‹ Histoire de France, Volume 14Chapitre 8 sur 48 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Grossesse de la reine. — Nouvelle conspiration contre le cardinal. Naissance de Louis XIY.

La grossesse de la reine faisait des progrès ; tout le monde était dans l'attente si elle donnerait à Louis XIII un héritier du trône. Cependant il devenait clair pour tout le monde que la position de la reine allait complètement' changer : le roi montrait pour elle les attentions et les soins les plus marqués, et on s'attendait à voir prochainement la chute d'un ministre qui lui avait occasionné tant de chagrins.

C'est à ce moment qu'on découvrit un nouveau projet formé contre la vie du cardinal.

Un homme avait écrit à la duchesse de Lorraine , réfugiée en France, qu'il lui révélerait un moyen sûr de lui rendre la liberté et de rétablir le duc son époux dans ses états, si elle consentait à lui faire les avances de dix mille florins. La duchesse se hâta d'en prévenir le cardinal ; celui-ci lui conseilla d'envoyer au lieu indiqué pour dire qu'elle acceptait l'offre. L'in-

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dividu répondit qu'il s'agissait de louer une chambre vis-à-vis de rhôtel du premier ministre et de jeter deux pétards dans son carrosse lorsqu'il sortirait , et qui le feraient immanquablement sauter. Le lieu qu il indiquait pour la remise de l'argent était un monceau de pierres dans un champ près de Saint- Denis.

Le cardinal y envoya huit soldats , qui se cachèrent en attendant Tindividu. A peine parut-il , qu'ils s'élancèrent pour le saisir; mais il se défendit avQc courage , en tua trois, et ne fut pris qu'après avoir reçu lui-même des blessures fort graves. On se hâta de le conduire, avant qu'il expirât , sur un brancard, à la croix du trahoir, où le supplice de la roue acheva de lui ôter le peu qui lui restait de vie. Cet événement eut lieu le 26 mars.

A la même époque , le cardinal de Richelieu employa des mesures rigoureuses pour réprimer un mécontentement qui venait d'éclater parmi les bourgeois de Paris.

On retardait le paiement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville, et le bruit courait que les huit millions, capital de ces rentes, avaient été employés à subvenir aux frais de la guerre : un attroupement eut lieu , par suite desquels trois rentiers furent mis à la Bastille.

Le parlement en fut bientôt instruit , et voulut remonter à la cause même qui avait occasionné cette émeute. Une assemblée des chambres fut demandée;* mais une lettre de cachet du roi vint y mettre obstacle.

A ce premier sujet d'irritation vint se joindre la mésintelligence qui existait toujours entre les anciens et les nouveaux conseillei's. Un arrêt du conseil ayant enjoint au parlement de mettre fin à un état de choses qui entravait le cours de la jus-

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tice, la chambre des enquêtes n'en tint aucun compte; le roi se décida alors à adresser cinq lettres de cachet à deux présidents et à trois conseillers, portant ordre de quitter Paris et de se retirer dans les lieux qui étaient assignés à chacun d'eux. Quant à la troisième chambre des enquêtes , qui s'était mon^ trée la plus opiniâtre, elle fut suspendue de ses fonctions; et le parlement , grâce à ces moyens despotiques , recommença à rendre la justice comme par le passé. Mais le peuple prit parti pour ceux qui avaient été exilés , et le cardinal de Richelieii eut à souffrir beaucoup de cette disposition de Tesprit public. On n'épargna au cardinal ni railleries ni murmures.

Ce qui encourageait en outre ce mouvement général contre le premier ministre, c'était la certitude que la reine allait reprendre dans le cœur du roi , aussitôt qu'elle serait mère , tout l'empire que les menées du cardinal lui avaient fait perdre. Qn regardait même l'époque de son accouchement comme celle d'une révolution ministérielle imminente.

Un événement qui survint augmenta encore le degré de baine que le peuple portait au cardinal et à sa famille. Un de ses parents enleva à main armée , dans P^ris même , une jeune fille qu'il arracha des bras de sa mère.

Cependant le terme de la grossesse de la reine approchait. Un pâtre nommé Pierrre Roger, du village de Sainte-Geneviève , vint exprès »^ Paris pour faire une révélation de la bienheureuse sainte Anne , qui lui avait appris que la reine accoucherait le i septembre. Ce jour-là, Anne d'Autriche sentit les premières douleurs, et le lendemain dimanche, 5 septembre , elle accoucha d'un fils, qui fut depuis Louis XIV , à onze heures et demie du matin , dans le château de Saint- Germain , en pré§ence du duc d'Orléans , de la princesse de

Condé , de la comtesse de Soissons et de la duchesse de Yendôme.

Le roi se rendit à la chapelle , ou Ton chanta le Te Deum ; on alluma des feux de joie , et une fontaine dressée à la hâte sur !a place publique distribua au peuple des flots devin.

La nouvelle en parvint à Paris avec une vitesse surprenante. Le soir il y eut grand feu de joie sur la place de Grève, et le lendemain, à la même heure, on tira un beau feu d'artifice; enfin l'artillerie de la milice bourgeoise joignit ses mugissements à ceux des canouK. de TArsenal et de la Bastille pour saluer la naissance de l'héritier de la couronne.

Le cardinal en reçut la nouvelle à Saint-Quentin, et il célébra cet heureux événement avec les généraux de Tannée ; ses courtisans, pour le flatter, remarquèrent que l'cnfont royal était né le même jour que lui.

Le roi, à cette occasion, accorda un pardon général à tous ceux qui n'étaient pas coupables de grands crimes. Le baptême fut retardé parce que le roi comptait sur le pape pour parrain ; en attendant, le nouveau-né reçut le nom de Dieu-Donné; il eut pour gouvernante la marquise douairière de Causac, fille du maréchal de Souvray , qui avaitété lui-même gouverneur du roi; enfin on lui donna pour nourrice la demoiselle de la Gérondière, femme de l'avocat du roi au bureau des trésoriers de France.

Pendant la grpssesse de la reine, Marie de Médicis avait fait tous ses efforts pour se réconcilier avec son fils ; mais la réponse du roi avait toujours été la même , qu'il ne tenait qu'à elle de recouvrer les bonnes grâces du roi et de toucher un traitement convenable à sa dignité et bien plus honorable que celui qu'elle touchait de l'Espagne, en se rendant à la cour de

Florence, où elle était assurée d'être fort bien reçue par le grand duc.

La reine, qui venait de donner un fils à Louis Xni, loin de voir son influence augmentée dans les affaires d'état , se vit contrariée dans ses affections privées : on lui retira la marquise de Sennecey, sa première dame d'honneur, pour lui donner la dame de Brassac, amie du cardinal et du père Joseph.

Le roi lui-même, qui avait repris toute sa passion pour Marie de Hautefort, passait des jours sans repos et des nuits sans sommeil. Cette jeune fille, fière de son extrême beauté et de son esprit, menaçait de suivre l'exemple de Louise de La Fayette, parce que sa grand'mère n'avait pu obtenir la place qu'on avait ôtée à madame de Sennecey, et Louis XIII, effrayé, avait donné l'ordre de ne la recevoir dans aucun couvent; mais nous devons ajouter que cela était déjà convenu entre la reine et la maîtresse de son mari.

A cette époque, la cour ne comptait que des jours de joie: d'un côté la naissance d'un prince royal, de l'autre la prise de Brisach ; enfin les grands humiliés, les ennemis de l'état, ou plutôt du cardinal, vaincus, et une paix réelle dans tout le royaume. Les plus grands seigneurs, le premier prince du sang même, le prince de Condé, recherchait son alliance. Le ' roi n'avait d'attention que pour Marie de Hautefort, qui continuait à se jouer de cet amour, et pensait à prendre un mari; tout allait donc au mieux, surtout pour la politique du cardinal.

On donna un ballet qui avait pour sujet de rappeler les misères du passé, le bonheur du présent et les joies de l'avenir; il eut trois représentations, l'une à Saint-Germain, l'autre à Thôtel Bichelieu, et la troisième à l'Hôtel-de- Ville.

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Ce qui peint naïvement les mœurs du temps, fut de voir Tévêque de Chartres, monseigneur de Valençay, au nombre des ordonnateurs de ce ballet, quoiqu'il fît partie d'une commission que le pape avait nommée dans le but d'arriver à une réforme des mœurs du clergé.

Après les fêles, on songea à instruire le procès du duc de La Valette, que le cardinal de Richelieu, disait coupable, et qui était contumace et fugitif : il avait épousé, à la vérité, une cousine du cardinal; mais le duc l'avait toujours fort maltraitée. On le jugea donc avec la dernière rigueur; il fut condamné à mort comme criminel de lèse-majesté, et on exécuta l'arrêt sur une effigie à trois endroits différents, à Paris, à Bordeaux et à Bayonne, tandis que le duc de La Valette vivait tranquillement à Londres, auprès de la reine-mère.

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