oorps puissant qui aurait pour lui. le gouveimemeni , et €pii de plus se jugerait luinnéme, donc n'aurait rien kx craindm. C'est que, d'uiïe part, il aemit trop grand seigneur pour étudier et travaillerait peui PoBt-Royal fermé,, rOratoioe réduit, contenu, il nfy avait de grande école que Saintr- Sulpice, qui systématiquement fut médiocre et priideiûrment stérile. D'autre part, une classe tellement en crédit, dominante, opulente, se gênait peu et cherchait son.plai*sir. Le roi se convertit, mais l!archevéqaa de Pari»^ Hariay de ChampvaUan,.ne se convertit pas. Ses visites^paatoralesà ses maîtresses étaient la fable de la ville. La Correspondanoe administrative moatre toute la peine que ppitle roi pour modér^r^ étouffer les scandales, pour maintanie aui moins
ET RÉVOCAIBON DB. L'Épiï DE NANTES. 219
dana la déoence^ un* ooi^ qti^ S6s chefs, ne" eontenaient guère, et pour arpéUeri.retapd^r la débâcle de TËglise.
En< ûd'SeBs,. lej^ protestants pepsécutaient, humiliaient le clepgé. Leue vie serrée et régulière en> semblait la satire» et celle même des catholiques en* général. Le grand trait des mosucs de ce temps, la dévotion galante et la pénitence aoaiOJiireuse,, Tuniversalité de l'adultère, distinguaient, séparaient fortement les deuA sociétés. La grande France, décote et mondaine, a^ait sar béte noire en la petite, chagrinev. auetèite, quiy sane rien dire, contrastait par ses n^eursy importunaitr de son tsista^ regand.
On étaib loiU' de la Saint-ftairthélemy, et même! de la guerre de Tneiuteane. Pour qu'il y eut. uae grande perséeution, \t fallait qfm beaucoup de gen& y troublassent leur compte et y eussent leuv intérêt, enfin qiiecefû^ wie affaire.
L'iiuluslirie était malade. Le tnaité de Nimègue, qui iiit la déroute de Golbert , sa nooirt et la diaporition. de cette grande volonté, avaient fort ébranlé son édifice artificiel. Les villes catholiques, Paris, Lyon^. se plaignaient,, accusaient Nîmes, les fabriques protestantes, Findustrie popu- 'laire du Mîdiv et ses produits à boni marahé.
La noblesse, comblée par le Boi («quoi qu'en dise* Saint- Simon)^ et recevant sans cesse,, ne se» plaignait guère moins. La vie. de cour la ruinait.. On a'osait solder les fortunes,, on n'eût vu dessous que raJ^kne. Le roi^ obligeamment», interdjyt la pubUdâé des hypothèques^ qui eût mis à |ou>r cetlie gueuserie d»s goanda seigBi^ies. ftuinës par le jeu, les loteries^, la plupart attendaient u» coup du sort pouf remonter. Plusieurs faieaicttt le sonti^v au tifiu d'attendre,, ou en volant au jeu, ou par la pondre de mecession, he^ plus hauts meadiaienÉ, aa\ lever,, aujeoucher, dévalisaient le roi de tout ce qui venait, offieeoa bénéfice. Hais tout cela,, des buibesl des^ n»ietèes ! Us périement, s'il ne tombait d'^t kwit une» gvaiKle laaime^ impvévne, quelque vaâto oonfiseationi.