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roi de France , il se trouva parmi eux beaucoup d* Anglais qui, étant déjà à bord , soutinrent à Damfreville que c'était en considération du roi d*Ângleterre qu'ils étaient rois en liberté. Alors le capitaine français fit appeler les Algériens , et remettant les Anglais à terre : Cesgens-ci , dit-il, prétendent n'être délivrés qu'au nom de leur roi : le mien ne prend point la liberté de leur offrir sa protection ; je vous les remets ; c'est à vous à montrer ce que vous devez au roi d'Angleterre. Tous les Anglais furent remis aux fers. La fierté anglaise , la faiblesse du gouvernement de Charles II , et le respect des nations pour Louis XIV, se font connaître par ce trait.
Tel était ce respect universel , qu on accordait de nouveaux honneurs à son ambassadeur à la Porte Ottomane , tel que ce^ lui du sofa ; tandis qu'il humiliait les peuples d'Afrique qui sont sous la protection du Grand Seigneur.
La république de Gènes s'abaissa encore plus devant lui que celle d'Alger. Géues avait vendu de la poudre et des bombes aux Algériens. Elle construisait quatre galères pour le service de l'Espagne. Le roi lui défendit, par son envoyé Saint-Olon, l'un de ses gentilshommes ordinaires , de lancer à l'eau les galères , et la menaça d'un châtiment prompt si elle ne se soumettait à ses volontés. Les Génois, irrités de cette entreprise sur leur liberté , et comptant trop sur le secours de l'Espagne , ne firent aucune satisfaction. Aussitôt quatorze gros vaisseaux , vingt galères, dix galiotes à bombes, plusieurs frégates, sortent du port de Toulon. Seignday, nouveau secrétaire de la marine , et à qui le fameux Colbert , son père , avait déjà fait exercer cet emploi avant sa mort, était lui-môme sur la flotte. Ce jeune homme , plein d'ambition , de courage, d'esprit, d'activité, voulait être h la fois guerrier et ministre;
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avide de toute espèce de gloire » ardent à tout ce qu'il entre^ prenait , et mêlant les plaisirs aux affaires sans qu'elles en souffrissent. Le vient Duquesne commandait les vaisseaux, le duc de Morlemart les galères ; mais tous deux étaient les coartisans du secrétaire d'État. On arrive devant Gènes ; les dix galiotes y jettent quatorze mille bombes , et réduisent en cendres une partie de ces édifices de marbre, qui ont fait donner à la ville le nom de Gênes la superbe. Quatorze mille soldats débarqués s'avancent jusqu'aux portes , et brûlent le faubourg de Saint-Pierre d'Arène. Alors il fallut s'humilier, pour prévenir une ruine totale. Le roi exigea que le doge de Gènes , et quatre principaux sénateurs , vinssent implorer sa clémence dans son palais de Versailles ; et , de peur que les Génois n'éludassent la satisfaction , et ne dérobassent quelque chose à sa gloire , il voulut que le doge qui viendrait lui demander pardon fût continué dans sa principauté , malgré la loi perpétuelle de Gènes, qui ôte cette dignité à tout doge absent un moment de la ville.
Impériale Lescaro , doge de Gènes , avec les sénateurs Lomellino , Garibaldi , Durazzo et Salvago , vinrent à Versailles faire tout ce que le roi exigeait d'eux. Le doge , en habit de cérémonie, parla, couvert d'un bonnet de velours rouge qu'il ôtait souvent : son discours et ses marques de soumission étaient dictés par Seignelay. Le roi Técouta, assis et couvert ; mais, comme dans toutes les actions de sa vie il joignait la politesse à la dignité, il traita Lescaro et les sénateursavec autant de bonté que de faste. Les ministres Louvois, Croissy et Seignelay, lui firent sentir plus de fierté. Aussi le doge disait : Le roi ôte à ms cœurs la liberté, par la manière dont il notis reçoit ; mais ses ministre nous la rendent. Ce doge était un
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homme de beaucoup d'esprit. Tout le tnonde sait que le marquis de Seigdelay lui ayant demandé ce qu'il trouvait de plus singulier à Versailles , il répondit : Cest de fn'g voir.
L'extrême goût que Louis XIV ataft pour les cfioscs d'éclat fut encore bien plus flatté par l'ambassade qu'A reçut de âiam, pays oh Ton avait ignoré jusqu'alors que la France existât. B était arrivé, par tme de ces singularités qui prouvent la supériorité des Européens sur les atitres nations , qu'tïti Grec , (ils d'un cabaretier de Gépbalonie, nomniéPtialk Constance , était devenu barcaïorij c'est-ât-dlre preiftier tniTriit^è ou grand vizir du royaume de Siam. Cet homme, daife le àesim de sf affermir et de s'élever encore , et dans le besoin qu'il stvâit de seeourâ étrangers, n'avait osé se confier ni aux Anglais ni aux Hellandais ; ce sont des voisins trop dangereux dans les tndes. Les Français venaient d'établir des comptoirs sur les côtes de Coromandel , et avaient porté dans ces extrémités de l'Asie là réputation de leui^ roi. Constance crut Louis XIV propre h être flatté par un hommage qui viendrait de si loin sans être attendu. Il envoya, au nom du roi de Siam son maître , une solentielle ambassade avec de grands présents; à Louis XIV, pour lui faire entendre que ce roi indien, charmé de sa gloire, ne voulait faire de traité de commerce qu'avec la nation française, et qu'il n'était pas même éloigné de se faire chrétien. La grandeur du roi flattée , et sa religion trompée, l'engagèrent h envoyer au roi de Siam deux ambassadeurs et six jésuites ; et depuis il y joignit des oflBciers avec huit cents s(Mats ; mais l'éclat de cette ambassade siamoise fût le seul fruit qu'on en retira. Constance périt quatre ans après, victime de son ambition : quelque peu des Français qui restèrent auprès de lui furent massacrés, d*autres obligés de fuir ; et sa veuve , après
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avoir éié sur le point d'être reine, fut condamnée, par le suc^ ces8eur du roi de Siapo , h servir dans la cuisine , emploi pour lequel elle était née.
Cette soif de gloire, qui portait Louis XIV à se distinguer en tout des autres rois , paraissait encore dans la hauteur qu'il affectait avec la cour de Rome. Odescalchi, Innocent XI, fils d'un banquier du Milanais, était sur le trône de l'Église. C'était un homme vertueux, un pontife sage, prince courageux, ferme et magnifique. Il secourut contre les Turcs l'Empire et la Pologne de son argent, et les Vénitiens de ses galères. Il condamnait avec hauteur la conduite de Louis XIV, uni contre des chrétiens avec les Turcs. On s'étonnait qu'un pape prit si vivement le parti des empereurs, qui se disent rois des Romains , et qui , s'ils le pouvaient , régneraient dans Rome ; mais Odescalchi était né sous la domination autrichienne. Il avait fait deux campagnes dans les troupes du Milanais. L'habitude et l'humeur gouvernent les hommes. Sa fierté s'irritait contre celle du roi. 11 y avait depuis long^ temps dans Rome un abus difficile à déraciner, parce qu'il était fondé sur un point d'honneur dont se piquaient tous les rois catholiques. Leurs ambassadeurs à Rome étendaient le droit de franchise et d'asile , afiecté à leur maison , jusqu'à une très-grande distance qu*on nomme quartier. Ces prétentions, toujours soutenues, rendaient la moitié de Rome un asile sûr à tous les crimes. Par un autre abus , ce qui entrait dans Rome sous le nom des ambassadeurs ne payait jamais d'entrée^ Le commerce en soufl*rait, et le fisc en était appauvri.
Le pape Innocent XI obtint enfin de l'empereur, du roi d'Espagne , de celui de Pologne , et du nouveau roi d'Angleterre, Jacques II, prince catholique » qu'ils renonçassent à ces
droits odieux. Le nonce Ranucci proposa à Louis XIV de concourir, comme les autres rois, à la tranquillité et au bon ordre de Rome. Louis, très-mécontent du pape, répondit « qu'il ne « s'était jamais réglé sur Texemple d'autrui , et que c'était à « lui de servir d'exemple. » 11 envoya à Rome le marquis de Lavardin en ambassade , pour braver le pape. Lavardin entra dans Rome , malgré les défenses du pontife, escorté de quatre cents gardes de la marine, de quatre cents officiers volontaires, et de deux cents hommes de livrée, tous armés. Il prit possession de son palais, de ses quartiers/et de Féglise de Saint- Louis, autour desquels il fit poster des sentinelles , et faire la ronde comme dans une place de guerre.
Le cardinal d'Estrées , homme d'esprit, mais négociateur souvent malheureux, était alors chargé des affaires de France h Rome. D'Estrées, ayant été obligé de voir souvent le marquis de Lavardin , ne put être ensuite admis à Taudience du pape sans recevoir l'absolu tion.
Louis voulut donner un électeur à Cologne. Occupé du soin de diviser ou de combattre Tempire, il prétendait élever à cet électorat le cardinal de Furstemberg, évéque de Strasbourg', sa créature et la victime de ses intérêts, ennemi irréconciliable de l'empereur, qui l'avait fait emprisonner dans la dernière guerre , comme un Allemand vendu à la France.
Lé chapitre de Cologne, comme tous les autres chapitres d'Allemagne, a le droit de nommer son évéque, qui parla devient électeur. Celui qui remplissait ce siège était Ferdinand de Bavière, autrefois l'allié et depuis Tennemi du roi, comme tant d'autres princes. Il était malade à l'extrémité. L'argent du roi répandu à propos parmi les chanoines, les intrigues et les promesses, tirent élire le cardinal de Furstemberg comme
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coadjuteur \ et, après la mort du prince, il fut élu une seconde fois par la pluralité des suffrage^. Le pape, par le concordat gernaanique, a le droit de conférer Tevêché à Télu, et Tempere.Mr et le pape Innocent XI, persuadés que c'était presque la même chose, de laisser Furstemberg sur ce trône électoral ou d'y mettre Louis XIY, s'unirent pour donner cette principauté au jeune prince de Bavière, frère du dernier mort. Le roi se vengea du pape en lui ôtant Avignon , et prépara la guerre à l'empereur. Il inquiétait en même temps l'électeur palatin , au sujet des droits de la princesse palatine, Madame, seconde femme de Monsieur, droits auxquels elle avait renoncé par son contrat de mariage. Voilà comme le roi, au comble de sa grandeur, indisposa, ou dépouilla , ou humilia presque tous les princes; mais aussi presque tous se réunissaient contre lui.