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PRISE DE LUXEMBOURG

marcha sur la ville et obligea l'électeur à raser ses ouvrages extérieurs et à combler ses fossés (20 juin). Si Trèves n’eût été le siége d'un des huit électeurs et si Louis XIV n’eût hésité à porter un coup si violent au Saint-Empire Romain, il eût réuni cette fameuse cité à sa couronne, comme ayant relevé de Metz au temps du royaume d’Austrasie, ou comme ayant été la métropole romaine des Gaules.

Malgré les efforts désespérés du prince d'Orange, les Hollandais avaient été contenus par la diplomatie française, fort habilement conduite sur ce point. En ouvrant le siége de Luxembourg, Louis XIV avait prévenu les États-Généraux qu’il se contenterait de cette place, qui ne compromettait en rien leur barriére, en y joignant seulement Beaumont en Hainaut, Bouvignes et Chimai, déjà occupés par ses troupes ; qu’il rendrait Dixmuyde et Courtrai démantelés ; qu’il consentirait, pour l'Espagne comme pour l’empereur et l’Empire, à une trêve de vingt ans, si la paix était trop difficile à régler. La prise de Luxembourg ne changea rien à ces conditions et, le 17 juin, les États-Généraux s’engagèrent à proposer à l'Espagne, à l’empereur et à l'Empire un projet d’accommodement sur les bases offertes par le roi de France; ils promirent d'abandonner l'Espagne si elle n’y accédait pas.

Le 29 juin, Louis XIV signa, avec les Provinces-Unies, un traité par lequel il s’obligeait à cesser les hostilités dans les Pays-Bas, en se réservant de porter ses armes dans les autres états du Roi Catholique. C'était, de la part de Louis, une sorte de modération relative; car il eùt pu, selon toute apparence, enlever la Belgique en une campagne, sauf à la défendre après contre la Hollande et l’Angleterre soulevées. La politique de Louis XIV en Belgique, tout agressive qu’elle fût, n’était pas dépourvue de prudence et eüt pu même aller plus loin sans que la France eût lieu de s’en plaindre. Ce qui était excessif, ce n’était pas le but, c’étaient les moyens, dont la dureté irritait les populations contre la France.

Le démantellement de Trèves, aussi offensant pour le Saint- Empire Romain qu’utile à la frontière française, dénotait moins de ménagements envers l'Allemagne que Louis n’en montrait envers la Hollande. Une autre intervention des Français sur le territoire de l’Empire fut beaucoup plus blâämable au point de

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vue de la justice et de l'humanité. Depuis que Louis XIV avait fait démolir la citadelle de Liége, instrument de tyrannie pour les princes-évèques contre la ville, les Liégeois s'étaient remis en possession de toutes leurs anciennes libertés et se gouvernaient à peu près en république. L’électeur de Cologne, évêque de Liége, voulut les remettre sous le joug : ils résistèrent. L’électeur, depuis que la paix de Nimègue lui avait rendu son ministre Fürstemberg, sorti des prisons d'Autriche , avait renoué ses liens avec Louis XIV. Il invoqua le secours du Grand Roi. Une partie de l'armée qui avait pris Luxembourg fut détachée sur Liège pour y réinstaller les officiers du prince-évèque (juillet-août). La ville n’était pas en état de se défendre. Les deux bourgmestres où consuls furent pendus comme rebelles; les libertés liégeoises furent aholies par le princeévèque, qui vendit à une corporation oligarchique de 600 citoyens le droit exclusif de partager avec lui la nomination des bourgmestres et des conseillers municipaux. La brave population licgeoise, si sympathique à la France, n’avait pas été accoutumée à voir le gouvernement français complice de ses oppresseurs : elle en garda un long et amer ressentiment '.

La guerre, sur ces entrefaites, suspendue en Belgique depuis le mois de juin, continuait sur d’autres points entre la France et l'Espagne. Le maréchal dé Bellefonds était entré en Catalogne au commencement de mai, avait battu les Espagnols au passage du Ter, attaqué Girone sans succès, puis, avec Le concours de la flotte, pris quelques petites places maritimes. Ces avantages étaient de peu d'importance ; mais, pendant ce temps, des auxiliaires qui ne coûtaient rien à Louis XIV portaient des coups bien plus terribles à l'Espagne dans ses colonies d'Amérique. Les flibustiers de Saint- Pomingue n'avaient pas cessé leurs courses depuis la paix de Nimègue ; ils tenaient peu de compte des défenses du roi à cet égard, et le roi ne tenait pas beaucoup à ce que ses défenses fussent respectées. La paix rompue, ils redoublèrent de furie. Leurs descentes se succédaient comme des coups de foudre. Après avoir emporté et Saccagé la Vera-Cruz et Campèche, ils passèrent dans la mer du Sud et ravagèrent quinze des riches cités de la côte péruvienne ct

1. Mém. de d'Avaux, t. IT. — Limiers, Histoire de Louis XIV, &. IV, p. 124. — Moniteur du 15 février 1791, édit. in-4°, t, VII, p. 377.

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