‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 9 sur 341 · GUERRE CONTRE L’ESPAGNE · texte numérisé non relu

GUERRE CONTRE L’ESPAGNE

à ne rien céder dans les Pays-Bas en sus du comté de Chini : la médiation anglaise n’ahoutissait pas plus que les négociations avec l’empereur et l'Empire, transférées de Francfort à Ratisbonne. Le délai fixé par Louis à l'Espagne étant expiré à la fin d’août 1683, Louis, qui venait de lever 40,000 hommes, procéda, selon sa coutume, par voie d'exécution militaire, sans entendre pour cela rompre la paix. Les troupes françaises entrèrent en Flandre et en Brabant et mirent le plat pays à contribution. Le cabinet de Madrid lança une déclaration de guerre, qu’il était hors d’état de soutenir (28 octobre). Le maréchal d'Humières marcha sur Courtrai : la ville, assiégée le 2? novembre, se rendit le 4 ; la citadelle capitula le 6. De là, le maréchal se porta sur Dixmuyüe, qui ouvrit ses portes sans résistance (10 novembre). Ces deux places formaient l'équivalent demandé par Louis pour Luxembourg, qu’il prétendait lui appartenir. Après cette prise de possession, l’armée s’arrêta et le roi assigna aux Espagnols un nouveau délai jusqu’à la fin de janvier. Passé ce terme, il ne s’obligeait plus à maintenir les conditions offertes. Le gouverneur des Pays-Bas répondit par un violent manifeste contre la France. L’armée française contraignit toute la campagne, par la terreur de l’incendie, à payer des contributions jusqu'aux portes de Bruxelles. Les Espagnols tâchèrent d’user de représailles ! : la garnison de Luxembourg fit des courses sur le territoire français; le maréchal de Créqui écrasa de bombes la ville de Luxembourg, sans l’assiéger (19 décembre), cruel genre de guerre qui vengeait sur des populations inoffensives des actes auxquels elles étaient étrangères, et que Léuvois devait appliquer avec une violence toujours croissante. Le Grand Électeur, Frédéric de Brandebourg, en avait le premier donné l'exemple dans sa guerre contre la Suède.

L'Espagne poussa en vain des cris de détresse vers tous ses alliés. L'empereur et la Suède n’étaient pas en mesure d’intervenir. Le roi d'Angleterre avait fait mine de rompre les engagements secrets qui le compromettaient vis-à-vis de son peuple ; mais Louis XIV lui avait aisément fermé la bouche en lui promettant

1. Le roi avait donné ordre de brûler « cinquante villages de la domination espagnole », pour un village français que l'ennemi aurait brûlé. Œuvres de Louis XIV, t. IV, p.269. — Sur les affaires des Pays-Bas, V. Mém. du comte d'Avaux, t. I-H-IIL

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un million de plus. Charles IT donna aux Espagnols le conseil de céder. Quant à la Hollande, le prince d'Orange, sans consulter les États-Généraux, avait envoyé au gouverneur de Belgique 14,000 soldats, au lieu de 8,000 que les Provinces-Unies, par le traité de garantie, étaient obligées de fournir aux Espagnols en cas d’invasion ; mais il ne put obtenir une levée de 16,000 hommes qu’il réclamait pour soutenir ce premier secours. Les commerçants, et surtout la bourgeoisie d'Amsterdam, s’opposèrent énergiquement à la guerre, et les troupes hollandaises eurent ordre de ne pas sortir des places espagnoles et de ne pas entrer en campagne contre les Français. Pendant que les Hollandais disputaient, Louis XIV agit. Janvier et février 1684 s'étant écoulés sans, que l'Espagne cédât, le maréchal d’'Humières traita Oudenarde comme Créqui avait traité Luxembourg : il fit pleuvoir sur Oudenarde, pendant trois jours, une grêle de bombes et de boulets rouges (23-25 mars). Un mois après, les troupes françaises se mirent de toutes parts en mouvement. Le roi en personne vint prendre le commandement de près de 40,000 hommes réunis dans le Hainaut. Une seconde armée de 32,000 combattants s'était formée sur la Meuse et la Moselle : le maréchal de Créqui la mena investir Luxembourg (28 avril). Le roi, en menaçant Mons et Bruxelles, empêcha l'ennemi de rien tenter pour secourir Luxembourg. Le siége fut conduit par Vauban. Malgré la force natureile de la place, protégée par la petite rivière d’Alsitz et par de nombreux ouvrages taillés dans le roc, le gouverneur demanda à capituler après trois semaines de batterie. L’artillerie de Vauban avait déjà ouvert de larges brèches dans ces bastions de rochers, et la garnison, qui s’était trouvée trop peu nombreuse pour disputer sérieusement les dehors, n’était pas en état d'attendre l’assaut. Luxembourg se rendit le 4 juin. Vauban se mit aussitôt à l’œuvre pour en faire une place rivale de Metz et de Strasbourg, une puissante gardienne de la frontière française entre Meuse et Moselle, formant ligne avec Sedan, Sarrelouis et Landau.

Trèves se trouvait désormais serrée entre Luxembourg, Thionville et Sarrelouis, d’un côté, et, de l’autre, le poste avancé de Mont-Royal, qui séparait Trèves de Coblentz. Ce n’était point assez: l'électeur de Trèves avait fortifié sa capitale depuis la paix ; Créqui

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