‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 106 sur 341 · BATAILLE DE LA MARSAILLL · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LA MARSAILLL

nette eût reçu le dernier perfectionnement qui devait faire du fusil larme par excellence.

Sur la gauche, la victoire fut plus disputée. Le duc de Savoie, à la tête de ses Piémontais et d’une partie des Impériaux, fit d’abord plier la première ligne française; mais la gendarmerie, qui faisait la seconde ligne, rompit la cavalerie alliée par des charges terribles et prit en flanc l'infanterie de la droite et du centre ennemi, que l'infanterie française attaquait de front. Allemands, Vaudois, réfugiés huguenots, furent enfoncés et taillés en pièces après une courageuse résistance. Schomberg, duc de Leinster, resta blessé à mort sur le champ de bataille, que couvraient huit ou neuf mille ennemis et deux mille Français. Deux mille prisonniers, une trentaine de canons et plus de cent drapeaux ou étendards tombèrent au pouvoir des Français.

Cette grande victoire, comme celle de Neerwinden, eut peu de conséquences; mais on ne saurait en faire un reproche à Catinat : il n'avait ni argent, ni équipages de siége, et ne put attaquer ni Turin ni Coni; il dut se contenter de mettre le Piémont à contribution. À la nouvelle de la bataille, les ennemis avaient levé le blocus de Casal, en abandonnant leur matériel et leurs munitions. Au mois de décembre, la plus grande partie de l’armée victorieuse retourna hiverner en Dauphiné et en Provence ‘.

En Catalogne, le maréchal de Noaiïlles avait obtenu un succès de quelque importance par la conquête de Roses (Rosas) (27 mai-9 juin). L'ordre d’envoyer du renfort à Catinat empêcha Noaïilles de pousser ses avantages.

Le vice-amiral Victor-Marie d’Estrées, qui, avec l’escadre de la Méditerranée, avait coopéré à la prise de Rosas, appareilla ensuite pour rejoindre Tourville et la flotte de Brest sur les côtes de Portugal : il ne rejoignit pas Tourville à temps pour prendre part aux importants événements maritimes qui s’accomplissaient en ce moment même.

Petit-Renau, le Vauban de nos armées de mer, avait suggéré au conseil du roi un plan excellent pour frapper l'ennemi dans son endroit le plus sensible, dans son commerce naval. La flotte

1. Mém. de Catinat, t. Il, p. 151-282. — Id, de Saint Hilaire, t. H,p. 116-119. — Quinci, t. II, p. 662-699.

anglo-batave s'était assemblée de bonne heure à Spithead, afin de protéger le départ d’une grande flotte marchande, composée de tous les navires anglais, hollandais, hambourgeois, flamands, à destination de la Méditerranée et du Levant. La grande flotte française, de son côté, s'était assemblée à Brest; elle comptait soixanteonze vaisseaux de ligne, ce qui faisait quatre-vingt-treize vaisseaux à la mer, y compris les vingt-deux de l’escadre de Toulon, qui avait de plus trente galères. C'était là cette marine que certains historiens nous dépeignent comme anéantie après La Hougue! Jamais la France n’avait déployé de telles forces navales. Tourville appareilla de Brest le 26 mai à l'insu des ennemis et fit voile pour la côte des Algarves, où d’Estrées devait le rallier et où tous deux devaient attendre la flotte marchande ennemie. Trois semaines après, la flotte de Smyrne, comme on l’appelait, escortée par vingt-trois vaisseaux que commandait le vice-amiral Rooke, un des chefs d’escadre anglais de La Hougue, partit des côtes d’Angleterre pour le détroit de Gibraltar. À peine s’était-elle séparée de la grande flotte anglo-batave qui l'avait convoyée jusque vers le golfe de Gascogne, que celle-ci fut informée du départ de Tourville. Des corvettes d’avis furent expédiées en toute hâte pour rappeler J’amiral Rooke; mais la flotte marchande, poussée par un bon vent, avait déjà trop d'avance; on ne put la rejoindre; elle alla se jeter tout droit dans les mains redoutables qui l’attendaient. Tourville, depuis les premiers jours de juin, était en panne dans la rade de Lagos, derrière le cap Saint-Vincent, barrant le passage du détroit.

Le 26 juin, Tourville, averti de l’approche d’une flotte nombreuse, prit le large, afin de ne combattre qu’à son gré et à son avantage. Ce mouvement lui fit perdre le dessus du vent et, le lendemain, quand il fut assuré de n’avoir affaire qu’à la flotte de Smyrne, il fut obligé de louvoyer pour regagner le vent. Les ennemis profitèrent de ce délai pour avancer vers le détroit. Néanmoins, sur le soir du 27 juin, les meilleurs voiliers de la flotte française atteignirent l’arrière-garde ennemie. Deux vaisseaux de guerre hollandais furent pris après une courageuse défense; un vaisseau de guerre anglais fut brûlé. Pendant la nuit, l'avant-garde française tourna l’arrière-garde ennemie et

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