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3^ ESTHER. — LE PàLÂTINàT.
krgieii devient pvbliciste. 11 parle au nom descatholiqaesy pour eux, pour tous, pour sa pauvre patrie. U y montre^ de classe en classe, la terrible asphyxia où est tombée la France^ et combien les classes même oppressives y sont opprimées. U y invoque les États généraux.
Livre chaleureux et sincère, très-noble par sa modération^ par l'omission volontaire de certaines choses. Pas ua mot sur les mœurs du roi. Devant les vices nK)narchique3, son austérité baisse les yeux. Â tort pourtant, à tort. Ces vices firent le destin du monde.
Que de choses aussi il ignore. Que de soupirs étouffés, contenus, eussent pu ajouter à ce livre ! S'il eût vécu en France, il aurait vu mille détails douloureux dans Técrasèment des catholiques. Un surtout est frappant et trop peu remarqué, la manière outrageuse dont on traitait Paris, ses vieilles gaietés innocentes assommées à coups de bâton. Pour un mot de plaisanterie sur Taqueduc ée MaiAtenon, les bourgeois enlevés, et forcés de gâcher pour les. maçons, de porter la hotte et de faire le mortier.
Partout où brille encore une faible étincette vitale, à rinstant étouffée ! Le jasisén^me, pour avoir per^cuté les protestants, n-en est pas BK)ins persécuté. Les velléités de libre pensée qui surgissent de l'Oratoire, sont rudement réprimées. Son grand penseur Malebranche est àpvement censm'é par Bossuet. Son grand critique, Richard Simon, savant dans la langue hébraïque, a le tort de deviner par quels accroissements a végété l'arbre mystérieux de la Bible, d'en donner la physiologie. Bossuet l'aocable de sa fière ignorance. Simon n'est accueilli que des protestants quMl a combattus. Menacé, mordu, poursufvi, il désespère et meurt, brûle ses manuscrits dont on eût abusé.
A ce moment où la kingue française s'étend et pénètre partout, elle est persécutée en France. L'Académie française la met sous clef et prétend la tenir étouffée, étranglée, dans son petit lexique du langage poli. Son directeur
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Cbacpenlier,. immortel par le ricticule et la boursouflure des inscriptions, avec le secours de Bossuet» arrête reotreprise séditieuse de donner à la nation sa langue comr plètedans un .dictionnaire encyclopédique. Le très-savant, très-spirituel Furetière» qui a fait ce travail immense, meurt à la peine (1688). Son livre, qui paraît après sa mort eten Hollande,, est à Tinstant volé par les jésuites, qui lui prennent tout jusqu'à ses fautes, et ne suppriment que son nom.
Siècle d'or pour les gens de lettres. Décimés par Boileau, asservis par Colbert et (pour coup mortel) protégèSy ils finissent en deux académies. L'âge vert et fort du grand Corneille enfanta celui-ci, qui n*enfantera rien. Vers la fin du siècle, il tarit, attaqué du mal qui achève les vieil* lards, étisie et consomption.
Qu'il faudrait ajouter encore au livre des Soupirs, si Ton parlait des autres classes, des Parlementaires par exemple. £xistent*ils encore? fteconnaitrai-je nés magistrats austères, ou même au moins nos frondeurs intrépides, dans ces imitateurs ridicules des nobles, ces danseurs, ces joueurs^ qui le matin arrivent au Palais sans avoir le temps de changer Thabit de bal, cachant arlequin sous Thermine? La justice est évanouie I
Où aura^-tr-il écho, ce livre des Soupirs dans la servitude envieillie?
Cependant l'excès des misères donnait certainement une prise. Les expédients extraordinaires dont vécut Pontr chartrain, l'un des successeurs de Colbert, les municipa-r lités vendues, les maires héréditaires, la banqueroute des monnaies par refonte {lisez filoutage), l'essor rendu aux gens d'iififaires, à l'armée des vautours, voilà qui pouvait bien ouvrir les oreilles du peuple aux appels de la Hberté.
A ce début de guerre immense, et dans ce dénûment, le roi jette des millions à Marly^ en donne deux de dot à sa bâtarde. Il envoie sa vaisselle d'argent à la Monnaie, et
il achète des diamants. II en fait des loteries aux dames de la cour. L'intérieur même, madame de Maintenon, les honnêtes et faibles Beauvilliers et Chevreuse, leur ami, le nouveau précepteur Fénelon, sont effrayés de sa folie.
La corde allait casser, ce semble, si, de gré ou de force, on ne revenait au bon sens.
Le candide Vauban, bon cœur, vrai patriote, qui (hors son positif terrible dans Fart de tuer) était fort romanesque, osa espérer tellement de la magnanimité du roi qu'il rétractât tout ce qu'il avait fait depuis cinq ans, fit rentrer les protestants , leur rebâtît leurs temples, consacrât la liberté religieuse. Vain projet, où la petite cour dévote des honnêtes gens dont j'ai parlé se garda bien de Tappuyer. Même la fameuse lettre que Fénelon écrivit plus tard sur la misère du peuple, ne dit pas un mot pour les protestants.
Tout ce qu'on fit, ce fut de dire qu'on pourrait rendre les biens des fugitifs aux héritiers. Mais les financiers qui les tiennent sont trop dévots pour les rendre, sinon aux gens biens convertis, et se constituent juges de leur sincérité. La makôte devient inquisition. C'est à ses bureaux qu'on produit des billets de confession, la preuve « qu'on fait son devoir de la religion catholique. »
Nul espoir de secours sans une révolution complète. Les revers les plus grands, dix batailles perdues n'eussent rien fait sur ce froid orgueil, sur un si long, si profond endurcissement. 11 eût fallu l'abandon général, le délaissement où se trouva Jacques en Angleterre, un refus des armées de marcher (pieds nus et sans pain) dans une folle guerre où la France combattait pour sa propre destruction, se rencontrait elle-même, se massacrait dans les avantgardes ennemies. Nos réfugiés étaient toujours en tête ; perte ou victoire, n'importe, c'était toujours aux dépens de la France.
Si l'émigration protestante ne s'était dispersée, elle avait
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jin modèle. La petite tribu des Vaudois osa rentrer chez elle à main armée (août 89), se rétablit dans ses rochers, s*y maintint invincible, malgré les efforts de deux monarchies. L'histoire de ce fait incroyable est La glorieuse renirée^ par M, Arnaud, colonel et pasteur des Vallées. Ils étaient mille. Leur mort semblait certaine. Mais les nôtres rougirent de les voir partir seuls. Ils firent en leur faveur une audacieuse diversion. Deux officiers (roturiers, à coup sûr, ils s'appelaient Bourgeois et Couteau) se chargèrent, avec une poignée de volontaires, de contenir Catinat çt une armée de vingt mille hommes. Ils y périrent, mais les Vaudois passèrent.
Pourquoi les nôtres n'en firent -ils pas autant chez nous? Pourquoi ne rentrèrent-ils pas au nom de la France sous le drapeau des États généraux? La chose n'était pas impossible. Us y pensaient en Suisse, ils y pensaient dans les Cévennes. On se, rappelle ce Vivens, un cardeur de laine d'Anduze, petit boiteux très-jeune, mais une âme de fer et de feu. Cruellement trompé par Basville qui avait cru le perdre avec son peuple, il se jugea délié du serment, revint fièrementen France. Replacé dans son droit d'homme et sa royauté de nature, il déclara, lui Vivens, la guerre à Louis XIV. Contre Saùl, il se sentit David, proclama sa justice, ses justes représailles, et dit qu'il pendrait les bourreaux. Vivens, avec un vrai génie, pensait que dix mille hommes aux Cévennes seraient invincibles , et il appelait à lui la masse des réfugiés. Elle versait son sang partout, pour tous, excepté pour la France. Elle aidait à la délivrance de l'Angleterre, des Alpes; pourquoi pas à la sienne? à celle de sa propre patrie ?
Les envoyés de Vivens furent saisis. Ce^vaillant juge d'Israël périt dans une obscure rencontre. Son plan était fort raisonnable. Cependant nos fiers gentilshommes se seraient-ils rendus à l'appel du cardeur de laine? Ils songeaient à rentrer, mais par le Dauphiné. Us envoyèrent le
plan de leur expédition à Londres, pour ^re mis sous les yeux de Schomberg.
La vraie dîflSculté du moment était celle-ci. 'Nos réfugiés semblaient devoir, avatit tout, affermir GiiilkittTne qui, solide une fois, leur donnerait rappûi de T Angleterre. D'autre part, si leur rentrée en France ne s'exécutait en 89, tout au plus en 90, il était à craindre qu'elle ne se fit jamais, qu'établis peu à peu en divers États de l'Europe, divisés pour toujours, ils ne pussent plus agir d^enscmble.
Tous voulaient revenir. M. Weiss établit pai*faitement que, bien loin de haïr la France, ils s'obstinaient à y rentrer, et ils le voulurent pendant vingt-sept ans ! Comment y réussir? La plupart lâ'arrétèrent à l'idée de mériter ce retour par l'affenriissement de Guillaume, qui ensuite 'le leur obtiendrait. C'est la France qu'ils ôherdiaient en s'en allant combattre dans les marais d'Irlande. Pour elle, à la bataille décisive de la Boyne, à travers la rivière, et contre une armée supérieure, ils firent cette première charge qui refoula l'ennemi. Mais Schomberg et son ûk furent tués. Véritable malheur. C'était le seul homrtte Qe haute autorité militaire et morale qui aurait pu les réunir, 'les ramener d'ensemble, organiser dans le Midi la légitirape guerre des résistances nationales.
La défaite définitive de Jacques, sa fuite misérable à fe 'Boyne, la capacité, le courage que Guillaume y avait Tnontrés, le rendaient inébranlable sur le trône. La ligne d'Augsbourg armait lentement, mais en revanche T^ngl^- /terre confiante votait à son roi des subsides énormes fie guerre (par an cent niillions, cent vingt-cinq millions, -sommes inouïes alors). Le contraste était grand avec Findrgence de Louis XIV. Guillaume se trouvait' le roi le plus riche de l'Europe. Ces ressources immenses n« furent pas employées avec génie. On vit, en cette affaire, que le génie est surtout dans le cœur. *Ce politique, de cœur haineux,
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ingrat, étendait à la Franee la haine qa*ii avait pour Louis XIV. C'est la destruction de la Fraaee qu'il eât youltie, et non pas son salut. Toute sa vie, i[ avait sourdement combattu la liberté en Hollande; il n'avait garde 46 la vouloir chez nous. Appelé en Angleterre par quelques lords, préférant en secret les tories, ses ennemis, aux ^igs qui Tavaient fait, libéral en religion par son indiSérence, îi^ût été despote en politique, s*\\ avait pu. Au fond, 41 synif>athisatt f^mrt peu avec nos calvniistes, dont Rohan avait dit : « Ils sont républicains. » li sut se «ervir d*etts^ ■mais ii trouvait en eux une déplaisante ressemblanee avec les puritaiiAs anglais. Ceux-ci, dans leurs plus fameux iriiefB,;oomfne le 'chaudronnier Banyan, toucfaent nos prophètes des Cévennes. Guillaume ne {craignit rien laat que <;es enthousiastes. Il fut constamment poursuivi d'un mau^ iFRÎs rêve, de l'idée d'un parti républicain, qui, dit Maoauiay, n'existait plus en Angleterre. Cette crainte^ la vive «ntipathie de la majorité pour le puritanisme, contribua plus qu'aueune chose à rendre très^imide la constitution Ae 88, à resserrer la belle Déclaration des droits, à affertnir les pesantes aristocraties locales. Un Anglais, M.lVrii, nullement exagéré, un froid et ferme esprit, dans une 4rè&-belle lettre à Milton, dit que les révolutions anglaises n'atteignent pas les masses. Elles ne les affranchissent pas, dit^il, du vasselage norn^nd des vieilles lois. ¥otre Habee» .corpus garde ra@a corps d'être en prison. Mais s'il e«t prisonnier de la misère et de ia faim, serf de la volonté âiadche? Le cinquième de la nation était à ia mendicité en 1685. Sa grande liberté fut l'exil. Jean sans terre se j«tte à la mer, devient le pauvre Robitison qui leur a fait l'empire du monde.
Une. telle société, foncièrement aristocratique, n'avait pas gita«ide sympathie pour la démocratie calviniste. A larrivée des nôtres, les Aurais furent irès-généreux; ils ^siHiieerivirent pour des sommes étonnantes. Quatre -^ingt
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mille Français à Londres, bien accueillis, trouvèrent à travailler. Mais quand nos officiers, quand nos régiments protestants eurent amené Guillaume, versé leur sang à la Boyne et partout, la sympathie n'augmenta pas. Cet élément ardent de vie et trempé au feu du martyre, il eût fallu, dans l'intérêt commun des deux pays, le concentrer, l'unir en un foyer, le fortifier des fugitifs de Suisse, d'Allemagne, de Hollande, les porter d'ensemble aux Cévennes, où la vraie France les eût joints pour convoquer en Languedoc les Ëtats généraux.
Il eût fallu aussi que les ministres laissassent là leur funeste moutonnerie chrétienne, la recommandation de se laisser égorger, ne secondassent plus les bourreaux; qu'au contraire, ils rappelassent tous nos protestants dispersés à la délivrance de la patrie.
Eût-on. réussi! Je ne sais. Mais l'initiative de la chose eût été de gloire immortelle pour l'Angleterre. Cette grande sœur, émancipée, aurait dû entreprendre quelque chose pour la France. On aida ceux de Quiberon à nous rapporter l'esclavage. Que n'aida-t-on , cent ans plus tôt, creux de la Boyne et des Cévennes dans l'appel à la liberté?
Hélas I la France des Cévennes, héroïque, mais si ignorante, sauvage, insensée de misères, les sages en eurent horreur et détournèrent les yeux. Elle n'eût pas été cela , si elle eût été appuyée de l'élément sain, calme et fort, des réfugiés, qui eût aidé ce fanatisme aveugle à se transformer et devenir patriotisme. Elle fut effroyable. Mais votre abandon la fit telle.
En attendant, voilà que, pendant dix ans (jusqu'à Ryswick), dans une guerre maladroite où les alliés se font battre par le vieux éreinté, on disperse, on prodigue sur tous les champs de bataille nos réfugiés. Toujours à l'avant-garde, toujours cruellement décimés dans la fureur des premiers coups. C'est sur eux que s'essaye la nouvelle