CHAPITRE XXXIV
Marie ie Médicis vent reatrer en FrMuee. — ContiBBation de la guerre.
Cette princesse voulait à toute force rentrer en France. Après avoir fait inutilement de nombreuses démarches dans ce but , elle s'adressa à son gendre et à sa fille, le roi et la reine d'Angleterre , qui donnèrent à ces négociations un caractère officiel; elle adressa en outre une lettre au cardinal, dans la- *quelle elle lui promettait « assurance d'oubli, promesse d'a- « mitié et même de reconnaissance pour le grand service a qu'elle lui demandait. i>
Le roi, sur le conseil du cardinal, qui se récusa, c parce qu'il était trop intéressé dans la question, » soumit cette demande à son conseil réuni. Il fut unanime pour le refus de recevoir la reine-mère en France. Ces conseillers ne pouvaient
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répondre autrement, puisqu'ils étaient tous les créatures du cardinal, qui avait le plus grand intérêt à ce que la mère du roi restât toujours dansTexil. L'un de ces conseillers avait été son domestique, c'était le surintendant Bouthillier, il n'en fut pas moins empressé à conseiller au roi son fils de tenir sa mère dans l'exil et de garder ses revenus; ce qui fut décidé par
Louis xm.
En 4640, la France eut de grands succès contre l'Espagne, qui vit à la fois la révolte de la Catalogne et la révolution de î^ortugal.
C'est dans cette même année que naquit le frère de Louis XIV.
Les Catalans se donnèrent au roi de France , et la France signa un traité de confédération avec le roi de Portugal.
En Allemagne, les troupes de France, de Hesse et de Lunebourg , commandées par le comte de Guébriant , gagnèrent la bataille de Wolfenbutel.
La guerre continua en Italie. En Flandre , le comte de Soissons , poussé à bout par le cardinal de Richelieu, uni au duc de Guise et au duc de Bouillon, avait signé son traité avec l'Espagne.
Le roi fait marcher deux grandes armées : l'une, commandée par le maréchal de la Meilleraie , qui pénètre au roilieu de la Flandre, afin d'empêcher le cardinal infant d'envoyer du secours à Sedan ; l'autre armée , qui s'approcha de Sedan, était commandée par le maréchal de Châtillon. Le général Lamboi amena du secours aux princes , qui sortirent de Sedan , et livrèrent bataille aux troupes du roi : c'est la bataille de la Harfée, donnée le 6 juillet , que le comte de Soissons gagna, mais où il fut tué , sans qu'on ait jamais bien su par qui , ni comment. La perte de cette bataille eût été funeste
au Cardinal; mais la mort du comte de Soissons la rendit inutile aux mécontents. Ce jeune prince était bien fait de sa personne,, mais d'un esprit médiocre et défiant, fier, sérieux, ennemi du cardinal , dont il avait refusé d'épouser la nièce , et plus considérable à la cour par cette haine , qui lui avait rallié tous les mécontents , que par ses autres qualités. Le duc de Bouillon fit peu après son accommodement, et conserva Sedan. Pour le duc de Guise , nommé Henri H, petit-fils de celui qui fut tué à Blois, il s'était brouillé avec le comte de Soissons avant la bataille, et ne s'y trouva point; il s'était retiré à Bruxelles, oii il était amoureux de la comtesse de Bossut.
Ce prince était aussi inconstant] dans ses mariages que les autres le sont en galanterie ; il se fit séparer de sa première femme Anne de Gonzague, qu'il avait épousée par amour, pour épouser la comtesse de Bossut, qu'il aimait, et il passa le reste de sa vie à faire casser son mariage avec celle-ci, pour pouvoir épouser M"' de Pons , qui à son tour devint sa maîtresse.
La ville d'Aire, prise le 27 juillet par le maréchal de la Meilleraie , fut reprise par les Espagnols , qui se servirent de nos propres lignes , que l'on avait négligé de combler , et Doncheri, dont Lamboi s'était emparé après la bataille de la Marfée, fut repris par le roi le 6 août. Le cardinal infant, frère de Philippe IV, mourut; il était gouverneur des Pays- Bas, et laissa une grande réputation. J.e comte de Grancei et du Hallier prennent Bar-le-Duc, Epinal et- plusieurs villes de la Lorraine sur Charles IV , qui avait repris les armes. Lens se rendait au maréchal de Brézé , et la Bassée au maréchal de la Meilleraie, qui prend aussi Bapaume le 18 septembre. Saint-
LOUIS Xlll. 8S
Preuil ayant rencontré la garnison de Bapaume, accompagné seulement d*un trompette du maréchal de la Meilleraie , la battit sans avoir vu le trompette. Le cardinal de Richelieu se servit de ce prétexte pour lui faire couper la tête ; il y joignit aussi des plaintes qu*il disait avoir reçues pour des impositions que Saint-Preuil avait mises de son autorité privée sur les entrées d'Arras , et pour des contributions qu'il avait faites dans tout le pays ; mais on prétendit alors que Saint-Preuil n*avait à se reprocher que d*avoir déplu au maréchal de la Meilleraie et à Desnoyers, qui avaient sujet de s*en plaindre. Mazarin est fait cardinal le 4 6 décembre.
Leduc d'Epernon mourut âgé de quatre-vingt-huit ans. Cet homme partagea avec le duc de la Joyeuse la faveur de Henri UL Il était aussi haut que violent; c*est le seul des grands du royaume qui ne fléchit jamais sous le cardinal de Richelieu ; mais ce premier ministre en fut bien vengé par la soumission sans bornes de son fils , le cardinal de La Vallette.
La guerre continue en Allemagne. Les Impériaux lèvent le siège de Hothenwiel, le 7 janvier, à rapproche des Français et des Suédois. Le comte de Guébriant bat les généraux Lamboi et Merci àKempen , le 1 7 du mois, et les fait prisonniers; il en eut le bâton de maréchal de France. Cette victoire le rendit maître de Télectorat de Cologne , Lemberg est rendu aux Impériaux le 14 février : ils lèvent le siège du château de Mansfeldle 3 mars, à l'approche des Suédois. Torstenson, général des Suédois, prend Grostglocau le 4 mai , et bat les impériaux près Schwidnitz le 30. Heiss se rend aux Suédois le 5 juin; ils prirent peu après Olmutz d*assaul. Torstenson fait lever le siège de Grostglocau à Tarchiduc Léopold le 5 septembre, et prend le château de Leipsick le 4 décembre.
34 HISTOIRE DK FRANCE.
Du côté de la France , le grand objet de cette campagne fut la conquête du Roussillon. On se contenta de se tenir sur la défensive dans les Pays-Bas. Le comte d'Harcourt et le maréchal de Guiche furent chargés de défendre cette frontière ; Tun du côté de la Picardie et de T Artois, l'autre du côté de la Champagne. Guébriant commanda du côté du Rhin, et le duc de Bouillon , que Ton voulait éloigner de Sedan , eut Tarmée d*Italie. Celle de Roussillon , où se devaient faire les grandes opérations, était commandée par le maréchal de la Meilleraie. Le maréchal de Brézé , installé vice-roi de Catalogne , devait se joindre à la Mothè-Houdancourt, pour empêcher les Espagnols de pénétrer dans la Catalogne et de secourir le Roussillon.
Le motif secret de tant de préparatifs, qui avaient pour objet apparent la gloire du roi , était l'inquiétude que Cinq-Mars donnait au cardinal auprès de ce prince. Cette inquiétude fut bien justifiée par la découverte du traité conclu à Madrid le 1 3 mars , et signé par le comte Olivarès au nom du roi d'Espagne , et par Fontraille au nom de Monsieur ; messieurs de Bouillon et Cinq-Mars étaient nommés dans le traité, qui tendait à bouleverser TEtat et à perdre le cardinal.
Le roi d'Espagne devait fournir douze mille hommes de pied et cinq mille chevaux ; il donnait au duc d'Orléans quatre mille écus pour faire des levées en France, et cent vingt mille écus de pension ; il donnait aussi au duc de Bouillon et au grand écuyer chacun quarante mille écus de pension : enfin il devait munir la place de Sedan et en payer la garnison. Cinq- . Mars fut arrêté à Narbonne le 1 3 juin ; le duc de Bouillon le fut au milieu de son armée le 23 , et Monsieur demanda grâce à son ordinaire, en chargeant et en abandonnant ses complices.
]La duchesse de Bouillon ayant menacé c|6 remettre Sedan aux Espagnols, le duc en fut quitte pour rgmettre cette place aii roi; encore en reçut-il depuis, en 1 651 , un dédommagement copsîdérable. On fit avec lui un traité d'échange , par lequel on lui 4onna, pour ce qu*il avait possédé du duché de Bouillon et pour Sedan et Raucourt, la duché-pairie d'Albret, la duché-pairie de Château-Thierry, le comté d*Auvergne, le comté d'Evreux, etc. Le seul Cinq-Mars fut la victime dQ son ambition ; il eut la tête tranchée à Lyon le 42 septembre (1). François- Auguste de Thou, son ami, subit la même peine pour avoir eu connaissance du traité et ne pas Tavoir révélé. Le motif de Tarrét fut un édit de Louis XI du 22 décembre 1457, produit par Laubardemont. Le père du malheureux de Thou , qui rapporte, dans son histoire , plusieurs exemples de condamnations pareilles , ne prévoyait pas que son fils en servirait aussi. H était petitfils du premier président , et avait été grand-mattre àe la bibliothèque du roi , où il eut pour successeur Tillustre Jérôm^ Bignon. Les Mémoires de Chouppes le font plus criminel, mais sans preuve. Fontrailles se sauva en Angleterre. Fabert s'empara de Trévoux : c'était une ville de quelque conséquence, parce qu'elle appartenait à M"' de Montpensîer, et que Gaston son père en avait la garde noble. Pendant toutes ces intrigues, Louis XIII et son ministre étaient mourants , le roi au camp
(1) Onq-IUrs, second fils da ivarquis d*Ei8at, fat grand-éenyar de Franee dès Tâge de dix-neuf ans. II était un des plus beaux hommes et un des esprits les plus agréables de la cour. Cioq-Mars conseilla plusieurs fois au roi de faire assassiner RiclieHen. Les'preuTes, qiand tt s*agit de condamner Cinq-Mars, auraient été insnilsantés si le faible Gaston n'eût tout révélé pour obtenir sa grftce. On fait tenir un propos atroce à Louis XIII à propos de cette mort. On dit qu'il tira sa montre et qu'il 8*écria : « M. le Grand fait li ce moment une laide grimace. » Louis XIII était alors i Saint-Germain-en-Liye, et ne pouvait satoir l'heure dn supplice de sob ancieli favori.
devant Perpignan , le cardinal à Narbonne. Ce dernier s'étant fait transporter à Tarascon , y reçut la copie du traité d'Espagne; il Tenvoya au roi, qui commençait à se porter mieux. Le roi vint à Tarascon, et résolut avec son ministre ( qui dès ce moment reprit toute Tautorité ) les moyens qu'il fallait employer pour punir les coupables.