‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 104 sur 341 · Saint-Simon, t. Ie', p. rar · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. Ie', p. rar

2. Ce n’était pas encore toutefois la baïonnette moderne, Ce n’était qu'un coutelas (baynele) qu'on enfonçait dans le canon du fusil après avoir tiré : Vauban n'avait pas encore inventé d'adapter cette lame au canon sans empêcher le tir, c’est-à-dire de réunir l’arme blanche à l'arme de tir et de confondre en un seul combattant le piquier et le mousquetaire. M. Mac-Aulay rapporte que le général écossais Mac-Kay avait eu la même idée dès 1689.

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droite ennemie fut sabrée, mise en fuite ou précipitée dans a Ghecte. Les débris de cette aile gagnèrent Tillemont et Louvain. L’aile gauche, évacuant Neerlanden, se retira en assez bon ordre, mais non sans des pertes cruelles, sur Leewe et Diest. Les relations les plus modérées évaluent la perte des ennemis de dix à douze mille hommes restés sur le champ de bataille, sans compter ous ceux qui se noyèrent dans la Gheete : deux mille prisonniers soixante-seize canons, huit mortiers ou obusiers, plus de quatrevingts drapeaux ou étendards demeurèrent au pouvoir du vainqueur. Le chef des réfugiés, Ruvigni, s'était trouvé un moment parmi les prisonniers : il fut relâché dans l'instant et on ne fit pas semblant de le savoir. » Ceux qui l’avaient pris épargnèrent aux destructeurs de l'Édit de Nantes un grand embarras ou un acte odieux de plus.

Les Français avaient probablement perdu presque autant de monde que l’ennemi; si cher qu’eût coûté la victoire de Neerwinden , elle était si grande, que le général victorieux semblait pouvoir tout entreprendre. Bruxelles terrifiée attendait les Français. Guillaume, en réunissant les débris mutilés de son armée, ne devait pas avoir trente mille hommes. Il semblait que Luxembourg n’eût qu'à marcher sur la capitale de la Belgique. Il ne le fit pas. Il laissa à Guillaume le temps de se réorganiser dans Bruxelles, d’y recevoir des secours de Hollande et de rappeler le corps envoyé contre la Flandre française. La conduite de Luxembourg n’est pas suffisamment expliquée. L'armée, dit-on, manquait de vivres; mais, dans ce gras pays de Brabant, l'obstacle n’eût pas été sans doute insurmontable. Quelques mémoires contemporains accusent Luxembourg d’avoir voulu prolonger la guerre : on hésite à s'arrêter devant cette imputation banale, répétée successivement contre tant de généraux célèbres : la gloire qu'eût value à Luxembourg la paix dictée dans Bruxelles à la coalition européenne eût certes bien compensé pour lui la prolongation de son commandement. Quoi qu’il en soit, pendant tout le mois qui suivit la bataille, l’armée victorieuse ne fit pas autre chose que de mettre à contribution les campagnes et les petites villes du Liégeois et

1. Saint-Simon, t. Ie", p. 101. — Saint-Hilaire, t. Il, p. 96. — Berwick, t. L*, b. 119. -— Quinci, t. II, p. 616-644, — Mac-Aulay, Guillaume IIl, t. TT, ch. 2.

du Brabant espagnol et hollandais; ce fut seulement le 9 scptembre que les Français investirent, non pas Liége ou Bruxelles (il n’était plus temps), mais Charleroi. Cette ville, fortifiée par Vauban tandis qu’elle était en la possession de Louis XIV, fut mieux défendue que ne l'avait été aucune autre place des alliés; la garnison ne se rendit que le 11 octobre, quand elle se vit réduite de quatre mille cinq cents hommes à douze cents.

Ce n’était pas là un résultat suffisant de la victoire de Neerwinden, ni surtout du vaste déploiement de forces étalé par Louis XIV au commencement de la campagne. Il semble que les résultats s’amoindrissaient à mesure que les armées augmentaient. On était déjà loin du temps où Turenne obtenait de si prodigieux succès avec vingt ou trente mille hommes! Charleroi n’était pas néanmoins une conquête à mépriser, elle assurait les autres conquêtes, en débarrassant complétement le pays de Sambre et Meuse et en reliant Mons et Namur. Toute la partie wallonne des Pays- Bas espagnols, excepté la seule ville d’Ath, était entre les mains des Français.

C'était, comme on l’a dit, dans l’espoir de faire faire à son fils une campagne décisive en Allemagne, que Louis XIV avait laissé échapper de ses mains l'entière conquête de la Belgique. La campagne d'Allemagne fut aussi nulle qu’à l’ordinaire. Le maréchal de Lorges avait ouvert les opérations sur la rive droïte du Rhin avec une belle armée de quarante-cinq mille hommes, dont moitié cavalerie. Il avait pris d'assaut Heidelberg, le 22 mai : la malheureuse ville, toute noircie encore des flammes de 1689, avait été livrée au pillage et incendiée pour la seconde fois. Toute la population fut expulsée sans vivres et presque sans vêtements. Le château, ou plutôt les débris du château, se rendirent à peu près sans coup férir, et les Français y ajoutèrent ruine sur ruine, en détruisant tout ce que les alliés avaient rétabli de fortifications. La rapacité du soldat ajouta de nouvelles horreurs à ces scènes de destruction ; les tombeaux des électeurs palatins furent fouillés pour y chercher des trésors, et leurs restes furent jetés au vent. Lorges évacua ensuite ces monceaux de décombres. Le roi comptait qu’il profiterait de sa supériorité pour prendre Heilbron et battre ou rejeter au loin le prince Louis de Bade, sans laisser le temps au

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