‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 105 sur 341 · CHARLEROI HEIDELBERG · texte numérisé non relu

CHARLEROI HEIDELBERG

prince Louis de recevoir les renforts nombreux qui étaient en marche *. Lorges trouva des difficultés à tout et ne fit rien, jusqu’à la jonction avec le dauphin, qui amena de Flandre une vingtaine de mille hommes. On n’agit pas plus vivement après la jonction : on passa le Necker; on menaça le camp où le prince de Bade avait réuni près de Heilbron toutes ses forces, très-inférieures à celles des Français; la position étant inattaquable de front, on n’essaya pas de la tourner, et l’on se contenta de ravager ie Würtemberg pour tout exploit. Dès le commencement de septembre, quelques troupes retournèrent aux Pays-Bas; d’autres furent expédiées en Piémont, et le dauphin retourna joindre le roi à Versailles : la campagne n’avait pas été plus brillante pour le fils que pour le père ?.

Si l’année 1693 fut désavantageuse à la gloire personnelle de Louis XIV et le vit perdre la chance qu’il avait eue de terminer la guerre par un grand triomphe, cette année fut loin toutefois d’affaiblir l’ascendant des armes françaises : la France eût pu tout gagner; elle gagna quelque chose et fit quelques pas en avant.

Comme l’année précédente, les ennemis avaient pris l’offensive du côté des Alpes. Dans le courant de juin, un corps espagnol, venu du Milanais, avait commencé le blocus de Casal; dans la seconde quinzaine de juillet, le gros de l’armée alliée, sous les ordres du duc de Savoie, marcha sur Pignerol. Le duc avait eu d’abord le projet de rentrer en Dauphiné par la vallée de Barcelonette, mais les Français l'avaient prévenu ; un corps détaché par Catinat venait de chasser les Piémontais de cette vallée et de fermer ainsi aux étrangers la frontière française. Catinat, récemment nommé maréchal de France , protégeait Pignerol avec une armée très-inférieure aux ennemis et harcelée par les barbets. Le duc essaya de le tourner afin de pénétrer en Dauphiné ou en Savoie.

1. L'électeur de Saxe, ébranlé par la diplomatie française, avait été regagné par l'empereur et avait promis douze mille soldats, moyennant 400,000 reichthalers payés en partie par l'Angleterre et la Hollande.

2. Lettres milit., t. VII, p. 193, 292, 317. — Saint-Hilaire, t. I, p. 107. — Quinci, t. Il, p. 646-662. — Larrei, t. Il, p. 185.

3. Le roi avait fait, le 27 mars, une promotion de sept maréchaux, entre lesquels Catinat et Tourville. Les vice-amiraux étant supérieurs aux lieutenants-généraux, sans être égaux aux maréchaux de France, il manquait dans la marine un grade équivalent au maréchalat.

TA

Catinat se replia sur Fenestrelles et couvrit la frontière, mais en découvrant Pignerol. Le duc mit le siége devant Pignerol. Catinat s'était fié à la bonté de la place et au courage de la garnison : l'événement le justifia. Deux grands mois s'écoulèrent : Pignerol ne se rendait pas; Catinat, immobile dans son camp de Fenestrelles, s’y était renforcé peu à peu. Le 27 septembre, il fit passer à son armée les cols abrupts qui séparent la vallée du Cluson de celle de la petite Doire et se porta de Fenestrelles à Bussolino, au-dessous de Suze. Le 29, il entra à Avigliana. La gendarmerie (grosse cavalerie d'élite), détachée de l’armée d’Allemagne, le joignit le 1e octobre, et il descendit dans la plaine du Piémont avec près de quarante mille hommes, dont au moins quinze mille cavaliers. Les partis français alièrent saccager le Finage (banlieue) de Turin et, sur l’ordre exprès du roi, brûler la belle villa du duc de Savoie, la Vénerie, pour venger la dévastation du Haut-Dauphiné, qui n'avait été elle-même qu’une vengeance de la dévastation du Piémont.

Le duc de Savoie leva trop tard le siége de Pignerol pour pouvoir regagner Turin. Les Français étaient déjà entre son armée et sa capitale. Il ne put ni éviter le combat ni choisir son champ de bataille. Le 3 octokxe, les deux armées furent en présence, près de la Marsaille (Mar :&glia), entre les deux petites rivières de la Cisola et du Sangone. Le duc de Savoie eût pu établir fortement sa gauche en se saisissant des hauteurs de Piosasco; il ne le fit pas,

e sut pas davantage appuyer sa droite au Sangone, et se contenta de s’épauler contre de petits bois qui n’éiaient pas même impénétrables à la cavalerie. Catinat prefta de cette double faute et se mit en mesure de déborder à la fois l'ennemi sur les deux flancs. Le lendemain matin, 4 octobre, Les Français attaquèrent sur toute la ligne. Le centre des enremis était protégé par une longue haie fossoyée : cet obstacle fut franchi par Catinat en personne, tandis que l’aile droite des Français tournait la gauche des ennemis, formée des troupes espagnoles. L’infanterie culbuta escadrons et bataillons à la baïonnette et sans tirer. C'était la première fois qu’on voyait l'infanterie charger la cavalerie au lieu d’en attendre le choc. La gloire de la baïonnette française, commencée à Neerwinden, fut consommée à La Marsaille, avant même que la baïon-

Page 1