CHAPITRE XXXVIII
Jagement de Voltaire sur Loois XIII et gnr RieheHen.
Jamais, dit Voltaire» Loois XIII, qu'on no eamûi point assez , ne mériia tant de ivoire par luinodéme ; car tandis qu'après la prise de la Rochelle les armées forçai^t les huguenots à lobéissaBce , il soutenait ses alliés en Italie : il mariait au secours du doc de Ihmtoue au travers des Al^, au milieu d'un hiver rigoureux , forçait trois barricades au pas de Snze , s'emparait de Suze , obligeait le duc de Savoie à s'unir à bri , et chassait les Espagnols de Casai. Ce roi avait et la brtvovre, mais n'avait nul courage d'esprit.
C^endant le cardinal de Richelieu négociait avec tous les souverains , et contre la plus grande partie ém souverains. Il envoyait un capucin à la diète de Ratid)onne pour tromper les Allemands et pour lier les m»ns à l'^apereur dans les affiiires d'Italie : en même temps Cfaarnaeé était chargé d'eMêurager le roi de Suède , Gustave-^Adolphe , à descendre en Al- ^ lemagne ; entreprise à laquelle Gustave était déjà trè&-di^6sé. Richelieu songeait à ébranler l'Europe , tandis que la cabale de GasUm et des deux r^nes tentait en vain de le perdre à la cour. Sa faveur causait encore plus de troiddes dans le eabiftet que ses intriguer n'^ excitaient dans las autres états. Il ne faut pas croireque ces troubles de la cour fussent le friût d'une profonde politique et de desseins bien concertés qui unissent contre lui un parti habilement formé pour le faire tomber et pour lur donner un successeur capable de le remplacer. L'humeur, qui domine souvent les hommes même dans les plus grandes affaires , produisit en grande partie ces divisions si
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ftinestes. La reine^^mère, qudqu'eUe eAt toujours sa place au conseil , quoiqu'elle eût été régenté des provinces en-deçà de la Loire pendant Texpéditton do son fils à La Rodielle , était toujours al^ie contre le cardinal de Richelieu , qui affectait de ne phis dépendre d'elle. Les mémoires composés pour la défense de cette prioeesse rappettent que le cardinal étant venu la voir, et sa majesté lui demandant des nouvelles de sa santé , il lui répondit , enflammé de colère et les lèvres trem- Uantes ; c Je me porte mieux que ceux qui sont ici ne voudraient. » La reine fut indignée, le cardinal s'emporta ; il demanda pardon ; la reine s'adoucit; et deux Jours après ils s'aigrir€»it encore : la politique, qui surmonte les passions dans la cabinet) n'en étant pas toujours maltresse^dans la ccmversar lion.
Marie de Médicis 6te alors au cardinal la place de surinteu'dant de sa maison. Le premier fruit de eette querelle (îit la patente de premier ministre , que le roi écrivit de sa main en faveur du cardinal, lui adressant k parole, exaltant sa valeur et sa Hiagnanimité, et laissant en blanc les appointements de Is place pour les faire remplir par le cardinal même. Il était déjà grand amiral de France sous la nom de surintendant de là navigation , et , ayant été aux calvinistes le«rs places de sAreté, il s'assurait pour lui-même de Saumur, d'Angers, de Ho^eur, du Bàvre-de-firâce , d'Oleron, de l'Ile de Ré, qui devenai^H ses places de sûreté contre ses ennem» : il avait des'gardês; son faste effaçait la dignité du trône ; tout l'extérieur royal l'accompagnait et toute l'autorité résidait en lui.
Les négociations avec les jMrinces d'Italie , avec le roi de Suède, Gustave-Adolphe, avec les provinces-unies et le prince d'Orange, contre l'empereur et l'Espagne, étaient dans les
mains de Richelieu , et n'en'pouvaieDt guère sortir sans danger pour Vétat : cependant la faiblesse du roi , appuyée en secret dans son cœur par ce dépit que lui inspirait la supériorité du cardinal, abandonne ce ministre nécessaire ; il promet sa disgrâce aux empressements opiniâtres et aux larmes de sa mère. Le cardinal entre par une fausse porte dans la chambre où Ton concluait sa ruine : le roi sort sans lui parler; il se croit perdu , et préparc sa retraite au Hâvre-de-Gràce, comme il l'avait déjà préparée pour Avignon quelques mois auparavant. Sa ruine paraissait d'autant plus sûre, que le roi, le jour même, donne pouvoir au maréchal de Marillac, ennemi déclaré du cardinal , de faire la guerre et la paix dans le Piémont. Alors le cardinal presse son départ : ses mulets avaient déjà porté ses trésors à trente-cinq lieues , sans passer par aucune ville; précaution prise contre la haine publique. Ses amis lui conseillent de tenter enfin auprès du roi un nouvel effort.
Le cardinal va trouver le roi à Versailles, alors petite maison de chasse , achetée par Louis XIII vingt mille écus , devenue depuis, sous Louis XIY , un des plus grand palais de l'Europe et un abtme de dépenses. Le roi, |qui avait 3acrifié son ministre par faiblesse, se remet par faiblesse entre ses mains, et lui abandonne ceux qui l'avaient perdu. Ce jour, qui est encore à présent appelé la journée des dupes, fut celui du pouvoir absolu du cardinal. Dès le lendemain le garde des sceaux est arrêté , et conduit prisonnier à Châteaudun, oii il mourut de douleur. Le jour même le cardinal dépêche un huissier du cabinet, de la part du roi, aux maréchaux de La Force etSchomberg, pour faire arrêter le maréchal de Marillac au milieu de l'armée qu'il allait commander seul. L'huissier arrive une heure après que le maréchal de Marilbc
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avait reçu la nouvelle delà disgrAce de Richelieu. Le maréchal est prisonnier dans le temps qu'il se croyait maître de Fétat avec son frère. Richelieu résolut de faire mourir ce gé^ néral ignominieusement par la main du bourreau; et, ne pouvant l'accuser de trahison , il s*ayisa de lui imputer d'être concussionnaire. Le procès dura près de deux années.
Le cardinal de Richelieu ne se bornait pas à soutenir son autorité , liée à celle du roi : ayant forcé l'héritier présomptif de la couronne à sortir de la cour, il ne balança plus à faire arrêter la reine , Marie de Médicis. C'était une entre^ prise dâicate depuis que le roi se repentait d'avoir attenté sur sa mère , et de l'avoir sacrifiée à un favori. Le car-* dmal fit valoir l'intérêt de l'état pour étouffer la voix du sang» et fit jouer les ressorts de la religion pour cdmer les scrupules. C'est dans cette occasion surtout qu'il employa le capucin Joseph de Tremblai , homme en son genre aussi sin« gttUer que Richelieu même , enthousiaste et artificieux , tan« têt fanatique, tantêt fourbe, voulant à la fois établir une croi" sade contre le Turc , fonder les religieuses du Calvaire , faire des vers , négocier dans toutes les cours, et s'élever à la pour« pre et au ministère. Cet homme , admis dans un de ces con« seils secrets de cMscience, remontra au roi qu'il pouvait sans scrupule mettre sa mère hors d'état de s'opposer h son ministre. La cour était alors à Compiégne. Le roi en part , et y laisse sa mère entourée de gardes qui la retiennent. Ses amis , ses créatures , ses domestiques, son médecin même, sont conduits à la Bastille et dans d'autres prisons. La Bastille fut toujours remplie sous ce ministère. Le maréchal de Bassompierre soupçonné seulement de n'être pas dans les intérêts du cardinal, y fut renfermé pendant le reste de la vie du ministre»
Depuis ce moment Marie ne revit [4us ni BmSk, ni Parid r qu*elld avait embelli. Cette viUe lai devait le palais du Lttxembottrg ) ces aqueducs dignes de Rome , d la promenade puUique qui porto encore le nom de la Reine. To^îollr8 îimiiMe: à des favoris, elle passa le reste de ses joum dans un eoui vo^ lontaire, mais douloureux. La teuve de Henri«4e*Graiid» la mère d'un roi de France, la beUe-^mère de trois souverains, manqua quelquefois du nécessaire^ Le fbnd de toutes ces querelles était qu*il falUt que Louis XIII fût gouverné, et qu'il aimait mieux l'être par son ministre que par sa mère.
Cette reine , qui avait si longtemps dominé en France , alla d'abord à Bruxelles , et de cet asile elle crie à sûb fils; elle demande justice aux tribunaux du royaume eôbtn sou eunemîi BUe est supidiante auprès du parlement de Paris, dont elle avait tant de fois, r^eié les remontrances , et qu'elle avait renvoyé au soin de juger des procès tandis qu'elle fut régente : tant la manière de penser chaîne avec la fortune ! On voit en^ ocre aujourd'hui sa requête : « Supplie Marie» reine de France et de Navarre , disant que d^uis le 83 février elle aurait été arrêtée prisonnière au château deCompiègne, sans être ni ac-* cttsée ni soiipçonnée, etc. » Toutes ses plaintes réitérées contre le cardinal furent affaiblies par cela même qu'elles étaient trq) fortes, et que ceux qui les dictaient, mâant leurs res* sentiments à sa douleur, joignaient trop d'accusations fausses aux véritables; enfin en déplorant ses malheurs elle ne fit que les augmenter.
En Allems^e, le bonheur extraordinaire des armes de Gustave^Adolphe rehaussait encore les services du cardiual en Fiance, fofin toutes les prospérités de son ministère tenaîent \Qm ses ennemis dans l'impuissance de lui nuire ^ et laissaient
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iifi libre éours à ses f engeances, que le bien de TéUt semblait auteriser. Il établit une cbambre de justice où tons les parti-sans de la mère et du frère du roi sont condamnés. La liste des p»Mrit6 eit prodigieuse : on voit chaque jour des poteaux cbargésdê Teffigie des bomm» ou des femmes qui avaient ou suivi oti Conseillé Gaston et la rdne; on rechercha jusqu'à des médecins et des tireurs d'horoscopes qui avaient dit que le roi n'avait pas kmgtemps à vivre; et deux furent envoyés auii galères. Enfin les biens, le douaire de la reine^ëre, furent etmfisquées. < le ne veUK point vous attribuer, écrivit^ elle , la saisie de mon bien , ni Finventaire qui en a été feit comme «1 j'étaid niorte; il n*est pas croyable que vous Ôtiei les aHments à cdtequi vous a donné h vie. >
Tout le royaume murmurait , mais presque personne n'osait élever la voix; la crainte retenait ceux qui pouvaient prendre le parti de la reine-^mère et du duc d'Orléans.
On n'ignore point la triste fin du maréchal duc de Mont^ morency. Son supplice fut juste, si celui 4^ Marillac ne l'a^ vait pas été ; mais la mort d'un homme de si grande espéfsxuse, qui avait gagné des batailles , et que son extrême valeur, m générosité» ses grâces avaient rendu cher à toute la France > rendit le cardinal plus odieux que n'avait &it la mort de Mariltof . (hi a écrit que lorsqu'il fut conduit en prison on lui trouva un bracdet au bras, avec le portrait de la reine Anne d'Autriche : cette particularité a toujours passé ^ur constante à k cour; die est conforme à l'écrit du temps. Madame de Motteville, confidente de cette r^ne, avoue dans ses Mé-moires que k duc de Montmorency avait, comme Buckingham^ fsût vanité d'être touché de ces charmes; c'était le gaiantear ^9» B^papok I cindqu^ ç^om {l'upprooiiant d^ li^^ il'ItAf
lie t un reste de chevalerie, mais qui ne devait pas adoucir la sévérité de Louis XIII. Montmorency, avant d'aller à la mort» légua un fameux tableau du Carrache au cardinal. Ce n'était pas là Tesprit du temps , mais un sentiment étranger inspiré aux approches de la mort, regardé par les uns comme un christianisme héroïque , et par les autres comme une faiblesse* n n'y eut pas un jour sans intrigues et sans factions : lui-mâne y donnait lieu par des faiblesses secrètes qui se mêlent toujours sourdement aux grandes affaires, et qui, malgré tous les déguisements qui les cachent» décèlent les petitesses de la grandeur.
On prétend que là duchesse de Chevreuse, toujours intri^ gante et belle encore ^ engageait le cardinal-ministre , par ses artifices , dans la passion qu'elle voulait lui inspirer, et qu'elle le sacrifiait au Garde-des-sceaux Chftteauneuf. Le commandeur de Jars , et d'autres entraient dans la confidence^ La reine Anne , femme de Louis XIII , n'avait d'autre consolatioo dans la perte de son crédit que d'aider la dudbesse de Chevreuse à rabaisser par le ridicule celui qu'elle ne pouvait per-* dre. La duchesse feignait du goût pour le cardinal , et formait des intrigues dans l'attente de sa mort , que de fréquentes maladies faisaient voir aussi prochaine qu'on la souhaitait. Un terme ii^urieux dont on se servait dans cette cabale pour désigner le cardinal fut ce qui l'offensa davantage.
Le cardinal, mieux gardé que Henri IV , n'avait rien à craindre; il triomphait de tous ses ennemis. La cour de la reine Marie et de Monsieur, errante et désolée, était encore plongée dans les dissensions qui suivent la faction et le malheur.
Le cardinal de Richelieu avait de plus puissants ennauîs à combattre. Il résolut, malgré tous les troubles secrets qui agi-
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taient Tintérieur du royaume, d'établir la force et la gloire de k France au^dehors, et de remplir le grand projet de Henri IV, en faisant une guerre ouverte à toute la maison d'Autriche en Allemagne, en Italie, en Espagne. Cette guerre le rendait nécessaire à un maître qui ne l'aimait pas, et auprès duquel on était souvent près de le perdre. Sa gloire était intéressée dans cette entreprise; le temps paraissait venu d'accabler la puissance d'Autriche dans son déclin. La Picardie et la Champagne étaient les bornes de la France : on pouvait les reculer tandis que les Suédois étaient encore dans l'empire. Les Provins ces-Unies étaient près d'attaquer le roi d'Espagne dans la Flandre pour peu que la France les secondât. Ce sont là les seuls motifs de la guerre contre l'empereur, qui ne finit que par les traités de Westphalie ; et de celle contre le roi d'Espagne, qui dura longtemps après jusqu'au traité des Pyrénées : toutes les autres raisons ne furent que des prétextes.
Le cardinal fut en peu de temps sur le point d'être pardu par cette guerre même qu'il avait suscitée pour sa grandeur et pour celle de la France. Le mauvais succès des affaires publiques diminua quelque temps sa puissance à la cour. Gaston, dont la vie était un reflux perpétuel de querelles et de raccommodements avec le roi son frère, était revenu en France ; et le cardinal fut obligé de laisser à ce prince et au comte de Soissons le commandement de l'armée qui reprit Corbie. Il se vit alors exposé au ressentiment des deux princes. C'était, comme on Ta déjà dit, le temps des conspirations ainsi que des duels. Les mêmes personnes qui depuis excitèrent, avec le cardinal de Retz, les premiers troubles de la fronde, et qui firent les barricades, embrassaient dès*lors toutes les occasion d'exercer cet esprit de faction qui les dévorait. Gaston et
tt HISTOIRB m FRANCE.
te €ûmto de Soisa^iis consdntireqt à bmt m qvd ees ficm^pîTAr leurs pourraient attenter contre le cardinal. U fut r^lu de Fassassiner chez le roi même; mais le duc d'Orléans» qui ne faisait jamais rien qu'à demi, efffayé de l'attentat, n^ donna point le signal dont 1^ coiyurés étaient conv^Uâ : ce giau^ crime ne fut qu'un projet inutile*
Les Impériaux furent chassés de la Bourgogne, Im V»^ gnds de la Picardie : le duc de Yeimar réussit en AUaoe» fit s*empara de presque tout ce landgrayiat que la FraofjQ l)|i avait garanti. Enfin, après plus d'avantages que de malbeura» la fortune, qui sauva la vie du cardinal de tant de conspraticH^, sauva aussi sa gloire, qui dépendait des suce^.
Cet amour de la gloire lui faisait recliercher l'empire à^ lettres et du bel-esprit jusque dans la crise des affaires pudiques et des siennes, et parmi les attentats contre sa perBonpg. n érigeait dans ce temps-1^ même Facadémie française.» et dm- Bait dans son palais des pièces de théâtre auxqudles il travaillait quelquefois : il reprenait sa hauteur et sa fierté sévère dès que le péril était passé. Car ce fut encore dans ce i&ai^ qu'il fomenta les premiers troubles d'Angleterre, et qu'il écrivit au comte d'Estrades ce billet, avant-coureur des malheurs de Charles P' : « Le roi d'Angleterre, avant qu'il «oit un an, verra qu'il ne faut pas me mépriser. »
Louis Xni avait toujours bescnn d'un confident qu'w iq[)pelle un favori, qui pût amuser son humeur triste, et recevdr les confidences de ses amertumes. Le due de Saint-Sinpioii occupait ce poste; mais n'ayant pas assez ménagé le cardinal^ il fut éloigné de la cour et relégué à Blayes.
Le roi s'attachait quelquefois à des femmes : il aimait p^lemoiselle de La Fayote, fiUe d'hcinneuf de la reine ri^pwte»
C(f(m^ un homme faible, 3crupuleifx et peu voluptu^ix, peut aia^f . Mademoiselle de La Fayette^ en 3e laissant aimer 4u roi, était dans les intérêts des deux reines contre le cardinal : naais le ministre l'emporta sur la maîtresse et sur le confesseur, comme il Tavait emporté sur les deux reines. Mademoiselle de La Fayette, intimidée, fut obligée de se jeter dans un couvent.
La duchesse de Savoie, Christine, fille de Jlenri IV, veuve de Louis-Amédée, et régente de la Savoie, avait un confesseur jésuite qui cabalait dans cette cour, et qui irritait sa pénitente contre le cardinal de Riphelieu. Le ministre préféra la vengeance et rintérét de Tétat au droit des gens; il ne balan^ pas à faire saisir ce jésuite dans les états de la duchesse.
Les intrigues de la cour, les cabales continuent toujours. La reine Anne d'I^pagne, que nous nommons Anne d'Autriche , pour avoir écrit à la duchesse de Chevreuse , ennemie du cardinal et fugitive, est traitée comme une si^ette criminelle : ses papiers sont saisis , et elle subit un interrogatoire devant le chancelier Séguier. Il n'y avait point d'exemple en France d'un pareil procès criminel.
Xou^ ces traits rapprochés forment le tableau qui peint ce ministère. Le même homme semblait destiné à dominer sur toute la famille de Henri IV ; à persécuter sa veuve dans les pays étrangers ; à maltraiter GasU^i , son fils; h soulever des partis contre la reine d'Angleterre , sa fille; à se rendre maître de la duchesse de Savoie, son autre fille; enfin à humilier Louis Xm en le rendant puissant , et à &ire trembler son
Tout le temps de son ministère se passa ainsi à exciter la haine et à se venger; et Ton vit presque chaque année des rébellions et des châtiments. La révolte du comte de SoisscH^
fut la plus dangereuse; elle était appuyée par le duc de Bouillon , fils du maréchal , qui le reçut dans Sedan ; par le duc de Guise , petit-fils du balafré ^ qui , avec le courage de ses ancêtres, voulait en faire revivre la fortune; enfin par l'argent du roi d'Espagne et par ses troupes des Pays-Bas. Ce n'était pas une tentative hasardée comme celle de Gaston.
Le comte de Soissons et le duc de Bouillon avaient une bonne armée ; ils savaient la con duire ; et pour une plus grande sûreté, tandis que cette armée devait s'avancer, on devait assassiner le cardinal , et faire soulever Paris. Le cardinal de Retz, encore très-jeune, faisait dans ce complot son apprentissage des conspirations. La bataille de Marsée , que le comte de Soissons gagna près de Sedan contre les troupes du roi , devait encourager les conjurés; mais la mort de ce prince, tué dans la bataille , tira encore le cardinal de ce nouveau danger; il fut cette fois seule dans Timpuissance de punir. Il ne savait pas la conspiration contre sa vie , et Varmée révoltée était victorieuse. 11 fallut négocier avec le duc de Bouillon , possesseur de Sedan. Le seul duc de Guise, le même qui d(q[>uis se rendit maître de Naples, fut condamné par contumace au parlement de Paris.
Le duc de Bouillon , reçu en faveur à la cour, et raccommodé en apparence avec le cardinal , jura d'être fidèle , et dans le même temps il tramait une nouvelle conspiration. Comme tout ce qui approchait du roi haïssait le ministre , et qu'il fallait toujours au roi un favori , Richelieu lui avait donné luimême le jeune d'Efiat Cinq-Mar^, afin d'avoir sa propre créature auprès du monarque. Ce jeune homme, devenu bientôt grand-écuyer, prétendit entrer dans le conseil ; et le cardinal, qui ne le voulut pas soufirir, eut aussitôt en lui un
ennemi irréconciliable. Ce qui enhardit le plus Cinq-Mars à conspirer, ce fut le roi lui-même : souvent mécontent de son ministre, offensé de son faste, de sa hauteur, de son mérite même , il confiait ses chagrins à son favori , qu'il appelait cher ami , et parlait de Richelieu avec tant d'aigreur, qu'il enhardit Cinq-Mars à lui proposer plus d'une fois de l'assassiner ; et c'est ce qui est prouvé par une lettre de Louis XIII lui-même au chancelier Séguier. Mais ce même roi fut ensuite si mécontent de son favori, qu'il le bannit souvent de sa présence ; de sorte que bientôt Cinq -Mars liait également Louis XIII et Richelieu. Il avait eu déjh des intelligences avec le comte de Soissons, il les continuait avec le duc de Bouillon; et enfin Monsieur, qui, après ses entreprises malheureuses, se tenait tranquille dans son apanage de Blois , ennuyé de cette oisiveté, et pressé par ses confidents , entra dans le complot. Il ne s'en faisait point qui n'eût pour base la mort du cardinal ; et ce projet , tant de fois tenté , ne fut exécuté jamais.
Louis XIII et Richelieu , tous deux attaqués déjà d'une maladie plus dangereuse que les conspirations, et qui les conduisit bientôt au tombeau, marchaient en Roussillon, pour achever d'ôler cette province à la maison d'Autriche. Le duc de Bouillon , à qui l'on n'aurait pas dû donner une armée à commander lorsqu'il sortait d'une bataille contre les troupes du roi , en commandait pourtant une en Piémont contre les Espagnols; et c'est dans ce temps-là même qu'il conspirait avec Monsieur et avec Cinq-Mars. Les conjurés faisaient un traité avec le comte-duc Olivarès pour introduire une armée espagnole en France, et pour y mettre tout en confusion dans une régence qu'on croyait prochaine, et dont chacun espérait profiter. Cinq-Mars alors, ayant suivi le roi à Narbonne,
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était mieux que jamais dans ses bonnes grâces; et Richelieu , malade à Tarascon , avait perdu toute sa faveur, et ne conservait que ravantage d'être nécessaire.
Le bonheur du cardinal voulut encore que le complot fût découvert , et qu'une copie du traité lui tombât entre les mains ; il en coûta la vie à Cinq-Mars. C'était une anecdote transmise par les courtisans de ce temps-là , que le roi , qui avait si souvent appelé le grand-écuyercAfr ami , tira sa montre de sa poche à l'heure destinée pour l'exécution, et dit : € Je crois que cher ami fait à présent une vilaine mine. > Le duc de Bouillon fut arrêté au milieu de son armée, à Casai; il sauva sa vie, parce qu'on avait plus besoin de sa principauté de Sedan que de son sang. Celui qui avait deux fois trahi l'état conserva sa dignité de prince, et eut en échange de Sedan des terres d'un plus grand revenu. De Thou , à qui on ne reprochait que d'avoir su la conspiration , et qui l'avait désapprouvée, fut condamné à mort pour ne l'avoir pas révélée. En vain il représenta qu'il n'aurait pu prouver sa déposition, et que, s'il avait accusé le frère du roi d'un crime d'état dont il n'avait point de preuves , il aurait bien plus mérité la mort : une justification si évidente ne fut point reçue du cardinal, son ennemi personnel. Les juges le condamnèrent suivant une loi de Louis XI, dont le seul nom sufSt pour faire voir que la loi était cruelle. La reine elle-même était dans le secret de la conspiration ; mais , n'étant point accusée, elle échappa aux mortifications qu'elle aurait essuyées. Pour Gaston , duc d'Orléans, il accusa ses complices, à soh ordinaire , s'humilia , consentit à rester à Kois , sans gardes , sans honneur; et sa destinée fut toujours de traîner ses amis à la prison ou à l'échafaud.
LOUI» Xlfl. Tf
Le eardntal déploya dand ^ veDgeane^, âutofi^ de la jiutiee, toute m rigoear hautaine. On le vit traîner le grand-* éodyoràsa sQÎte^deTaraacôti àLyon, sur le Rhône, datas nà btteav atkché au sien, frappé lui-môtne i nlorl, et trionn ptam de eehri qui allait mourir psLt te dernier supplice. De là le esf^ai se fit porter à Parte ^ aur les épaules de ses gai^ des, AûM Mt ehambreotuéë , Oti il pouvait tenir deux hom*^ mes à e6té cteaon Ut : les gardes se relayaient; on abattait des pans dé maraQlé pour le faire entrer plus commodénieRt dand lea viflei : e'est ainsi qu'il alla mourir à Paris , k cinquante^ httitaiii» et qu'il laissa le roi satisfisrit ^ l'avoir perdu et em» barrasse d'être le maître.
On dit que cie ministre régna eneore après sa mort , parce qn'oA nunplit quelques places vacantes de ceux qu'il avait nommés; mais les brevets étitient etpédiés avant sa mort; et ce qui prwve sans réplique qu'il avait trop régné et qu'il né ré|Bih ptais i c'est que tous ceux qu'il avffit fnt enfermer à la Bastille eu sortirent, comme des victimes déliées qu'il ne filhit plus Immoler à sa vengeance, n légua au roi trois niillK^ de notre moifnxîe d'aujourd'hui , à cinquante livres le marc; somme qu'il tenait toujours en réserve. La dépense de ^ mai^ SOS , d^is qu'il était prenrier mhiîstre , moulait à mille écus par }Oâr. Tout ehiez lui était splendeur et faste, tandis que chez le roi tout était simplicité et négligence; lés gardes eu^ trmeAt jusqu'à la porte de la chambre quand il allait chez $oii lÉattre ; it précédait partout \e& princes du sang. H ne lui man^ quait que la couronne; et même, lorsqu'il était mourant, et qu'il se flattait eneote de survivre au roi, il prenait des mesures pour être régent du royaume. La veuve de Henri IV l'avait précédé de cinq mois, et Louis XDl le suivit cinq mois après.
Il était difficile de dire lequel des trois fut le plus malheureux : la reine-mère, longtemps errante, mourut à Cologne dans la pauvreté ; le fils, maître d'un beau royaume, ne goûta jamais ni les plaisirs de la grandeur, s'il en est, ni ceux de Thumanité; toujours sous le joug, et toujours voulant le seeouer; malade, triste, sombre, insupportable à lui-même; n'ayant pas un serviteur dont il fût aimé; se défiant de sa femme, haï de son frère, trahi par ses favoris , abandonné sur le trône; presque seul au milieu d'une cour qui n'attendait que sa mort, qui la prédisait sans cesse, qui le regardait comme incapable d'avoir des enfants : le lîort du moindre citoyen paisible dans sa famille était bien préférable au sien.
Le cardinal de Richelieu fut peut-être le plus malheureux des trois, parce qu'il était le plus haï, et qu'avec une mauvaise santé il avait à soutenir, de ses mains teintes de sang, un fardeau immense, dont il fut souvent près d'être écrasé.
Dans ce temps de conspirations et de supplices le royaume fleurit pourtant; et, malgré tant d'afflictions, le siècle de la politesse et des arts s'annonçait. Louis XIII n'y contribua en rien ; mais le cardinal de Richelieu servit beaucoup à ce changement. La philosophie ne put, il est vrai , effacer la rouille scholastique; mais Corneille commença, en 1636, par la tragédie du Cid, le siècle qu'on appelle celui de Louis XIV. Le Poussin égala Raphaël d'Urbin dans quelques parties de la peinture : la sculpture fut bientôt perfectionnée par Girardon ; et le mausolée même du cardinal de Richelieu en est une preuve. Les Français commencèrent à se rendre recommandables, surtout par les grâces et les politesses de l'esprit : c'était l'aurore du bon goût.
La nation n'était pas encore ce qu'elle devint depuis ; ni le
commerce n'était bien cultivé, ni la police générale établie. L mtérieurda royaume était encore à régler ; nulle belle ville, excepté Paris, qui manquait encore de bien des choses nécessaires, comme on peut le voir ci-après, dans le siècle de Louis XIV. Tout était aussi différent dans la manière de vivre que dans les habillements, de tout ce qu'on voit aujourd'hui. Si les hommes de nos jours voyaient les hommes de ce tempsli, ils ne croiraient pas voir leurs pères; les petites bottines, le pourpoint, le manteau, le grand collet de point, les moustaches et une petite barbe en pointe, les rendraient aussi méconnaissables pour nous, que leurs passions pour les complots, leur fureur des duels, leurs festins au cabaret, leur ignorance générale malgré leur esprit naturel.
La nation n'était pas aussi riche qu'elle Test devenue en espèces monnayées et en argent travaillé ; aussi le ministère, qui tirait ce qu'il pouvait du peuple, n'avait guère par année que la moitié du revenu de Louis XIV. On était encore moins riche en industrie : les manufactures grossières de draps de Rouen et d'Elbeuf étaient les plus belles qu'on connût en France; point de tapisseries, point de cristaux, point de glaces. L'art de l'horlogerie était faible, et consistait à mettre une corde à là fusée d'une montre; on n'avait point encore appliqué le pendule aux horloges. Le commerce maritime dans les échelles du levant était dix fois moins considérable qu'aujourd'hui ; celui de l'Amérique se bornait à quelques pelleteries du Canada ; nul vaisseau n'allait aux Indes orientales, tandis que la Hollande y avait des royaumes, et l'Angleterre de grands établissements.
Ainsi la France possédait bien moins d'argent que sous Ix)uis XIV : le gouvernement empruntait à un plus haut prix ;
n UlSTOlAfi DE t'ftÀNCE.
les moindres Mtéréts qu'il don&âit pour la constittttion des rentes étaient dé sept et demi pour cent à la mort du eardiiîal de Richelieu. 0
Jagement sur Louis XIII par M. de Laporte.
La fin tragique du bon Henri avait fait sur le monarque enfant une impression si vive et si profonde, que, dans la nuit qui suivit cette catastrophe, il fut agité par les songes led plus effrayants, « rêvant, dit l'Etoile, qu'on voulait aussi lui donner la mort ; de sorte que pour le calmer on fut obligé de le transporter dans le lit de là reine. >
Peu d'années après , recevant Tannonce d'une visite du connétable de Castille, ambassadeur d'Espagne^ qui marchait accompagné d'une grande suite de seigneurs du même pays, il demanda son épée avec une intention très-marquée. On eût dit que la nature lui inspirait une forte antipathie pour une nation qui avait Durdi tant de trames contre les rois auxquels n succédait et mis la France à deux doigts de sa perte.
Al' avènement de Louis Xïll, le royaume était encore agité par les factions composées soit du corps des protestants sOil des débris de la ligue, les princes mécontents, s'étaient retirfe dé la cour; maïs le traité de Sainte-Ménéhould , conclu le 1 6 Aiai 1(W 4 , et le succès des conférences de Loudun, rétablirent le calme, qui toutefois ne fut pas de longue durée. On assembla les Etats* Généraux, qui n'eurent d'autre résultat que beaucoup de discours sur les abus anciens et nouveaux, sans qu'on parvînt à en réformer un seul. Le gouvernement, M puissance et l'orgueil de Concini, d'abord marquis et puis ensuite maréchal d'Awcre, étant devenus odieux au roi comme à tous les Français, les troubles recommencèrent et ne furent apaisés qu'aprts h mort du
fârorideld reine-mère, ou plutftt son assassinat, conséquence funeste d'un ordre de le faire arrêter que Louis XIII s'était laissé arracher. L'éloignement de Marie de Médicis, au joug de laquelle son fils était pressé de se soustraire, contribua aussi au retour de la tranquillité publique : privée de ses gardes et rétenue prisonnière dans son appartement, cette princesse finit par être exilée à Mois. C'était un des résultats de la faveur subite de Charles d'Albert, duc de Luynes, depuis connétable, faveur qui causait beaucoup d'ombrage aux plus grands sdgneurs du royaume : ils saisirent ce nouveau prétexte pour soulever plusieurs provinces, se rendirent auprès de la reînemère , qui avait été tirée très-audaeieusement du château de Blois par le duc d^Epemon , et ils épousèrent sa querelle. Ayant échoué dans leurs projets au pont de Ce, où ils furent taillés en pièce, ils demandèrent et obtinrent leur pardon. Marie de Médicis, grâce à l'habileté de Richelieu , alors évoque de Luçon, eut part au traité de paix signé le 9 août 1 620. Un peu plus tard, Louis Xni voulut réunir le Béam à la couronne, et eontraindre'les protestants à restituer les biens ecclésiastn ques qu'ils avaient usurpés avant le règne de Henri : ils se révoltèrent, le roi marcha contre eux ; Saumur , Sancerre, Nér.ic, Pons, Castilloa, Sainte-Foi, Bergerac et diverses autres places de la Guienne et du Languedoc lui ouvrirent leurs portes; Saint-Jean-d'Angély ayant refusé d'en faire autant, ses remparts forent démolis. Montanban, qui était défendu parle maréchal de La Fotte, arrête le cours des succès du roi , et il fui obligé, à son grand mécontement, de lever le siège, pendant lequel un grand nombre de personnes de distinction avaient péri. Le duc de Mayenne M tué dans te tranchée. Le connéfâble mourut la même année, et fut remplacé dans la eon&ince
du monarque par le cardinal de Richelieu , qui, ayant eu l'adresse de captiver Louis, devint son premier ministre et l'excita à continuer la guerre. Ce prince donna une preuve remarquable de courage, lorsqu'à la tête de ses gardes il passa dans l'île de Ré, séparée du Poitou par un petit bras de mer, et en chassa le duc de Soubise, un des chefs des factieux. Mais un des faits les plus mémorables de son règne fut le siège de La Rochelle, boulevard des calvinistes, qui étaient soutenus par l'Angleterre. Cette place résista plus d'un an , et elle aurait pu tenir encore davantage, sans la fameuse digue ordonnée par Richelieu et exécutée par Métézéan, qui rendit les secours des Anglais impossibles. Le roi, qui assista au siège depuis le mois de mars 1 628 jusqu'à la reddition de cette ville, y fit son entrée le 1*"^ novembre, et signala sa clémence après avoir montré la plus grande intrépidité. A la suite de cette brillante campagne, Richelieu, qui s'intéressait à la gloire du prince, et qui en même temps voulait l'enlever aux cabales que la reine et son conseil excitaient contre son ministre, lui persuada d'aller lui-même secourir le duc de Nevers. nouveau duc deMantoue, et le défendre contre les prétentions que le duc de Savoie manifestait sur le Montferrat-Mantouan. Louis XIII part de Paris au milieu d'un hiver rigoureux, force en personne le Pas-de-Suze, bat la petite armée du duc de Savoie, chasse les Espagnols de Casai, s'empare de Pignerol, et par le traité de Quérasque, conclu en 1 631 , met son allié en possession du duché qu'il revendiquait; ce traité acquit au monarque français le titre de libérateur de l'Italie. Revenu dans sa capitale avec Richelieu, il y trouva plus d'intrigues qu'il n'en avait laissé au-delà des Alpes entre l'empire, l'Espagne, Venise, la Savoie, Rome et la France; Gaston, duc d'Orléans, frère du
roi, s' étant révolté par jalousie de Fautorité du cardinal, plusieurs seigneurs embrassèrent son parti, notamment le duc de Montmorency, qui aspirait à en devenir le chef; celui-ci souleva le bas Languedoc dont il était le gouverneur ; mais il fut pris les armes à la main au combat de Castelnaudary, et Richelieu lui fit trancher la tête à Toulouse, le 30 octobre 1 632. En vain les Espagnols et les Allemands, irrités de nos succès guerriers, s'unirent-ils pour en arrêter le cours : leur ligue fut dissipée, grâce à l'alliance contractée par Louis XIII avec Gustave-Adolphe, roi de Suède, et plus encore grâce au courage de nos troupes. Les ennemis, battus sur plusieurs points, Torgueil de la maison d'Autriche abaissé, la conquête de la Lorraine effectuée, ainsi que celle d'une grande partie de la Catalogne, la réduction du Roussillon, tels furent pour la France les fruits de cette coalition formée contre elle. Louis XIII ne jouit pas longtemps de ses triomphes, troublés par des murmures de l'intérieur de la France, qui, à la vérité, n'arrivaient pas toujours jusqu'à lui ; il n'eut même pas la satisfaction de voir la guerre terminée, il mourut à Saint-Germain en 1643, dans le moment oii il espérait conclure une paix avantageuse. Il était alors âgé de quarante-deux ans. Richelieu l'avait précédé de quelques mois au tombeau.
On a remarqué que ce prince termina sa carrière le même jour où il était monté sur le trône, et presque à la même heure oii avait eu lieu l'assassinat de son père. Il n'avait pas été aimé pendant sa vie, il ne fut pas regretté après sa mort. Louis XIII ne possédait aucune des qualités brillantes qui distinguaient les grands; Il était d'un caractère timide et un peu sauvage : naturellement triste, se défiant toujours de lui-même, et presque continuellement malade, il ne goûta ni les plaisirs de la
ts HISTOIRE DE FHANCE.
grondeur ni Iw doucQur^ de U m privée. {1 craigpait Ut r^ prégçnlatioq, excepté dao^ 1^ Qérémome^, qq'U aimait b^dU- ^up. Il était e^ntiellement juste et religieux; ses iutentious étaient plire», ^u apprit droit, et il ne mapquiût pa» de dis- (^rpameut, Quand il jugeait d'après lui, il jugeait bien, et on W le gouvernait guère qu*eo le per^uad^ut. Les boipiue3 plutôt que les femmes eurent de Vempire ^ur lui; et ^9S son rhgqe le titre d^ favori, selQn i'expre^iHOU du président Hénault, fut çmm unç charge élans VéM; mais se3 favoris le
gi Louis %\XL avait eu des vertus éfpinentes, il aufait qianqu4 de moyen» pour les faire par^tre au grand jpur. il n*était ni assez écrire pi d'un carapt^re 49sez ferme pour opérer par lui-même le bien de ^n peuple, mai$ il le dédirait de bonne foi. Incapable de vastes projets, il en connaissait du moips le prix, et il le$ appuyait de toute son autorité. Du reste, dégoûté de la lecture dès sa plus tendre jeunesse, il m perfectionna point par Tétude ee que la nature avait cemmepcé en lui. n ne montra aueun goût pour les lettres, quoique Corneille eût d^è enfanté w tragédie du Cvi,, et quoique Richelieu, sous le nom de ^on maître, établit, en 4 637, rAçadémie Français, en triomphant de la résistance du parlement de Paris. Le prince ne contribua en rien au^ pirogrès que commençaient à faire, depuis qu'il était ^ur le trône, la politesse et les arts. Sojbre, chaste, ennemi du faste, il ne se permettait guère d'autre amusement que la cha^, pour laquelle il était passionné sans que, cependant, elle Tentrainât jamais à oublier ses devoirs de roi. 11 tirait au vol si parfaitement, qu'un plaisant, faisant allusion au $umom de juste, disait ; « Juste à tirer de l'arquebuse^ »
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Jugement un président Hénault sur Richelieu et Louis Xni.
Ja me bornerai, sur le fuijet de Hifibalieu, gui seo^ble épuûlé» à ime seule eœisidératian. Le cardinal de Ricbelieu , upique^ ment occupé d'aceroitre Tiutorité de son maître, gui était détenue la sienne ftùptp, passa sa vie dans le trouble que lui eausait nécessairen^ent la crainte de s^ ^nemis» taudin qu'il aurait eu besoii) de tout le calipe df) tion âme pour former da^ projeta ausû vastes et ausû |;(»npUqués qu'étaient le§ sienii. Ce ipâme hamme, qui s'exposait à la baine ^t à la v@ngegnoe de ee qu'it y avait de plus grand dans le royaume pQur rwdf^ U gouvernement de son maître plus absolu i ^Yl^it autant ft eraifidre du roi, pour qui il risquait tout, que du r^sgentimafit de ceux qu'il forçait d'obéir.
Que de cette situation il naisse des résolutions mêMikàt Un sj^tëme suivi, des entreprises aussi sag^s qu'éeiatdntes; qu'il puisse y avoir un bomme né asaiz grand et asse^ ennemi de lui-même pour s'occuper tout entier de Tadministratiou d'un Foyaun^ oii il est également craint, et de celui qu'il sert» ^t de ceux qu'il soumet, en vérité c'est un problème qu'il n'gppartieqt qu'aux passions de résoudre, pu uu amour du bip pttUi& fort au*deasus de Ibumanité ! Ce qui ajouterait! ^^il était possible, k la gloire de ce ministre, c'^t raneqdote suivante, qui, quoique assez connue, ne saurait être trop répétée en l'bonneur de deux grands hommes.
Le cwir Pierre, ét^nt en France, fut conduit en Sorbonn^, ob (m lui montra le fameux mau^lée du cardinal. 11 demanda quelle était cette figure , on lui dit que c'était le cardîual ; ausùtdt, transporté par cet enthousiasme qu'il re«y$entait pour tout ç^ qui était grand, il s'éUnç^ p^r embrasser U statut,
en disant : < Ah ! que n*es-tu en vie ! je te donnerais la moitié de mon empire pour gouverner Vautre. » Le cardinal consomma le projet, déjà commencé avant qu'il entrât dans le ministère, de détruire les fortifications de toutes les places situées au-dedans du royaume. Montesquieu a dit de Richelieu : c U fit jouer à son monarque le second rang dans la monarchie, et le premier dans l'Europe; il avilit le roi, mais il illustra le règne. » Quand on annonça qu'il venait d'expirer, Louis Xni dit simplement : < Voilà un grand politique mort. » Cette courte oraison funèbre, dit Anquetil, renferme tout ce qu'on peut dire de lui. C'est le cardinal de Richelieu qui a établi l'imprimerie royale ; les frais de cet établissement coûtèrent trois cent mille livres. Trichet du Fresne était chargé de la correction, Cramoisi était l'imprimeur, et Jules Desnoyers en était le surintendant. Le Palais-Royal, que nous voyons aujourd'hui, avait été bâti par Richelieu sous le nom de Palais-Cardinal ; il en fit don au roi. Il voulut que sa sépulture même se ressentit de la grandeur avec laquelle il avait vécu. La Sorbonne, qui est devenue, selon Mézerai, le concile perpétuel des Gaules, l'aréopage de l'Eglise et le flambeau de la foi, n'était dans le commencement qu'une communauté de pauvres écoliers, nommés les pauvres-maîtres, établie par Robert de Sorbonne. Comme saint Louis, dont il était confesseur, avait contribué à cet établissement et en avait même posé la première pierre, Robert ne voulut pas prendre le titre de fondateur, et se contenta de celui de proviseur. Le cardinal de Richelieu, en la même qualité, choisit cette demeure pour sa sépulture, après l'avoir rebâtie avec une magnificence vraiment royale. Le mausolée qui s'y voit est le chef-d'œuvre du célèbre Girardon. Le roi avait rendu un édit, le '1*' décembre
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de Tannée précédente, par lequel, en déclarant que Monsieur ne pourrait jamais avoir la régence, il le privait en même temps de son gouvernement et supprimait ses compagnies de gendarmes et dé chevau-légers. Le roi révoqua cet édit trois semaines avant sa mort. Le même jour de la mort de Richelieu, le roi fit entrer dans son conseil le cardinal Mazarin; il continua messieurs de Chavigny et Desnoyers dans leurs fonctions. Il écrivit aux cours supérieures de son royaume et à ses am* bassadeurs qu'il n'y avait rien de changé à tout ce qui s*était pratiqué. En un mot, la cour, dit M. de Larochefoucauld, deineura aussi soumise aux volontés du cardinal de Richelieu après sa mort qu'elle l'avait été durant sa vie. Monsieur revint à Saint-Germain le 1 2 janvier, et y fut suivi de quelques exilés et de quelques prisonniers, comme le duc de Saint-Simon, Vitrj, Bassompierre, etc. Celui-ci avait été forcé, lorsqu'on le mit à la Bastille, de rendre sa charge de colonel-général des Suisses au marquis de Coislin, à qui le marquis de La Chastre avait succédé; mais le marquis de La Chastre ayant déplu depuis au cardinal de Mazarin , la charge fut rendue à Bassompierre. Le duc de Beaufort revint d'Angleterre, où il s'était exilé volontairement sur la fin du ministère Richelieu. L'attente de la régence, que la mauvaise santé du roi rendait prochaine, formait alors deux partis à la cour ; celui de la reine et celui de Monsieur. Le roi n'aimait ni l'un ni l'autre; mais comme il croyait, par Texpérience du passé, que l'état lie pouvait être en de plus mauvaise mains que dans celles de Monsieur, il renvoya le savant père Sirmond, son confesseur, qui lui fjf la proposition d'associer Monsieur h la régence. Desnoyers, fort al tache à la reine, obtint son congé, qu'il demanda soit qu'il se crût trop nécessaire pour que le roi le
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laissât aller, soit pour être rappelé par la régente, et se doir^ ner auprès d'elle le mérite de n'avoir pas participé aux conseils qui devaient limiter son autorité. La reine avait mis sa principale confiance dans Potier, évéque de Beauvais. Le due de Beaufort s'attacha k elle, le duc de La tlochefoucanld lai assura le duc d'Ënghien , et Mazarin et Chavigny, qui virent qu'ils n'obtiendraient rien du roi poiir Monsieur, retournèrent au parti de la reine et firent oublier Desnoyers. Ce dernier eut ordre de traiter de sa charge de secrétaire d'état avec M. Letellier, que le cardinal Mazarin avait connu en Piémont, où il était intendant de Tarmée. Lelellier avait l'esprit net» facile et capable d'afiaires; personne ne sut avec plus d'adresse se mainteiïir, dans les diverses agitations de la cour, sous des apparences de modération, et il ne prétendit jamais à la première place dans le ministère, pour occuper plus sûrement la seconde.
Déclaration du roi du 19 avril pour la régence, qui est déférée à Anne d'Autriche, M. le duc d'Orléans est déclaré lieutenant-général du roi mineur, sous l'autorité de la régente, et le roi nomma un Conseil de régence. Cette déclaration fitt eii^ registrée le lendemain au parlement. Le roi, huit jours avant sa mort, consent au mariage de Gaston avec Marguerite, princesse de Lorraine, à condition que le mariage sera célébré de nouveau efi France; ce qui fut exécuté le 26 mal, douze jours après la mort du roi. Il y eut publication de bans le 25, et l'archevêque de Paris en fit la cérémonie à Meudon, oh Gaston déclara|quMt était venu pour ratifier son mariage, qu'il n'était point nécessaire de renouveler , puisqu'il avait été fait à la face de l'Eglise, mais que ce qu'il en faisait était pour obéir aux vo- Ipntés du roi \ çn conséquence Tarchevêque prononça : Ego
^txKW xni. H
99àconivng0 in matrimonium^ in quantum epuê éêt. iouiâ Xni meurt le 4 4 mai jour de rAdCeMioti.
latàê XlII était d*OR caractère M peu Mûvage ; il eraignait li fSpréëeiilAtioD, ^eepté dans les eétêttmkê, ^ull aimait tMQtieoup.
Henri lY , étant dans une grande nécessité, payait àes officier» le botméft paroles; mais ee n*était pas là le tiNir d'eSprit de Lotis Xni; il avàil, conmie il le reconttarissait lui^méme^ titte séchereBsd qu'il (etittlt de la reiné^ère.
Son goût pour la retraite faisait qu'il s'attaeh*i( k tm ùmh ris, dotit il dépendait, tant qu'il ne leé renvoyait pas; fflâi§ mâmà il tenait moins h eux par lo goftt ({ue par le besoin d V toir quelqu'un qui partagefti sa ^solitude, il était aisé de les M enlever et de loi en substituer d'autre!!^ car il Iti en fallàtt; et le titre de favori était alors comme ohc^e dum t'étais II tf'aina jamais le cardinal de Richelieu > qui le domina toujours; il éti^t jakmji de ee même ministre* à qui il se livrait sans lié-' serve, et il ne lui pardoMâit pas intérieurement dé ee qu'il m pouvait s'OA passer. Il eut de» inattresâes comme ém fâvoris; il en était jalouse, et c'était là oà ses sentiments sé boroai^t< Les vues de ce prince étaient droites, son esprit âage et èfàaMi t( n'imaginait point, mais il jugeait bien ; son ministre ne lé gouvernait qu'en le persuadant, et ce n'est point un prince mê* diocre, que celui qui ne se laisse conduire que par de gtimdd moyens.
Il était tout aussi Vaillant que Hetifî ÎV, mais d'une valeur sans chaleur et sans éclat, qui n'edt pis été bonne pour conquérir un royaume. La Providence l'avait fait naître dans le moment qui lui était propre; plus tôt, il eût été trop ftilWe; plus tûrd, trop <5irconspect; fils ei pèred«^euxdenw v\^
grands rois, il affeniiit le trône encore ébranlé de Henri IV» et prépara les merveilles du règne de Louis XIV.
Gomberville, dans son livre de la Doctrine de$ Mœurs, dit que Louis XIII n'aimait pas la lecture, et que ce qui en dégoûta ce prince ce fut qu'on lui donna d'abord à lire Y Histoire de France par Franchet.
On n'est point d'accord sur l'occasion qui fit donner à Louis XIII le surnom de Juste, : il est certain seulement qu'il eut ce titre dès les premières années de son règne. On ne con-* vient pas davantage sur Tépoque du surnom de Grand donné à Henri IV, puisque Sarclai» dans son épitre dédicatoire de l'ArgeniSf avance que ce titre ne lui fût donné qu'après sa mort» quoique le père de ce même Bardai, en dédiant à Henri IV son livre de Regno, lui eût déjà donné le titre de grand : Henrkus magnus.
< Les revenus de la France» sous Louis XIII. montaient à quarante-cinq millions ; mais le marc d'argent ne valait alors que vingt^six livres. Ces quarante-cinq millions représentant environ quatre-vingt-cinq millions actuels, le marc d'argent monnayé étant estimé à quarante^neuf livres dix sous et l'ar* gent fin à cinquante-quatre livres. Dans les commencementa de la. régence et soys le règne suivant» les revenus augmentèrent jusqu'à soixante-quinze millions de livres et ne furent pas suffisants. »