‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 21 sur 48 · DES TURCS · texte numérisé non relu

DES TURCS

Les Turcs n'étaient pas ce qu'ils avaient été sous les Séliffl, les MaTiomet et les Soliman : la mollesse corrompait le sérail, sans en bannir la cruauté. Les sultans étaient en même temps et les plus despotiques des souverains dans leurs sérails , et les moins assurés de leur trône et de leur vie. Osman et Ibrahim venaient de mourir par le cordon; Mustapha avait été deux fois déposé. L'empire turc, ébranlé par ces secousses, était encore attaqué par les Persans ; mais quand les Persans le laissaient respirer, et qua les révolutions du sérail étaient finies, cet empire redevenait formidable à la chréttenté; car depuis l'embouchure du Borysthène jusqu'aux états de Venise on voyait la Moscovie, la Hongrie, la Grèce, les îles, tour-à-tour en proie aux armes des Turcs ; et dès l'an 1 644 ils faisaient constamment cette guerre de Candie si funeste aux chrétiens. Telles étaient la situation , les forces et l'intérêt des principales nations européennes vers le temps de la mort du roi de France Louis XIII.

SrrUATION DE LA FRANCE.

La France, alliée à la Suède, à la Hollande, à la Savoie, au Portugal, et ayant pour elle les vœux des autres peuples demeurés dans l'inaction , soutenait contre l'empire et l'Espagne une guerre ruineuse aux deux partis et funeste à la

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maison d'Autriche. Cette guerre était semblable à toutes celles qui se font depuis tant de siècles entre les princes chrétiens, dans les€(udle8 des millidns d'hommes sont saèrifiés et do$ prorinees ravagées, pont obtenir eniin qudques petites villes frontières dont la possession vaut rarement ce qu'a eeùiê h conqnéce.

Les généraux de Louis XIH avaient pris le Roussillon ; tes Catalans venaient de se donner à la France, protectrice de la Mb^rté qu'ils défendaient contre leurs rois : maris ces succès n'avâi^t pas empêché que les ennemis n'eussent pris Cotbk en 4637, et ne fussent venus jusqu'à Pontoise. La peur avait chassé de Paris la moitié de ses habitants ; et le cardinal âe RieheHen, au milieu de ses vastes projets d'ab^sser la puissaBce autrichienne, avait été réduit à taxer les portes enchères de Paris à fournir chacune un laquais pour riler à la guerre, et pour repousser les ennemis des portes de la capitale.

Les Français avaient donc fait beaucoup de mal aux Espagnols et aux Allemands, et n'efi avaient pas moins essuyé.

t^RCeS DE LA FRANCE APRÈS LÀ MORT DE LOOW Xltl, ET MdBURS nu TEMPS.

Les guerres avaient produit des généraux illustres, tels qu'un, Gustave-Adolphe, un Wallenstein , un duc de Weimar, Pieolomini, Jean de Wert, le maréchal de Guébriant, les prinees d'Orange, le cointe d'Harcourt. Des ministres d'état ne s'étaient pas moins signalés. Le chancelier Oxenstiern, le comte duc d'Olivarès, mais surtout le cardinal de Richelieu, avaient attiré sur* eux l'attention de FEurope. Il n'y a aucun siècle qui n'ait eu des hommes d'Etat et de gueri:e célèbres : la po-

Jitique et les armes sembleDt>inalheureusement être les deux professions les plus naturelles à Thomme : il faut toujours négocier ou se battre. Le plus heureux passe pour le plus grand, et le public attribue souvent au mérite tous les succès de la fortune.

La guerre ne se faisait pas comme nous l'avons vu faire du temps de Louis XIV; les armées n'étaient pas si nombreuses; aucun général, depuis le siège de Metz par Charles-Quint, ne s'était vu à la tête de cinquante mille hommes : on assiégeait et l'on défendait les places avec moins de canons qu'aujourd'hui. L'art des fortifications était encore dans son enfance. Les piques et les arquebuses étaient en usage; on se servait beaucoup de Tépée, devenue inutile aujourd'hui. Il restait encore, des anciennes lois des nations, celle de déclarer la guerre par un héraut. Louis XIII fut le dernier qui observa cette coutume : il envoya un héraut d'armes à Bruxelle déclarer la guerre à l'Espagne en 4 635.

Rien n'était plus commun alors que de voir des prêtres commander des armées : le cardinal Infant, le cardinal de Savoie , Richelieu , La Valette , Sourdis , archevêque de Bordeaux, le cardinal Théodore Trivulce, commandant de la cavalerie espagnole, avaient endossé la cuirasse et fait la guerre eux-mêmes. Un évêque de Mende avait été souvent intendant d'armées.

Les ambassadeurs ne faisaient nulle difficulté de servir dans les armées des puissances alliées, auprès desquelles ils étaient employés. Charnacé, envoyé de France en Hollande, y commandait un régiment en 1 637 , et depuis même l'ambassadeur d'Estrades fut colonel à leur service.

La France n'avait en tout qu'environ quatre-vingt mille hom-

mes effectifs sur pied. La marine, anéantie depuis des siëdes, rétablie un peu par le cardinal de Richelieu, fut ruinée sous Mazarin. Louis XIII n'avait qu'environ quarante-cinq millions réels de revenu ordinaire ; mais Targent était à vingt-six livres le marc : ces quarante -cinq millions revenaient à environ quatre-vingt-cinq millions de notre temps, où la valeur arbitraire du marc d'argent monnayé est poussée jusqu'à quarante-neuf livres et demie; celle de l'argent fin à cinquantequatre livres dix-sept sous.

Le commerce, généralement répandu aujourd'hui, était en très-peu de mains; la police du royaume était entièrement négligée, preuve certaine d'une administration peu heureuse. Le cardinal de Richelieu, occupé de sa propre grandeur attachée à celle de Fétat, avait commencé à rendre la France formidable au dehors, sans avoir encore pu la rendre bien florissante au-dedans. Les grands chemins n'étaient ni préparés ni gardés; les brigands les infestaient; les rues de Paris, étroites, mal pavées, et couvertes d'immondices dégoûtantes, étaient remplies de voleurs. On voit, par les registres du parlement, que le guet de cette ville était réduit alors à quarantecinq hommes mal payés, et qui même ne servaient pas.

Depuis la mort de François II, la France avait été toujours ou déchirée par des guerres civiles, ou troublée par des factions. Jamais le joug n'avait été porté d'une manière paisible et volontaire. Les seigneurs avaient été élevés dans les conspirations; c'était l'art delà cour, comme celui de plaire au souveram l'a été depuis.

Cet esprit de discorde et de faction avait passé de la cour jusqu'aux moindres villes, et possédait toutes les communautés du royaume : on se disputait tout, parce qu'il n'y avait

rien de ré|^ : il n'y avait pas jusqu'aux paroisses de Paris qui n'm vinssent aux mains;

Presque toutes les coffimunautés du royaume étaient armées; presque tous les particuliers respiraient la fureur du duel. Cette barbarie gothique autorisée autrefois par les rois mânes, et devenue le caractère de la nation, contribuait encore, autant que les guerres civiles et étrangères, à dépeupler le pays. Ce n'est pas trop dire, que dans le cours de vingt années, dont dix avaient été troublées par la guerre, il était nM)rt plus de gentilshommes français de la main des Français mêmes que de cdle des ennemis.

On consultait les astrologues, et Ton y croyait. Tous les mémoires de ee temps4à, à commencer par YHiêtoire du présidmt de Thou^ sont remplis de prédictions. Le grave et sévère duc de Sully rapporte sérieusement celles qui furent faites à Seori IV. Cetle crédulité , la marque la plus infaillible de rignoranee, était si accréditée, qu'on eut soin de tenir un astretogue caché près de la chambre de la reine Anqe d'Autriche an marnent de là naissance de Louis XIV.

Ce que Ym croira à peine, et ce qui e$t pourtant rapporté par Tahbé Yitlorio Stri, auteur contanporain très instruit, c'est ifue Louis XIH eut dès son enfonce le surnom de Juste, parée cp'il était né sous le ^gne de la Belancc;

La mém* feiblesse, qui mettait en vogue cette chimère absurde de Taslrologte judiciaire, faisant croire aux possessions et aux sortilèges, on en faisait un point de r^igion. Les tribunaux, composés de magistrats qui devaient être plus éclairés que le vulgsére, étaient occupés à juger des sorciers. On reprochera touyours à la ttémeire du cardinal de RicheUen la mort de ce fameux curé de Loi^n^ Urbain Graadier^ condaunné au

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feu comme magicien par une commission du conseil. On s'indigne que le ministre et les juges aient eu la faiblesse de croire aux diables de Loudun, ou la barbarie d'avoir fait périr un innocent dans les flammes. On se souviendra avec étonnement jusqu'à la dernière postérité, que la maréchale d'Ancre fût brûlée en place de Grève comme sorcière.

Oh voit encore, dans une copie de quelques registres du Cbâtelet, un procès commencé en 1640, au sujet d'un cheval qu'un maître industrieux avait dressé à peu près de la mêtàB manière dont nous avoua vu des exemples à la foire ; on voulait foire brûler et le maître et le cheval.

Ce défaut dd lumières dans tous les ordres de l'état fomentait chez les plus honnêtes gens des pratiques superstitieuses qui désfa<»)oraient la religion. Les calvifiisles^ confondant avec le culte raisonnaUe des catholiques les abus qu'on faisait de ce culte, n'en étai^t que plus affermis dans leur haine contre notre Eglise. Ils opposaient à nos superstitions populaires une dureté farouche et des mœurs féroces, caractère de presque tous les réformateurs : ainsi l'esprit de parti déchirait et avilissait la France; et l'esprit de société, qui rend aujourd'hui cette nation si célèbre et si aimable, était absolument inconnu. Point de maisons où les gens de mérite s'assemblassent pour se communiquer leurs lumières ; point d'académies , point de tbéâtre réguliers. Enfin, les mœurs, les lois, les arts, la société, la religion, la paix et la guerre n'avaient rien de ce qu'(m vit depuis dans le siècle appelé le siècle de Louis XI V.

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