‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 5 sur 48 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

M"* de La Fayette. — Oatrage ï la reine.

M"* Louise Motier de La Fayette , fille d'honneur de la reine, avait été remarquée par le roi parmi toutes ses cornpapes , et quelques mémoires du temps rapportent que le cardinal de Richelieu avait tourné les regards du roi de ce côté, pour le détacher entièrement de Marie de Ilaulefort, qui n'avait pas voulu abandonner pour le cardinal la fidélité qu'elle devait à la reine.

Mais les assiduités du roi , quoique pures de toute pensée coupable , opérèrent bientôt un changement étrange dans le caractère de M^^* de La Fayette ; elle devint triste , agitée , et manifesta l'intention de quitter la cour pour un couvent. Le P. Caussin , qui était en même temps confesseur du roi et le sien, combattit cette idée; mais la jeune fille n'en persista pas moins dans sa résolution ; elle quitta alors le service de la reine pour aller habiter le couvent des filles de la Visitation de Sainte-Marie , établi rue Saint-Antoine.

Le roi parut vivement touché de la retraite de M"* de La Fayette; mais le P. Caussin lui représenta que cela ne le séparait pas de l'objet de son afiection , que s'il ne pouvait voir

M"' de La Fayette dans la chambre de la reine , il pouvait voir aussi bien derrière une grille la sœur Angélique.

Le roi hésita longtemps avant de céder à son confesseur; mais, disent les Mémoires de Richelieu, le roi finit un jour par aller au couvent de la Visitation; il resta trois heures avec M"* de La Fayette, debout devant la grille. Cette première visite, qui eut un grand éclat, fut suivie de plusieurs autres qui alarnièrent vivement le cardinal.

Le but dû père Caussin, en effet, était d'amener, par l'influence que M"' de La Fayette avait sur le roi, la disgrâce du premier ministre. On peut présumer qu'il n'oublia pas de faire à sa pénitente , dans le confessionnal , tous les discours qu'elle devait tenir à son royal ami à ce sujet; mais le père Caussin s'étant aperçu que M"* de La Fayette ne se conformait pas à ses instructions, et que toutes les entrevues du couvent se consumaient en tendres et douloureux épanchements, il se décida à attaquer lui-même son royal pénitent par la conscience. Un jour donc il représenta à Louis XIII tous les malheurs qu'on pouvait attribuer à bon droit à Richelieu, Tautorilé souveraine avilie, tous les liens de la famille royale brisés, le repos de. l'Europe compromis par des guerres sans fin , la misère publique à son comble. A cet effrayant tableau le roi répondit qu'il ne connaissait personne qui pût remplacer le cardinal : son confesseur lui nomma le duc d'Angoulême; puis il courut chez ce prince pour lui annoncer la bonne nouvelle; mais le duc d'Angoulôme, se croyant perdu, alla tout raconter au cardinal. Le père Caussin fut exile par ses confrères à Quimper-Corentin, et le roi cessa ses entrevues avec M"' de La Fayette. Ainsi, dans cette circonstance, le cardinal de Richelieu triompha d'un confesseur et d'une

maîtresse; on peut juger par là quel ascendant le cardinal avait sur Tesprit de Louis XIII (1).

Nous arrivons à l'outrage fait à la reine par son mari, à rinstigation du premier ministre; ce n*était pas assez pour le cardinal d'avoir fait chasser le confesseur et contraint Famie du roi à prendre le voile, il fallait encore qu'il rendit suspecte à ses yeux son épouse légitime.

Anne d'Autriche avait conçu une vive affection pour une communauté de bénédictines établie au village de Bièvre, et dans un lieu appelé le Val-de-Grâce. Cette princesse, ayant acheté un terrain couvert de bâtiments dans la rue Saint- Jacques, installa ces religieuses dans cette nouvelle maison, à laquelle elle conserva le nom que la communauté portait au village. La reine y avait un appartement réservé oii elle se rendait fréquemment pour faire des retraites. Le cardinal de Richelieu fit croire au roi que la reine avait choisi cet asile pour mieux cacher ses -liaisons avec les personnes suspectes, et qu'on pourrait même y trouver le dépôt de sa correspondance avec les ennemis de Vétat au-dedans et au-de« hors.

Le roi, se rendant aux raisons du cardinal, pria la reine, qui était alors au Val-de-Giâce, de venir le rejoindre à Chantilly; c'était le 1 2 août : après le départ d'Anne d'Autriche, un lieutenant de mousquetaires arriva au Val-de-Grâce et arrêta son d(»nestique, nommé Delaporte, qu'on savait être l'agent de ses correspondances, et qui fut conduit à la Bastille.

(1) Richehea intercepta la correspondance dn roi et de M"* de La Fayette, el glissa dans leors lettres des expressions qui les refroidirent Ton pour rautr». M"« de La Fayette avait déterminé le roi à se réconcilier avec la reine, et le fruit éè cette réconciliation, après vingt-deni tonées de stérilité, fut Loiis XIT. EUt aoarut m 1665 dans le couvent de Ghaillot, qu'elle atait fondé.

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Bientôt le chancelier et Tarchevêque de Paris entrèrent au Val-de-Grâce pour y faire des recherches et procéder à Tinterrogatoire des religieuses.

Anne d'Autriche fut obligé de convenir qu'elle avait adressé souvent des lettres au cardinal infant, gouverneur des Pays- Bas, et au marquis de Mirebel; le sujet de ces lettres était des plaintes sur le peu d'égard qu'on avait pour elle à la cour, des renaarques peu bienveillantes sur le caractère du roi; enfin des avis sur ce qui lui revenait des affaires politiques.

Cette déclaration de la reine fut aussitôt mise par écrit, et le roi promit d'oublier tout. Elle s'engagea également à vivre désormais avec le roi , son époux , comme une femme qui ne devait s'occuper que de la personne du roi.

Après avoir signé ces conditions, le roi remonta chez elle, et, à la prière du cardinal, les deu^ç époux s'embrassèrent.

Le cardinal songea ensuite à remplacer le père Caussin dans la place de confesseur du roi, il balança un moment s'il devait s'adresser pour cela à la compagnie de Jésus; comme, en définitive, la coutume, depuis plusieurs années, était de prendre le confesseur du roi dans cet ordre, le cardinal se décida pour le père Sîrmond, âgé de soixante-dix-huit ans, aussi savant théologien qu'habile directeur.

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