RÉVOLUTION D'ANGLETERRE
fiait à croire que tout cela était une feinte, qu'il descendrait en Normandie. Il fit même démolir les travaux que Vauban venait de faire à Cherbourg, de peur qu'on ne s'en emparât.
Guillaume débarqua à Tortay (15 nov. 88), et fut bientôt en possession d'Exeter. 11 vît l'Angleterre autre qu'on ne lui avait dit, trouva un froid accueil. Pendant dix jours qu'il fut à Exeter, personne ne vint à lui. Son manifeste, combiné pour plaire à l'Église anglicane, aux tories, aux vieux royalistes, avait ajouté de la glace à celle qui déjà était dans le pays. Il venait, disait-il, défendre le protestantisme, mais pas un mot pour le parti avancé du protestantisme, presbytérien et puritain. Les anglicans auxquels il s'adressait, quoique fort mécontents de Jacques, penchaient plutôt pour lui, lui revenaient, gagnés par ses concessions, et ils lui restèrent jusqu'au bout.
Heureusement, Farmée de Guillaume était ferme. Elle était précisément forte par cet élément calviniste qu'il répudiait en Angleterre, je veux dire par nos huguenots, les frères des puritains. Je m'étonne que M. Macaulay ait cru devoir laisser cela dans l'ombre. Je ne crois nullement que la grande Angleterre, avec toutes ses gloires, son aînesse dans la liberté, n'avoue pas noblement la part que nos Français eurent à sa délivrance. Dans Ténumération homérique que l'historien fait des compagnons de Guillaume, il compte tout. Anglais, Allemands, Hollandais, Suédois, Suisses, avec le détail pittoresque des armes, des uniformes, tout, jusqu'à trois cents nègres à turbans et plumes blanches que de riches anglais ou hollandais ont derrière eux. Il ne voit pas les nôtres. Apparemment^ la troupe de nos proscrits, par le costume, ne fait pas honneur à Guillaume. Plusieurs, sans doute, ont l'habit de la fuite, poudreux, usé, troué.
Tels quels, présentons-les ici. Les chefs du génie et de l'artillerie sont Cambon et Goulon. Les trois aides de camp
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de Giûilaume sont aussi des. Français^ Trois Kégimeoi»d'infaolerie, en toui^» deuK> mUle deux cent oinquante hommes^ sont Français, très^redoutable. troupe, pleine dd vieux soldats de Turenne, de gentilshommes et^d'officiers,qui» dans cette guerre- sainte,, trouvaient bon d'être. soldats. Ajoutez im^eseadron irançai& deeavalarie^ Bien plus,, presque toute, rajrmée. était française, par ses oadres. Guil* kume y avait dispersé dans tous les corps, comme un fer* ment d'honneur et de bravomrû, sept cent, trente-six denos officiers (voir les noms dans Weiss),
Cesgens^là, maintenant, n'ayant, rien sur la terre, nul foyer que la place- qu'ombrageait le. drapeau d'Oxange,, seraient morts trente fois plutôt que dcincle pas tenir ferme. Sous eux, les soldats achetés, ^ les. meroenaires, ne purent que marcher droit. Une telle armée, pouvait at^ tendre dix jours, vingt JQurs ou davantage.
Macaulay ne cache pas; l'exiréme indécisioa de l'Âixgjteterre. 11 avoue qiie,; quand Jacques eut fui honteusement,, il avait, cependant pour lui l'armée navale, , et,, dans la. Convention, nouvelle la. moitU des Lordsy^ lu tiers, des Corn--' mimes. Ce tiers se. serait. augmenté, car l'Église anglicane était pour lui, le pressait derestejr. Guillaume eut tout. à. craindre. Le sens de la. famille est fort ea Angleterre,, et la.vue de ce pauvre diable,., détrôné par. son gendre, sa Me aînée, trahi de la cadette^, trahi du frère de sa< maîtresse,. Churchill, malmené dans sa. fuite et houspiâlé par les marins, cela touchait beaucoup* Quaadâli rentra à Londres, si' misérable, on le r^utencore en. noi et on sonna les cloches. S'il n'eût pris peur^ n'<eùt fiû enoore, il eût. pu donner ce spectacle d'une assemblée. partagée par nu>itié, d'une nation incertaine^, lasse da Tun^, mais n'ainumt pas rautre>,i.etles rej^etani tous les. deux.
Il est fort curieux vdevoiravec oombien* de difficultés, de façons, de grimaeesv le Rarlement avala ladure pilule que présentaientt les Whigis, avec combieoik det peine, il fut
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tcaina à Taete: glorieux, qui fonda, pour Tâvônir, fiôuir Viexemple: du .monde,, la liberté publique,.
Oa.ixe soit pas vcaimeut^i>ropératioa. se fût faite, jsans une maladresse insigae.de Jacq\ies,.qj^iy,de.Erâocdj|éari(Vit à TAssemblée de ne pas désespérer de sa clémence, assurant qu'il pardonnerait aux traîtres, sauf quelques-uns qu'il ne nommait pas. « Il annonçait à ceux qui disposaient de son sort, que, s'ils le rétablissaient, il n'en pendrait que quelques-uns. »
Cela l'acheva, décida contre lui les Pairs qui le défendaient encore. Ils votèrent à Vunanimiiè : Plus de roi papiste ; — à la majorité de deux voix : Point de régence (c'eût été un moyen indirect de continuer Jacques et le droit divin). Enfin, à la majorité de neuf voix, ils votèrent la grande hérésie, déjà votée par les Communes, reconnurent qu'il y avait un contrat primitif entre le prince el le peuple.
Ce contrat (idéal ? historique ? il n'importe guère pour la vérité éternelle) finit l'enchantement. Hallam le dit très-bien : « Le meilleur de la constitution de 88, c'est qu'elle rompit la ligne de succession. Nul remède n'eût été trouvé (les préjugés étant si forts) contre l'éternelle conspiration du pouvoir. »
Ajoutons que ce fut le salut de l'Europe. Le grand traître depuis un siècle était la maison de Stuart qui partout avait fait la victoire catholique, les succès de TAutriche d'abord, puis le triomphe de Louis XIV. Ce tronc fatal, il fut coupé, et avec lui le droit divin, le dogme de l'hérédité. Si la monarchie se refit dans la quasi-hérédité que voulaient les Anglais, ce fut cependant sur la base posée par Sidney et Jurieu, l'élection primitive et le contrat social.
Le ciel ne croula point et le tonnerre n'intervint pas. Il est vrai que pour rassurer la dévotion politique des Anglais, inquiète de tant d'audace, on eut soin de faire cette
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chose nouvelle avec toute espèce de vieilles formes. On prit les salles antiques et Tantique cérémonial, toutes les comédies surannées et les mascarades gothiques. La jeune liberté naquit sous un masque de vieille.