CHAPITRE XXXVl
Ce qui se passa après la mort de Richelieu.
Richelieu, dit Condillac, qui avait gouverné le royaume pendant dix-huit ans, le gouverna encore après sa mort. Quoique Louis XIII ne parut pas fâché d'être débarrassé de ce ministre impérieux, il en suivit les conseils comme des ordres. Ses conseils étaient principalement de ne point faire de changement dans le ministère, de confier le soin des affaires au cardinal de Mazarin, qui s'était attaché à la France, ôt de ne pas s'écarter du plan qu'on avait suivi jusqu'alors. Le roi , s'étant conformé à ses vues, tout continua, au-dedans et audehors du royaume, comme si Richelieu eùï encore vécu, t La
LOUIS Xiil. 39
cour, dit M. de là Rochefoucault, demeura aussi soumise aux volontés de Richelieu après sa mort qu'elle Fays^lt été durant sa vie. j»
La maison d'Autriche vit donc évanouir les espérances qu'elle avait fondées sur cette mort , et il ne lui restait plus de ressources que dans une minorité. Elle avait si bien compté sur une révolution, qu'elle cessa, de solliciter la Suède, bien persuadée que cette couronne serait obligée de solliciter ellemême pour obtenir la paix. Quand ensuite eHê tenta ae lui rendre la France suspecte et de l'engager à faire une paix particulière, elle reconnut qu'il n'était plus temps. Un des premiers soins de Louis XllI avait été d'assurer les Suédois qu'il observerait fidèlement les traités. Ils sentirent eux-mêmes qu'ils devaient la prospérité de leurs armes à leur union avec la France, et que cette union pouvait seule leur assurer de nouveaux succès et terminer la guerre par une paix avantageuse et solide.
Alors, l'empereur, désespérant de diviser les alliés, consentit à' ratifier le dernier traité de Hambourg et à donner des saufs-conduits dans la forme dont on était convenu. Mais les irrégularités qu'on trouva dans la ratification et dans les saufconduits du roi d'Espagne aurait encore retardé la négociation, si Louis XIII, qui voulait absolument la paix, n'eût ordonné à son ministre de négliger les foriiialités et de se contenter d'obtenir les points essentiels. On fit donc l'échange des sauf-conduits, et on fixa l'ouverture du congrès au mois de juillet de la même année 1 643.
Le 1i mai, peu après la conclusion de ce traité préliminaire, mourut Louis XIII, qui languissait depuis longtemps. l\ n'avait pu voir sans beaucoup d'inquiétude qu'il laissait le
40 ITISTOIRE DE FRANCE.
royaume sous une longue minorité; son fils aine n'avait pas encore cinq ans accomplis.
T^ reine, qu*il jugeait incapable de gouverner , et qu'il croyait attachée à l'Espagne , et le duc d'Orléans, qui s'était révolté tant de fois, et qui avait toujours eu des liaisons avec les ennemis de Tétat, pouvaient seuls prétendre à la régence, et Louis XIII aurait voulu ne la confier ni à l'un ni à l'autre. Le cardinal Mazarin lui fit espérer qu'il préviendrait les inconvénienls qu'on pouvait craindre, si, donnante la reine le titre de régente, il créait un conseil auquel il confierait l'autorité. Il adopta ce projet, qui aflaiblissait au moins ses inquiétudes, et il prit toutes les précautions possibles pour assurer l'exécution de ses dernières volontés.
La déclaration qu'il en fit fut enregistrée au parlement , après avoir été signée de la reine et du duc d'Orléans, avec serment d'en observer inviolablement tous les articles. Mais le roi n'était pas encore mort, et on désapprouvait déjà universellement ses dispositions. Comme il n'y a point de loi qui fixe les prérogatives de la qualité de régent, chacun raisonna d'après ses passions et se fit des principes à son gré. Le 18 mai, lé parlement, sans égard pour l'enregistrement de la déclaration, déféra la régence à la reine, avec une autorité indépendante et absolue, et confirma h Gaston, duc d'Orléans, la qualité de lieutenant-général du royaume.
Monsieur revint à Saint-Germain le 1 2 janvier, et y fut suivi de quelques exilés et de quelques prisonniers, tels que le duc de Saint-Simon, Vitry, Bassompierre; celui-ci avait été forcé, lorsqu'on le mit à la Bastille, de vendre sa charge de colonelgénéral des Suisses au marquis de Coislin , qui la céda au marquis de la Chastre , lequel ayant déplu depuis à Mazarin ,
fut obligé de la rendre à Bassompierre. Le duc de Beaufort revint d'Angleterre , où il s'était exilé volontairement , sur la fin du ministère de Richelieu.
L'attente de la régence que la mauvaise santé du roi rendait prochaine , formait alors deux partis h la coup , celui de la reine et celui de Monsieur. Le roi n'aimait ni l'un ni l'autre ; mais , comme il croyait par l'expérience du passé que TEtat ne pouvait être en de plus mauvaises mains que dans celles de Monsieur, il renvoya le savant P. Sirmond son confesseur, qui lui fit la proposition d'associer Monsieur h la régence. Desnoyers , fort attaché à la reine , obtint son congé pour que le roi le laissât aller , soit pour être rappelé par la régente , soit pour se donner auprès d'elle le mérife de n'avoir pas participe aux conseils qui devaient limiter son autorité. La reine avait mis sa principale confiance dans Potier, évêque de Beauvais. Le duc de Beaufort s'attacha à elle ; le duc de la Rochefoucauld lui assura le duc d'Enghien ; et Mazarin et Chavigny, qui virent qu'ils n'obtiendraient rien du roi pour Monsieur, retournèrent au parli de la reine, et firent oublier Desnoyers. Ce dernier reçut ordre de traiter de sa charge de secrétaire-d'état avec M. le Tellier, que le cardinal Mazarin avait connu en Piémont, où il était intendant de l'armée. Le Tellier avait l'esprit net, facile et capable d'affaires: personne ne sut avec plus d'adresse se maintenir dans les diverses agitations de la cour sous des apparences de modération, et il ne prétendit jamais à la première place dans le ministère, pour occuper plus sûrement la seconde.
42 HISTOIKE DE FRANCE.