CHAPITRE XXVIL
Wallenstein taé. — Traité contre l'Espagne.
Cependant des événements graves survinrent en Allemagne; Wallenstein, de simple gentilhomme de Bohême, était devenu tout puissant dans l'empire. On ne peut pas donner le nom de retraite aux habitations où Wallenstein déployait un luxe qui dépassait celui de la plupart des souverains. Son palais de Prague avait six entrées, et il avait fait abattre cent maisons pour agrandir la place qui l'entourait. Des patrouilles parcouraient sans cessé cette enceinte pour empêcher que le bruit ne vint
troubler son repos, et souvent les rues étaient fermées par des chaînes. Cinquante hallebardiers gardaient son antichambre. Il avait soixante pages appartenant aux meilleures familles de l'Allemagne, quatre chambellans, six barons prêts à recevoir ses ordres, et son premier maître-d'hôtel était un gentilhomme delà plus haute distinction. Quand il voyageait, outre son équipage, cinquante voitures à six chevaux et autant à quatre portaient ses bagages; six carrosses conduisaient sa suite, et cinquante cavaliers très-bien montés menaient chacun un trèsbon cheval en lesse. Il avait une quantité immense de chevaux dont les mangeoires étaient en marbre. Au milieu de cette cour asiatique, Wallenstein seul , inabordable , passait sa vie dans le silence, entretenant une correspondance nombreuse. Le 11 janvier 1634, sous prétexte de traiter de la paix, il fit inviter les commissaires saxons et suédois à une réunion. Trahi par Piccolomini, il se vit à la merci de quelques étrangers. Dès qu'on eut sondé ses desseins, et qu'on vit qu'il voulait se faire nommer roi de Bohême, on se tourna contre lui. Les amis qui lui restaient furent invités à un banquet et égorgés, et il fut tué par un Irlandais d'un coup de pertuisane dans la poitrine.
Le cardinal de Richelieu favorisait les vues de Wallenstein; mais Oxenstiern et le reste de la ligue tardèrent trop à le seconder.
La guerre continuait toujours en Allemagne. La défaite de Norlingue força les Suédois à abandonner plusieurs places dans l'Alsace. Elles reçurent garnison française (1).
La guerre de Bohême finit par le traité de Prague et Vac-
(1) C'est k cette époque que le Jardin des Plantes fut établi k Paris, et le premier méridien fixé à l'île de fer. L'année suivante fut fondée l'Académie française.
8 HISTOIRE DE PRANCEe
Gommodeinent de l'empereur et de Télecteur de Saxe, à qui Ton céda la Lusace.
C'est alors que fut signé h Paris, le 8 février 1 635, le traité entre le roi et les états-généraux contre TEspagne, par lequel le roi s'engagea à déclarer la guerre à Philippe IV (1), s'il ne lui donnait pas satisfaction, ainsi qu'aux Hollandais, sur les diiférents griefs dont ils avaient à se plaindre. Ce traité contenait un partage que ces deux puissances faisaient entre elles des Pays- Bas espagnols quand ils seraient conquis. Outre que ce traité était un peu chimérique, dit le président Hénault, Richelieu laissait trop voir aux Hollandais qu'ils allaient devenir frontière de la France en ne laissant aucun intervalle entre eux et nous ; aussi bientôt après n'assis! èrcnt-ils plus le roi qu'avec des réserves et des méfiances qui nuisirent <^ la cause commune, quoique d'abord ils eussent désiré fortement notre alliance.
Les Espagnols et les impériaux réunis avaient formé le projet d'assiéger la ville de Liège. On croyait généralement que ces troupes emploieraient presque toute la campagne à la réduction d'une place aussi considérable; mais l'événement vint déjouer tous les calculs , car les Espagnols aux ordres du général Picolomini , et les impériaux . commandés par Jean de Vert, furent rappelés de Liège pour être incorporés à l'armée du cardinal infant, qui, h la tête de toutes ses forces, prenant sa route droit sur la France , arriva aux portes de la Capelle.
Le cardinal infant avait publié un manifeste dans lequel il déclarait qu'il ne pénétrait pas en France pour y faire des con* quêtes.
(1) l\ perdit TArtois, la Catalogne et même le Portagal. OlWarès loi avait fait donner le nom de Grand; aussi des plaisants lui donnèrent-ils pour devise on foasé avec ces mots : pUu on l»i été, phs U est grand. '